Une guerre des gangs historique

Publié le par Roger Cousin

JournalLe Parisien publié le 17/07/2010

Coincé sous les massifs du Vercors, de Belledonne et de la Chartreuse, Grenoble est à la croisée de plusieurs vallées, ce qui en fait un axe de communication privilégié. Très vite après la guerre, le milieu lyonnais, parfois collaborationniste, a trouvé refuge, le temps de se mettre au vert, dans la capitale du Dauphiné. Brasseries et restaurants deviennent des rentes pour les truands qui en rackettent les propriétaires. Mais au milieu des années 1950, l'immigration italienne, qui avait déjà commencé sous Mussolini, s'accélère. Les Siciliens débarquent en force à Grenoble. La plupart viennent de la région de Sommatino, en Sicile.

Deux clans mettent la ville en coupe réglée, se partageant tous les trafics : stupéfiants, prostitution, racket. Les deux parrains sont Giacomo Pagano et Giuseppe Madonia et ils gèrent les affaires depuis leur île. Un rapport d'enquête parlementaire sur l'implantation de la mafia en France a établi que Grenoble était l'un des points d'ancrage de Cosa Nostra. Au tournant des années 1960, avec la multiplication des grands ensembles et la création d'une banlieue, la communauté maghrébine s'installe. Et la confrontation avec les Italiens ne tarde pas à se transformer en guerre ouverte pour le contrôle de telle ou telle activité illicite.

Chez les Italiens, le clan est dirigé par la famille Maldera, cible d'une vaste enquête judiciaire, qui aboutira à un fiasco en 2005. Mais au cœur de la confrontation entre Maghrébins et Italiens, on trouve le trafic de cannabis. Le marché de Grenoble est de 10 à 12 t par an. Un pactole de 40000 € par jour à se partager, d'où les rivalités de territoires, qui ont abouti notamment en février 2007 à ce triple meurtre à Sassenage. Un règlement de comptes dont la cible principale était Mehdi M'Salaoui, un trafiquant notoire. Depuis les règlements de comptes n'ont jamais cessé. Le nouveau marché du cannabis s'est déplacé vers les stations de ski, qu'il faut alimenter. Grenoble est surnommé par les trafiquants « la porte de l'argent ».

Publié dans Articles de Presse

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