Les bienveillantes décryptées

Publié le par Rodney42

Les bienveillantes décryptéesLa lecture des 'Bienveillantes' le phénomène de la rentrée littéraire 2006, plonge le lecteur dans une double, voire triple perplexité. Comment peut-on prendre pour héros principal un bourreau nazi et en faire son narrateur ? Comment pénétrer avec lui dans le quotidien d'un officier SS pendant la Seconde Guerre mondiale sans dégoût ? Comment, à travers son témoignage, supporter l'insupportable ? Et enfin, au-delà de ces problèmes éthiques, comment comprendre un système dont on ignore tout ?

Les livres d'histoire, les films qui traitent de la Seconde Guerre mondiale exposent des faits, dressent des bilans chiffrés, constatent l'horreur des camps d'extermination, mais jamais personne ne s'était mis à la place des bourreaux pour raconter cette même histoire. Tout est une question de point de vue, encore faut-il ne pas sombrer dans la confusion des sentiments.

Ce décryptage du roman de Jonathan Littell reprend la trame chronologique de l'histoire du livre. Chaque grand chapitre est caractérisé par le lieu principal de l'action. Le tout est agrémenté par des pages sur les événements majeurs de la Seconde Guerre mondiale, des cartes pour visualiser la stratégie guerrière, un dictionnaire biographique des personnages cités, ainsi qu'un organigramme de l'appareil militaire nazi.

Quel lecteur de Jonathan Littell n’a pas souhaité en savoir plus sur son roman inclassable et polémique ? Marc Lemonier n’offre pas d’éléments de réflexion sur le dernier Goncourt. ‘Les Bienveillantes’ sont décryptées, mais pas analysées. Si le titre est trompeur, les propos dès l’introduction ne le sont pas. Il ne s’agit pas d’une étude d’auteur : “Et nous n’évoquerons pas là les mystères de la psychologie des bourreaux, qui sont au coeur de l’oeuvre romanesque, mais toutes ces informations données au détour d’une phrase - un nom, une ville, un événement... qui constituent la toile de fond du roman.”

Cet essai fournit, en effet, une masse d’informations sur les rouages techniques de l’horreur. Très documenté, il rappelle les chiffres, les dates, les aspects militaires, les biographies des responsables SS, situe les lieux, et précise les fonctionnements administratifs de la politique nazi. L’Histoire en est le sujet principal.

De l’oeuvre romanesque, on retrouve simplement une présentation sommaire des personnages principaux à partir du texte et des pistes littéraires sur les sources d’inspiration de J. Littell. A la façon d’un commentaire, il s’agit bien du “carnet de bord d’un lecteur“, nous épargnant les recherches susceptibles de satisfaire notre curiosité. L’ouvrage reste tout de même rapide et généraliste. Nous voici très renseignés et quelque peu frustrés.

Extrait du livre : Selon Jonathan Littell, l'idée de ce roman lui serait venue d'une émotion particulière. «Tout est parti, déclara-t-il à Télérama (26 août 2006), d'une photogra­phie que j'ai eue sous les yeux il y a longtemps, en 1989, me semble-t-il : une jeune femme, pendue par les nazis, à Kharkov, en Ukraine, et dont le corps est demeuré ensuite étendu, abîmé dans la neige.» Cette photographie représente Zoïa Kosmodemianskaïa, dont l'URSS de Staline a fait une héroïne et martyre, symbole de la résistance armée à l'invasion hitlérienne. Son corps est couché dans la neige, le buste dénudé, le cou brisé, la tête encore tordue par la corde. Cette image en noir et blanc provoqua en Littell le désir de découvrir de l'intérieur ce qui pouvait bien motiver les bourreaux de cette jeune femme. Alors qu'il avait renoncé à l'action sur le terrain pour devenir consultant et voir grandir ses enfants, Littell conçut le projet d'un roman ayant pour toile de fond la guerre de 39-45 sur le front de l'Est.

au lait maternel. Héloïse s'est rendue coupable de l'un des événements traumatisants de son existence : «Elle s'était enivrée, entourée d'étrangers, de dockers, de marins. Il est même possible qu'elle se soit assise sur une table et qu'elle ait remonté sa jupe, exposant son sexe. Quoi qu'il en soit, les choses dégénérèrent scan­daleusement et la bourgeoise fut jetée à la rue, où elle tomba dans une flaque. Un policier la ramena à la mai­son, trempée, débraillée, sa robe souillée ; je crus que je mourrais de honte.» Mais, surtout, elle n'a pas su ou voulu garder auprès d'elle son mari, qu'elle tue symboliquement en le faisant «déclarer mort» après huit années de disparition. Et, ce qui n'arrange rien, elle est française. Pourtant, les raisons d'assassiner cette Clytemnestre petite-bourgeoise semblent bien futiles. (Elle meurt étranglée le 28 avril 1943). Est-elle juive ?

Auteur : Marc Lemonier
Editeur : Le Pré aux Clercs
Publication : 08/03/2007
ISBN : 9782842283087

 

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Publié dans Bibliothèque

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