Bérard Léon

Publié le par Roger Cousin

Léon Bérard, né le 6 janvier 1876 à Sauveterre-de-Béarn (Pyrénées-Atlantiques) et mort le 24 février 1960 à Paris, est un avocat et homme politique français.

Bérard LéonBérard Léon

Après des études secondaires à Orthez et à Pau, il étudie le droit à Paris et s’y inscrit au barreau. Il est remarqué par Raymond Poincaré qui en fait son secrétaire dans son cabinet d’avocat. Léon Bérard entame une carrière politique locale dans les Basses-Pyrénées en devenant maire de Sauveterre-de-Béarn en mai 1904, puis conseiller général en juillet 1907. Lors des élections législatives de 1910, il obtient avec l’appui de Louis Barthou l’investiture du comité républicain et il est élu député de l’arrondissement d’Orthez. A la Chambre des députés, il s’inscrit au groupe de la Gauche démocratique. Il entame très vite une carrière ministérielle en devenant sous-secrétaire d’Etat aux Beaux-Arts en janvier 1912. Il est réélu député de l’arrondissement d’Orthez en 1914, puis, dans le cadre du scrutin départemental, sur la liste de « concentration républicaine » de Louis Barthou en 1919. Il sera réélu à la tête de cette liste en 1924. Il est nommé ministre de l'Instruction publique en 1919, puis ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts de 1921 à 1924. Son passage rue de Grenelle est marqué, en 1921, par le relèvement des traitements des fonctionnaires et, en 1923, par une refonte des programmes de l'enseignement secondaire revalorisant la place de la culture classique et des humanités. Il défend ardemment sa réforme devant la Chambre des députés lors des débats du mois de juin 1923, au cours desquels il répliquera en latin à Édouard Herriot, qui en contestait le bien-fondé.

Il est élu sénateur des Basses-Pyrénées en janvier 1927 et réélu en janvier 1936. Il est nommé garde des Sceaux de 1931 à 1932 et de 1935 à 1936. Il devient président du conseil général des Basses-Pyrénées en 1934, succédant à Louis Barthou, assassiné à Marseille. Orateur talentueux et cultivé, Léon Bérard manifeste, au travers de multiples conférences ou articles, son attrait pour les thèmes littéraires et artistiques. En 1933, il préside le Comité français pour la protection des intellectuels juifs persécutés, fondé en vue d’apporter une aide aux artistes chassés de l’Allemagne nazie. Il est élu au fauteuil 10 de l’Académie française en 1934, le même jour que le maréchal Franchet d'Espèrey. Durant les dernières semaines de la guerre d'Espagne, après la chute de Barcelone, le Président du Conseil, Édouard Daladier, et le ministre des Affaires étrangères, Georges Bonnet, l’envoient négocier avec le général Jordana, ministre des affaires étrangères de Franco, les conditions d'établissement de relations diplomatiques entre la France et le gouvernement nationaliste, en vue d’obtenir sa neutralité en cas de conflit avec l’Allemagne et l’Italie (accords Bérard-Jordana du 25 février 1939).

De novembre 1940 à août 1944, il est ambassadeur du régime de Vichy auprès du Saint-Siège. Il tient régulièrement informé le gouvernement de l’état d’esprit du Vatican face à l’évolution de la guerre en Europe. Dans un rapport du 22 février 1941, il souligne que « le Saint-Siège aperçoit une opposition foncière, théoriquement irréductible, entre la doctrine de l’Eglise et celle dont s’inspire le national-socialisme » et le 21 août 1941, il rapporte ce propos du pape Pie XII : « je redoute Hitler encore plus que Staline ». Recevant instruction de s’informer d’éventuelles réactions du Vatican à propos du statut des Juifs du 2 juin 1941, il répond dans un rapport du 2 septembre 1941 que l’Eglise avait condamné le racisme mais qu’elle ne contesterait pas la législation française dès lors qu’elle ne comportait aucune disposition relative au mariage.

Reclus dans l'enceinte du Vatican durant quatre ans, devant la décision imminente d' annexion des "pieux établissements" et des possessions françaises par Mussolini, il délèguera en 1943 à son attaché d' ambassade François de Vial, resté libre, la charge effective de défendre nos intérêts et de négocier, avec succès, auprès du grand conseil fasciste le maintien de ces biens aux couleurs françaises. Comme tous les parlementaires ayant voté la loi constitutionnelle du 10 juillet 1940 confiant le pouvoir constituant au gouvernement du maréchal Pétain, il est inéligible à la libération, en vertu de l’ordonnance du Comité français de la Libération nationale du 21 avril 1944. Il se consacre à l’Académie française, au barreau et aux lettres. Il publie régulièrement dans La Revue des Deux Mondes.

Dans son bloc-notes, François Mauriac fit un portrait tout en nuances de Léon Bérard: « On venait d’annoncer la mort de Léon Bérard et nous en étions tous accablés. [...] J’aimais bien ce parlementaire à l’ancienne manière [...]. Survivant d’un milieu où la culture était aimable, du temps que les philosophes atrabilaires n’avaient pas encore envahi la littérature. Mais qu’il devait être malin ce Béarnais, de droite au fond, ami de l’Action française, et qui fit toute sa carrière sous la république radicale et jusqu’à régner à l’Instruction publique ! Ambassadeur du maréchal auprès du Saint-Siège pour finir. Quand les choses se gâtèrent, il attendit sagement sous le porche de Saint-Pierre la fin de la grêle ; et nous fûmes tous bien contents de le voir revenir. Ce sage a eu la mort discrète qu’il méritait. Il s’est endormi d’un sommeil tranquille que je souhaite à ceux que j’aime. »

Carrière ministérielle

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