Opération Tigre

Publié le par Mémoires de Guerre

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’opération Tigre ou exercice Tigre (operation Tiger ou exercice Tiger en anglais) fut un exercice militaire de répétition du débarquement de Normandie qui eut lieu à Slapton Sands, dans le comté de Devon, dans le sud-est de l'Angleterre en avril 1944. Cette répétition générale, conduite par les Britanniques et les Américains, durant 9 jours, fut émaillée de nombreuses erreurs, défaillances et accidents mais surtout d'une attaque surprise de vedettes lance-torpilles allemandes, qui coûtèrent la vie à 946 soldats alliés. Elle permit néanmoins d'améliorer la communication entre unités alliées et le sauvetage à la mer des soldats. Elle fut longtemps ignorée des historiens, même après la guerre, en raison du secret militaire qui entoura cette opération et ses pertes. 

Opération Tigre

Préambule

Le 27 avril 1944, l'État-major interallié, pour préparer les soldats américains qui devaient débarquer en France, organisa une série d'exercices. Un « premier » débarquement fut organisé sur la plage de Slapton Sands, dans le comté de Devon, dans le sud-est de l'Angleterre, qui fut choisie en raison de sa ressemblance avec celles d'Omaha Beach et Utah Beach. Les 3 000 habitants de cette baie avaient été expulsés le 20 décembre 1943 de leurs domiciles qu'ils ne retrouveront qu’un an après. Durant cette période, 30 000 soldats y logèrent, mais l'expulsion avait aussi pour but de maintenir le secret sur les opérations qui se déroulaient dans cette zone. Les villages furent évacués, les routes fermées, les sites et monuments historiques protégés. Les soldats alliés jouèrent le rôle des Allemands. Cette opération fut menée dans des conditions « réelles » et dans le plus grand secret. 

Historique

L'opération Tigre devait être une dernière répétition avant le débarquement de Normandie (opération Neptune), elle dura du 22 au 30 avril 1944, planifiée par le Quartier général suprême allié (Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force ou SHAEF). La nuit précédente, il était prévu d'effectuer un exercice de débarquement de matériel lourd avec neuf bateaux de débarquement (Landing Ship Tank ou LST). Le lent convoi de ces navires faisait une ligne ininterrompue de 8 km de long. Le 21 avril 1944, 9 vedettes lance torpilles allemandes (Schnellboote) quittèrent le port de Cherbourg, afin d'intercepter 2 convois signalés au large de la de presqu'île de Portland, situé sur la côte anglaise un peu plus à l'est du lieu prévu des opérations alliées. À cause du brouillard, elles manquèrent les convois mais tombèrent par hasard, dans la baie de Lyme, sur 8 gros LST américains en cours de répétition de débarquement, escortés seulement par la corvette britannique HMS Azalea, leurs radios non calées sur la même fréquence.

Le convoi devait théoriquement être protégé également par un autre navire britannique, le HMS Scimitar, un destroyer datant de la Première Guerre mondiale. Mais ayant subi des dégâts après une collision, celui-ci était resté au port de Plymouth pour réparations. Son remplaçant n'était pas encore en place à l'arrivée des S-Boote allemands. Bien que l'alerte aux S-Boote ait été donnée 2 heures plus tôt, l'incompréhensible lenteur du convoi de débarquement permit aux vedettes rapides allemandes de torpiller les LST 507 et 531 et d'endommager gravement le LST 289. Quoique repérées par les Britanniques, les vedettes ne furent pas signalées aux Américains. Par manque de coopération entre l'U.S. Army et l'U.S. Navy, beaucoup de GI's périrent noyés dans la Manche ou bloqués dans les LST coulés, ou encore d'hypothermie. En un quart d'heure à peine, l'attaque causa la mort de 749 personnes (198 marins et 551 soldats), et fit une centaine de blessés.

Le général Eisenhower, commandant du SHAEF, ne donna l'ordre de récupérer les naufragés qu'à l'aube et de nombreux marins, attendant d'être secourus, moururent noyés ou d'hypothermie. Les soldats, qui n'étaient pas habitués à l'évacuation en mer, paniquèrent et n'attachèrent pas correctement leur gilet de sauvetage. Pour certains, lorsqu'ils sautèrent à l'eau, le poids de leur équipement de combat les fit basculer en arrière, maintenant leur tête sous l'eau et les noyant. Un certain nombre d'officiers noyés durant l'exercice Tigre étaient porteurs de plans partiels du débarquement de Normandie, avec des instructions secrètes référencées sous le nom de code « bigot ». L'État-major allié, qui s'était lancé dans un vaste plan de diversion et d'intoxication (l'opération Fortitude qui visait à faire croire à un débarquement aux environs de Calais) craignit que l'attaque des S-Boote allemands n'ait pas été une simple coïncidence et que les plans du débarquement avec l'objectif réel dans sur les côtes de Normandie ne fussent tombés aux mains des Allemands. Il lança une vaste pêche aux cadavres dans la baie de Lyme et ce n'est que lorsque tous les plans manquants furent récupérés que le feu vert put être donné à la poursuite de l'opération Overlord. 

Conséquences

Le SHAEF tira toutefois les conséquences de l'événement en ordonnant :

  • la standardisation des fréquences radio américaines et britanniques ;
  • un meilleur entrainement à l'utilisation des gilets de sauvetage ;
  • la planification de récupération d'éventuels naufragés par l'utilisation de petites embarcations.

De meilleures collaborations entre les États-major alliés, et entre la marine et l'armée de terre complétèrent ces mesures. 

Secret militaire

Le plus strict secret militaire fut longtemps entretenu sur cet événement, qui fut longtemps méconnu des historiens. 

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