Sarraut Albert

Publié le par Mémoires de Guerre

Albert Sarraut, né le 28 juillet 1872 à Bordeaux (Gironde) et mort le 26 novembre 1962 à Paris, est un homme d'État français. Diplômé en droit, il devient député radical-socialiste et s'implique particulièrement dans la gestion des colonies françaises : gouverneur général de l'Indochine à deux reprises, puis ministre des Colonies, il est l'un des principaux inspirateurs de la politique coloniale de l'entre-deux-guerres. Il dirige en outre deux éphémères gouvernements de la IIIe République. Sous la IVe République il préside l'Assemblée de l'Union française de 1951 à 1958. Il était le frère de Maurice Sarraut, directeur de La Dépêche du Midi. Il vota les pleins pouvoirs au maréchal Pétain en juillet 1940. Albert Sarraut était par ailleurs membre de l'Académie des beaux-arts. Il est inhumé au cimetière Saint-Vincent de Carcassonne. 

Sarraut Albert
Sarraut Albert
Sarraut Albert
Sarraut Albert

Député radical socialiste

Il est l'un des douze secrétaires du comité exécutif du Parti républicain, radical et radical-socialiste en 1905. Le 3 juillet 1905, il a voté la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation de l'Église et de l'État. À la séance du 13 juillet 1906 à la Chambre des députés votant le projet de loi réintégrant dans l'armée le capitaine Dreyfus, il est pris à partie par le député de Paris Paul Pugliesi-Conti, qui le provoque en duel. Les deux hommes se rencontrent le jour même à Ville-d'Avray. Clemenceau est directeur du combat et Sarraut s'enferre d'emblée sur l'épée de Pugliesi-Conti. 

Les colonies

Sur le plan international, il est de 1911 à 1914 et de 1917 à 1919 gouverneur général de l'Indochine et travaille à cette occasion avec Albert Lebrun, ministre des Colonies de 1911 à 1913. Ses deux mandats à la tête de l'Indochine française sont marqués par une volonté d'introduire davantage d'éléments de démocratie dans le système colonial, notamment en donnant plus de place aux élites indigènes. Il réforme l'administration, développe le système éducatif en Indochine et donne davantage de possibilités aux Indochinois d'intégrer la fonction publique.

La doctrine Sarraut

Au début des années 1920, Albert Sarraut, alors ministre des Colonies, conçoit un plan de mise en valeur des colonies qui, s'il ne fut pas mis en pratique, marque l'intérêt renouvelé des autorités pour reprendre en main le développement des colonies. Les idées qu'il expose dans son ouvrage La mise en valeur des colonies françaises forment une doctrine cohérente de la colonisation économique qui justifie le souci de l'administration envers les populations locales : « La politique indigène, écrit-il, c'est la conservation de la race. » Il préconise en conséquence un programme d'investissement sanitaire et social qui ne sera pas mené, faute de budget. 

Une longue carrière ministérielle dans l'entre-deux-guerres

Sur le plan national, Albert Sarraut exerce une longue carrière ministérielle, qui l'amène par deux fois à occuper la présidence du Conseil :

L'occupation de la Rhénanie

Le 7 mars 1936, Hitler dénonce les accords de Locarno et décide, en violation flagrante du traité de Versailles, de faire occuper la Rhénanie par la Wehrmacht, alors que ce territoire devait rester démilitarisé. L'ambassadeur de France à Berlin, André François-Poncet, prévient Paris du coup de force en préparation. Albert Sarraut déclare qu'il n'est pas « disposé à laisser Strasbourg sous les canons allemands » et souhaite répondre par la force à l'agression de Hitler. Mais se heurtant au refus du Royaume-Uni de se joindre à la France, et devant l'événement capital du premier tour des élections législatives prévu le 26 avril suivant, Sarraut en reste là. Les conséquences de cet abandon seront désastreuses pour la paix du monde. 

Ministre de l'Intérieur pendant la Drôle de Guerre (12 avril 1938 – 20 mars 1940)

Ministre de l'Intérieur sous les gouvernements Daladier de 1938-1940, il s'applique à faire interner les Allemands résidant en France, sans égard pour le fait qu'ils aient pour la plupart fui la politique des nazis. Considérés comme des ”sujets ennemis”, ces internés sont victimes d’un mélange de xénophobie, d’absurdité et de désordre administratifs. Dans le Sud-Est, ils sont notamment internés dans une tuilerie désaffectée aux Milles (Bouches-du-Rhône). Cette usine devient un camp d’internement sous commandement militaire français, où les internés vivent dans des conditions très précaires. Le 10 juillet 1940, Sarraut vote en faveur de la remise des pleins pouvoirs au Maréchal Pétain. Arrêté par les Allemands, peu de temps après l'assassinat de son frère Maurice par la Milice, Albert Sarraut est déporté dans le camp de Neuengamme en Allemagne, de 1944 à 1945.

L'Assemblée de l'Union française

Il poursuit sa carrière pendant la IVe République à un poste clé dans la Chambre parlementaire créée par la Constitution de 1946 : élu, en novembre 1947 par le Conseil de la République, conseiller de l'Union française, il accède à la Présidence de l'Assemblée de l'Union française en juin 1951. Il demeure à ce poste jusqu'en mai 1958. 

Carrière

Fonctions gouvernementales

  • 1906-1909 : sous-secrétaire d'État à l'Intérieur du gouvernement Ferdinand Sarrien, puis du gouvernement Georges Clemenceau (1)
  • 1909 à 1910 : sous-secrétaire d'État à la Guerre du gouvernement Aristide Briand (1)
  • 1914 à 1915 : ministre de l'Instruction publique et des Beaux-arts des gouvernements René Viviani (1) et René Viviani (2)
  • 1920 à 1924 : ministre des Colonies des gouvernements Alexandre Millerand (1) et (2), puis du gouvernement Georges Leygues, gouvernement Aristide Briand (7) et gouvernement Raymond Poincaré (2)
  • 1925 à 1926 : premier ambassadeur français à Ankara (Turquie)
  • 1926 à 1928 : ministre de l'Intérieur dans le quatrième cabinet d'Union nationale de Raymond Poincaré
  • Février 1930 : ministre de la Marine dans le gouvernement Camille Chautemps (1)
  • De décembre 1930 à janvier 1931 : ministre de la Marine militaire du gouvernement Théodore Steeg
  • De juin 1932 à octobre 1933 : ministre des Colonies du gouvernement Édouard Herriot (3), du gouvernement Joseph Paul-Boncour et du gouvernement Édouard Daladier (1)
  • D'octobre à novembre 1933 : président du Conseil et ministre de la Marine.
  • De novembre 1933 à janvier 1934 : ministre de la Marine du gouvernement Camille Chautemps (2)
  • De février à novembre 1934 : ministre de l'Intérieur du gouvernement Gaston Doumergue (2). Il démissionne après l'attentat de Marseille contre Alexandre Ier de Yougoslavie.
  • De janvier à juin 1936 : président du Conseil et ministre de l'Intérieur.
  • De janvier à mars 1938 : ministre d'État de l'Intérieur dans le troisième cabinet Chautemps.
  • De mars à avril 1938 : ministre d'État, chargé des affaires d'Afrique du Nord, dans le second cabinet Léon Blum.
  • D'avril 1938 à mars 1940 : ministre de l'Intérieur des gouvernements Édouard Daladier III, IV et V
  • De mars à juin 1940 : ministre de l’Éducation nationale du gouvernement Paul Reynaud

Autres mandats

  • De 1902 à 1924 : élu député radical-socialiste de l'Aude
  • De 1926 à 1945 : élu sénateur de l'Aude et est inscrit au groupe de la gauche démocratique, radicale et radicale-socialiste
  • décembre 1947 - mai 1958 : conseiller de l'Union française. Il est président de l'Assemblée de l'Union française de 1951 à 1958
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