Réseau Manipule

Publié le par Mémoires de Guerre

Manipule est le nom donné à un réseau de renseignement de la Résistance intérieure française pendant la Seconde Guerre mondiale.

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Réseau Manipule
Historique

Création

Le réseau Manipule est un réseau de renseignement de la France combattante, constitué au sein du mouvement Ceux de la Résistance (CDLR) au début de 1942, sa mise en place étant attestée entre février et mars 1942–1943 selon les sources. Sa genèse est liée à la structuration militaire de CDLR et au besoin exprimé par Londres (BCRA) d’un outil de renseignement dédié. Les notices de l’Ordre de la Libération (entrées « Jacques Lecompte-Boïnet » et « Pierre Arrighi ») confirment la création, à Paris, d’un « important réseau de renseignements (“Manipule”) » rattaché au mouvement, tandis que les inventaires du Service historique de la Défense (SHD) documentent la liquidation administrative du réseau et les états nominatifs de ses agents pour la période 1943-1947.

Le Maitron, dans sa rubrique « Réseau Manipule », atteste son existence et son insertion dans la galaxie des réseaux de la France combattante. La terminologie authentifiée est « Réseau Manipule » ; des sous-réseaux sont signalés, notamment « Max » (et localement « Marx » dans certaines sources), sans variante orthographique du nom principal. Manipule relève du mouvement CDLR et coopère avec le BCRA. Il est dirigé à l’origine par Jacques Lecompte-Boïnet, puis par des responsables successifs ayant assuré la centralisation du renseignement et la liquidation après-guerre. Robert Reyl (alias « Berthier », identifié comme liquidateur dans les inventaires du SHD), Pierre Mabille, Pierre Arrighi et, en phase finale, Michel Bedel.

Fonctionnement

Le réseau fonctionne comme une structure militaire de renseignement, composée d’agents classés (O, P1, P2), regroupés en secteurs et sous-réseaux (ex. « Max »). Son implantation privilégiée est la zone Nord, le littoral atlantique et la frontière belge, avec des correspondants départementaux et des liaisons avec des mouvements alliés (Libération-Nord, Défense de la France) et des réseaux français (ex. cohérence constatée avec les réseaux Jade ou Cohors-Asturies selon les dossiers individuels). Ces éléments sont concordants dans les synthèses (Maitron, Musée de la Résistance en ligne) et dans les inventaires SHD. Manipule collecte des renseignements d’ordre militaire et économique (infrastructures ferroviaires, défenses côtières, trafic, dépôts et unités ennemies) pour transmission à Londres via CDLR/BCRA.

Les notices de l’Ordre de la Libération et les fiches du Musée de la Résistance en ligne montrent des contributions locales : par exemple, transmission des plans des défenses du port de Granville, veille des transmissions allemandes, hébergement ou circulation d’aviateurs alliés en lien avec des mouvements associés, et participation à la presse clandestine. La période d’activité principale va de 1942 à l’été 1944 ; les coups de filet de 1943-1944 entraînent de nombreuses arrestations et déportations, documentées dans les states d’agents et dossiers d’arrestations conservés au SHD.

Le réseau Manipule est organisé « au sein » de CDLR (Ordre de la Libération) et travaille avec le BCRA. Des connexions sont avérées, selon les dossiers individuels, avec Libération-Nord, Défense de la France, Jade, Cohors-Asturies, ainsi qu’avec des structures de transmission (Prométhée/Parsifal/Phidias-Praxitèle) qui assurent l’acheminement des renseignements vers Londres. Plusieurs profils suivent des itinéraires croisés entre ces ensembles, ce que confirment les notices individuelles du Musée de la Résistance en ligne et les synthèses historiques.

Chefs et figures marquantes
  • Jacques LECOMPTE-BOÏNET, chef de CDLR, co-organisateur de Manipule au sein du mouvement, animateur de la formation des groupes d’action et de renseignement.
  • Pierre ARRIGHI, cadre de CDLR, associé à la mise sur pied et à la centralisation du renseignement au sein de Manipule à Paris.
  • Robert REYL, liquidateur de Manipule après-guerre ; sa qualité et son rôle sont explicités dans l’inventaire SHD relatif aux « états des agents » et pièces de liquidation.
  • Pierre MABILLE, cadre cité dans les synthèses comme responsable du réseau à une phase de son histoire.
  • Michel BEDEL, cité comme responsable final dans les synthèses.
Victimes / morts

Le tiers environ des effectifs est touché par arrestations, déportations ou morts entre 1942 et 1944 selon les synthèses historiques.

Plusieurs cas sont documentés par des fiches nominatives :

  • Pierre FANGET, membre de Manipule, arrêté à Troyes le 1er octobre 1943, déporté à Buchenwald puis Dora, libéré en 1945 ;
  • Pierre JEANSON, arrêté le 4 mai 1944 pour appartenance aux réseaux Jade et Manipule, interné puis déporté vers Buchenwald ;

l’inventaire SHD regroupe des « documents relatifs aux arrestations des membres du réseau ». Ces cas illustrent la répression subie par les agents de Manipule à l’échelle locale comme nationale.

Survivants identifiés

Des notices individuelles confirment la survie et le témoignage de plusieurs agents : Raymond TRIBOUT, entré en octobre 1942 (matricule RN 452), actif dans la collecte de renseignements et l’aide aux aviateurs américains ; d’autres profils, comme des agents de boîtes aux lettres ou des cadres locaux, sont répertoriés dans le Musée de la Résistance en ligne et les bases associatives (par ex. Oise). Ces parcours ont alimenté la mémoire du réseau au travers de dossiers d’homologation et de publications.

Fin du réseau

La phase terminale s’étend de la mi-1944 à 1945, avec l’arrêt progressif des activités opérationnelles et l’ouverture des procédures de liquidation administrative. Les archives du SHD (cote GR 28 P 3 105) conservent les états des agents (O, P1, P2), la correspondance du liquidateur Robert Reyl (« Berthier »), des listes d’agents et un rapport de comptabilité du réseau, couvrant 1943-1947. Cette documentation atteste la dissolution du réseau dans le cadre général de la liquidation des réseaux des Forces françaises combattantes après la Libération.

Conséquences et mémoire

Sur le plan stratégique, Manipule contribue à la remontée d’un renseignement utile aux Alliés sur les dispositifs allemands, en particulier dans la zone Nord et sur le littoral atlantique.  La répression touche durement ses membres, comme l’attestent les dossiers d’arrestations et de déportations. La mémoire du réseau est portée par les inventaires d’archives (SHD), par des notices biographiques validées (Musée de la Résistance en ligne) et par des synthèses historiques (Maitron, Fondation de la Résistance), ainsi que par un ouvrage monographique de référence (Marie Ducoudray, 2001). Des ressources pédagogiques de l’Ordre de la Libération et des sites mémoriels locaux citent régulièrement Manipule parmi les réseaux de renseignement de la France combattante.

Articles Sources

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