Albright Madeleine

Publié le par Mémoires de Guerre

Madeleine Korbel Albright, née Marie Jana Korbelová le 15 mai 1937 à Prague (Tchécoslovaquie), est une diplomate, femme politique et femme d'affaires américaine. Membre du Parti démocrate, elle est ambassadrice américaine auprès des Nations unies de 1993 à 1997 puis secrétaire d'État des États-Unis entre 1997 et 2001 dans l'administration du président Bill Clinton

Albright Madeleine

Enfance

Marie Jana Korbelová est née de parents juifs, convertis au catholicisme pour échapper aux persécutions antisémites. Son père, Josef Korbel était un diplomate tchèque. Marie Jana changea de nom pour celui de « Madeleine » lors de son inscription dans une école suisse, ce prénom étant une adaptation française de « Madlenka », le surnom tchèque que lui donnait sa grand-mère. En 1939, la famille Korbel s'enfuit à Londres après l'annexion de la Bohême et de la Moravie par l'Allemagne nazie. Ses grands-parents meurent en déportation dans les camps d'Auschwitz et de Theresienstadt. Après la Seconde Guerre mondiale, la famille s'installa à Belgrade où Josef Korbel était devenu ambassadeur de Tchécoslovaquie en Yougoslavie. En 1948, après la prise de pouvoir par les communistes à Prague, la famille s'exila aux États-Unis, où Josef devint professeur en relations internationales à l'Université de Denver ; il aura ainsi Condoleezza Rice comme étudiante.

Études scolaires

Après sa scolarité en Suisse, Madeleine Korbel sortit diplômée en science politique du Wellesley College dans le Massachusetts. Elle acquiert la citoyenneté américaine en 1957. Elle poursuit ses études, apprend le russe et obtient une maîtrise et un doctorat en droit public de l'université Columbia. Elle parle alors couramment l'anglais, le français, le tchèque et le russe, tout en ayant des connaissances en allemand, polonais et serbo-croate. 

Début de la carrière professionnelle et politique

De 1976 à 1978, elle est l'assistante parlementaire du sénateur démocrate Edmund Muskie. De 1978 à 1981, elle travaille à la Maison-Blanche dans l'équipe de Jimmy Carter et est nommée au Conseil de sécurité nationale ; c'est à ce poste qu'elle formule la politique étrangère du président Jimmy Carter. Après la fin de la présidence Carter en 1981, elle travaille pour le Woodrow Wilson International Center for Scholars à la Smithsonian Institution, où elle écrit des articles sur le rôle de la presse dans les changements politiques intervenus en Pologne au début des années 1980. Elle travaille également pour le Center for Strategic and International Studies comme spécialiste de l'URSS et de l'Europe de l'Est.

Elle cofonde également un centre de réflexion, le Centre pour la politique nationale (Center for National Policy), dont elle assumera la présidence. En 1982, elle est nommée professeur d'affaires internationales à l'université de Georgetown. En 1984, Madeleine Albright est conseillère en politique internationale de la candidate démocrate à la vice-présidence Geraldine Ferraro puis en 1988 du candidat démocrate à la présidence Michael Dukakis. À partir de 1993, date du retour des démocrates au pouvoir, elle revient au gouvernement et entre dans l'administration Clinton

Ambassadrice aux Nations unies

Le 9 février 1993, elle est nommée ambassadrice américaine aux Nations unies par le président Bill Clinton (avec rang au Cabinet présidentiel). À ce poste, il lui est reproché d'avoir tardé à intervenir lors du génocide des Tutsis au Rwanda en 1994. 

Secrétaire d'État

Elle est nommée secrétaire d'État par le président Bill Clinton le 5 décembre 1996. Après avoir été confirmée dans cette fonction par un vote unanime du Sénat, elle fut investie comme la 64e secrétaire d'État le 23 janvier 1997. Le 27 septembre 1996, les Talibans prennent Kaboul, la secrétaire d'État Madeleine Albright déclare alors que « c'est un pas positif ». Fort de son soutien politique, les fondamentalistes s'emparent dès lors du pouvoir à Kaboul. Célébrée comme la première femme secrétaire d'État et comme la femme ayant accédé à cette date au plus haut rang politique de l'histoire des États-Unis, Madeleine Albright se fait l'avocate de la démocratie, des droits de l'homme, tout en faisant la promotion de l'approche américaine sur le travail, le commerce et l'environnement. 

Elle fait du renversement du président serbe Slobodan Milošević sa priorité, apportant des fonds considérables aux organisations d'opposition. Son action est primordiale en Bosnie-Herzégovine et plus particulièrement lors de la guerre du Kosovo à l'encontre de la Serbie. En 2000, elle renouvelle sa promotion de la démocratie appelant à la création d'une « communauté de démocraties ». Néanmoins, ses détracteurs l'accusent de crimes de guerre et de crime contre l'Humanité à cause de son soutien aux sanctions internationales contre l'Irak ayant provoqué la mort de 500 000 enfants irakiens. Interrogée sur ce dernier fait par une journaliste, elle déclarera que c'était une « décision difficile » mais qu'en définitive cela « en valait le la peine ». En 2000, elle est le plus haut responsable américain en fonctions à se rendre en Corée du Nord depuis la fondation du régime. 

Depuis 2001

Après la fin du mandat de Bill Clinton en janvier 2001, elle fut approchée par le président tchèque Václav Havel pour prendre sa succession à la présidence de la République tchèque, proposition qu'elle déclina. En 2001, Albright créa l'Albright Group, un cabinet de conseil en stratégie internationale basé à Washington, D.C. Elle compta Coca-Cola, Merck, Dubai Ports World et Marsh & McLennan parmi ses clients. En 2003, elle accepta une place au Conseil des Directeurs du New York Stock Exchange. En 2005, elle décida de ne pas solliciter un second mandat, à la suite des conséquences du scandale Grasso, dans lequel le président du Conseil des directeurs de la NYSE, Dick Grasso, perçut pour son départ une indemnité de 187,5 millions de dollars, avec une gouvernance faible du Conseil dans lequel Albright siégeait.

Professeur à l'université de Georgetown, elle participa en janvier 2006 à une réunion à la Maison-Blanche de tous les anciens secrétaires d'État et secrétaires à la Défense pour discuter de la politique étrangère avec les membres du gouvernement de George W. Bush. Elle préside le NDI (la branche du National Endowment for Democracy gérée par le Parti démocrate) ainsi que la fondation Truman qui accorde des bourses. Elle a, lors de l'élection présidentielle américaine de 2008, soutenu Hillary Clinton. Durant la période de transition, le président élu Barack Obama l'a chargée de le représenter à l'étranger. Madeleine Albright copréside le groupe de travail chargé d'élaborer le nouveau concept stratégique de l'Alliance atlantique. 

Controverses

Sanctions contre l’Irak

Le 12 mai 1996, alors qu’elle était ambassadrice des États-Unis auprès des Nations Unies, Madeleine Albright accorde une interview à l'émission de CBS Sixty Minutes. Lors de l’interview, la journaliste Lesley Stahl lui pose une question à propos des sanctions contre l'Irak : « Nous avons entendu dire qu'un demi-million d'enfants sont morts. C'est plus d'enfants morts qu’à Hiroshima. Cela en valait-il ce prix ? ». En réponse Madeleine Albright affirme : « Je pense que c'est un choix très dur, mais le prix -- nous pensons que cela en valait le prix. » (« I think this is a very hard choice, but the price -- we think the price is worth it. »). Elle critiquera par la suite l’interview de Stahl comme « revenant à de la propagande irakienne », affirmant que la question était tendancieuse. Elle écrira : « Je suis tombée dans un piège et j'ai dit quelque chose que je ne voulais pas dire ». Elle a regretté de s’être montrée « cruelle de sang-froid », mais maintiendra tout son soutien aux principes des sanctions commerciales internationales. L’interview a remporté un Emmy Award. 

« Nation indispensable »

Alors qu’elle était secrétaire d'État, Madeleine Albright s’est mise à utiliser fréquemment l'expression « La nation indispensable » en parlant des États-Unis d’Amérique Notablement en février 1998 lorsque, défendant la politique de diplomatie coercitive contre l'Irak, elle déclare : « C'est la menace du recours à la force [contre l'Irak] et notre déploiement là-bas qui va donner de la force à la diplomatie. Si nous devons utiliser la force, c'est parce que nous sommes l’Amérique ; nous sommes la nation indispensable. Nous sommes debout et nous voyons plus loin dans l’avenir que les autres pays, et nous voyons le danger pour nous tous ». 

Allégations de discours haineux

Fin octobre 2012, lors de la signature d'un livre dans la librairie de Prague Palác Knih Luxor, Madeleine Albright, recevant la visite d'un groupe de militants de l'organisation tchèque « Přátelé Srbů na Kosovu », qui avaient apporté des photos de guerre, dont certaines montraient des victimes serbes de la guerre du Kosovo de 1999, est filmée leur disant : « Sortez, Serbes dégoûtants ! ». 

Vie privée

En 1959, Madeleine Albright se maria avec Joseph Medill Patterson Albright, un journaliste de Chicago, neveu d'Alicia Patterson, fondatrice du Newsday, elle-même fille du magnat de la presse Joseph Medill Patterson. Le couple eut trois filles dont des jumelles, mais divorça en 1982. Madeleine Albright a un frère qui s'appelle John. 

Albright Madeleine

Publications

  • Madame le secrétaire d'État : Mémoires [« Madam Secretary »] (trad. de l'anglais par Marie-France Girod, Josiane et Alain Deschamps et Renaud Morin), Albin Michel, 2003 (ISBN 2-226-14194-4 et 978-2-226-14194-1, OCLC 154661858)
  • Fascism : a warning, Harper, 2018.
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