Une mémoire vivante des années sombres en Haute-Garonne

Publié le par Daniel Hourquebie

Une mémoire vivante des années sombres en Haute-Garonne

Une exposition, un livre. Le conseil général de la Haute-Garonne poursuit son travail de mémoire avec le remarquable outil qu'il a créé en 1994, ce Musée départemental de la Résistance et de la Déportation qui permet aux jeunes mais également aux adultes de mieux connaître ce sombre passé pour mieux construire un avenir fraternel. Vu l'état du monde, il y a encore du travail.

Musée départemental de la Résistance et de la Déportation Toulouse

Musée départemental de la Résistance et de la Déportation Toulouse

Le Département ranime le souvenir d'une période très sombre avec l'exposition «Les années 1942-1943 en Haute-Garonne. Un quotidien à réinventer». On est bien au cœur du sujet : des événements marquants, tragiques, et du quotidien à gérer. Pourquoi ces deux années-là ? «Elles sont un peu oubliées dans le déroulé de la guerre, comme coincées entre la défaite de 40 et le débarquement et la Libération de 44, a expliqué Pierre Izard, président du conseil général, lors de l'inauguration. Mais c'est bien là que vont se cristalliser bien des engagements individuels et collectifs qu'ils soient hélas du côté de la collaboration ou du côté de la Résistance…»

Pédagogie sans tabou

Années charnières, donc, jalonnées par un parcours de dix dates importantes sur l'année 1942 et les six premiers mois de l'année 1943. Le visiteur «progresse «comme s'il remontait le cours du temps» au fil d'une exposition préparée par Guillaume Agullo, directeur du Musée et son équipe. Pédagogie sans tabou. Tous les thèmes fondamentaux sont abordés : le maréchalisme, la collaboration, le développement de la Résistance et sa répression, les déportations de la population juive…

«En 1942, dans notre département, des Juifs ont été arrêtés et déportés alors que les Allemands n'étaient pas encore présents», rappelle Marcel Granier, président du Conseil départemental de la Résistance, pointant la responsabilité du gouvernement de Vichy, avant que le 11 novembre 1942, les nazis envahissent la zone non occupée et la Haute-Garonne. Temps barbares… La Résistance s'organise aussi. Mais la lumière est encore loin. Et pendant ce temps, les souffrances s'accumulent au quotidien «Tracas, famine, patrouille, c'est le titre du livre également réalisé par le Musée : «Ma mère gardait sur elle nuit et jour les clefs du meuble où se trouvaient les rations de pain, souffle Marcel Granier, ému. il fallait tenir jusqu'à la prochaine date de ticket». Vivre, ou survivre, malgré tout. Et l'espoir au bout de la nuit.

Musée pratique

Musée départemental de la Résistance et de la Déportation, 52, allée des Demoiselles.
31400 Toulouse. 05 61 14 80 40. Fax : 05 61 14 80 48. Courriel : contact@musee-resistance31.fr

Entrée libre et gratuite du lundi au vendredi. 9 h 00-12 heures/13 h 30-17 h 30. Accès handicapés

Pour les enseignants L'équipe du Musée propose des visites guidées de cette exposition. Réservation uniquement par téléphone au 05 61 14 80 40 et dans la mesure des places disponibles.

Le musée accueille plus de 300 classes par an.

L'avis de deux jeunes lauréats du concours de la Résistance, Philippe 18 ans et Olivia, 16 ans : «Ici, c'est un lieu d'apprentissage important pour les jeunes. Il n'y a pas qu'internet !»

Tracas, famine, patrouille…

«Tracas, famine, patrouille»… La formule du poète Léon-Paul Fargue qui caricature le «Travail, famille, patrie» du régime de Vichy, résume bien cette «chronique de la vie quotidienne des Haut-Garonnais pendant la seconde guerre mondiale» (1939-1944), réalisée par Guillaume Agullo et son équipe.

On y retrouve une kyrielle de documents originaux, traduisant souvent une humble humanité, papiers personnels, coupures de journaux, ici reproduits et mis en perspective.

Des documents puisés dans le fonds du conseil général conservé au Musée et alimenté par la volonté de nombreux donateurs que le président du conseil général, «très touché», a souhaité remercier : «Ce n'est pas un geste facile de se séparer d'un document, d'une boîte d'archives, qui souvent contiennent des trésors familiaux. Et pourtant…»

Et pourtant, ces donateurs font confiance au Département, non seulement pour la conservation de ces trésors mais également pour leur mise en valeur.

Ainsi, ce livre (le premier d'une trilogie), disponible seulement au Musée, n'est pas le catalogue de l'exposition mais un ouvrage à part entière. Il témoigne -comme l'expo- d'une intention partagée : ouvrir au plus grand nombre la mémoire locale. La preuve : il est gratuit ! Ce qui en ces temps de contraintes budgétaires, traduit un volontarisme pédagogique à la mesure de l'enjeu…

Marie-Christine, «une femme engagée»

Pierre Izard, président du conseil général, a profité de l'inauguration pour rendre un nouvel hommage ému à Marie-Christine Lafforgue, conseillère générale récemment disparue, «ce modèle de femme engagée en politique, justement sur ces valeurs de solidarité, de fraternité, de tolérance et d'humanité qui se sont reforgées dans la clandestinité et la nuit du combat de la Résistance […] Je sais à quel point son rôle et son action étaient unanimement appréciés dans le monde de la Résistance», a-t-il ajouté, notamment dans l'accompagnement des lauréats du Concours départemental de la Résistance qu'organise chaque année le conseil général». Une femme très motivée par les échanges avec les aînés et avec «ces jeunes qui partagent notre peine».

Publié dans Articles de Presse

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