Guillemin Henri

Publié le par Roger Cousin

Guillemin HenriHenri Guillemin, né le 19 mars 1903 à Mâcon et décédé le 4 mai 1992 à Neuchâtel en Suisse, est un historien et un polémiste français considéré comme anticonformiste. Fils d'un agent voyer, pur produit de la méritocratie républicaine, Guillemin est d'abord élève au lycée Lamartine de Mâcon avant d'intégrer le lycée du Parc de Lyon, puis l'École normale supérieure en 1924 (27e sur 30). En 1923, il devient le secrétaire de Marc Sangnier et s’engage résolument en faveur du catholicisme social. Rue d'Ulm, il se lie d'amitié avec Jean-Paul Sartre.

Agrégé de Lettres en 1927, il enseigne pendant huit ans au lycée tout en consacrant sa thèse (sous la direction de Daniel Mornet) au Jocelyn de Lamartine. À trente-trois ans, il est nommé professeur à l’université du Caire (d'octobre 1936 à juin 1938), puis à l'université de Bordeaux (1938-1941). La guerre et l'occupation mettent fin à ce parcours jusque là académique : dénoncé par Je suis partout, au moment de la publication de son livre sur Rousseau, Cette affaire infernale, Guillemin fuit la France en juillet 1942 et se réfugie en Suisse à Neuchâtel. À la Libération, après avoir tenté, en vain, d'obtenir un poste à la Sorbonne, il devient attaché culturel à l'ambassade de France de Berne (jusqu'à sa retraite, en 1962). Il partage ensuite sa vie entre la France et la Suisse.

Narrateur hors pair, il excellait dans l’art de la conférence et a enregistré plusieurs documentaires historiques pour la Télévision suisse romande (notamment Jean Jaurès en 1962 et Jeanne d'Arc en 1970) et pour la Radio Suisse Romande. Radio-Canada a aussi diffusé en 1968 Napoléon vu par Guillemin, une série de 3 conférences sur Napoléon Bonaparte, sa vie, son œuvre, ; l'énigme Jeanne-d'Arc, série composée de plusieurs épisodes, a été diffusée en 1971 tandis que Portraits de révolutionnaires (Lénine, Staline) a été diffusée en 1983. Il est à noter que les téléspectateurs français n'ont guère eu accès au talent oratoire de Guillemin, dont l'anticonformisme gênait - le mot est faible - l'O.R.T.F. (il faut ainsi attendre 2005 pour que la chaîne "Histoire" diffuse l'intégralité de ses émissions sur Napoléon).

Il était marié à Jacqueline Rödel, fille de l'ancien secrétaire du Sillon Jacques Rödel. Son témoin de mariage était François Mauriac. Henri Guillemin est avant tout un spécialiste du XIXe siècle, qu'il aborde au départ par la littérature (sa thèse sur Lamartine en 1936, puis ses travaux sur Flaubert, Victor Hugo, Zola ou Jules Vallès). Il poursuit ensuite ses recherches sur l'histoire du XIXe siècle, notamment sur la question sociale sous la IIe République et les relations entre l'Église et l'État (Histoire des catholiques français au XIXe siècle, 1947). Pour Guillemin, l'histoire doit être au service du peuple, non des puissants. Dans la plupart de ses livres (sa trilogie sur la guerre de 1870 ou encore son analyse de l'affaire Pétain), il met en évidence la responsabilité de la droite nationaliste ("les nationaux"), qui, à deux reprises, en 1870 et en 1940, a fait le choix de la défaite (en préférant l'ennemi extérieur) pour mieux écraser le peuple, "l'ennemi intérieur". Prenant le contre-pieds de ce qu'il appelle "l'histoire bienpensante", il n'hésite pas écorner les mythes (comme Napoléon).

Très éclectique, son œuvre s'intéresse autant à des grandes figures révolutionnaires qu'à des grands noms de la littérature qu'il n'hésite pas à malmener (Benjamin Constant, Alfred de Vigny). On lui a d'ailleurs reproché de « détruire de grands noms par des petits moyens ». De ses coups de cœur, ressort le portrait d'un Guillemin anticlérical, chrétien de gauche, exigeant dans ses admirations.

Publié dans Historiens

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