L'Assiette au beurre
L'Assiette au beurre est un journal illustré français ouvert aux dessinateurs anarchistes. Ses 593 numéros paraissent du 4 avril 1901 au 15 octobre 1912.
Il se distingue de la plupart des autres feuilles humoristiques par sa composition inédite : chaque numéro est composé de seize dessins ou caricatures en pleine page. Un artiste s'en voit confier la réalisation sur un thème précis, ce qui fait de chaque livraison un véritable album. Son créateur, Samuel Schwarz, est un juif hongrois naturalisé français. En 1904 il fait faillite et l'hebdomadaire est repris par de Joncières jusqu'en 1912.
De célèbres et talentueux dessinateurs comme Steinlen, Kees van Dongen, Félix Vallotton, Auguste Roubille ou Benjamin Rabier ont participé au journal. D'autres, moins connus, ont joué un rôle important comme le syndicaliste cégétiste Grandjouan, Jossot, proche des mouvements libertaires, ou encore Ricardo Florès. Des écrivains de premier plan comme Anatole France et Octave Mirbeau ont participé à certains numéros.
Le but de cet hebdomadaire est de se moquer des autorités, des riches, des militaires, des policiers, des curés, des francs-maçons, à travers la caricature. Les questions politiques, avec des dessins antisémites, antimaçonniques, anti-anglais, anti-allemands, sont également traitées. L'Assiette au beurre, qui a employé plus de deux cents artistes étrangers, se caractérise par son ouverture internationale. Les sujets de société figurent aussi dans L'Assiette au beurre comme la peine de mort, la traite des enfants, ou encore des thèmes de la vie quotidienne comme « Le gaz », « La police » ou « Paris la nuit ».
Cette revue s'adresse à une bourgeoisie aisée de gauche qui accueille favorablement la plupart de ses idées. Cette sensibilité change à l'approche de la Première Guerre mondiale. Le prix de vente de l'hebdomadaire, variant entre 20 et 50 centimes, (ce qui correspond aujourd'hui au prix d'un livre de poche) est difficilement accessible aux ouvriers et aux gens ayant des revenus modestes.
L'Assiette au beurre est une revue exigeante d'un point de vue artistique, mais son prix de revient devient de plus en plus élevé. Dans les années 1910-1911, elle accuse une baisse de qualité technique et artistique due à des ennuis financiers. M. de Joncières consacrera une partie de sa fortune au journal. Le 12 octobre 1912 paraît le dernier numéro de L'Assiette au beurre.