Thaçi Hashim

Publié le par Roger Cousin

Hashim Thaçi, né le 24 avril 1968 à Srbica au Kosovo, est un homme politique kosovar, membre du Parti démocratique du Kosovo et premier Premier ministre du Kosovo indépendant du 17 février 2008 au 9 décembre 2014. Il exerçait déjà ces fonctions depuis le 9 janvier 2008, quand le Kosovo était encore une province serbe.

Thaçi HashimThaçi Hashim

Il est l'actuel dirigeant du Parti démocratique du Kosovo (PDK), un des principaux partis politiques kosovar, il était pendant la guerre contre la Serbie (1998-1999) le chef de l'aile politique de l'Armée de libération du Kosovo (UÇK). Après la victoire du PDK aux élections de novembre 2007 (35 % contre 22 % pour la Ligue démocratique du Kosovo (LDK) de Fatmir Sejdiu, président de la République et successeur à la tête de la LDK de Ibrahim Rugova), Thaçi est devenu Premier ministre. Surnommé « Le Serpent », il couronne à 39 ans une carrière qui l'a mené en un temps record de la lutte armée à la politique en proclamant l'indépendance du Kosovo le 17 février 2008.

Selon un rapport de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, Hashim Thaçi était à la tête du groupe criminel de Drenica, suspecté notamment de trafic d'organes prélevés sur des prisonniers, principalement serbes, entre 1998 et 2000. Les autorités kosovares jugent ce rapport « infondé et diffamatoire ». Depuis décembre 2014, il est ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement d'Isa Mustafa. Hashim Thaçi est né dans une famille pauvre de la région de la Drenica, berceau du séparatisme albanais. Il suit des études de philosophie et d'histoire à l'université de Pristina, où il rejoint le Mouvement populaire du Kosovo, un groupe clandestin soutenu par le dictateur albanais Enver Hoxha jusqu'à sa mort en 1985.

Au début des années 1990, Thaçi, alors un jeune montagnard, participe à la résistance passive aux autorités de Belgrade, alors que Slobodan Milosevic vient de retirer au Kosovo, en 1989, le statut de province autonome de la République fédérale de Yougoslavie. Condamné par contumace à 22 ans de prison pour terrorisme par un tribunal serbe, notamment pour une attaque en mai 1993 contre une patrouille de la police serbe, il rejoint en 1993 la diaspora albanaise en Suisse, où il étudie les sciences politiques. Alors qu'Ibrahim Rugova poursuit une politique pacifiste de résistance au régime de Belgrade, et que les Albanais du Kosovo se radicalisent progressivement, Thaçi décide en créant notamment l'UCK, de s'en prendre par la force via ce mouvement armé aux forces de police, militaires ou albanophones pro-serbes, groupe radical qui n'hésite pas à s'en prendre, aux instances religieuses orthodoxes, très nombreuses au Kosovo, et notamment en faisant exploser, dès novembre 1998, des églises ou monastères (Prikup). De Suisse, il organise un trafic d'armes, principalement achetées en Albanie, à destination du Kosovo.

Il a 30 ans à peine quand il prend la tête de l'aile politique de l'Armée de Libération du Kosovo (UCK), pendant l'été de 1998, qui lutte contre les forces du régime de Slobodan Milosevic pendant la guerre du Kosovo (1998-1999). Il s'auto-proclame alors Premier ministre officieux du gouvernement provisoire du Kosovo, que Belgrade refuse de reconnaître. Soutenu par Washington et l'OTAN, l'UCK se renforce en 1997 pour contrôler en mai 1998 un quart du territoire du Kosovo. Athée, Thaçi écarte, lors du conflit, les islamistes étrangers (Saoudiens, Iraniens) qui tentaient de s'imposer au Kosovo comme ils l'avaient fait en Bosnie au début des années 1990. Éliminant ses rivaux au sein de l'UCK, il place des proches aux postes clés du gouvernement. À la tête de la délégation des indépendantistes kosovars lors de la conférence de Rambouillet (1999), il s'affirme comme modéré au sein de l'UCK, ce qui lui vaut le soutien de Washington. Il est néanmoins remarqué par la secrétaire d'État Madeleine Albright en raison de son refus de signer un accord ne prévoyant pas explicitement un référendum d'indépendance.

On le soupçonne d'avoir ordonné, en 1997-1998, un certain nombre d'assassinats contre ses rivaux en conjonction avec les services secrets albanais, dont le journaliste Ali Uka, mort en juin 1997 ; Ilir Konushevci, tué en avril 1998 quelques jours après avoir accusé Thaçi de profiter personnellement du trafic d'armes à destination de la guérilla ; ou Ahmet Krasniqi, dirigeant des Forces armées de la République du Kosovo, un groupe paramilitaire rival de l'UCK soutenu par Bujar Bukoshi, Premier ministre en exil du gouvernement d'Ibrahim Rugova. Thaçi tout comme James Rubin, le porte-parole du département d'État américain, ont nié cela, Rubin affirmant qu'il n'avait aucune preuve d'un « programme d'assassinats ou d'exécutions dirigé par le commandement » de l'UCK. Bujar Bukoshi affirmait quant à lui que « les cadavres n'avaient jamais été un obstacle dans la carrière de Thaçi ». Après l'échec de ces pourparlers, la campagne des bombardements de l'OTAN, le départ des forces serbes du Kosovo et l'installation de la mission de l'ONU au Kosovo (Minuk), Hashim Thaçi est élu membre du Conseil administratif intérieur de la province. À partir de 1999, il devient un des interlocuteurs privilégiés de Washington et des États de l'Union européenne, et condamne en 2001 les émeutes albanaises au sud de la Serbie et en Macédoine. L'année suivante, son rival, Ibrahim Rugova, est élu président du Kosovo.

Après la création du Parti démocratique du Kosovo (PDK), il poursuit la lutte pour un Kosovo indépendant mais lance plusieurs appels au dialogue avec Belgrade et prône la tolérance ethnique. Hashim Thaçi a été accusé d'avoir financé les activités de l'UCK en participant à un trafic d'héroïne et de cocaïne à destination de l'Europe de l'Ouest. En juin 2003, il est brièvement arrêté à l'aéroport de Budapest, sur la base d'un mandat d'arrêt international lancé par Belgrade, puis libéré après une intervention du ministère des Affaires étrangères français. Selon un projet de rapport rédigé par Dick Marty, membre de la commission des questions juridiques et des droits de l'Homme de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, publié le 12 décembre 2010, il aurait été impliqué à cette époque dans un trafic d'organes prélevés sur des prisonniers serbes. Ceux-ci étaient gardés dans des camps spéciaux par une organisation appelée Groupe de Drenica et tués pour que leurs organes soient prélevés et vendus sur un marché noir international. Bien qu'on ait avancé que ce projet de rapport ne serait examiné en séance plénière qu'à la fin du mois de janvier 2011, il a été adopté par le Conseil de l'Europe dès les 26 décembre 2010. Le rapport est sévère pour les Nations unies et l'Union européenne qui « n'ont pas estimé nécessaire de procéder à un examen approfondi » de ces faits « en dépit des indices concrets au sujet de tels trafics au début de la décennie ».

Carla Del Ponte, l'ex-procureur du Tribunal pénal international de La Haye, l'a également accusé, dans un livre publié en 2008 chez Feltrinelli, de s'être livré à des activités mafieuses, en particulier pour son implication dans un trafic international d’organes prélevés à des Serbes déportés et tués. Le ministère des Affaires étrangères suisse (DFAE), dont dépend actuellement Carla Del Ponte, ambassadrice à Buenos Aires, s'est distancé de ces accusations16, ainsi que madame Florence Hartman, ancien porte-parole de madame Del Ponte, qui a ainsi fustigé dans de nombreuses interviews « l’irresponsabilité » de l’ancienne procureur, qui présenterait « comme des faits avérés de simples hypothèses » tandis que l'organisation Human Rights Watch les a jugées « crédibles ». Lorsqu'il était ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner avait traité d'« imbéciles » et de « criminels » les journalistes qui parlaient des prélèvements d'organes pratiqués sous l'égide de Thaçi. En 2010, ces accusations ont été reconnues comme vraisemblables, notamment par le Conseil de l'Europe, et par l'OTAN. Une enquête menée en parallèle par la justice serbe, estime le nombre de victimes à plusieurs centaines. La résolution adoptée à l’unanimité par la Commission de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe demande justement que des enquêtes soient diligentées pour établir les preuves de ce trafic d'organes.

À la suite de la victoire du PDK aux élections législatives de novembre 2007, le président du Kosovo, Fatmir Sejdiu, le nomme Premier ministre en décembre. Il prend ses fonctions en janvier 2008, et déclare l'indépendance en février. Thaçi intègre plusieurs de ses opposants de la LDK au sein du gouvernement. À la veille de l'indépendance, il s'est efforcé de rassurer les Serbes restés au Kosovo après la guerre. « Nous créons une nouvelle réalité et une nouvelle perspective. Nous fermons la porte du passé et ouvrons celle de l'avenir. Le Kosovo est la patrie de tous les citoyens », a-t-il dit lors d'une visite dans un village serbe.

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