Aoun Michel

Publié le par Rodney42

Aoun MichelMichel Aoun, né le 30 septembre 1933 à Harat Hurayk (caza de Baabda) est chef des armées libanaises (1984-1989), puis chef du gouvernement intérimaire libanais de 22 septembre 1988 au 13 octobre 1990. Il est le président du Courant patriotique libre depuis 1992. Chrétien maronite, de famille modeste (son père est boucher) et imprégnée de religiosité, il fréquente des écoles catholiques.

Aoun termine ses études et s'engage à l'Académie militaire comme officier cadet en 1955. Promu sous lieutenant en 1958, puis lieutenant en 1961 au sein de l'armée libanaise. Il reçoit ensuite des formations complémentaires à l'École d'application d'artillerie de Chalons-sur-Marne, en France (1958-1959), puis à Fort Sill, dans l'Oklahoma aux États-Unis (en 1966) et à l'École supérieure de guerre, en France (1978-1980).

En 1980, il est de retour durablement au Liban pour devenir chef d'une brigade de Défense. Il est posté le long de la Ligne verte qui a séparé l'Ouest et l'Est Beyrouth. Lors de l'invasion du Liban par Israël en 1982, Aoun, alors lieutenant-colonel, mobilise un bataillon armé pour défendre le palais présidentiel de Baabda et gagne la confiance d'Amine Gemayel. Puis, lors de la guerre civile libanaise, en septembre 1983, la 8e brigade d'Aoun combat les milices du PSP (de Walid Joumblatt), palestiniennes et syriennes et la bataille de Souk El Gharb se finit victorieusement pour son camp. En juin 1984, Aoun est nommé Commandant des Forces armées libanaises.

En septembre 1988, le président sortant Amine Gemayel désigne Michel Aoun comme président du Conseil jusqu'à la tenue de nouvelles élections. Cette nomination est cependant d'une validité incertaine, en contradiction avec le Pacte national de 1943 qui réserve le poste de président du Conseil à un musulman sunnite. Gemayel justifie ce choix par le fait que le Pacte national réserve la fonction de président à un chrétien maronite et comme le choix d'un nouveau président est impossible, le président du Conseil deviendrait président de la République par intérim.

Michel Aoun peut alors compter sur l'appui de 40% de l'armée libanaise comprenant toute l'artillerie lourde, sur la milice des "Forces libanaises" dirigée par Samir Geagea, le "Parti national libéral" et son leader Dany Chamoun, le "Parti des Druzes Libres" et son leader Farid Hamadé. L'ex-président du Conseil, Salim el-Hoss, décide finalement de conserver son poste. Deux gouvernements s'installent, un gouvernement pro-syrien dirigé par Hoss à Beyrouth-Ouest, et un gouvernement dirigé par Aoun à Beyrouth-Est. Ce dernier gouvernement contrôle ainsi l'est de Beyrouth et les zones limitrophes périphériques. Mais en février 1989, les "Forces libanaises" se rebellent quand l'armée se lance dans une opération pour mettre fin à leur contrôle des ports. En faisant face aux Forces libanaises, Aoun tente de s'attirer à la fois la partie maronite qui souhaite la paix, de donner des gages à ces adversaires et de rétablir l'impôt d'État.

En parallèle, l'armée syrienne commence à bombarder la dernière zone non-occupée du Liban et le général Aoun réplique en lançant la "guerre de libération" contre l'armée syrienne le 14 mars 1989. Aoun critique alors le soutien américain à la Syrie et se rapproche de l'Irak de Saddam Hussein pour recevoir des armes. En mai 1989, il est visé par un attentat lors d'un déplacement à Chypre.

Le 19 août 1989, depuis les caves du palais présidentiel de Baabda, le général Aoun réclame à la France une intervention militaire car depuis juillet 1989 les troupes chiites et l'armée d'occupation syrienne font pleuvoir des centaines de milliers d'obus et d'explosifs sur les zones chrétiennes qui abritent plus d'un million de personnes. La demande du général Aoun est entendue et la France dépêche le porte-avions Foch, deux frégates lance-missiles, et un transport de chalands de débarquement.

Le 15 octobre 1989 à Taef, des membres de l'Assemblée nationale libanaise se rencontrent en vue d'établir mettant fin au conflit libanais. Cette assemblée prend la décision (jugée non constitutionnelle par ses opposants) de s'assembler dans un pays étranger : l'Arabie saoudite. Cet accord institutionnalise un système confessionnel. Aoun refuse d'y prendre part, dénonçant certains points ambigus de l'accord, notamment au sujet de l'occupation syrienne, ainsi que la représentativité des parlementaires (qui ont été élus en 1972). Il promulgue un décret qui dissout l'Assemblée nationale avant la rencontre de Taëf, mais les députés lui dénient le droit constitutionnel de pouvoir le faire. En fait, la moitié de ces députés n'ont pas participé à la rencontre de Taëf pour raison de mort ou surtout d'opposition au résultat anticipé de ces accords. L'appel de Michel Aoun ne trouve pas d'écho parmi les grandes puissances mondiales. Le 24 octobre 1989, une manifestation de très grande ampleur est organisée à l'appel de Michel Aoun.

En novembre 1989, René Moawad est élu président de la République par l'Assemblée nationale. Sa présidence ne tient que 17 jours jusqu'à son assassinat. Elias Hraoui est alors élu à sa place. Hraoui désigne le général Émile Lahoud comme commandant de l'armée et somme Michel Aoun de quitter le Palais présidentiel. Aoun rejette son éviction et l'armée qu'il commande fait face aux assauts de la milice des Forces libanaises qu'il accuse de négocier secrètement avec le gouvernement pro-syrien de Salim el-Hoss (janvier à mai 1990).

La position de Aoun se détériore lorsque Saddam Hussein lance l'invasion du Koweït le 2 août 1990. Les États-Unis recherchent le soutien des pays arabes pour légitimer leur intervention et le président syrien Hafez el-Assad se range alors à leurs côtés. En retour, les États-Unis acceptent tacitement que la Syrie prenne le contrôle du Liban. Le 13 octobre 1990, Hafez el-Assad, allié depuis le mois d’août des Américains, des Britanniques et des Français dans le conflit du Golfe, lance ses troupes à l’assaut des régions libres contrôlées par Aoun et du Palais Présidentiel, avec l'aide des "Forces Libanaises" qui bombardaient l'armee libanaise au dos. Le général Aoun se réfugie à l’ambassade de France, lance un appel au cessez-le-feu et ordonne à ses fideles de remettre les armes. Il est désormais sous la protection de René Ala, l’ambassadeur de France à Beyrouth.

Exfiltré par Philippe Rondot (DGSE), dix mois plus tard, il part en exil en France. En échange de la protection française, Aoun ne peut y exercer d'activité politique. Il lance par procuration en 1992, un parti politique, le Courant patriotique libre qui a comme objectif le retrait des troupes syriennes du Liban et l'instauration d'un État de droit.

En septembre 2004, Les États-Unis et la France soutiennent la résolution 1559 qui demande le retrait syrien. Le 29 janvier 2005, Aoun déclare qu'il pourrait revenir au Liban pour se joindre à l'opposition au gouvernement pro-syrien. Le 14 février 2005, un attentat à l'explosif tue l'ancien premier ministre du Liban Rafik Hariri. Les services de renseignements syriens sont montrés du doigt par l'opposition. Cet assassinat marque le début de ce que certains appellent la Révolution du cèdre, qui conduit au départ de la totalité des troupes syriennes fin avril 2005, au retour du général Aoun au Liban et à la sortie de prison de Samir Geagea.

Le 16 février 2005, deux jours après l'assassinat de Rafik Hariri, Michel Aoun est l'invité de Thierry Ardisson. Le général Aoun affirma qu'il ne faisait aucun doute quant à l'implication de la Syrie dans l'attentat du 14 février 2005.

Aoun revient à Beyrouth le 7 mai 2005 après 15 ans d'exil en France et rencontre Samir Geagea à sa sortie de prison. Le 14 juin 2005, il est élu député de Kesrouan du Mont-Liban. Son bloc parlementaire comporte 21 députés après les élections. Lors de l'élection parlementaire de 2005, les listes Aoun bénéficient de l'appui de 70% des Libanais chrétiens. Il forme un groupe parlementaire appelé Bloc du changement et de la réforme. Les relations entre le CPL et ses alliés anti-syriens se tendent et le Bloc du Changement et de la Réforme s'engage dans l'opposition au gouvernement du premier ministre Fouad Siniora.

Le 6 février 2006, et après plusieurs mois de négociations entre le CPL et le Hezbollah, le général Michel Aoun rencontre Hassan Nasrallah (secrétaire général du Hezbollah) pour signer un document d'entente de 10 points concernant directement l'avenir du Liban. Le 1er décembre 2006, Michel Aoun, en qualité de porte parole de l'opposition (Hezbollah, CPL, etc.) appelle à la démission du gouvernement Siniora lors d'une manifestation réunissant plus de 800 000 personnes.

Les relations entre la majorité Siniora et l'opposition, dont le CPL est la base depuis le début en juillet 2005, se tendent en 2007, au point qu'après l'assassinat de Pierre Amine Gemayel, Michel Aoun soutient Camille Khoury contre Amine Gemayel, le père du défunt député (juillet 2007). Khoury défait l'ancien Président lors de cette élection législative locale où le siège est réservé à un maronite (région chrétienne du Metn). Ses adversaires soutiennent l'idée que cette victoire étriquée (51%) ressemble à une diminution de la popularité d'Aoun alors que d'autres voient cette élection comme un grand succès dans "une bataille impossible" contre un ancien président et une des figures importante du mouvement du 14 mars.

Il structure son mouvement et lance le 19 juillet 2007 sa chaîne de télévision : OTV. Son logo est d'ailleurs orange comme celui de son propre parti (le CPL). Si Michel Aoun se présente officiellement à l'élection présidentielle de septembre 2007, Michel Sleiman lui est préféré après les évènements de mai 2008 qui aboutirent à une conférence nationale parrainée par le Qatar. Michel Aoun se rend le 13 octobre 2008 en Iran. Son voyage a été l'objet de critiques de la part de la majorité. Michel Aoun décide ensuite de se rendre en Syrie le 3 décembre 2008 où il rencontre Bachar Al-Assad et déclare à la presse : J'ai toujours dit que la Syrie devait quitter le Liban et que les deux pays devaient avoir de bonnes relations. Sa visite en Syrie est principalement controversée du fait du dossier des disparus libanais en Syrie, dont bon nombre (militaires et civils) auraient été enlevées par l'armée d'occupation syrienne lors de son assaut contre les partisans du général Aoun en octobre 1990.

Aux élections législative de juin 2009, les listes du courant patriotique libre de Aoun et de ses alliés ont réussi à avoir plus de 52% des votes des chrétiens libanais, le bloc de Aoun s'élargit à 27 députés, dont 19 appartenant au Courant Patriotique Libre.

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