Dietrich von Choltitz

Publié le par Mémoires de Guerre

Dietrich von Choltitz est un General der Infanterie allemand de la Seconde Guerre mondiale, né le 9 novembre 1894 à Wiese Gräflich (Silésie) et mort le 5 novembre 1966 à Baden-Baden. Il a en particulier commandé le 84e corps d’armée en Normandie puis a été très brièvement gouverneur militaire du « Grand Paris » au moment de la libération de la ville en août 1944. Il a été emprisonné dans un camp pour officiers généraux dès septembre 1944 en Angleterre où ses conversations ont été écoutées. Il a été décoré de la croix de chevalier de la croix de fer. 

Dietrich von Choltitz
Dietrich von Choltitz
Dietrich von Choltitz
Dietrich von Choltitz
Dietrich von Choltitz

Formation et premières expériences

Dietrich von Choltitz est né dans le château familial de Wiese Gräflich à quatre kilomètres de Prudnik dans le Sud-Ouest de la Pologne actuelle. Son père, Hans, est colonel de l'armée impériale, commandant du 10e régiment de cavalerie des uhlans de la Marche, qui va combattre en Flandres pendant la Première Guerre mondiale. Sa mère a pour nom de jeune fille Gertrud von Rosenberg. Son oncle, Hermann von Choltitz va être gouverneur militaire de Silésie (Generallandschaftspräsident) de 1907 à 1920. En 1907, à l'âge de 13 ans, Dietrich von Choltitz est envoyé par son père à l'école des cadets de Dresde, capitale du royaume de Saxe. Il sert comme page à la Cour royale.

Il a 19 ans quand éclate la Première Guerre mondiale en 1914. Il est affecté au 107e régiment d'infanterie du prince Johann Georg et sert comme aspirant. Blessé à trois reprises durant le conflit, il le termine au grade de Leutnant (sous-lieutenant). Il reste dans la Reichswehr à l'époque de la république de Weimar et devient Hauptmann (capitaine) de cavalerie en 1929. Il est promu Major (commandant) en 1937 et commande le 3e bataillon du 16e régiment d'infanterie « Oldenburg », dans la 2e Luftlande-Division. Il est promu Oberstleutnant (lieutenant-colonel) en 1938. 

Pologne et Pays-Bas

En 1939, Choltitz commande le bataillon du 16e régiment d'infanterie aéroportée et prend successivement part aux campagnes de Pologne (1939), des Pays-Bas et de Belgique (1940). Ses troupes prennent notamment Rotterdam, dont le port est le premier d'Europe, après un bombardement qui n'épargne pas la population civile du centre ville (huit cents victimes, soixante-dix-huit mille sans abris). Choltitz prétendra dans ses Mémoires à un malentendu. À la suite de cette action, il reçoit la croix de chevalier de la croix de fer. En septembre 1940, il prend le commandement de son régiment et se trouve promu Oberst (colonel) au printemps 1941.

Campagne de Russie

Au début de l'opération Barbarossa en juin 1941, son régiment fait partie du groupe d'armées Sud et part de Roumanie vers l'Ukraine, progressant en direction du Dniepr. Faisant partie de la 11e armée de Erich von Manstein il participe au siège et à la prise de Sébastopol en juin 1942 : sur un effectif de 4 800 hommes, il lui en reste 349 à la fin des combats ; il est en outre blessé au bras. Il est promu Generalmajor (général de brigade) peu après et prend le commandement de la 260e division d'infanterie. Le 1er février 1943, il est promu Generalleutnant (général de division) et commande pendant deux mois la 11e Panzerdivision impliquée avec Erich von Manstein dans une contre-attaque en direction de Kharkov, puis il participe à la bataille de Koursk. Ses affectations sur le front de l'Est manquent ensuite de précision — il n'y consacre que deux paragraphes dans ses Mémoires, et il se peut que ce soit la période pendant laquelle il a directement contribué à la politique d'extermination nazie. 

Italie

En mars 1944, il est transféré en Italie et devient commandant en second du 76e Panzerkorps ; il participe à la bataille d'Anzio.

Normandie

Puis, du 20 juin au 28 juillet 1944, il commande le LXXXIVe corps d'armée en Normandie, succédant au général Marcks tué au combat. Il loge près de Coutances, à Ouville dans la ferme de la Fosse aux Loups. Là, il occupe une chambre réquisitionnée, au premier étage, où il a des difficultés à trouver le sommeil. Son poste de commandement est situé non loin de là dans un véhicule de commandement garé à l'abri d'un chemin creux. Les divisions allemandes sont réduites de moitié avec des moyens de commandement anéantis, face à un ennemi supérieur en nombre. Les Américains vont percer le 26 juillet 1944, appuyés par l'aviation. Le 27 juillet, la percée est définitive. Le PC recule avec les troupes allemandes.

Gouverneur de Paris

Alors que le front allemand s'effondre à la suite de la bataille de Normandie et que l'attentat tenté par le groupuscule d'officiers menés par Claus von Stauffenberg contre Hitler vient d'échouer, Dietrich von Choltitz est, au matin du 7 août 1944, nommé gouverneur militaire de la garnison du « Grand-Paris »d, « le Groß Paris ». Sa nomination lui est signifiée par Adolf Hitler à la Wolfsschanze. Il remplace à ce poste Hans von Boineburg-Lengsfeld, qui a été en fonctions du 1er avril 1943 au 7 août 1944, principalement sous les ordres de Carl-Heinrich von Stülpnagel, Militärbefehlshaber in Frankreich (commandant en chef des troupes d’occupation en France). Stülpnagel, impliqué dans le complot du 20 juillet 1944 car il a arrêté les SS de Paris le 20 juillet, a quant à lui été remplacé par le General der Fliegere Karl Kitzinger, en poste depuis le 22 juillet, désormais le supérieur de Choltitz.

Ordre de mission

Choltitz détaille la mission reçue en main propre du Führer et par écrit dont les grandes lignes sont les suivantes :

  • Les troupes du front ouest se battent courageusement contre un ennemi supérieur en nombre ;
  • Le général de division von Choltitz est nommé avec effet immédiat « général commandant en chef du Grand Paris » et répond devant Hitler des points suivants :
  • Paris ne doit plus être une ville étape, un réservoir de réfugiés et de pleutres, elle doit devenir un objet de crainte pour tous les non-combattants ;
  • Les administrations allemandes inutiles doivent partir, les hommes en état de combattre doivent partir au front ;
  • Le territoire doit être protégé contre tout acte de la Résistance.
  • Le général commandant en chef dispose de l'autorité sur toutes les troupes, SS comprises, et incorporera dans son état-major l'ancien état-major du précédent commandant ;
  • Il reçoit les pouvoirs juridictionnels d'un « commandant de place forte assiégée ».

Cet ordre démentait les affirmations d'Hitler qu'il rejetterait à la mer les Alliés. Paris devenait un théâtre d'opérations potentiel.

Suites

Choltitz est marqué par la rencontre avec le « Führer » : il a la sensation d'avoir en face de lui un être ayant perdu la raison, et, soudainement, ne peut plus croire à l'image donnée par la propagande.

« Je me trouvais devant lui et je vis un homme vieux, voûté, bouffi, aux cheveux gris et clairsemés, un être tremblant et physiquement ruiné.
[...]
Aujourd'hui encore, je ne peux dire avec certitude s'il croyait lui-même en ses paroles ou s'il trompait sciemment son entourage pour l'exhorter à tenir jusqu'au bout.
[...]
Plus de doute : je me trouvais en face d'un fou. La conscience que l'existence de notre peuple était aux mains d'un aliéné, incapable de dominer la situation [...] pesait sur moi de toute sa force. » — Dietrich von Choltitz, op. cit. (1969) pp. 204-206

Choltitz insiste sur son analyse de la situation et conclut que Hitler

« [...] considérait Paris comme une « place forte assiégée » car il prenait des mesures en vue du retrait des administrations qui n'avaient pas d'utilité pour la lutte [...] » — Dietrich von Choltitz, op. cit. (1969) p. 208 

Opérations

À Paris, la Kommandantur est installée place de l'Opéra, tandis que Choltitz prend ses quartiers à l'hôtel Meurice, palace situé rue de Rivoli, en face du jardin des Tuileries. Lorsque l'insurrection éclate, les Allemands sont encore vingt mille dans la capitale. Outre un régiment de sécurité appuyé par des chars français hors d'âge, la garnison comprend essentiellement des états-majors et des services inaptes au combat. Cependant, des colonnes d'unités étrillées en Normandie qui se replient sur la Somme traversent la capitale exempte d'attaques aériennes alliées. La retraite de ces unités est couverte par un certain nombre de chars Panther. Dans l'après-midi du 19 août, Choltitz accepte le cessez-le-feu négocié par le consul de Suède Raoul Nordling avec les gaullistes. Il sursoit à l'exécution de trois résistants, Alexandre Parodi, Roland Pré et Émile Laffon, représentants directs du général de Gaulle arrêtés le 20 août par la Gestapo, et les libère. Le 23 août 1944, il reçoit l'ordre de Hitler de défendre Paris par la destruction de pâtés de maisons et des ponts de la capitale. « Paris ne doit pas tomber entre les mains de l'ennemi, ou alors que ce soit un champ de ruines ». 

D'après ses mémoires, conscient que la destruction des infrastructures de Paris serait inutile, que la guerre est perdue pour son camp, et soucieux de ménager son avenir de futur prisonnier, il prétend que les unités de destruction auraient miné de nombreux bâtiments mais qu'il n'aurait pas donné l'ordre de destruction. En réalité, il n'en n'avait plus la possibilité à la suite des actions des FFI qui avaient empêché que le feu ne soit mis aux charges explosives. En effet, plus de six cents barricades dans Paris bloquent la ville et il n'est plus question ni de la miner, ni même de mettre le feu aux poudres.  Ce serait en fait l'insurrection seule qui aurait garanti que le forfait de la destruction de Paris ne puisse se commettre. Il négocie pour remettre sa reddition à un officier allié. Le 25 août, après un combat en forme de baroud d'honneur, il se rend au soldat espagnol Antonio González de la compagnie La Nueve de la 2e division blindée. Il est conduit à la préfecture de police de Paris où il capitule devant le général Leclerc. Il est ensuite conduit à la gare Montparnasse, poste de commandement de Leclerc, où le nom et la signature du colonel Rol-Tanguy, commandant communiste des FFI de l'Île-de-France, sont rajoutés à l'ordre de reddition. Adolf Hitler, dans un accès de rage, lui aurait téléphoné en demandant si Paris brûlait (« Brennt Paris ? »). Choltitz avait pris la précaution de mettre sa famille à l'abri des représailles collectives familiales. Il tenta de protéger les auxiliaires féminines allemandes situées à Paris. 

Captivité

Choltitz, debout avec une canne, le 1er en partant de la gauche, en détention au camp de Trent Park, novembre 1944. Immédiatement emprisonné, Choltitz est conduit en Normandie puis prend l'avion pour l'Angleterre. Il y est enfermé avec d'autres hauts officiers allemands. Ses conversations sont enregistrées à son insu. Il évoque dès le 29 août 1944 sa rencontre avec Hitler du début du mois, présentant Hitler comme très diminué physiquement mais l'ayant harangué plus de quarante-cinq minutes sans se laisser interrompre, « se dévidant comme un disque de gramophone », et comme s'il était devant un large public. Choltitz en garde la sensation que Hitler n'a plus tous ses moyens, et n'a guère de respect pour l'armée. Choltitz répètera une version similaire dans ses Mémoires ou au cours d'entretiens avec des journalistesg. 

Après-guerre

Dietrich von Choltitz est relâché par les Alliés en 1947. Il publie ses Mémoires en 1950 (Un soldat parmi les soldats). Le texte décrit approximativement sa carrière. Il meurt peu avant ses 72 ans en novembre 1966 des suites d'une maladie à l'hôpital de Baden-Baden. Baden-Baden étant le quartier général des forces françaises en Allemagne après la Seconde Guerre mondiale, il est enterré au cimetière de Baden-Baden en présence de haut-gradés français. L'épisode de sa reddition à Paris a été porté au cinéma en 1966 dans le film de René Clément, Paris brûle-t-il ?, où son rôle est tenu par Gert Fröbe, puis en 2014 dans Diplomatie de Volker Schlöndorff, où il est interprété par Niels Arestrup. 

Décorations

  • Croix de fer (1914) 2e Classe et 1re Classe
  • Croix de chevalier de l'Ordre militaire de Saint-Henri le 26 décembre 1917
  • Ritterkreuz des Albrechts-Ordens 2e Classe avec glaives
  • Ritterkreuz des Sächsischen Verdienstordens 2e Classe avec glaives
  • Insigne des blessés (1918) en Argent
  • Médaille des Sudètes avec barrette du Château de Prague
  • Médaille de service de la Wehrmacht 4e à 1re Classe
  • Agrafe de la Croix de fer (1939) 2e Classe et 1re Classe
  • Insigne des blessés (1939) en Or
  • Insigne de combat d'infanterie
  • Croix de chevalier de la Croix de fer le 18 mai 1940
  • Croix allemande en Or le 8 février 1942
  • Plaque de bras Crimée en juillet 1942
  • Croix de grand officier de l'ordre de l'Étoile de Roumanie avec glaives (1943)
  • Ordre de Michel le Brave 3e Classe en mai 1943
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clovis simard 25/07/2012 02:50


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