Aron Raymond

Publié le par Mémoires de Guerre

Raymond Aron, né le 14 mars 1905 dans le 6e arrondissement de Paris et mort le 17 octobre 1983 dans le 4e arrondissement, est un philosophe, sociologue, politologue, historien et journaliste français.

Aron Raymond
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Aron Raymond

D'abord ami et condisciple de Jean-Paul Sartre et Paul Nizan à l'École normale supérieure, il devient, lors de la montée des totalitarismes, un ardent promoteur du libéralisme, à contre-courant d'un milieu intellectuel pacifiste et de gauche alors dominant. Il dénonce ainsi, dans son ouvrage L'Opium des intellectuels, l'aveuglement et la bienveillance des intellectuels à l'égard des régimes communistes. Pendant trente ans, il est éditorialiste au quotidien Le Figaro. Durant ses dernières années, il travaille à L'Express. Grâce à des compétences et des centres d'intérêt multiples — en économie, sociologie, philosophie, géopolitique — il se distingue et acquiert une grande réputation auprès des intellectuels. Ses convictions libérales et atlantistes lui attirent de nombreuses critiques, venant des partisans de la gauche, comme de ceux de la droite. Il garde néanmoins tout au long de sa vie un ton modéré. Il est un commentateur reconnu de Karl Marx, Carl von Clausewitz, Kojève et Sartre. 

Raymond Claude Ferdinand Aron est issu d'une famille juive et d'un milieu aisé des deux côtés. Ses parents sont Gustave Émile Aron et Suzanne Levy. Son grand-père maternel, Léon Levy, possédait une usine de textile dans le nord de la France. Sa famille paternelle venait de Lorraine où elle était établie depuis la fin du XVIIIe siècle. Son grand-père paternel, Isidore (dit Ferdinand) Aron, était grossiste en textile à Rambervillers puis Nancy (Lorraine), un de ses grands-oncles paternels, Paul était le père de Max Aron, biologiste à Strasbourg. Ferdinand, le grand-père paternel de Raymond, prédit à celui-ci à sa naissance une grande carrière. Gustave Aron refusa de prendre la suite de l'affaire familiale et fit de brillantes études de droit ; il publia des travaux juridiques, mais n'étant reçu que deuxième à l'agrégation de droit alors qu'un seul poste était attribué, il abandonna la perspective d'enseigner à l'université et devint professeur de droit à l'École normale supérieure d'enseignement technique. Au début du siècle, il arrêta de travailler, vivant de l'héritage familial, faisant construire une maison à Versailles en 1913-1915 avec un court de tennis. La famille Aron retourna ensuite à Paris. Après la guerre, Gustave investit en bourse, mais sa fortune fut perdue du fait de la crise économique de 1929 et il fut obligé de reprendre un emploi. Il mourut en 1934 d'une crise cardiaque. Sa mère quant à elle mourut en juin 1940 à Vannes.

Cette fortune a permis aux trois enfants Aron de mener une vie aisée et de faire des études. Le frère aîné de Raymond, Adrien (1902-1969), a étudié au lycée Hoche, poursuivant par une classe de mathématiques supérieures et une licence en droit, mais il était plus attiré par une vie facile et devint un grand joueur de tennis et de bridge, menant une vie de « flambeur », à l'opposé de Raymond et au grand dam de leur père. Avant la naissance d'Adrien, la mère avait accouché d'un enfant mort-né. Après Raymond vint un troisième garçon, Robert, qui obtint une licence en droit et en philosophie, publia une étude sur Descartes et Pascal puis, après son service militaire, entra dans l'administration de la Banque de Paris et des Pays-Bas (devenue BNP-Paribas) grâce à Raymond qui jouait régulièrement au tennis avec son directeur. Raymond Aron épouse en 1933 Suzanne Gauchon (1907-1997), d'ascendance dauphinoise et lyonnaise. Ils auront trois filles : Dominique Schnapper, sociologue et membre du Conseil constitutionnel de 2001 à 2010, Emmanuelle et Laurence. 

Il étudie au lycée Hoche à Versailles où il obtient son baccalauréat en 1922. Il est élève en khâgne au lycée Condorcet (Paris) d'octobre 1922 à 1924, date à laquelle il est reçu à l'École normale supérieure, rue d'Ulm. Ses camarades sont alors Paul Nizan, Georges Canguilhem et Jean-Paul Sartre. Paul Nizan est plus qu'un camarade pour lui, c'est un véritable ami, au moins pendant ses années à l'École normale supérieure. Il admire aussi bien Paul Nizan que Jean-Paul Sartre pour leur intelligence ; il juge le premier meilleur écrivain (il admire Aden Arabie, mais aime moins Les Chiens de garde), le second meilleur philosophe. Il est alors influencé par les idées pacifistes du philosophe Alain, influence dont il se détachera à partir des années 1930. Engagé politiquement, il milite quelque temps à la SFIO. En 1927, il signe avec ses condisciples la pétition — parue le 15 avril dans la revue Europe — contre la loi sur l’organisation générale de la nation pour le temps de guerre, qui abroge toute indépendance intellectuelle et toute liberté d’opinion. Son nom côtoie ceux d'Alain, Lucien Descaves, Louis Guilloux, Henry Poulaille, Jules Romains, Séverine…

En 1928, il est reçu 1er à l'agrégation de philosophie, alors que Sartre est recalé à l'écrit, avant d'être à son tour reçu 1er l'année suivante, et avec un total de points supérieur à Aron l'année précédente. Emmanuel Mounier est second. Aron se rend à partir de 1930 en Allemagne où il étudie un an à l'université de Cologne, puis de 1931 à 1933 à Berlin, où il est pensionnaire de l'Institut français créé en 1930 et fréquente l'université de Berlin. Il observe alors la montée du totalitarisme nazi, phénomène qu'il relate dans ses Mémoires.  Il revient en France en 1933, tandis que Sartre est à son tour pensionnaire à l'Institut français de Berlin. Il enseigne un an la philosophie au lycée du Havre (le lycée François-Ier, où Sartre lui succèdera également) puis vit à Paris jusqu'en 1940. Il est alors secrétaire du Centre de documentation sociale de l'École normale supérieure et professeur à l'École normale supérieure d'enseignement primaire à Paris. En 1935, il publie La sociologie allemande contemporaine où il introduit l'idée — nouvelle — de la relativité et d'indéterminisme en sociologie. En 1938, il obtient son doctorat ès-Lettres avec une thèse intitulée Introduction à la philosophie de l'histoire ainsi qu'un essai sur la théorie de l'histoire dans l'Allemagne contemporaine. En 1939, il est maître de conférences en philosophie sociale à la faculté des lettres de Toulouse, avant d'être mobilisé dans l'armée française.

Le 24 juin 1940, il embarque sur un navire britannique transportant une division polonaise, le HMS Ettrick, à Saint-Jean-de-Luz et il rejoint Londres où il reste jusqu'en 1945. Engagé dans les Forces françaises libres, il devient rédacteur de La France Libre, une revue créée par André Labarthe, indépendante de la France libre et souvent critique vis-à-vis du général de Gaulle. Il fait ainsi sa première expérience de l'écriture journalistique qu'il n'abandonnera plus jusqu'à sa mort. En 1944 le doyen de l'université de Bordeaux lui propose la chaire de sociologie, mais il refuse car il veut s'orienter vers le journalisme (il regrettera ce choix plus tard). Une fois la guerre achevée, il s'installe à Paris et devient professeur à l'École nationale d'administration de Paris entre 1945 et 1947. Puis, de 1948 à 1954, il est professeur à l'Institut d'études politiques de Paris. Il est chargé d'enseignement dès 1955 puis, à partir de 1958, professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de l'université de Paris ; directeur d'études à l'École pratique des hautes études de 1960 à 1983 ; professeur au Collège de France titulaire de la chaire « Sociologie de la civilisation moderne » de 1970 à 1978. En 1978, il fonde avec notamment Alain Ravennes le CIEL (Comité des intellectuels pour l'Europe des libertés) et avec l'aide de Jean-Claude Casanova, il crée la revue Commentaire. Un Centre d'études de philosophie politique porte le nom de Centre Raymond-Aron à l'École des hautes études en sciences sociales, boulevard Raspail à Paris (EHESS). À la suite de son expérience de rédaction dans la revue La France libre et Combat, il se lance après guerre dans le journalisme, qu'il ne quittera plus jusqu'en 1983. Cette même année 1945, il fonde avec Sartre la revue Les Temps modernes. De 1946 à 1947, il collabore à Combat, avec Albert Camus.

En 1947, en désaccord avec Sartre, Raymond Aron quitte la rédaction des Temps Modernes et rejoint Le Figaro comme éditorialiste, poste qu'il occupe jusqu'en 1977. De 1965 à 1966, il est président de la société des rédacteurs. De 1975 à 1976, il est membre du directoire de la société. De 1976 à 1977, il est directeur politique du journal. Il quitte le journal en 1977 et rejoint le journal L'Express comme président du comité directeur, poste qu'il occupe jusqu'à sa mort en 1983. Parallèlement, il est chroniqueur à la radio Europe 1 de 1968 à 1972. Le 17 octobre 1983, il meurt d'une crise cardiaque en quittant le palais de justice de Paris après avoir témoigné en faveur de Bertrand de Jouvenel lors du procès qui oppose ce dernier à Zeev Sternhell.  Élève à l'École normale supérieure, Raymond Aron s'inscrit à la SFIO. Séjournant à Berlin, Aron assiste aux autodafés organisés par le régime nazi en mai 1933. Cette catastrophe politique lui inspire une profonde aversion pour les régimes totalitaires, qu'il ne cessera de dénoncer dans ses écrits. Ses convictions de gauche, pacifistes et socialistes, évoluent. En 1938, il participe au colloque Walter Lippmann, qui réunit des intellectuels et économistes libéraux venus débattre à Paris de l'avenir de la démocratie face au totalitarisme.

Mobilisé en septembre 1939 dans un poste météorologique des Ardennes, il rejoint Bordeaux pendant la débâcle. Séparé de son détachement début juin pour aller voir sa mère mourante à Vannes, il le retrouve brièvement à Toulouse où il décide de gagner l'Angleterre pour s'engager auprès du général de Gaulle. Il part à Bayonne et embarque à Saint-Jean-de-Luz pour l'Angleterre, le 23 juin 1940. Sur le bateau, L'Ettrick, un transatlantique britannique transportant une division polonaise, il fait la rencontre de René Cassin à Londres, il s'engage dans les Forces françaises libres et retrouve Robert Marjolin, qui travaille pour Jean Monnet. Il adopte une opinion paradoxale à propos de Pétain : bien que le choix de celui-ci mise de fait sur la victoire de l'Allemagne nazie, il indique également que la décision a le mérite d'avoir épargné le sang et les camps de travail à des millions de Français ; de plus il n'accorde pas un soutien sans faille à de Gaulle, dont il redoute le césarisme. Au Reform Club, il fait la connaissance de Lionel Robbins et de Friedrich Hayek. Envoyé à Aldershot, il est brièvement engagé dans la 1re compagnie des chars de combat, au sein des Forces françaises libres, où il est affecté aux écritures. Le 22 juillet, il rencontre à Carlton Gardens André Labarthe, qui le convainc d'abandonner son unité, en août, quelques jours avant l'embarquement pour l'opération Menace, pour devenir rédacteur en chef de la revue La France Libre (Londres), qu'il est en train de créer. Il écrit sous le nom de René Avord. Son premier article s'intitule « Le machiavélisme, doctrine des tyrannies modernes ». En 1943, l'article « L'ombre des Bonaparte », paru dans La France libre, est considéré comme une attaque contre le chef de la France combattante, qui ne se voit pas sans agacement comparé à Badinguet.

Dans ses Mémoires, il écrit : « Dans mon milieu, imprégné de hégélianisme et de marxisme, l’adhésion au communisme ne faisait pas scandale, l’adhésion au fascisme ou au PPF était simplement inconcevable. De tous, dans ce groupe, j’étais le plus résolu dans l’anticommunisme, dans le libéralisme, mais ce n’est qu’après 1945 que je me libérai une fois pour toutes des préjugés de la gauche. » Il conçoit néanmoins pour le philosophe Karl Marx une admiration qui n'a d'égale que son mépris pour le courant « marxiste-léniniste ». Le paradoxe est bien le maître-mot de cet intellectuel controversé, qui développe un sens critique toujours en éveil face au politique. À la Libération, il accepte un poste de conseiller au ministère de l'Information, dirigé par André Malraux. Il s'engage au sein du RPF dès 1947 et anime la revue intellectuelle du Rassemblement, La Liberté de l'esprit. Dénonçant dans les années 1950-1960 le « conformisme marxisant » de l'intelligentsia française, il devient l'intellectuel de droite de l'époque, face à Sartre qui symbolise l'intellectuel de gauche. Ils se rejoindront bien plus tard, en 1979, pour déplorer le sort réservé aux boat-people fuyant le régime communiste vietnamien sur la mer de Chine, dans des embarcations de fortune.

Dans L'Opium des intellectuels paru en 1955, il traite des « mythes » que constituent à ses yeux la révolution ou le prolétariat, écrivant notamment : « La fin sublime excuse les moyens horribles. Moraliste contre le présent, le révolutionnaire est cynique dans l’action, il s'indigne contre les brutalités policières, les cadences inhumaines de la production, la sévérité des tribunaux bourgeois, l'exécution de prévenus dont la culpabilité n'est pas démontrée au point d'éliminer tous les doutes. Rien, en dehors d'une « humanisation » totale, n'apaisera sa faim de justice. Mais qu'il se décide à adhérer à un parti aussi intransigeant que lui contre le désordre établi, et le voici qui pardonnera, au nom de la Révolution, tout ce qu'il dénonçait infatigablement. Le mythe révolutionnaire jette un pont entre l'intransigeance morale et le terrorisme. [...] Rien n'est plus banal que ce double-jeu de la rigueur et de l'indulgence. » Esprit indépendant, il n'hésite pas à prendre le contre-pied d'une partie de la droite : ainsi, il préconise de renoncer à une Algérie française dès avril 1957 (La Tragédie algérienne) et se rallie à l'indépendance de l'Algérie avant 1962 ; il s'oppose à la politique anti-atlantiste du général de Gaulle après 1966. Il soutient Georges Pompidou, puis Valéry Giscard d'Estaing, et combat François Mitterrand après 1981. 

En juin 1950, à Berlin, est fondé le Congrès pour la liberté de la culture. Jusqu'en 1967, année de la révélation du financement de cette organisation par la CIA, Aron, cofondateur, est membre suppléant de son comité exécutif. La revue Preuves, elle aussi secrètement financée par la CIA, est une tribune pour Aron. Dans ses Mémoires, il affirme avoir ignoré le financement par la CIA, et souligne qu'il ne l'aurait probablement pas toléré s'il l'avait su ; toutefois, il ne veut pas renier sa participation, et oppose la liberté dont il profitait à l'obéissance servile des membres des organisations communistes. Aron était invité à l'université Harvard pour donner un cours, et était payé en retour 10 000 $. En 1966, de Gaulle s'oppose à sa nomination au Comité des 12 sages.  Raymond Aron, « spectateur engagé », a tenté de concilier l'étude et l'action tout au long de sa vie. Il écrit ainsi, au sujet de Max Weber, sociologue allemand dont il s'inspira : « On ne peut être en même temps homme d’action et homme d’études, sans porter atteinte à la dignité de l’un et de l’autre métier, sans manquer à la vocation de l’un et de l’autre. Mais on peut prendre des positions politiques en dehors de l’université, et la possession du savoir objectif, si elle n’est peut-être pas indispensable, est à coup sûr favorable à une action raisonnable. » Plus loin, on trouve cette déclaration : « Max Weber interdisait au professeur de prendre parti dans les querelles du Forum, à l’intérieur de l’université, mais il ne pouvait pas ne pas considérer l’action, au moins par la parole ou par la plume, comme l’aboutissement de son travail. » 

Aron a longtemps étudié et enseigné Karl Marx, notamment à la Sorbonne. Il l'estime, mais réfute ce qu’il considère être « ses prophéties ». Marxologue reconnu, il se qualifiait volontiers, non sans ironie, de « marxien ». « Je suis arrivé à Tocqueville à partir du marxisme, de la philosophie allemande et de l'observation du monde présent […]. Je pense presque malgré moi prendre plus d'intérêt aux mystères du Capital qu'à la prose limpide et triste de la Démocratie en Amérique. Mes conclusions appartiennent à l'école anglaise, ma formation vient de l'école allemande », a-t-il écrit. Tout cela parce que « j'ai lu et relu les livres de Marx depuis 35 ans. » Le marxisme est présenté par Aron succinctement dans Dix-huit leçons sur la société industrielle, de manière un peu plus développée dans Les étapes de la pensée sociologique, et dans un ouvrage publié à titre posthume, Le Marxisme de Marx.  Rejoignant la théorie d'Hannah Arendt sur le totalitarisme, il en propose la définition opératoire suivante : « Il me semble que les cinq éléments principaux sont les suivants :

  • Le phénomène totalitaire intervient dans un régime qui accorde à un parti le monopole de l'activité politique.
  • Le parti monopolistique est animé ou armé d'une idéologie à laquelle il confère une autorité absolue et qui, par suite, devient la vérité officielle de l'État.
  • Pour répandre cette vérité officielle, l'État se réserve à son tour un double monopole, le monopole des moyens de force et celui des moyens de persuasion. L'ensemble des moyens de communication, radio, télévision, presse, est dirigé, commandé par l'État et ceux qui le représentent.
  • La plupart des activités économiques et professionnelles sont soumises à l'État et deviennent, d'une certaine façon, partie de l'État lui-même. Comme l'État est inséparable de son idéologie, la plupart des activités économiques et professionnelles sont colorées par la vérité officielle.
  • Tout étant désormais activité d'État et toute activité étant soumise à l'idéologie, une faute commise dans une activité économique ou professionnelle est simultanément une faute idéologique. D'où, au point d'arrivée, une politisation, une transfiguration idéologique de toutes les fautes possibles des individus et, en conclusion, une terreur à la fois policière et idéologique. […] Le phénomène est parfait lorsque tous ces éléments sont réunis et pleinement accomplis. »

On a souvent opposé Sartre et Aron. Le premier toujours à la pointe des événements, « progressiste » et inséré dans la « lutte révolutionnaire ». Le second, analysant en retrait le déroulement de l'histoire sans sacrifier aux modes, avec le recul d'un sociologue ou d'un historien qui ne se veut ni doctrinaire, ni moraliste, mais libre et sans lien avec aucune « école de pensée ». Dans l'ouvrage intitulé La Blessure, récit autobiographique de l'écrivain et journaliste Jean Daniel, publié chez Grasset en 1992, on trouve l'origine de l'aphorisme Plutôt avoir tort avec Sartre que raison avec Aron : Jean Daniel, excédé par une réaction de Raymond Aron, avait dit à Claude Roy qu'il était « plus facile d'avoir tort avec Sartre qui "trucule, exubère et effervesce" (Claudel) que d'avoir raison dans la morosité avec Aron. ». 

De nombreuses figures ont suivi son enseignement : Jean Baechler, Alain Besançon, Pierre Birnbaum, Raymond Boudon, Pierre Bourdieu, Jean-Claude Casanova, Julien Freund, André Glucksmann, Pierre Hassner, Stanley Hoffmann, Henry Kissinger, Pierre Manent, Jean-Claude Michaud, Albert Palle, Kostas Papaioannou, Jean-Jacques Salomon. D'autres figures ont été marquées par la pensée d'Aron : Raymond Barre, Nicolas Baverez, Yves Cannac, Luc Ferry, Marc Fumaroli, François Furet, Claude Imbert, Marcel Gauchet, Annie Kriegel, Claude Lefort, Henri Mendras, Jean-François Revel, Guy Sorman. La plupart de ces figures participent ou ont participé à la revue Commentaire, qui peut être qualifiée de revue aronienne. À travers elle, existe ainsi une école de pensée aronienne, d'un libéralisme tempéré, teinté de conservatisme, tourné vers le monde anglo-saxon. Parmi d'autres, cette école englobe, en France, Pierre Manent, Jean-Claude Casanova et Philippe Raynaud, aux États-Unis, le politologue Daniel J. Mahoney et, en Allemagne, l'historien Matthias Oppermann. Il a également été, avec François Furet, l'un de ceux qui ont contribué à faire redécouvrir Alexis de Tocqueville, auquel il consacre un chapitre dans Les Étapes de la pensée sociologique (1967). 

Publications

  • La Sociologie allemande contemporaine, Paris, Alcan, 1935.
  • Introduction à la philosophie de l'histoire. Essai sur les limites de l'objectivité historique, Paris, Gallimard, 1938.
  • Essai sur la théorie de l'histoire dans l'Allemagne contemporaine. La philosophie critique de l'histoire, Paris, Vrin, 1938.
  • L'Homme contre les tyrans, New York, Éditions de la Maison française, 1944.
  • De l'armistice à l'insurrection nationale, Paris, Gallimard, 1945.
  • L'Âge des empires et l'Avenir de la France, Paris, Défense de la France, 1945.
  • Chroniques de guerre. « La France Libre », 1940-1945, Gallimard.
  • Le Grand Schisme, Paris, Gallimard, 1948.
  • Les Guerres en chaîne, Paris, Gallimard, 1951.
  • La Coexistence pacifique. Essai d'analyse, Paris, éditions Monde nouveau, 1953, sous le pseudonyme « François Houtisse », signalé par Boris Souvarine.
  • L'Opium des intellectuels, Paris, Calmann-Lévy, 1955.
  • Polémiques, Paris, Gallimard, 1955.
  • La Tragédie algérienne, Paris, Plon, 1957.
  • Espoir et peur du siècle. Essais non partisans, Paris, Calmann-Lévy, 1957.
  • L'Algérie et la République, Paris, Plon, 1958.
  • La Société industrielle et la Guerre, suivi d'un Tableau de la diplomatie mondiale en 1958, Paris, Plon, 1959.
  • Immuable et changeante. De la IVe à la Ve République, Paris, Calmann-Lévy, 1959.
  • Dimensions de la conscience historique, Paris, Plon, 1961.
  • Paix et guerre entre les nations, Paris, Calmann-Lévy, 1962.
  • Le Grand Débat. Initiation à la stratégie atomique, Paris, Calmann-Lévy, 1963.
  • Dix-huit leçons sur la société industrielle, Paris, Gallimard, 1963.
  • La Lutte des classes, Paris, Gallimard, 1964.
  • Essai sur les libertés, Paris, Calmann-Lévy, 1965.
  • Démocratie et Totalitarisme, Paris, Gallimard, 1965.
  • Trois essais sur l'âge industriel, Paris, Plon, 1966.
  • Les Étapes de la pensée sociologique, Paris, Gallimard, 1967.
  • De Gaulle, Israël et les Juifs, Paris, Plon, 1968.
  • La Révolution introuvable. Réflexions sur les événements de mai, Paris, Fayard, 1968.
  • Les Désillusions du progrès, Paris, Calmann-Lévy, 1969.
  • D'une sainte famille à l'autre. Essai sur le marxisme imaginaire, Paris, Gallimard, 1969.
  • De la condition historique du sociologue, Paris, 1971.
  • Études politiques, Paris, Gallimard, 1972.
  • République impériale. Les États-Unis dans le monde (1945–1972), Paris, Calmann-Lévy, 1973.
  • Histoire et dialectique de la violence, Paris, Gallimard, 1973. Ce livre, qui est un commentaire de la Critique de la raison dialectique de Sartre, fait lui-même l'objet d'une analyse récemment publiée par son ancien éditeur Pierre Verstraeten, professeur à l'ULB : L'Anti-Aron, La différence, 2008.
  • Penser la guerre, Clausewitz, 2 vol., Paris, Gallimard, 1976.
  • Plaidoyer pour l'Europe décadente, Paris, Laffont, 1977.
  • Le Spectateur engagé (entretiens), Paris, Julliard, 1981.
  • Mémoires. 50 ans de réflexion politique, 2 volumes, Paris, Julliard, 1983, 1082 p.
  • Les Dernières Années du siècle, Paris, Julliard, 1984.
  • Raymond Aron et Louis Séchan, Introduction à la philosophie de l'histoire, Paris, Éditions de Fallois, 1997 (ISBN 2253905364)
  • Le Marxisme de Marx, Paris, Éditions de Fallois, 2002 (ISBN 2-87706-423-9) et en livre de poche, 1082 p., Paris, 2004 (ISBN 2-253-10800-6).
  • Raymond Aron, spectateur engagé. Entretiens avec Raymond Aron. Durée : 2 h 30 - DVD - éditions Montparnasse, 2005.
  • De Giscard à Mitterrand : 1977-1983 (éditoriaux parus dans L'Express), préface de Jean-Claude Casanova, Paris, Éditions de Fallois, octobre 2005, 895 p. (ISBN 2-87706-570-7).

Publié dans Historiens

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