Pie XII

Publié le par Mémoires de Guerre

Eugenio Maria Giuseppe Giovanni Pacelli, né à Rome, le 2 mars 1876 et mort à Castel Gandolfo le 9 octobre 1958 est le 260e pape de l'Église catholique sous le nom de Pie XII de 1939 à sa mort. Né dans une famille de la noblesse pontificale, il progresse dans la curie, en tant que juriste dans la diplomatie vaticane. Nonce apostolique pendant la Première Guerre mondiale en Bavière puis en Allemagne, où il assiste à une révolte communiste et à la naissance du parti nazi, négociateur de plusieurs concordats, il est élu en 1929 cardinal puis nommé en février 1930 cardinal secrétaire d'Etat du pape Pie XI. Il travaille avec lui au quotidien, en particulier sur les relations avec l'Allemagne où Hitler arrive au pouvoir avec l’appui du catholique Von Papen, avec lequel il négocie un concordat. Il travaille ensuite pour Pie XI à la lettre de condamnation du nazisme : Mit brennender Sorge. Ses capacités de diplomate et la confiance de Pie XI, qui meurt en 1939, en font le favori du conclave qui l'élit peu avant le début de la guerre.

Tentant de maintenir la paix (au moins pour l'Italie), exposant sa vision du rôle du pape dans l'encyclique Summi Pontificatus, il maintient le Vatican dans une neutralité qui condamne les excès de la guerre (en Pologne surtout) sans nommer explicitement le nazisme de peur, semble-t-il, d'aggraver la répression. Sous la surveillance de Mussolini d'abord, puis sous celle des Allemands, il maintient des liens diplomatiques avec tous les régimes y compris ceux qui collaborent à l'antisémitisme et à la déportation des Juifs, tout en se refusant à condamner l'alliance des Alliés et de l'URSS. Mis au courant de l'existence des camps d'extermination, le pape condamne les actes sans en préciser explicitement les victimes, ni les coupables (Noël 1942). Lors de l'occupation de Rome par les nazis, Pie XII agit pour éviter les bombardements de la ville et pour protéger les Juifs menacés, ce qui n'empêche pas complètement leur déportation mais lui vaut la reconnaissance de plusieurs personnalités et dignitaires juifs après la guerre.

Après la guerre, il s'oppose aux régimes communistes qui poursuivent la répression des catholiques et accompagne la décolonisation par la mise en place de clergés locaux. Durant son long pontificat, Pie XII exerce un magistère d'autorité, utilisant l'infaillibilité pour affirmer le dogme de l'Assomption, publiant 42 encycliques et effectuant 33 béatifications. Il affirme une vision hiérarchique de l'Église comme un corps mystique du Christ, insistant sur l'apostolat des laïcs et sur le rôle de la famille chrétienne dans l'éducation. Il encadre les innovations liturgiques et la recherche sur les écritures saintes, met fin à l'expérience des prêtres ouvriers, prend position sur les questions scientifiques, la contraception ou sur les évolutions politiques, utilisant les médias modernes (radio, télévision), et les grands rassemblements. Après sa mort, en particulier à partir de 1963, à la suite de la parution de la pièce de théâtre Le Vicaire, il est l'objet d'une polémique (qui reprend au moment de l'enquête sur sa béatification) entre ceux qui louent son action charitable et déterminée contre Hitler et ceux qui lui reprochent ses « silences » (en particulier sur la Shoah, le génocide des Juifs d'Europe par le régime nazi et ses collaborateurs) et ses ambiguïtés face aux régimes d’extrême droite. 

Le nonce Pacelli futur pape Pie XII pendant la Première Guerre mondiale

Le nonce Pacelli futur pape Pie XII pendant la Première Guerre mondiale

L'ascension du diplomate juriste

Un représentant de la jeunesse pontificale

Eugenio Pacelli naît à Rome en 1876, dans une famille de la noblesse noire du Saint-Siège fidèle à la papauté pendant la question romaine (de 1870 à 1929 accords du Latran) : son grand-père, Marcantonio Pacelli, avait été ministre des Finances de Grégoire XVI puis secrétaire à l'Intérieur sous le pontificat de Pie IX de 1851 à 1870. C'était l'un des fondateurs du journal officiel du Vatican, L'Osservatore Romano, et il avait accompagné le Pape en exil à Gaète en 1849. Son père, Filippo Pacelli (1837-1916), avocat à la Rote romaine puis avocat consistorial s'était également montré défavorable à l'intégration des États pontificaux au royaume d'Italie après 1870. Un oncle (Giuseppe Pacelli) est Monsignore (il le baptise à San Celso e Giuliano), un de ses cousins, Ernesto Pacelli, est un conseiller financier de Léon XIII, sa mère, Virginia Graziosi (1844-1920) vient d'une famille distinguée pour ses services rendus au Saint-Siège, enfin, son frère, Francesco Pacelli, docteur en droit canon et juriste du Saint-Siège, allait être l'un des négociateurs des accords du Latran en 1929. Avec son frère Francesco et leurs deux sœurs, Giuseppina et Elisabetta, Eugenio grandit à Rome, va à l'école chez les religieuses puis à partir de 7 ans, au Liceo Ennio Quirino Visconti, établissement public marqué par un certain anticléricalisme populaire. 

Il est le meilleur de ses classes. Eugenio Pacelli annonce dès 12 ans son intention d'être prêtre et non homme de loi, ce qui n'étonne pas sa famille (il était fasciné par la personnalité de saint Philippe Neri (originaire de Rome) dont le corps était sous l'autel de l'église de la paroisse où il servait comme enfant de chœur). Étudiant discipliné, sportif (natation, cheval, canot), musicien (violon), s'intéressant à l'archéologie, il commence en 1894 sa théologie à l'université grégorienne des Jésuites de Rome tout en résidant au Collegio Capranica. De 1895 à 1896, il effectue son année de philosophie à l'université romaine de La Sapienza. Il visite Paris en 1896 rejoint l'institut Apollinare de l'université pontificale du Latran en 1899, y obtient trois licences, l'une de théologie et les autres in utroque jure (« dans les deux droits », c'est-à-dire droit civil et droit canonique) avec, parmi ses professeurs, l'Allemand Karl Julius Beloch. Au séminaire, pour des raisons de santé, il échappe au lot commun et obtient de rentrer chaque soir au domicile parental. Il est ordonné prêtre à Pâques le 2 avril 1899 par Mgr Francesco di Paola Cassetta, un ami de la famille. 

La carrière dans la curie d'un juriste diplomate

Le père Pacelli est invité à travailler dans les bureaux du Vatican par Mgr Pietro Gasparri, qui est un proche de Mariano Rampolla, le secrétaire d'État du pape Léon XIII. En 1901, fait docteur en théologie, repéré pour ses dons en langues et en droit, il entre à la Congrégation des affaires ecclésiastiques extraordinaires, chargée des relations internationales du Vatican, par la recommandation d'un des frères cardinaux Vannutelli, ami de la famille. Il y devient minutante pour le compte du secrétariat d'Etat, où il rencontre Merry del Val. Il est choisi par Léon XIII pour porter les condoléances du Saint-Siège après la mort de la reine Victoria. Le P. Pacelli assiste, en tant que minutante, au conclave d'août 1903, qui voit l'empereur d'Autriche François-Joseph Ier porter la dernière exclusive contre le cardinal Rampolla et aboutit à l'élection de Pie X. Après cette élection, la curie est dominée par les antimodernistes et tout particulièrement le nouveau secrétaire d'État, le cardinal Merry del Val. Pacelli, tout en restant le protégé du cardinal Gasparri, est identifié comme un proche de Pie X, qui le nomme camérier secret et aurait appartenu à l'organisation antimoderniste la Sapinière « quoique sa position ne soit pas intransigeante. Il était vu comme un serviteur du Saint-Siège essentiellement étranger aux conflits qui secouaient les milieux du Vatican ».

Après avoir été intégré, le 3 octobre 1903, dans la Commission pour la codification du droit canonique (dont il est nommé secrétaire en 1904, par le cardinal Gasparri) il est promu prélat domestique en 1905, et poursuit sa carrière de spécialiste comme juriste, représentant du Saint-Siège et enseignant : il publie une étude sur La Personnalité et la territorialité des lois, spécialement dans le droit canon, puis un livret blanc sur la séparation des Églises et de l'État en France où il s'est rendu l'année précédente. Il est un des principaux préparateurs des textes qui mettent fin au droit d'exclusive qui avait marqué le conclave précédent. Nommé représentant du Vatican au congrès international eucharistique de Londres (1908), il rencontre Winston Churchill et représente le Saint-Siège au couronnement du roi George V en 1911. Mgr Pacelli, après avoir décliné de nombreuses offres de chaires de droit canonique, aussi bien à l'Apollinaire qu'à l'université catholique de Washington (à la demande du pape), enseigne cependant à l'Académie des nobles ecclésiastiques, vivier de la curie romaine, puis devient professeur de droit canon de l'université pontificale du Latran et de l'université catholique d'Amérique en 1908. De 1909 à 1914 il est professeur de l'Institut Sant’Apollinare. 

Il est également chapelain des sœurs de l'Assomption. Sa carrière est une suite de promotions : le 7 mars 1911, il devient sous-secrétaire aux Affaires ecclésiastiques extraordinaires du cardinal Gasparri, puis en 1912, consultant pour le Saint-Office, secrétaire adjoint, et secrétaire le 1er février 1914 (il y succède à Mgr Gasparri qui vient d'être promu Cardinal secrétaire d'État). Dès lors, il devient un des diplomates en vue du Saint-Siège. Il conclut un concordat avec la Serbie quelques jours avant l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand d'Autriche. Après le décès du pape, son successeur Benoît XV conserve Gasparri et Pacelli à leurs postes. Pacelli y promeut la politique pacifiste du pape pendant la Première Guerre mondiale (il est chargé du suivi et des échanges des prisonniers de guerre). Il tente en particulier de dissuader l'Italie d'entrer en guerre contre les puissances centrales (Autriche-Hongrie et Allemagne) : en 1915, lors d'un voyage à Vienne, en collaboration avec le nonce apostolique Mgr Scapinelli, il cherche à amener l'empereur François-Joseph à plus de patience à l'égard de l'Italie. Lorsqu'il sert à Rome, considéré comme le bras droit de Mgr Gasparri, il participe à la rédaction des projets de documents pontificaux, souvent majeurs, à l'instar des encycliques comme celle, interrompue du fait de la Première Guerre mondiale, prévue en février 1916 ; il participa au passage sur la condamnation de l'antisémitisme. 

Un diplomate du Saint-Siège

Le nonce apostolique en terre allemande

Le 20 avril 1917, Benoît XV nomme Pacelli nonce apostolique en Bavière : Munich est alors l'unique représentation pontificale dans l'Empire allemand. Trois jours plus tard, il le nomme archevêque in partibus de Sardes et le sacre dans la chapelle Sixtine, le 13 mai 1917 (jour des apparitions de Fátima). Il est reçu par le roi Louis III de Bavière le 29 mai 1917. Auprès du Kaiser Guillaume II, Pacelli tente en vain de promouvoir la note de Benoît XV du 1er août 1917, demandant la paix : le chancelier Bethmann-Hollweg, intéressé, doit démissionner. Pacelli s'efforce de connaître l'Église allemande, visite les diocèses et assiste aux principales manifestations catholiques, comme le Katholikentag. Il rencontre son conseiller Robert Leiber et prend à son service, lors de ses vacances d'été, à Rorschach au lac de Constance, l'Allemande sœur Pasqualina, âgée de 23 ans, qui reste sa gouvernante jusqu'à la fin de sa vie. Après l'effondrement de l'Allemagne, une insurrection éclate en Bavière, en 1919, et des révolutionnaires menacent le nonce apostolique de leurs armes pour prendre sa voiture. 

La république des conseils de Bavière nationalise l'immeuble de la nonciature, qui est rendu après la protestation officielle du diplomate ; le nonce écrit au Vatican que ce régime — qui dura un mois — est une « très dure tyrannie judéo-russo-révolutionnaire ». En 1919, le Saint-Siège reconnaît la nonciature en Bavière compétente pour l'ensemble du territoire allemand ; le 23 juin 1920 est établie une nonciature en Allemagne que Mgr Pacelli reçoit, en même temps que la nonciature de Prusse (double poste purement formel puisque le personnel et l'adresse sont les mêmes). Mgr Pacelli demeure toutefois en Bavière jusqu'à la conclusion d'un concordat (1924) où il s'inquiète de la montée de la droite nationaliste : une campagne, en mars 1923, assimile les jésuites, les Juifs et les protestants à des ennemis de l'Allemagne. Il déconseille à cause de ce risque d'amalgame les rapprochements œcuméniques. Il vit à Munich le putsch manqué Hitler-Ludendorff du 8 et 9 novembre 1923. Il alerte au Vatican le nouveau pape Pie XI (élu en 1922) contre le caractère anticatholique de ce coup d'État et, en mai 1924, il estime que le nazisme est « peut-être la pire hérésie de notre époque ». 

Il n'emménage à Berlin (au palais neuf de la nonciature) que le 18 août 1925 et conduit, de 1925 à 1929, les négociations d'un concordat avec la Prusse. L'échec d'un concordat global avec l'Allemagne provient d'une méfiance réciproque avec le gouvernement. Hostile aux communistes, proche du père Kaas, membre du Zentrum, il déconseille une alliance politique du parti catholique avec la coalition socio-démocrate/libérale de la république de Weimar. Il appuie toutefois les efforts diplomatiques de l'Allemagne (demande de modération des réparations de guerre, refus de la sécession du clergé de la Sarre souhaitée par la France, aide à la nomination d'un administrateur papal pour Danzig et réintégration de prêtres de Pologne). En août 1929, au nonce autrichien, il décrit Adolf Hitler, comme un « redoutable agitateur politique », ajoutant : « ou bien je me trompe vraiment beaucoup, ou bien tout cela ne se terminera pas bien. Cet être-là est entièrement possédé de lui-même : tout ce qu'il dit et écrit porte l'empreinte de son égoïsme ; c'est un homme à enjamber des cadavres et à fouler aux pieds tout ce qui est en travers de son chemin — je n'arrive pas à comprendre que tant de gens en Allemagne, même parmi les meilleurs, ne voient pas cela, ou du moins ne tirent aucune leçon de ce qu'il écrit et dit. — Qui, parmi tous ces gens, a seulement lu ce livre à faire dresser les cheveux sur la tête qu'est Mein Kampf ? ». Son rôle diplomatique déborde le territoire allemand : en l'absence de nonciature auprès du régime de Lénine, Pacelli prend connaissance des discussions entre le Vatican et l'URSS. En 1926, il consacre évêque le jésuite Michel d'Herbigny, chargé de constituer un clergé en Union soviétique. Il relaie des propositions soviétiques pour l'organisation du catholicisme, jusqu'à leur échec en 1927 (arrêt par Pie XI). Afin de régulariser les relations entre le Saint-Siège et les autres États et d'y défendre les activités catholiques, il négocie plusieurs concordats avec la Lettonie en 1922, avec la Bavière en 1924, avec la Pologne en 1925, avec la Roumanie en 1927 enfin avec la Prusse en 1929. 

Le secrétaire d’État de Pie XI

Si son élévation à la dignité de cardinal par Pie XI avec le titre de cardinal-prêtre de Saint-Jean-Saint-Paul (1929) ne surprend pas, sa nomination dès février 1930 comme successeur du cardinal Gasparri au poste de cardinal secrétaire d'État crée la « stupeur » dans la curie. Elle y apparaît comme la promotion d'un homme nouveau au service exclusif du pape et « une figure au-dessus des partis ». Le cardinal Pacelli devient le principal collaborateur de Pie XI qu'il voit au moins deux fois par semaine. Tout en poursuivant son ascension dans la curie (archiprêtre de la basilique vaticane (1930), grand chancelier de l'Institut pontifical d'archéologie chrétien (1932) et surtout camerlingue de la Sainte Église romaine en 1935), il conduit la diplomatie, la négociation et la signature de plusieurs concordats, régissant les relations entre l'État signataire et l'Église catholique et permettant à cette dernière de faire fonctionner de nombreux groupes et associations (Bade 1932, Autriche en 1933, Yougoslavie en 1935 et Portugal en 1940). Il est associé à la protestation contre l'attitude du gouvernement mexicain (1932), voyage en Argentine (1934), en France (Lourdes en 1935, Paris et Lisieux en 1937), aux États-Unis à titre privé en 1936, (il y rencontre Franklin Delano Roosevelt, Mgr Spellman et la famille de Joseph Kennedy), et en Hongrie (où il rencontre le régent Miklós Horthy en 1938).

L'ancien nonce en Allemagne continue à négocier en vain avec la république de Weimar un projet global de concordat. Politiquement, il soutient avant 1933 l'idée d'une coalition entre les catholiques du Zentrum et le DNVP. Cependant l'ancien chancelier Franz von Papen choisit l'alliance avec le NSDAP de Hitler, ce qui entraîne des signes de détente entre le dirigeant nazi parvenu au pouvoir en janvier 1933 et les catholiques: un discours rassurant de Hitler le 23 mars 1933, le retrait du décret des évêques qui avait explicité l'incompatibilité du catholicisme et du national-socialisme (28 mars suivant), l'ordonnance confirmant l'existence du parti catholique Zentrum (23 avril) alors que les autres partis sont interdits, enfin son auto-dissolution le 5 juillet 1933 permettant l'instauration du parti unique. Pie XI et Mgr Pacelli profitent de cette phase pour signer le concordat en préparation depuis plusieurs années et qui donne une garantie d'Etat au catholicisme allemand. Du point de vue de Hitler, la signature permet à la fois d'éviter une activité politique éventuelle du clergé, des organismes et des ordres catholiques, et de rassurer l'étranger (en particulier l'Autriche, l'Espagne et l'Italie catholiques) tout en augmentant son prestige international. Le 20 juillet 1933, le cardinal Pacelli signe avec Franz von Papen, représentant le nouveau chancelier du Reich Adolf Hitler, un concordat avec l'Allemagne.

L'Allemagne nazie ne respectant pas le concordat, le cardinal Pacelli envoie 55 notes de protestations au gouvernement allemand entre 1933 et 1939. En mars 1937, il rédige à la demande du pape, avec le cardinal-archevêque de Munich, Michael von Faulhaber, le texte de l'encyclique Mit brennender Sorge qui renouvelle ces protestations et condamne la divinisation de la race et le paganisme. C'est une des deux seules encycliques écrites en langue non latine. Publiée et importée clandestinement en Allemagne, elle est lue en chaire par tous les prêtres catholiques allemands le dimanche des Rameaux de 1937. Une vague de répression contre les prêtres allemands s'ensuivra. En 1938, après l'approbation de l’Anschluss par l'épiscopat autrichien, Pie XI fait intervenir Pacelli auprès du cardinal-archevêque de Vienne Theodor Innitzer, pour qu'il revienne sur cette position par une déclaration. Le 6 mai, celui-ci s'exécute, écrivant dans l'Osservatore Romano, au nom de tous les évêques d’Autriche : « La déclaration solennelle des évêques autrichiens […] n’avait pas pour but d’être une approbation de quelque chose qui est incompatible avec la loi de Dieu et que les gestes de sympathie de l'épiscopat autrichien à l'égard du régime hitlérien n'avaient pas été concertés avec Rome ».

En mai 1938, lors de la visite de Hitler à Rome, Pacelli s'absente ostensiblement du Vatican avec le pape Pie XI. Celui-ci multiplie les prises de positions contre l'alliance entre l'Italie mussolinienne et le nazisme. Il s'oppose à la législation antisémite italienne en déclarant le 6 septembre 1938 à des pèlerins « nous tous… sommes spirituellement des Sémites », demande aux universités catholiques d'organiser un enseignement contre l'antisémitisme et le racisme, et souhaite prononcer, pour l'anniversaire des accords du Latran un discours contre, notamment, le contrôle de l'information par les fascistes. Mais il meurt dans la nuit. Le cardinal Pacelli, camerlingue, conformément à l'usage ecclésial, assure les cérémonies et détruit le texte imprimé du discours. 

Le conclave de 1939 : l'élection attendue d'un pape diplomate

Le pape Pie XI avait laissé entendre qu'il aurait aimé avoir pour successeur le cardinal Pacelli dès 1937. À la mort de ce pape, des échanges entre les gouvernements français et britannique montrent leur préférence pour le secrétaire d'État Pacelli ; l'ambassadeur de France François Charles-Roux intervient activement pour soutenir son élection. L'ensemble des cardinaux français semble lui apporter son soutien en dehors du Lorrain membre de la curie Eugène Tisserant (lui-même papabile), qui aurait préféré Luigi Maglione qu'il considérait plus ferme vis-à-vis de l'Allemagne. À l'intérieur de la curie, on souhaite généralement un pape moins rugueux dans son expression que ne l'était Pie XI, ce qui permettrait à la diplomatie allemande qui venait de réaliser l'Anschluss de l'Autriche catholique de se satisfaire aussi du choix de l'ancien nonce, moins agressif. Ciano et le régime mussolinien, cependant, semblent s'opposer à un Pacelli « trop ami de la France » et trop politique. Soixante-deux cardinaux se réunissent au Vatican. L'élection du cardinal camerlingue Eugenio Pacelli ne fait guère de doute. Mais comme on pense que les chances d'un non-Italien sont meilleures qu'elles ne l'ont jamais été, que les favoris ne sont pas toujours élus (quatre fois depuis 1823 sur 7) et qu'aucun secrétaire d'État n'a été élu depuis 1667 (ni d'ailleurs de Romain depuis 1670), il y a d'autres papabili : le primat de Pologne August Hlond, l'archevêque de Cologne Karl Joseph Schulte, un Français, le camérier Eugène Tisserant, l'archevêque de Milan Ildefonso Schuster, le patriarche de Venise Adeodato Giovanni Piazza, l'évêque de Turin Maurilio Fossati et surtout l'évêque de Florence Elia Dalla Costa, favori des Italiens… 

Le choix est rapide (le conclave est le plus bref de l'histoire). Le cardinal Pacelli est élu pape. Il aurait reçu 35 votes dès le premier tour et 40 au second, les autres suffrages se portant sur Luigi Maglione, Elia Dalla Costa de Florence, et Jean-Marie-Rodrigue Villeneuve du Québec ; au troisième tour, il aurait reçu une élection par acclamation (61 suffrages) peut-être après avoir reçu exactement les deux tiers des voix nécessaires, et demandé un scrutin supplémentaire pour confirmation (Benoît XV avait dû prouver dans les mêmes conditions qu'il n'avait pas contrevenu à l'interdiction de voter pour lui-même. Pacelli abolit cette procédure en 1945 en portant la majorité à deux tiers plus une voix). Le 2 mars 1939, à 17 h 30, la fumée blanche apparaît (mais elle semble un temps noircir, ce qui conduit le secrétaire du conclave Vittorio Santoro à confirmer l'élection à Radio Vatican). Dans la continuité du pontificat précédent et comme l'annonce dans l’habemus papam Camillo Caccia Dominioni devant la foule qui entonne l'hymne Christus Vincit, le nouveau pape choisit le nom de règne de Pie XII (Pius XII) parce que « toute ma vie a été placée sous des papes portant ce nom, et que c'est en particulier, un signe de gratitude en direction de Pie XI ». En rentrant dans ses appartements du palais apostolique et passant devant sa gouvernante, sœur Pasqualina, et les sœurs qui assuraient son service, il leur dit, montrant sa soutane blanche : « Regardez ce qu'ils ont fait de moi ! » 

Le pape pendant la Seconde Guerre mondiale (1939-1945)

Au conclave, les cardinaux semblent avoir souhaité un pape plus diplomate que Pie XI. L'arrivée de Pie XII signifie effectivement un changement de style : moins direct dans ses condamnations, il cherche à empêcher la guerre, puis à poser le Saint-Siège en éventuel médiateur et, en tout cas, veut rester neutre. Bien que les archives vaticanes ne soient publiées qu'en partie (les onze volumes des Actes et documents du Saint-Siège relatifs à la Seconde Guerre mondiale), on peut retracer les prises de positions publiques de Pie XII de 1939 à 45 en tenant compte de trois éléments : la situation du Vatican, la position doctrinale du pape et l'estimation des menaces sur les catholiques dans les zones sous domination nazie, en particulier dans le cas polonais. Ces prises de position ont donné lieu pendant et après la guerre à un débat polémique et historiographique sur « les silences du pape ». 

Pie XII

Un pontificat qui commence par la guerre

Une diplomatie pontificale de la neutralité

Dès son élection, Pie XII dirige sa diplomatie dans toutes les directions pour éviter la guerre sans paraître prendre parti : il nomme le 10 mars le cardinal Luigi Maglione, ancien nonce à Paris réputé francophile, pour le remplacer comme secrétaire d'État, envisage une conférence internationale, qui trouve le soutien de l'ambassadeur britannique Francis D'Arcy Osborne, conseille la modération à la Pologne devant les revendications allemandes sur Danzig, reçoit Sumner Welles (émissaire de Roosevelt) et conforte ses liens avec Joe Kennedy rencontré aux États-Unis. Le 31 mars 1939, il salue la victoire de Franco obtenue avec l’aide de l’Allemagne et de l’Italie dans la guerre civile durant laquelle des religieux avaient été victimes du camp adverse : « Élevant notre âme vers Dieu, Nous Nous réjouissons avec Votre Excellence de la victoire tant désirée de l’Espagne catholique ». Il ne s'exprime pas sur le Pacte germano-soviétique de non agression du 23 août 1939 entre l'Allemagne et l'URSS. Il déclare au Roi d'Italie le 24 août « rien n'est perdu avec la Paix, tout est perdu avec la guerre » et, après la déclaration de guerre, tente d'influencer le Roi et Ciano qu'il estime moins bellicistes que le Duce, pour que l'Italie reste hors du conflit. Après les lois antisémites de Mussolini, le pape engage Roberto Almagia un cartographe juif exclu de l'université de Rome. 

Une neutralité sous surveillance

La politique de neutralité de Pie XII rappelle celle de Benoît XV : maintenir au Saint-Siège un centre de renseignement et d'ouverture à la négociation. Mais le Vatican est sous la surveillance policière de l'Italie fasciste, puis sous la menace de l'armée nazie après l'occupation de Rome en 1943. Les valises diplomatiques sont fréquemment fouillées ; les lignes téléphoniques sont mises sur écoute ; l’Osservatore Romano est censuré ; les allées et venues des diplomates et journalistes sont étroitement surveillées. Pie XII s'appuie donc surtout sur Radio Vatican pour se faire entendre même si, comme Radio Londres, elle est brouillée par les Allemands au cours du conflit. Chargé de l'actif centre de renseignement sur les réfugiés et prisonniers de guerre, Mgr Giovanni Battista Montini reçoit de nombreuses informations : le 5 novembre 1939, l'avocat allemand Josef Müller lui indique que des officiers de l'Abwehr projettent de renverser Hitler et de faire la paix avec les Anglais. Pie XII en fait part au diplomate britannique D'Arcy Osborne qui en informe Lord Halifax. 

La position doctrinale de l'encyclique Summi Pontificatus

Pie XII donne le cadre théologique et diplomatique de ses prises de positions dans sa première encyclique (Summi Pontificatus du 20 octobre 1939). Il y confirme les condamnations de Pie XI contre les différentes formes de racisme (et de nationalisme ou de lutte des classes), dénonçant « l'oubli de cette loi de solidarité humaine et de charité, dictée et imposée aussi bien par la communauté d'origine et par l'égalité de la nature raisonnable chez tous les hommes, à quelque peuple qu'ils appartiennent ». Il s'y dresse nettement, mais sans les nommer, contre le nazisme, le fascisme mais aussi le communisme et le libéralisme sans Dieu comme responsables de la guerre, qui n'apportera pas la solution (« l'esprit de la violence et de la discorde verse sur l'humanité la sanglante coupe de douleurs sans nom »). L'encyclique cite la Pologne mais ne nomme ni Hitler ni Staline quoique l’Allemagne nazie y soit clairement visée. Elle réagit ; l'impression et la distribution du texte y sont interdites et réprimées. Aux États-Unis (le 28 octobre 1939, le New York Times reproduit l'intégralité de l'encyclique et titre : « Le pape condamne les dictateurs, les violateurs de traités, le racisme et demande d'urgence le rétablissement de la Pologne ») comme en France, les réactions sont positives : Albert Lebrun, président de la république et Edouard Daladier, Premier ministre, la saluent et les forces aériennes françaises en lâchent 88 000 copies sur le Reich. 

L'attitude face aux attaques allemandes

Prises de positions sur la Pologne

Lors de la chute de Varsovie, le pape confie à l'ambassadeur de France en Pologne : « vous savez de quel côté se trouvent mes sympathies. Mais je ne peux pas le dire ». À partir de septembre 1939, les nazis éradiquent les élites polonaises en particulier religieuses (politiques, enseignants, hommes de lettres… 52 000 morts dont 2 350 prêtres et religieux et des millions de Polonais envoyés dans des camps de concentration avec 2 600 déportés dans le baraquement des prêtres à Dachau). L'encyclique Summi Pontificatus, dénonce ces persécutions contre les civils : « […] déjà dans des milliers de familles règnent la mort et la désolation, les lamentations et la misère. Le sang d'innombrables êtres humains, même non combattants, élève un poignant cri de douleur, spécialement sur une nation bien-aimée, la Pologne […] » Toutefois, le pape ne se joint pas à la condamnation franco-britannique de l'invasion. D'après le ministre des Affaires étrangères du Reich, il pense ainsi protéger les catholiques allemands. Au représentant de Mussolini, il déclare : « Nous devrions dire des paroles de feu contre ce qui se passe en Pologne, et la seule raison qui nous retienne de le faire est de savoir que, si nous parlons, nous rendrions la condition de ces malheureux encore plus dure ». Son message de Noël 1939 réitère sa protestation : « Nous avons dû, hélas ! assister à une série d’actes inconciliables aussi bien avec les prescriptions du droit international qu’avec les principes du droit naturel et même les sentiments les plus élémentaires d’humanité. Ces actes exécutés au mépris de la dignité, de la liberté, de la vie humaine crient vengeance devant Dieu » et le 18 janvier 1940, après la mort de 15 000 civils polonais, il déclare que « l'horreur et les abus inexcusables commis contre un peuple sans défense sont établis par le témoignage indiscutable de témoins oculaires ». Il condamne parallèlement l'agression de la Finlande par l'Union soviétique le 26 décembre 1939. Le gouvernement d'occupation allemand en Pologne prend prétexte de ces déclarations jugées anti-allemandes quand il durcit la répression anticatholique.

Ce refus par Pie XII de condamner explicitement l'invasion de la Pologne est perçu comme une « trahison » par une partie des catholiques, prêtres ou membres de la hiérarchie polonaise comme sa réception de la nomination d'Hilarius Breitinger en tant qu'administrateur apostolique du Wartheland en mai 1942, ressentie comme une « reconnaissance implicite » du démembrement de la Pologne. L'opinion du Volksdeutsche, qui regroupait les minorités catholiques allemandes vivant en Pologne est plus mêlée. Mgr Tardini explicite la position du Saint-Siège aux évêques polonais : « Tout d'abord, il ne semblerait pas opportun qu'un acte public du Saint-Siège condamne et proteste contre tant d'injustices. Non pas que la matière manque […] mais des raisons pratiques semblent imposer de s'abstenir. [Une condamnation officielle du Vatican] accroîtrait les persécutions.  » Pie XII précise lui-même : « Nous laissons aux pasteurs en fonction sur place le soin d'apprécier si, et dans quelle mesure, le danger de représailles et de pressions, comme d'autres circonstances dues à la longueur et à la psychologie de la guerre, conseillent la réserve — malgré les raisons d'intervention — afin d'éviter des maux plus grands. C'est l'un des motifs pour lesquels nous nous sommes imposé des limites dans nos déclarations. » Alerté par le Grand Rabbin de la Palestine mandataire, Isaac Herzog, de la déportation des Juifs lituaniens, Pie XII appelle Ribbentrop le 11 mars 1940 pour protester contre le traitement des Juifs, ce qui est rendu public par le New York Times. 

L'attitude en mai 1940 face à l'attaque sur des pays neutres

La diplomatie vaticane neutraliste veut protéger les non belligérants mais sans soutenir le camp des Alliés, ni celui des régimes totalitaires. Cette attitude est vivement reprochée au pape par Mussolini, mais elle interroge aussi le cardinal français Eugène Tisserant. Informé par des contacts allemands, le 4 mai 1940, le Pape fait prévenir les Pays-Bas que l'Allemagne va les attaquer le 10. Après l'invasion des Pays-Bas, de la Belgique et du Luxembourg, États neutres, le pape envoie un message de sympathie à la reine Wilhelmine des Pays-Bas, au roi Léopold III de Belgique et à la grande-duchesse Charlotte de Luxembourg, en faisant mention des malheurs qui accablent ces pays, mais sans utiliser le terme « invasion » ni dénoncer ou condamner directement l'envahisseur. Quand Mussolini apprend l'existence de ces messages, il accuse le pape de prendre parti contre les alliés des Italiens et il proteste officiellement auprès du Saint-Siège. Son ministre des Affaires étrangères déclare après l'entrevue que « Pie XII était prêt à être déporté plutôt que de trahir sa conscience » et que « s’il avait un regret à formuler, c’était celui de n’avoir pas parlé avec une clarté suffisante pour condamner la politique nazie contre les Polonais ». En revanche, le cardinal de la curie Eugène Tisserant, ancien combattant français, déplore durement la neutralité du Saint-Siège. Après la défaite de la France, le secrétariat d'État refait des propositions de paix entre l'Allemagne, l'Italie et le Royaume-Uni qui refuse. 

Pie XII dans le conflit (1941-1944)

Le pape face aux questions des pays occupés et à la question juive

1940-1941 : une progressive et prudente prise de distance

Dans la période de domination allemande sur l'Europe (fin 1940-1942), le pape établit ou maintient des liens avec les régimes collaborationnistes des pays occupés par l'Allemagne, Lituanie, régime de Vichy, Croatie d'Ante Pavelić. Il est confronté aux mesures antijuives de ces États. D'une façon générale, il préfère laisser agir les Églises locales, plutôt que de rendre publiques des condamnations qui risqueraient de provoquer des réactions nazies plus fortes. À partir de la fin 1941, Pie XII, qui, par « neutralité », ne souhaitait pas condamner publiquement les persécutions et avait d'abord laissé approuver le statut des lois antijuives de Pétain, prononce des condamnations, mais ne les rend publiques que très partiellement, sous la pression alliée. L'ambassadeur de l’État français au Vatican, Léon Bérard, s'inquiète de l'avis du Vatican sur le statut des Juifs promulgué par le régime de Vichy en octobre 1940. Le secrétariat d'État du Vatican lui confirme que la législation ne s'oppose pas à l'enseignement de l’Église. Le nonce apostolique en France Valerio Valeri, « embarrassé » par ce blanc-seing pontifical, obtient du secrétaire d'État Luigi Maglione la confirmation que c'est bien la position du Saint-Siège (ce ne sera qu'en 1942, après le second statut et le début des déportations, que le pape Pie XII fera officiellement savoir au maréchal Pétain par son nonce en France, Mgr Valerio Valeri, que le Saint-Siège désapprouve totalement les mesures prises par Vichy à l'encontre des Juifs ).

Pour la Croatie, en avril 1941, Pie XII accorde une audience à Ante Pavelić, le nouveau dictateur croate. Cette entrevue provoque une note du Foreign Office britannique qui décrit Pie XII comme « le plus grand couard de l'époque ». Le Vatican ne reconnaît toutefois pas le régime croate. S'il ne condamne jamais publiquement les conversions forcées de Serbes orthodoxes par les Croates, il indique sa désapprobation dans un mémorandum confidentiel daté du 25 janvier 1942 et adressé à la légation yougoslave. Dans une allocution prononcée le 29 juin, Pie XII, faisant allusion aux événements de l'Est, parle d'un « courage généreux au service de la défense des fondements de la civilisation chrétienne » et affirme « une espérance assurée de son triomphe ». Toutefois, il résiste aux demandes d'un certain nombre d'évêques des pays de l'Axe souhaitant le voir prêcher la « croisade contre le bolchevisme ». En septembre 1941, Pie XII s'oppose au code juif slovaque, qui, à l'opposé du statut des Juifs français, interdit notamment le mariage mixte. En octobre, Harold Tittman, délégué américain au Vatican, demande au pape de condamner les exactions commises envers les Juifs ; la réponse du pape fait état de son souhait de rester « neutre », réitérant par là la position du Vatican exprimée dès septembre 1940.

À cette date, selon Le Monde Juif, l'affirmation d'une entreprise d'extermination des juifs d'Europe parvient au plus haut de la hiérarchie catholique. En 1941, le cardinal Theodor Innitzer informe ainsi le pape sur les déportations commises à Vienne. Pie XII condamne lors de son message radiodiffusé de Noël 1941 « l'oppression, ouverte ou dissimulée, des particularités culturelles et linguistiques » des minorités nationales ainsi que « l'entrave et le resserrement de leurs capacités naturelles » avec « la limitation ou l'abolition de leur fécondité naturelle ». Il vise ainsi la politique d'eugénisme négatif sans en exprimer de condamnation explicite ni rappeler qu'Hitler est excommunié latae sententiae depuis 1933 pour encourager un tel programme. En octobre le visiteur apostolique Roncalli écrit que le pape se demande « si son absence apparente de réactions aux agissements du nazisme n’est pas mal jugée par ses contemporains. » 

1942 : entre la pression alliée et la menace de l'Axe

Surveillé par Mussolini, voulant conserver sa neutralité, le pape est informé des déportations et s'exprime avec prudence, ce qui lui est reproché par les Alliés. Pie XII qui se refuse à prendre parti, entretient des relations diplomatiques avec tous les belligérants ; ainsi, il évoque au sujet des volontaires franquistes de la Division bleue partis sur le front russe « un courage généreux au service de la défense des fondements de la civilisation chrétienne et d'une espérance assurée de son triomphe » (29 juin) mais il ne s'oppose pas à l'entrée en guerre des États-Unis et fait même savoir par l’épiscopat américain que la condamnation du communisme (Divini Redemptoris) par Pie XI n'interdit pas aux catholiques américains de soutenir le prêt-bail accordé par les États-Unis à l'URSS, et de soutenir ainsi sa lutte soviétique contre le Reich après l'invasion du 22 juin 1941. En mars 1942, Pie XII établit des relations diplomatiques avec l'empire du Japon, puis avec la Chine nationaliste. Il nomme un administrateur apostolique pour le Wartheland en mai 1942, Hilarius Breitinger, ce qui est perçu comme une reconnaissance implicite du partage de la Pologne. L'ambassadeur polonais Kazimierz Papée s'étonne que le pape ne condamne pas les atrocités commises en Pologne.

En novembre 1942, alors que se prépare l'opération Torch, il intervient pour assurer la neutralité du général Franco qui contrôle le Maroc espagnol. Son nonce apostolique à Madrid, Mgr Cicognani obtient de l'épiscopat espagnol qu'il adhère à la condamnation du nazisme. Franco, qui tient à l'appui de Pie XII pour préserver son régime, rapatrie dès 1943 la plus grande partie de ses forces engagées sur le front russe. Pie XII est de mieux en mieux informé des déportations juives. En mars 1942, le chargé d'affaires slovaque apprend à Pie XII que le gouvernement slovaque planifie la déportation de « 80 000 juifs » en Pologne. Le Vatican proteste auprès du gouvernement slovaque en « déplorant ces mesures qui enfreignent le droit des gens, du seul fait de leur race ». Lorsqu'en juillet, les évêques néerlandais protestent contre la persécution des Juifs, les Nazis organisent une fouille minutieuse des monastères et des couvents, occasionnant une rafle des très nombreux Juifs cachés, dont Edith Stein. Le 18 septembre 1942, Mgr Montini lui écrit que « les massacres prennent des proportions effrayantes » et les diplomates américains, anglais, brésiliens, uruguayens, belges et polonais l'avertissent que le « prestige moral » du Vatican est sévèrement compromis par sa passivité face aux atrocités : ils joignent le rapport du bureau de Genève de l'Agence juive pour la Palestine pour convaincre le cardinal Luigi Maglione qui leur avait répondu que les rumeurs n'étaient pas vérifiées. Après le rapport précis et accablant du Gouvernement polonais en exil à Londres sur l'extermination des Juifs sur le sol de la Pologne occupée du 10 décembre 1942, toutes les nations alliées, condamnent officiellement l'extermination des Juifs par les nazis et annoncent que les responsables n'échapperont pas au châtiment. Harold Tittmann suggère à Mgr Maglione de faire une déclaration similaire. Mgr Maglione lui répond que le Vatican « ne peut dénoncer publiquement des atrocités particulières ».

Toutefois, devant ces faits et ces pressions, le 24 décembre 1942, dans son long message de Noël radiodiffusé, Pie XII évoque brièvement « les centaines de milliers de personnes, qui, sans aucune faute de leur part, et parfois pour le seul fait de leur nationalité ou de leur race, ont été vouées à la mort ou à une extermination progressive » et appelle à la paix. À la suite de ce discours les autorités nazies déclarent que « Le Pape se fait le porte-parole des juifs, criminels de guerre ». Aux États-Unis, les réactions à ce message sont contrastées. Le 25 décembre 1942, l'éditorial du New York Times note que « la voix de Pie XII est bien seule dans le silence et l’obscurité qui enveloppe l’Europe ce Noël… Il est à peu près le seul dirigeant restant sur le Continent européen qui ose tout simplement élever la voix ». Selon le témoignage de l'ambassadeur H. Tittman, ce dernier aurait indiqué au Pape que son message de Noël ne pouvait répondre aux attentes. Pie XII lui aurait répondu qu'« il n'aurait pu, en parlant de ces atrocités, mentionner les nazis sans mentionner également les bolchéviques et, qu'à son avis, cela n'aurait sans doute pas plu aux Alliés ». Il aurait ajouté que « les récits des atrocités étaient certes fondés, tout en lui indiquant par son attitude qu'à ses yeux, il y avait quelque peu d'exagération, voulue à des fins de propagande ». Harold Tittmann estime toutefois dans ses Mémoires qu'il « ne peut s'empêcher de penser qu'en évitant de parler, le Saint Père a fait le bon choix ; il a ainsi sauvé bien des vies ». 

Eugenio Pacelli (1876 - 1958, futur Pape Pie XII), quittant le palais présidentiel de Berlin où se déroulent les célébrations du 80e anniversaire du président allemand Paul von Hindenburg, octobre 1927.

Eugenio Pacelli (1876 - 1958, futur Pape Pie XII), quittant le palais présidentiel de Berlin où se déroulent les célébrations du 80e anniversaire du président allemand Paul von Hindenburg, octobre 1927.

1943 : le pape face aux réalités du conflit

L'attaque des Alliés vers Rome

Lors de l'attaque anglo-américaine vers l'Italie, Pie XII précise sa position sur les persécutions nazies contre les civils et tente d'empêcher tout bombardement de Rome. Pie XII s'oppose aux bombardements alliés et proteste même contre le jet de tracts sur Rome par l'aviation britannique, certains atterrissages violant la neutralité du Vatican. Le bombardement du Vatican, un temps envisagé par les Anglais est refusé par les États-Unis qui ne veulent pas d'une réaction des catholiques dans leurs troupes. La progression des Alliés vers Rome est accompagnée par une évolution des prises de positions du pape. Le 2 juin 1943 devant le collège des cardinaux, Pie XII lance ainsi un appel en faveur du respect des lois humaines au cours des bombardements aériens et exprime parallèlement sa « sollicitude envers ceux qui, à cause de leur nationalité ou de leur race », sont « livrés à des mesures d'extermination » dont il voudrait fustiger toute l'ignominie par le détail et en des termes plus forts (ce que confirmerait les 124 lettres écrites aux évêques allemands pendant la guerre). Il justifie sa prudence : « toute parole de notre part à l'autorité compétente, toute allusion publique doivent être sérieusement pesées et mesurées, dans l'intérêt même des victimes, afin de ne pas rendre leur situation plus grave et plus insupportable ».

Il insiste sur « le sort tragique du peuple polonais… le silencieux héroïsme de ses souffrances » espérant « sa place future dans une Europe refaite sur des bases chrétiennes et dans une assemblée d’États exempte des erreurs et des égarements du passé ». Le cardinal Adam Stefan Sapieha, archevêque de Cracovie, indique qu'il n’en demande pas plus par peur des représailles. Le 26 juin 1943, Radio Vatican dans un message à dimension religieuse proche d'une excommunication indique que « quiconque établit une distinction entre les Juifs et les autres hommes est un infidèle et se trouve en contradiction avec les commandements de Dieu. La paix dans le monde, l'ordre et la justice seront toujours compromis tant que les hommes pratiqueront des discriminations entre les membres de la famille humaine ». Pie XII se serait plusieurs fois livré à des exorcismes à distance à l'égard d'Hitler, témoignant de la conviction du souverain pontife que le dictateur nazi était non seulement un criminel mais qu'il était, au-delà, possédé par le Diable (Peter Gumpel postulateur du procès en béatification de Pie XII, l'affirme en 2010). Les Alliés appellent les Italiens à ne plus « servir Hitler et Mussolini ». Une large conjuration à laquelle Mgr Montini a œuvré provoque le renversement du Duce par le grand conseil fasciste. Quelques jours avant la destitution de Mussolini, les Alliés bombardent Rome (19 juillet 1943) sans viser le Vatican. Le pape sort du Vatican et se rend en voiture, accompagné de Mgr Montini, dans le quartier détruit de la basilique Saint-Laurent-hors-les-Murs pour manifester sa solidarité aux victimes de ce premier bombardement sur Rome. Il en revient le vêtement blanc maculé de sang. 

Évêque de Rome, ville ouverte

Devant les bombardements et la brusque avancée des Allemands en Italie du Nord, Pie XII plaide en faveur de la déclaration de Rome comme ville ouverte, mais ceci ne se produit que le 14 août 1943, après que Rome a été bombardée à deux reprises et sans grand lien avec la demande du pape, même si les Italiens consultent le Vatican sur le libellé de la déclaration. L'extraterritorialité et le droit d'asile permettent d'organiser une aide aux réfugiés. Elle est toutefois limitée: après la capitulation italienne, le Vatican donne des instructions strictes à la Garde suisse pour empêcher toute personne de pénétrer dans la ville-État, en particulier les prisonniers alliés libérés par les Italiens dont l'afflux pourrait compromettre sa neutralité, même si certains responsables du Vatican les aident de façon indépendante tel Hugh O'Flaherty. En ce but un système de cartes d'identité est institué. La brusque occupation de Rome par les nazis a confronté le Pape aux mesures de mise en œuvre de la Shoah. La Cité du Vatican elle-même n'est pas occupée. 

Un débat entre historiens demeure pour savoir si le pape envisagea en cas d'empêchement une éventuelle démission, et si les rumeurs d'un complot pour enlever le pape qui circulaient étaient fondées. Un plan de la gendarmerie pontificale prévoyait son évacuation en cas de tentative d'enlèvement par les nazis. Selon l'historien Pierre Milza, le pape est stupéfait, impuissant, voire inactif devant le massacre des Fosses ardéatines ; il aurait déclaré : « Que me dites-vous ? Ce n’est pas possible. Je ne peux y croire… Il faut tout de suite envoyer un avion à Berlin avec une personne de confiance pour parler avec Hitler ». Durant cette période, la principale préoccupation, au sein du Vatican, aurait été le risque potentiel d'anarchie entre la fin de l'occupation allemande et l'arrivée des Alliés plus que l'occupation allemande elle-même. Comme évêque de Rome, le pape agit pour les juifs de sa ville. Le Vatican passe du stade des déclarations à celui d'actions concrètes, à la portée limitée, tardive et symbolique pour les détracteurs de Pie XII, ou significative pour ses défenseurs. 

L'évêque et les Juifs de Rome

Dès septembre 1943, devant l'arrivée des Juifs venus de l'Italie du Nord, l'Église a accordé le refuge à 477 Juifs à l'intérieur du Vatican, à 4 238 autres dans des monastères et couvents italiens des environs sur ordre 3 000 sont logés à Castel-Gandolfo et 400 enrôlés dans la Garde pontificale). Devant les atrocités commises par la Gestapo et les SS, le pape Pie XII laisse l'Osservatore Romano exprimer l'indignation de l'Église dans son numéro du 25 octobre 1943, saisi par les Allemands, qui menacent de reprendre les perquisitions dans les monastères pour y débusquer les Juifs cachés. Selon l'historien italien Giovanni Miccoli (université de Trieste), « en octobre 1943, lorsque des rafles sont organisées dans Rome, il fait convoquer l'ambassadeur allemand et le menace d'intervenir publiquement. Deux mois plus tard, l’Osservatore Romano publie un article qui incite les catholiques à protéger les Juifs ».

À la fin de 1943, le commandant des SS de Rome ordonne au chef de la communauté israélite de fournir 50 kg d'or dans les 24 heures sous peine de déportation immédiate de 200 autres Juifs (une grande rafle ayant déjà eu lieu le 16 octobre 1943). La collecte n'ayant réuni que 35 kg d'or, le grand rabbin de Rome Israel Zolli, reçoit du pape Pie XII les 15 kg manquants, collectés auprès des catholiques de Rome. Des filières organisées avec l'aide du clergé de Rome et des autres pays européens et d'Amérique latine (notamment la République dominicaine du général Trujillo), leur permettent ensuite de gagner des pays neutres ou alliés95. Le 29 novembre 1944, une délégation de 70 rescapés vient, au nom de la United Jewish Appeal (organisme dirigeant du mouvement sioniste mondial), exprimer à Pie XII la reconnaissance des Juifs pour son action en leur faveur. Le grand rabbin de Rome se fait baptiser le 13 février 1945 avec son épouse et sa fille. Il prend en signe de reconnaissance le prénom de baptême du pape, manifestant ainsi l’importance qu'a eue le pape dans sa conversion. 

Fin de la guerre

À l'arrivée des Alliés à Rome, Pie XII s'inquiète d'éventuelles représailles de la part de leurs troupes. Il fait ouvrir les portes du Vatican (juin 1944) aux soldats allemands désarmés pour les en protéger. Inquiet, semble-t-il, de risques de viols (préludes aux crimes de 1944 en Ciociaria), il signifie dès janvier 1944 par le secrétaire d'État Luigi Maglione et l’ambassadeur de Grande Bretagne que « le pape espère qu'il n'y aura pas de soldats de couleur au sein des troupes alliées qui seront déployées à Rome après l'occupation [...]. Le Saint-Siège ne fixe pas de limite dans le degré des couleurs, mais espère que sa demande sera prise en compte ». L'état major, surpris et embarrassé, ne change pas ses dispositions. Diplomatiquement, Pie XII prend des positions plus nettes contre les Nazis, qu'il distingue du peuple allemand. Dès mars 1944, par son nonce apostolique à Budapest, Angelo Rotta, le Vatican unit sa voix à celle du roi Gustave V de Suède, de la Croix-Rouge, des États-Unis et de Grande-Bretagne pour protester contre les exactions contre les Juifs hongrois. Pie XII envoie un télégramme le 25 juin au régent Miklós Horthy, lui demandant d'épargner les populations qui souffrent « en raison de leur origine nationale ou raciale ». Les persécutions cessent le 8 juillet 1944. En Allemagne, les émissaires qui servaient depuis 1942 de contacts secrets, soutiennent la logistique de réseaux qui tentent l'assassinat de Hitler ou qui dérobent des documents à son domicile. Le pape finit aussi par reconnaître la France libre après le débarquement en Normandie : le 30 juin 1944, le général de Gaulle est reçu en audience par Pie XII. De Gaulle exige le remplacement du nonce en France, et des sanctions contre le clergé collaborationniste, ce qui indispose Pie XII. 

De Gaulle rend compte de cette rencontre avec un respect non dénué de double sens : « sous la bienveillance de l'accueil et la simplicité du propos je suis saisi par ce que sa pensée a de sensible et de puissant. Pie XII juge chaque chose d'un point de vue qui dépasse les hommes, leurs entreprises, leurs querelles. Mais il sait ce que celles-ci leur coûtent et souffre avec tous à la fois. […] Pour lui tout dépend donc de la politique de l'Église, de son action, de son langage, de la manière dont elle est conduite. C'est pourquoi le Pasteur en fait un domaine qu'il se réserve personnellement et où il déploie les dons d'autorité, de rayonnement, d'éloquence que Dieu lui a impartis. Pieux, pitoyable, politique, au sens le plus élevé que puissent revêtir ces termes, tel m'apparaît, à travers le respect qu'il m'inspire, ce pontife et ce souverain ». Les réserves papales sont encore sensibles lors de la réception de Jacques Maritain comme ambassadeur au Saint-Siège (10 mai 1945). Fin août 1944, Pie XII lance un appel aux Londoniens et aux Anglais « pour les inviter au pardon des injures et leur demander de ne pas se venger de l'Allemagne des maux que celle-ci leur a infligés ». Le Times publie de nombreuses lettres de protestation. Il insiste aussi sur le courage de reconstruire après les souffrances liées à la guerre dans ses messages à la population romaine (janvier 1945) à des médecins alliés et dans celui du 9 mai 1945. Après la guerre, les communistes accusèrent le Vatican d'avoir aidé quelques centaines de criminels de guerre oustachis à se sauver, à commencer par leur chef, Ante Pavelić, qui vécut quelque temps à Rome avant de gagner l'Argentine puis l'Espagne. 

Le pape de l'après-guerre (1945-1958)

La politique des régimes communistes contre l'Église catholique

Lorsqu'au début de la guerre, les puissances de l'Axe tentent de lever le drapeau de la croisade contre l'URSS pour légitimer leur action, Mgr Tardini avait répondu que « la croix gammée n'[était] pas précisément celle de la croisade », mais il soutint l'initiative de Franco (Division bleue). En septembre 1944, à la demande de Myron Taylor, il rassure les catholiques américains, inquiets de l'alliance de leur pays avec les Soviétiques. Toutefois, ni le pape, ni Staline ne profitent de la guerre pour établir des relations diplomatiques. Le pape, en particulier en Pologne, souhaite l'établissement d'un régime catholique, et soutient en 1945, les régimes catholiques et anticommunistes d'Espagne et d'Argentine. La fin de la guerre permet la pénétration du communisme en Europe de l'Est. Les rapports, inexistants durant la guerre, deviennent mauvais. Les gouvernements liés à Moscou font fermer peu à peu les représentations du Saint-Siège présentes dans les pays de l'Est. Le 14 septembre 1946, le pape Pie XII donne l'audience au rabbin Phillip Bernstein qui avait remplacé le juge Simon Rifkind comme conseiller américain pour les affaires juives sur le théâtre d'opérations européen. Bernstein demande au pape de condamner les pogroms, mais ce dernier objecte que le rideau de fer rend difficiles les communications avec l'Église de Pologne. 

L'arrestation brutale en 1948 du prince-primat de Hongrie, le cardinal Mindszenty, archevêque d'Esztergom, symbolise la tension entre les régimes communistes et l'Église catholique. De même, Mgr Stepinac, archevêque de Zagreb et primat de Yougoslavie, subit l'emprisonnement et la torture. Mgr Beran, archevêque de Prague, se voit interdire d'exercer son ministère. Les Églises catholiques de rite byzantin d'Ukraine et de Roumanie sont incorporées de force dans des Églises indépendantes. Les gouvernements communistes accusent en effet le pape d'être le « chapelain de l'Occident ». En 1952, même le maréchal Tito rompt les relations diplomatiques avec le Vatican. Pour l'année 1953, quatre cardinaux et 149 évêques sont touchés par la répression politique y compris en Pologne où un dialogue avait jusqu'ici été tenté. En Chine, où le Vatican avait établi des relations en 1946 avec le régime nationaliste, dès l'arrivée des communistes au pouvoir en 1949, les catholiques sont inquiétés par le gouvernement, qui leur refuse toute relation avec le Vatican, considéré comme une forme de « domination étrangère ». De nombreuses arrestations ont lieu, notamment en 1955, où plusieurs centaines de personnes sont arrêtées avec l'évêque de Shanghai, Kung, qui passe 30 années en prison. La rupture est consommée en 1957 quand le pouvoir chinois fonde une association nationale, l'Association catholique patriotique de Chine. Les catholiques chinois fidèles au pape doivent entrer dans une forme de clandestinité. 

L'attitude vaticane : deux conceptions à arbitrer

D'un point de vue doctrinal, l'idéologie communiste est athée, matérialiste et anticléricale : elle a fait l'objet de plusieurs condamnations dont celle de 1937 par l'encyclique Divini Redemptoris, parue quelques jours après celle qui condamnait le national-socialisme. Si Pacelli avait surtout travaillé à Mit brennender Sorge son expérience personnelle l'avait construit dans un anticommunisme marqué. Il avait vécu la révolution spartakiste en tant que nonce en Bavière en 1919. D'après l'historienne communiste Annie Lacroix-Riz cet anticommunisme est une des clefs de son pontificat, de son attitude pendant et surtout après la guerre; cela expliquerait par exemple une certaine implication (non prouvée) dans les filières d'évasion catholiques des criminels de guerre ou des collaborateurs, ou le soutien (sensible) à des prélats compromis dans la collaboration avec des régimes pro-allemands. Ce point reste un débat entre historiens: certains soulignent au contraire son opposition à Mgr Alois Hudal, connu pour ses sympathies avec le national-socialisme et son rôle dans l'exfiltration d'anciens nazis vers l'Amérique du Sud.

Dès la fin de la guerre, Pie XII analyse rapidement la fin de la Grande Alliance. Face à la progression des communistes en Europe de l'Est (et aussi en Italie et en France), il balance « entre sa méfiance quasi instinctive à l’égard du communisme athée et l’inclination du diplomate qu’il était resté à préférer toujours le dialogue à l’affrontement ». Dans la curie, coexistent plusieurs sensibilités qu'on peut résumer en deux options : l'une veut rassembler « les forces conservatrices au nom de la défense de la chrétienté contre le communisme ». L'autre voudrait favoriser des « solidarités nouvelles fondées sur une compréhension plus authentique des exigences chrétiennes dans l’ordre politique et social ». Ce débat diplomatico-politique est lié à celui sur le rôle des laïcs. La première option, autour par exemple d'Ottaviani, est la « vision hispanique » (allusion au positionnement de l'Église dans les dictatures ibériques et sud-américaines). Elle soutient un pouvoir politique autoritaire, frontalement anticommuniste, ayant une forte composante religieuse, pour mobiliser les laïcs (s'appuyant par exemple sur Fátima dans l'anticommunisme). Elle a le soutien de la tradition antimoderniste de la curie.

La seconde option, autour de Mgr Montini, privilégie l'union des actions catholiques (OIC en 1950), voire des démocraties chrétiennes dans la recherche de contacts, d'échanges avec les communistes, pour rechercher une politique de troisième voie (construction européenne, doctrine sociale) acceptant même l'alliance avec la gauche laïque modérée. C'est la « vision française » du cardinal Suhard ou de Maritain qui sépare l'engagement politique des laïcs de l'obéissance à Rome. Elle reconstitue les options et les réseaux « modernistes » et libéraux (voire gallicans) qui parcourt l'Église depuis au moins un siècle et demi. Ces divergences ne sont toutefois pas ostensiblement conflictuelles : l'autorité du pape est incontestée et c'est à lui seul qu'appartient la décision (il n'a plus de secrétaire d'État depuis le décès de Maglione et ses deux collaborateurs principaux, Montini et le fidèle Tardini, ne reçoivent le titre de proto-secrétaire d'État qu'au moment de leur renonciation à la barrette de cardinal). Il déclare : « je ne veux pas des collaborateurs mais des exécutants ». 

Pie XII photographié travaillant à sa machine à écrire alors qu'il répond aux lettres personnelles des peuples, le 31 janvier 1955

Pie XII photographié travaillant à sa machine à écrire alors qu'il répond aux lettres personnelles des peuples, le 31 janvier 1955

Les choix doctrinaux et diplomatiques de Pie XII

Pie XII veut incarner l'autorité traditionnelle et défendre la chrétienté dans le monde moderne. S'il accepte le dialogue scientifique y compris dans l'étude biblique, il combat la résurgence du modernisme religieux sanctionnant les théologiens et les dominicains français modernistes (1950) et utilise la procédure de l'infaillibilité pontificale pour le dogme de l'Assomption (1950), renonçant à l'idée d'un concile prônée par Riccardo Lombardi (1948 et 1952). Politiquement il déclare que « si l'avenir appartient à la démocratie, une part essentielle de son accomplissement devra concerner la religion du Christ et de l'Église ». Il s'oppose fortement au communisme (élections en Italie de 1946 et 1948 en particulier). Frappé par la répression de l'Église à l'Est en 1948/49 et heurté par des positions individuelles de clercs qui se disent communistes (au mouvement de la Paix 1948), il privilégie en Italie le rassemblement des droites proposé par le professeur Gedda, et, le 1er juillet 1949, le Saint-Office excommunie globalement les catholiques adeptes ou militants du communisme. Pie XII fait allusion à cette décision dans son discours de béatification d'Innocent XI, affirmant sa mission de « défense de la chrétienté ». 

Diplomatiquement, cela condamne la stratégie du dialogue et de l'engagement laïc au côté des communistes, encore tentée jusque vers 1952/54, soit par les Églises locales, soit en direction de Moscou. En Pologne, le primat, Mgr Wyszyński, avait signé le 12 janvier 1950 un accord garantissant quelques libertés à l'Église catholique polonaise, en échange de son soutien dans la politique de défense des frontières. Le Vatican se montre réservé face à cet accord, mais propose à Moscou une coexistence fondée sur le respect du droit et des libertés fondamentales (Lettre apostolique aux peuples de Russie du 7 juillet 1952). Le refus de Staline (l'auteur ironique du propos « Le pape, combien de divisions ? ») enterre le projet. À l'automne 1953, Mgr Wyszyński est arrêté, avec de nombreux autres hommes d'Église, par le gouvernement polonais pour avoir soutenu une vague de protestations populaires qui secouaient alors le pays. Dès lors, quoique ne reprenant pas complètement la thèse de l’« État chrétien » prônée par Ottaviani, Pie XII, marque un désaccord plus sensible avec le maritanisme ou la voie de l'ouverture, craignant un risque de laïcisation de l'action catholique. Les marques de ce choix sont nombreuses : la béatification puis la canonisation de Pie X (pape antimoderniste à l'élection duquel il avait assisté), l'ouverture du processus de béatification de Rafael Merry del Val, la condamnation de Congar et celle des prêtres ouvriers. 

La mise à l'écart de Mgr Montini, non promu comme cardinal contraste avec l'élévation d'Ottaviani à la barrette de cardinal. Pie XII ne condamne pas les hiérarchies qui soutiennent les dictatures d'extrême droite et des concordats sont signés le 7 mai 1940 avec le Portugal et le 7 août 1953 avec l'Espagne : ils confirment les privilèges et le caractère de religion d'État de l'Église catholique dans ces pays, les autres religions n'y étant que tolérées avec d'importantes restrictions dont l'interdiction de leur culte public. Pie XII aide la dictature argentine à enterrer clandestinement, en 1955, le corps d'Eva Perón à Milan. Enfin, lorsque Moscou fait une proposition de détente en 1956 dans le contexte de la déstalinisation, il ne répond pas malgré les libérations des évêques polonais par Gomulka : l'écrasement de Budapest en novembre lui confirme qu'il faut refuser toute ouverture, d'où trois encycliques en deux semaines et sa ferme condamnation à la Noël 1956. D'un point de vue pastoral et doctrinal, les deux dernières années du pontificat portent toutes la marque de ce contexte de défense de l'Église contre le communisme : lancement à Rome de la JOC internationale qui s'oppose à la propagation dans le monde ouvrier du « poison de doctrines matérialistes, d'attitudes faussées par l'opposition des classes et la haine » ; dernières encycliques du pape, sur le Sacré-Cœur, sur le pèlerinage de Lourdes (2 juillet 1957), qui s'expriment clairement contre le matérialisme, comme Miranda Prorsus (8 septembre 1957) au sujet des médias, ou surtout Ad Apostolorum Principis (29 juin 1958), sur le communisme et l'Église de Chine ainsi que Meminisse Iuvat (14 juillet 1958), sur les prières pour l'Église persécutée. 

La fin du pontificat

Si le début des années 1950 avait été marqué par une activité pastorale importante (question Mariale, jubilé, canonisation de Maria Goretti en présence de sa famille et de son assassin, nombreuses annonces dont la découverte du tombeau de Pierre, prises de position sur l'évolution de l'église — prêtres ouvriers, rôle des laïcs) et diplomatique (soutien à la construction européenne), la santé du pape décline brusquement en 1954 (crise de hoquet mal soignée) au point qu'il envisage la renonciation. De plus en plus diminué par l'arthrose et l'anémie, soutenu par son confesseur, le bibliste jésuite Augustin Bea, protégé par la curie et un entourage qui s'opposent (en particulier la sœur Pascalina — la « Papessa » — ou son médecin Riccardo Galeazzi-Lisi, auteur de nombreuses indiscrétions dont la diffusion de plusieurs photos du pape agonisant), il retarde les consistoires et les canonisations, et éloigne certains de ses collaborateurs (en particulier Mgr Montini en le nommant archevêque de Milan en 1954). Pour Yves-Marie Hilaire « isolé, autoritaire [il] craint de déléguer ses pouvoirs ». Il continue de s'exprimer sur des sujets les plus variés en particulier scientifiques pour exprimer la position chrétienne (s'inquiétant lui-même d'une « inflation verbale », 119 et 117 messages dans les deux dernières années). Cette centralisation du pouvoir et une réflexion longue contribuent, avec la maladie, à ralentir les décisions et les nominations (en particulier celle des cardinaux ; le sacré collège est incomplet à son décès). Les jugements des témoins s'en ressentent (pour un diplomate, il est « fatigué, pétrifié dans sa gloire »), même si le pape reçoit de nombreux témoignages d'affection et donne des entretiens le montrant rétabli.

Dans ses dernières années, il est confronté à des visions, confiées à Mgr Tardini, dont une de Jésus citée par l'Osservatore Romano. Elles rappellent celles d'octobre/novembre 1950, lorsqu'au moment de la proclamation du dogme de l'assomption, d'après le cardinal Federico Tedeschini Pie XII aurait eu trois fois dans les jardins du Vatican la vision du miracle du soleil de Fátima (30-10/31-10, 1-11 et 8-11 à 16 h). D'après Jean Guitton, il aurait dit de lui-même qu’il était « le dernier Pape Pie », l'« ultime chaînon d’une longue dynastie ». Il meurt (de ne pas s'être assez ménagé selon son médecin) d'une attaque cérébrale le 9 octobre 1958 à Castel Gandolfo, résidence d'été des papes, à l'âge de 82 ans. Son successeur Jean XXIII procède rapidement à un changement d'état d'esprit, par le choix de son nom, divers gestes protocolaires, comme la fin de l'usage de manger seul, l'appel à l'Aggiornamento et au concile Vatican II, ce qui provoque une surprise dans la curie. Certes, un concile avait été envisagé en 1948 par Pie XII (le précédent concile avait été suspendu en 1870) mais avec un contenu différent (dogme de l'Assomption) et l'idée avait été écartée par Pie XII au profit du magistère de l'infaillibilité. D'après Mgr Tardini et le jésuite Riccardo Lombardi, Pie XII l'aurait toutefois envisagée pour son successeur. 

Les débats autour des « silences de Pie XII »

Une polémique sur les « silences de Pie XII » au sujet du génocide entache, dès les années 1950, l'image de Pie XII. Elle s'accompagne d'un débat historiographique. D'abord positive, l'image du pape, en particulier dans la communauté juive, est affectée en 1963, par la pièce de théâtre de Rolf Hochhuth (Le Vicaire) qui relance la polémique sur ses silences. À la fin des années 1990 au moment du procès en béatification, en particulier autour du mémorial Yad Vashem, la polémique réapparaît et finit par se concentrer sur la question de l'ouverture des archives vaticanes. 

La question du « silence » avant la mort de Pie XII

Les reproches de Mauriac et Maritain

En 1939, le pape ne condamne ni l'invasion de la Tchécoslovaquie, ni celle de la Pologne, ni le Pacte germano-soviétique. Dès mai 1939, Emmanuel Mounier dénonce « les silences de Pie XII ». Les Alliés font pression pour qu'il condamne explicitement les invasions et les exactions nazies. Même si Pie XII dénonce les atrocités et les persécutions du régime national-socialiste allemand à la fin de la guerre, la faiblesse de sa dénonciation du génocide, du nazisme et de l'antisémitisme fait l'objet de diverses critiques dont celle des Soviétiques et celle de Paul Claudel, le 13 décembre 1945, écrivant à Jacques Maritain, ambassadeur de France au Saint-Siège : « Rien actuellement n'empêche plus la voix du pape de se faire entendre. Il me semble que les horreurs sans nom et sans précédent dans l'Histoire commises par l'Allemagne nazie auraient mérité une protestation solennelle du vicaire du Christ. Il semble qu'une cérémonie expiatoire quelconque, se renouvelant chaque année, aurait été une satisfaction donnée à la conscience publique… Nous avons eu beau prêter l'oreille, nous n'avons entendu que de faibles et vagues gémissements » »

Dans sa correspondance, Jacques Maritain déplore cette absence de prise de position comme François Mauriac qui s'adresse directement au pape : « Nous n'avons pas eu la consolation d'entendre le successeur du Galiléen, Simon-Pierre, condamner clairement, nettement et non par des allusions diplomatiques, la mise en croix de ces innombrables « frères du seigneur. » Jules Isaac s'en prend à l'« enseignement du mépris » par l'Église catholique. Il obtient de Pie XII, après la conférence de Seelisberg, que la réforme liturgique de 1955 supprime l'« offense du geste », c'est-à-dire l'omission de l'agenouillement lors de la prière pour les Juifs, mais l'« offense des mots », avec l'adjectif « perfides », reste inchangée jusqu'à Jean XXIII. 

Les ouvrages de Léon Poliakov

L'historien de l'antisémitisme, Léon Poliakov, publie en 1951 Le Bréviaire de la Haine consacré aux rouages de la politique d'extermination nazie (dernière réédition en 1993). Préfacés par François Mauriac qui s'y désole du silence gardé par le pape durant la période nazie et la Seconde Guerre mondiale, ses travaux sont les premiers à se pencher sur l'attitude du pape durant la Seconde Guerre mondiale. Pour lui, les sources disponibles (en particulier les notes de l'ambassadeur du Troisième Reich auprès du Vatican, Ernst von Weizsäcker, qui se félicite que « bien que pressé de toutes parts, le Pape ne s'est laissé entraîner à aucune réprobation démonstrative de la déportation des Juifs de Rome […] Il a également tout fait dans cette question délicate pour ne pas mettre à l'épreuve les relations avec le gouvernement allemand ») accréditent la thèse d'une indécision de Pie XII entre une opposition prudente et discrète, une neutralité gênée, et un double-jeu à la limite de la complicité passive. Cela tranche avec son opposition nette aux régimes communistes.

Dans son article « Le Vatican et la question juive », Léon Poliakov reconnaît que « payant d'exemple, Pie XII mit personnellement plusieurs kilos d'or à la disposition de la communauté juive de Rome, lorsqu'une contribution exorbitante fut exigée de celle-ci en septembre 1943 » et que « tout au long des neuf mois que dura l'occupation allemande de Rome, des dizaines de Juifs romains trouvèrent abri et protection dans les édifices et bureaux du Vatican », mais il estime que le pape était plutôt « diplomate » (par opposition à son prédécesseur « militant »). En termes de « protestations publiques et de condamnations de principe, […] rien de pareil à certaines manifestations de Pie XI (que l'on se souvienne du célèbre « nous sommes tous spirituellement des sémites… ») ne fut entrepris à Rome sous le pontificat de Pie XII ». Quoique l'information sur l'étendue de l'entreprise d'extermination soit parvenue très tôt au plus haut de la hiérarchie catholique et des gouvernements alliés, il trouve les condamnations publiques très mesurées. Eugenio Pacelli agit en tension : son rôle en tant que pape, « Vicaire du Christ », le pousse à prendre en compte la protection des catholiques, les enjeux diplomatiques voire économiques du Vatican, la crainte d'une victoire du communisme, bref, l'évolution de la guerre à l'échelle mondiale. 

« Face à la terreur hitlérienne, les Églises déployèrent sur le plan de l'action humanitaire immédiate, une action inlassable et inoubliable, avec l'approbation ou sous l'impulsion du Vatican » mais « l'immensité des intérêts dont le Saint Père avait la charge, les puissants moyens de chantage dont disposaient les nazis à l'échelle de l'Église Universelle, contribuaient sans doute à l'empêcher de prononcer en personne cette protestation solennelle et publique qui, cependant, était ardemment attendue par les persécutés. Il est pénible de constater que tout le long de la guerre, tandis que les usines de la mort tournaient tous fours allumés, la papauté gardait le silence. Il faut toutefois reconnaître qu'ainsi que l'expérience l'a montré à l'échelle locale, des protestations publiques pouvaient être immédiatement suivies de sanctions impitoyables […] Qu'aurait été l'effet d'une condamnation solennelle prononcée par l'autorité suprême du catholicisme ? La portée de principe d'une attitude intransigeante en la matière aurait été immense. Quant à ses conséquences pratiques, immédiates et précises, tant pour les œuvres et institutions de l'Église catholique que pour les Juifs eux-mêmes, c'est une question sur laquelle il est plus hasardeux de se prononcer ». 

Des appréciations positives dans les années quarante et cinquante

Toutefois, le pape fait l'objet d'appréciations positives de la part d'autorités de la communauté juive. Dès 1940, un an après son élection, Albert Einstein, dans le magazine Time, déplore le silence de la presse et des universités, par opposition à « la lutte de l'Église pour la liberté et la vérité ». Au lendemain de la guerre, de nombreux témoignages de reconnaissance sont adressés au Pape. Le grand rabbin de Jérusalem, Isaac Herzog, déclare en 1944 : « Ce que votre Sainteté et ses éminents délégués […] font pour nos frères et sœurs […], le peuple d'Israël ne l'oubliera jamais ». En 1958, Golda Meir, ministre des Affaires étrangères d'Israël, déclare à l'occasion du décès de Pie XII : « Quand le terrible martyre de notre peuple arriva, pendant la décennie de la terreur nazie, la voix du Pape s’éleva pour les victimes […] Nous pleurons un grand serviteur de la paix ». Elio Toaff Grand rabbin de Rome déclare : « Les juifs se souviendront toujours de ce que l'Église a fait pour eux sur l'ordre du pape au moment des persécutions raciales » et son prédécesseur, Israel Zolli (converti, avec son épouse, au catholicisme, sous le prénom d'Eugénio Pio), explique les raisons de son admiration envers Pie XII: « La rayonnante charité du Pape, penché sur toutes les misères engendrées par la guerre, sa bonté pour mes coreligionnaires traqués, furent pour moi l'ouragan qui balaya mes scrupules à me faire catholique » dans son autobiographie Prima dell'alba, publiée en 1954.

Pie XII complice par son silence ? La polémique des années 1960

Après la mort du pape, dans le contexte de la guerre froide et de Vatican II d'une part, et de la réflexion sur la notion de devoir de mémoire d'autre part, à partir de 1963, l'accusation est portée contre Pie XII d'avoir cautionné par son « silence » les agissements nazis. 

Les ouvrages de Saul Friedländer

Saul Friedländer systématise et approfondit les recherches de Léon Poliakov en particulier dans Pie XII et le IIIe Reich (1964 au Seuil) où il « confirme scientifiquement les thèses de Hochhuth ». Dans L'Allemagne nazie et les Juifs, Saul Friedländer, se demandant pourquoi Hitler n'a pas reculé dans ses plans d'extermination du peuple juif comme il l'avait fait pour l'élimination des « aliénés ». S'appuyant surtout sur les documents diplomatiques allemands, il ne trouve « qu'une seule réponse vraisemblable : Hitler et ses acolytes devaient être convaincus que le pape ne protesterait pas ». Début 1943, les rapports diplomatiques de Bergen, l'ambassadeur allemand au Vatican, indiquent un entretien au cours duquel le pape s'engage à ne pas se mêler des actions allemandes, sauf si des mesures étaient prises qui « le forceraient à parler pour remplir les obligations de sa charge » — Il tolérerait même quelques débordements qui seraient réglés après la fin de la guerre, par crainte d'affaiblir l'Allemagne dans sa lutte contre le bolchevisme. En février-mars 1943, dans son journal intime, Goebbels, le ministre nazi de la Propagande, identifie à trois reprises cette opposition entre nazisme et bolchevisme comme un atout dont son gouvernement doit se servir dans ses rapports avec la Curie.

Le 5 juillet 1943, à son arrivée au Vatican, le nouvel ambassadeur allemand Weizsäcker confirme que le pape lui réitère « son affection pour l'Allemagne et le peuple allemand, […] parle de son expérience avec les communistes à Munich en 1919 […] et condamne la formule absurde [des États-Unis] de « reddition sans condition » exigée [de l'Allemagne]. L'ambassadeur voit dans le discours du pape, selon ses propres mots, « la forme d'une reconnaissance des intérêts communs avec le Reich au moment où a été évoqué le combat contre le bolchevisme ». Après la chute de Mussolini, le 23 juillet 1943, qui entraîne l'arrivée des troupes allemandes en Italie, la peur du communisme grandit au Vatican avec le risque que la résistance communiste prenne de l'ampleur et gagne en popularité puisqu'elle s'oppose désormais à des forces d'occupation étrangères. Weizsäcker informe ses supérieurs qu'il a eu connaissance de trois notes de la Curie datées du jour de la chute de Mussolini, où le cardinal Maglione assure que « l'avenir de l'Europe dépend d'une résistance victorieuse de l'Allemagne sur le front russe. L'armée allemande est le seul rempart possible contre le bolchevisme. 

Si celui-ci s'écroule, le sort de la culture européenne est scellé ». L'ambassadeur discute avec un diplomate bien introduit dans la Curie qui lui affirme que « le pape condamnait tous les plans qui visaient à un affaiblissement du Reich. Un membre de la Curie dit que, de l'avis du pape, une Allemagne forte était absolument essentielle pour l'Église catholique ». À Berlin même, le secrétaire d'État allemand Gustav Adolf Steengracht von Moyland rapporte que le nonce Orsenigo s'est mis à disserter de son propre chef sur la menace que le communisme fait peser sur le monde et sur le fait que seuls le Vatican sur le plan spirituel et l'Allemagne sur le plan matériel peuvent la contrer efficacement. Ces messages constamment répétés, même s'ils sont un peu embellis par les émissaires allemands, conduisent Goebbels et Hitler, au cours d'une discussion qu'ils ont le 7 août 1943, à considérer que Pie XII, bien que véritable Italien et Romain, peut « être considéré à coup sûr comme un bon ami de l'Allemagne » où il a passé quatorze ans, et qu'il est clair qu'il préfère le national-socialisme au bolchevisme. « En tout cas, il n'a pas tenu de propos malveillants contre le fascisme ni contre Mussolini ». 

Joseph P. Kennedy, (à gauche), alors ambassadeur des États-Unis à Londres, et Marvin McIntyre, secrétaire présidentiel, accueillant le cardinal Pacelli à Hyde Park, New York, en novembre 1936, lorsque le cardinal était invité à déjeuner chez le président Roosevelt

Joseph P. Kennedy, (à gauche), alors ambassadeur des États-Unis à Londres, et Marvin McIntyre, secrétaire présidentiel, accueillant le cardinal Pacelli à Hyde Park, New York, en novembre 1936, lorsque le cardinal était invité à déjeuner chez le président Roosevelt

Une pièce de théâtre rend la polémique publique

La polémique éclate sur la place publique en 1963 avec la pièce de théâtre Le Vicaire, œuvre du dramaturge allemand Rolf Hochhuth, jouée en Allemagne en 1963. La thèse de l'auteur est avant tout que le pape aurait pu en faire plus. L'image du pape était jusqu'alors relativement préservée mais la pièce contribue largement à retourner l'opinion publique. La pièce, traduite en 20 langues, connaît en effet un grand succès international et soulève d'innombrables questions, dont celle des archives. Le Vatican dit d'abord qu'il faut cinquante ans pour ouvrir les archives, puis dès 1964, Paul VI en ouvre une partie à quatre historiens pour publier les documents concernant l’attitude du Saint-Siège durant la Seconde Guerre mondiale. Les travaux de l'historien Saul Friedländer reprennent encore plus précisément la thèse de la passivité de Léon Poliakov.

En 2002, le film Amen., du réalisateur gréco-français Costa-Gavras, directement inspiré du Vicaire, relance la polémique. Cinq ans plus tard, un officier de la DIE (services d'espionnage roumains) passé à l'Ouest en 1978 et recruté par la CIA américaine, Ion Mihai Pacepa, affirme que le général soviétique Ivan Agayants, chef du service de désinformation du KGB, aurait conçu en 1963 un plan contre Pie XII. L'idée était de produire une pièce de théâtre s'appuyant sur de prétendues archives afin de les discréditer lui et son action anticommuniste. L'auteur officiel, Rolf Hochhuth, aurait donc juste repris pour Le Vicaire un script inventé par Agayants sur la base de documents envoyés à Moscou par les renseignements roumains (qui auraient réussi à infiltrer les archives du Vatican en 1960 et 1962) et ne se serait pas inspiré du témoignage de Kurt Gerstein, pourtant personnage central de l'œuvre.

Si le Vatican estime que l'écriture du Vicaire a fortement été influencée par son premier metteur en scène, Erwin Piscator, et plus généralement « par les communistes et les adversaires de l'Église », il met fortement en doute les révélations de Pacepa, qui contiennent des erreurs flagrantes sur la façon dont les services roumains se seraient procuré leur documentation : selon le Vatican, une offre d'arrangement des relations diplomatiques avec les pays de l'Est (voire un arrangement financier) n'aurait pu donner un accès aux archives secrètes du Vatican aux services roumains ; par ailleurs, les documents relatifs à Pie XII n'étaient pas encore aux archives secrètes mais à celles de la Secrétairerie d'État. 

La polémique au moment de la béatification

Le débat sur les archives et la polémique sur la responsabilité du pape

Après la polémique sur Le Vicaire, Paul VI autorise des chercheurs internationaux à publier onze volumes d'archives entre 1965 et 1981 (Actes et documents du Saint-Siège relatifs à la Seconde Guerre mondiale). Il défend son prédécesseur lors de la sortie d'un film sur le massacre des Fosses ardéatines qui l'accuse d'inaction. En 1981, un article de L'Osservatore Romano juge qu'« il est vrai que Pie XII, accusé d'être un pape diplomate, n'a pas pratiqué la grande diplomatie. Il ne s'est pas adressé aux belligérants pour exiger la fin des combats […], il n'a pas excommunié, il n'a pas prononcé de condamnation solennelle à l'encontre des crimes et des criminels nazis ». Lors du procès en béatification, la polémique sur les archives et les silences est relancée par le document « Souvenons-nous : Une réflexion sur la Shoah », publié à Rome le 18 mars 1998, qui demande pardon pour « ceux qui n'ont pas été suffisamment forts pour élever des voix de protestation », tout en soulignant « ce que le pape Pie XII fit personnellement ou par l'intermédiaire de ces représentants pour sauver des centaines de milliers de vies juives ».

Une commission mixte d'historiens juifs et catholiques, chargée d'étudier les archives, remet le 25 octobre 1999, un rapport où elle s'interroge sur des lacunes flagrantes des documents disponibles et invite le Vatican à ouvrir toutes ses archives. Devant son refus, le 20 juillet 2001 elle suspend ses travaux sans rapport final. Le Vatican met cet échec sur le compte de « fuites tendancieuses » de membres juifs de la commission. Les archives du pontificat de Pie XI (1922/1939) sont rendues accessibles en 2006. Pour celles de Pie XII, environ 16 millions de feuillets conservés aux Archives secrètes du Vatican, la publication n'aurait lieu que vers 2014-2015. La controverse s'élargit. Des travaux modifient l'historiographie : l'historien israélien Pinchas Lapide affirme que l'Église a pu, par son action charitable, sauver d'une mort certaine environ 850 000 Juifs habitant les territoires occupés par le Troisième Reich. Ses détracteurs contestent ce chiffrage, qui considère que tous les survivants à l'Holocauste ont été sauvés par la charité chrétienne des paroissiens, des religieux ou du pape (Lapide l'obtient en retirant du nombre total de rescapés ceux qui ont été sauvés dans les terres orthodoxes, et les « revendications » protestantes, comme il les appelle. Lui-même, en 1963, n'en comptait que 150 000 à 400 000). 

La défense de Pie XII

En 1999, le très défavorable Pape de Hitler de John Cornwell réactive la thèse de Saul Friedländer. Le rabbin David Dalin répond, en 2005, par son ouvrage Pie XII et les Juifs. Le mythe du pape d'Hitler où au contraire, il souligne que contrairement à ce que la photo de couverture de l'ouvrage de Cornwell laisse entendre « jamais Pacelli n'a parlé avec Adolf Hitler ni ne l'a rencontré ». Il met en avant le rôle d'un pape « diplomate » condamnant régulièrement le nazisme, sauvant de nombreux juifs par de nombreuses actions diplomatiques et charitables et conclut par une demande reconnaissance comme « justes parmi les nations » : « Imputer la condamnation qui revient à Hitler et aux nazis à un pape qui s’opposa à eux et était ami des juifs est une abominable calomnie. Quels que soient leurs sentiments vis-à-vis du catholicisme, les juifs ont le devoir de rejeter toute polémique qui s’approprie la Shoah pour l’utiliser dans une guerre des progressistes contre l’Église catholique » « à l'approche du 50e anniversaire de sa mort, il conviendrait pour la vérité historique et la justice morale, que Yad Vashem honore Pie XII, à titre posthume, en reconnaissant qu'il a sa place avec les « justes parmi les nations » ». Cette proposition reçoit un accueil contrasté.

Myriam, la fille du rabbin Zolli, converti, défend Pie XII : « Pacelli et mon père étaient des figures tragiques dans un monde où toute référence morale avait disparu. Le gouffre du mal s’était ouvert, mais personne ne le croyait, et les grands de ce monde — Roosevelt, Staline, de Gaulle — étaient silencieux. Pie XII avait compris que Hitler n’honorerait de pactes avec personne, que sa folie pouvait se diriger dans la direction des catholiques allemands ou du bombardement de Rome, et il agit en connaissance de cause. Le pape était comme quelqu’un contraint à agir seul parmi les fous d’un hôpital psychiatrique. Il a fait ce qu’il pouvait. Il faut comprendre son silence dans le cadre d’un tel contexte, non comme une lâcheté, mais comme un acte de prudence ». En France, Serge Klarsfeld et Bernard-Henri Lévy écartent les critiques. Ce dernier s'étonne, dans le magazine Le Point du 21 janvier 2010, « pour l'heure, on doit à l'exactitude historique de préciser qu'avant d'opter pour l'action clandestine et le secret, avant d'ouvrir donc, sans le dire, ses couvents aux juifs romains traqués (…), le « silencieux » Pie XII prononça des allocutions radiophoniques (…) qui lui valurent, après sa mort, l'hommage d'une Golda Meir qui savait ce que parler veut dire, et qui ne craignent pas de déclarer : « pendant les dix ans de la terreur nazie, alors que notre peuple souffrait à martyrs effroyable, la voix du pape s'était élevée pour condamner les bourreaux ».

Le débat s'élargit au grand public (importante production d'ouvrages, publications internet, pétitions, etc.) opposant à la « légende noire » des détracteurs de l’Église catholique une « légende dorée » qui veut défendre l'honneur de l'institution catholique et de ses pontifes. D'autres éclairages sont proposés : ainsi Michael Hesemann suppose que Pie XII aurait été influencé par le souvenir de la contre-productivité des courriers du pape Benoît XV auprès du sultan Mehmed V au moment du génocide arménien qui n'avaient fait qu'empirer la situation, malgré des promesses et quelques concessions turques comme la grâce d'une soixantaine d'Arméniens à Alep. Pacelli était, comme secrétaire de la Congrégation pour les affaires extraordinaires du Secrétariat d’État, informé de toutes les répercussions des actions papales sur le déroulement du génocide des Arméniens. Allant plus loin, en 2015, Mark Riebling (en) soutient que Pie XII aurait été, dès 1939, un élément central dans trois complots ayant tenté d'assassiner Hitler, et un intermédiaire essentiel entre les résistants allemands et les diplomates alliés, principalement britanniques. Son silence s'expliquerait alors par la volonté de ne pas engendrer de représailles sur les résistants catholiques allemands, principalement l'avocat bavarois catholique Josef Müller. Cet agent de l'Abwehr dirigé par l'amiral Wilhelm Canaris, opposé secrètement à Hitler, aurait informé le Vatican et secrètement pris ses instructions auprès du secrétaire particulier du pape, le jésuite Robert Leiber, lors de ses multiples visites entre 1939 et son arrestation en 1943 par la Gestapo

Le mémorial Yad Vashem

Symbole de cette polémique, en 2005, le musée du mémorial de Yad Vashem fait figurer la photo de Pie XII parmi « ceux dont on devrait avoir honte pour ce qu'ils ont fait contre les juifs » reprenant la thèse de sa passivité. En 2007, le nonce, représentant du Vatican en Israël, Mgr Antonio Franco, menace de boycotter les cérémonies annuelles pour protester et le président du Mémorial, Avner Shalev, répond que « Yad Vashem se dédie à la recherche historique et […] présente la vérité historique sur le pape Pie XII telle qu'elle est connue par les chercheurs aujourd'hui. Yad Vashem a dit au représentant du Vatican qu'il était prêt à continuer d'examiner le sujet, en soulignant que si on lui y donne accès, il étudierait avec plaisir les archives de Pie XII, afin de prendre éventuellement connaissance d'éléments nouveaux ». Le nonce revient alors sur sa décision de boycott. En 2009, le comité français pour Yad Vashem prend nettement position contre la béatification. Mais après un atelier scientifique en mars 2009 avec l’Institut de théologie salésienne des Saints-Pierre-et-Paul à Jérusalem, la direction du mémorial confirme que sa position pourrait changer au vu de nouvelles archives. 

Le ton change en 2011 : l'ambassadeur d'Israël auprès du Saint-Siège Mordechai Lewy rappelle, lors de la reconnaissance comme « juste parmi les nations » du prêtre italien Gaetano Piccinini, que les couvents et monastères catholiques ont abrité des rescapés de la rafle du Ghetto de Rome le 16 octobre 1943 avec l'accord et le soutien de la plus haute hiérarchie vaticane pour conclure que « ce serait donc une erreur de dire que l'Église catholique, le Vatican et le pape lui-même n'ont rien voulu faire pour sauver des Juifs. C'est le contraire qui est vrai. » Le musée annonce le 1er juillet 2012 qu'« en suivant les recommandations de l’Institut international pour la recherche sur l’Holocauste de Yad Vashem, a été remis à jour le panneau relatif aux activités du Vatican et du Pape Pie XII pendant la période de la guerre. Cette remise à jour reflète les recherches accomplies au cours des dernières années et présente un cadre plus complexe par rapport au précédent » et ajoute que ce n’est pas le résultat de pressions du Vatican. La légende de la photographie du pape souligne alors : « La réaction de Pie XII, Eugenio Pacelli, à l’assassinat des juifs au cours de l’Holocauste est l’objet de controverses parmi les chercheurs ». 

Archives déclassifiées de 2020

En 2020, le pape François déclassifie des milliers d'archives inédites relatives à la période de règne du pape Pie XII ; mais après quelques jours, l'épidémie de Covid-19 interrompt les recherches. L'archiviste du Vatican, Johan Ickx, qui est le premier, pendant dix années, à analyser ces documents publie Le Bureau. Les Juifs de Pie XII (Michel Lafon) qui prend radicalement le contre-pied de l'historiographie influencée par la pièce Le Vicaire, montrant « l'ampleur des activités du Vatican pour protéger, cacher, aider les victimes de la Shoah » et notamment l'implication de Pie XII à ce sujet (liste de Juifs sauvés, description des filières de cache et d'évasion, etc.). 

Procès en béatification

Le procès en béatification du pape Pie XII est officiellement introduit dès le 18 novembre 1965, sous le pontificat de Paul VI, en même temps que celle de Jean XXIII (décédé deux ans plus tôt). Le 8 mai 2007, les membres du tribunal de la congrégation pour la Cause des saints votent à l'unanimité le jugement positif et conclusif du procès en vue d'établir « les vertus héroïques » de Pie XII. Toutefois le pape Benoît XVI décide de reporter la signature de ce décret, préférant attendre encore. Deux ans plus tard, le 19 décembre 2009, le pape Benoît XVI signe le décret reconnaissant les vertus héroïques de Pie XII, condition canonique pour que l'Église le reconnaisse comme vénérable, selon le terme en usage. Cette étape doit précéder nécessairement le procès en béatification proprement dit. Celui-ci est conditionné par la reconnaissance d'un miracle postérieur à la mort du vénérable et attribué formellement à son intercession. De plus, le Vatican laisse entendre, en 2009, que Pie XII ne serait pas béatifié avant l'ouverture complète des archives de son pontificat, procédure soumise à des dates strictes et qui, une fois la chose possible, nécessitera encore des années de travail.

Publié dans Eclésiastiques

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