Cogniot Georges Auguste Alexandre

Publié le par Roger Cousin

Cogniot GeorgesCogniot Georges Auguste Alexandre, né le 15 décembre 1901 à Montigny-les-Cherlieu (Haute-Saône), décédé le 12 mars 1978 à Gagny (Seine-Saint-Denis). Député de la Seine de 1936 à 1940. Membre de la première et de la seconde Assemblée nationale constituante (Seine). Député de la Seine de 1946 à 1958. Fait prisonnier à Nantes en juin 1940, Georges Cogniot est soigné pendant plusieurs mois à l'hôpital de Chateaubriant. Au printemps 1941, il est interné au camp de Compiègne-Royallieu, non plus en tant que prisonnier de guerre mais comme militant communiste.

Il appartient à la direction clandestine du camp et après plusieurs tentatives parvient à s'en évader le 22 juin 1942, évasion qui lui vaudra la Médaille des évadés. Il relate cette période de sa vie dans L'Evasion. Collaborateur du secrétariat du Parti communiste, il travaille dans la presse clandestine du PCF en particulier à L'Humanité et aux Cahiers du communisme. Au cours de l'été 1943, Georges Cogniot rédige une Esquisse d'une politique française de l'enseignement dont s'inspirera le Conseil national de la Résistance et la commission Langevin-Wallon.

A la Libération, par décision du Conseil des ministres en date du 28 octobre 1944, prise en application de l'ordonnance du 9 août 1944 portant rétablissement de la légalité républicaine, il a la satisfaction de se voir relevé de la déchéance de son mandat de député qui l'avait frappé, ainsi que ses collègues communistes, le 20 février 1940. Il reprend la rédaction en chef de L'Humanité qu'il assurera jusqu'à l'été 1947 avant d'être désigné, à l'automne de la même année, représentant permanent du P.C.F. au secrétariat du bureau d'information siégeant à Bucarest (Kominform). A ce titre Georges Cogniot dirige l'hebdomadaire Pour une paix durable et coordonne, parfois réécrit, les articles présentés par les dirigeants communistes internationaux. Il retrouve également son siège au comité central.

Nommé délégué à l'Assemblée consultative provisoire en novembre 1944, Georges Cogniot participe activement à ses travaux. Membre de nombreuses commissions : équipement éducation nationale, finances, réforme de l'Etat et législation, il en est fréquemment nommé rapporteur. Il s'intresse tout particulièrement à l'éducation nationale et à la défense de la laïcité. Le 20 février 1945, il dépose une proposition de résolution tendant à réformer l'Ecole libre des sciences politiques. Au nom de la Commission des finances, il rédige un avis sur les crédits de l'éducation nationale pour 1945 et intervient en séance lors de leur examen (28 et 29 mars 1945). Rédacteur en chef de L'Humanité et membre de la Commission d'enquête sur les fournitures du papier de presse, il prend part à la discussion des crédits de l'information pour 1944 et 1945. Enfin, travaillant sur les questions constitutionnelles auprès du comité central du PCF, Georges Cogniot rédige un rapport sur les régimes électoraux susceptibles d'être appliqués aux prochaines élections générales et est entendu à ce sujet par l'Assemblée. Dans le même domaine, il participe à la discussion des demandes d'avis sur l'organisation des pouvoirs publics.

Elu conseiller de Paris aux élections municipales d'avril 1945, il ne sollicitera pas le renouvellement de son mandat en 1947. En revanche il occupe la seconde place sur la liste présentée par le Parti communiste dans le troisième secteur de la Seine (3ème, 4ème, 10ème, 11ème, 12ème, 19ème et 20ème arrondissements) aux deux Assemblées nationales Constituantes (21 octobre 1945 et 2 juin 1946 et aux trois élections législatives de la IVème République (10 novembre 1946, 17 juin 1951 et 2 janvier 1956). Il siège donc sans discontinuer d'octobre 1945, de novembre 1944 si on tient compte de l'Assemblée consultative provisoire, à juin 1958.

Dans les deux Assemblées nationales Constituantes, membre de la Commission des finances, Georges Cogniot dépose diverses propositions de loi ou de résolution touchant à des sujets variés : débits de boissons, droits politiques de certains délinquants primaires et faillis non réhabilités, recours en révision contre les condamnations prononcées pour outrages aux bonnes mœurs commis par la voie du livre, instauration du système de la représentation proportionnelle intégrale et sans panachage pour les élections au Conseil de Paris. Il intervient dans la discussion du projet de loi portant création de nouvelles ressources et aménagement de la législation fiscale et dans les débats portant sur les institutions. Rapporteur spécial des crédits de l'éducation nationale, il participe à leur examen.

A l'Assemblée nationale, dans la suite de sa carrière parlementaire, qu'il siège à la Commission des finances (de 1946 à 1951 et en 1956) ou à celle de l'éducation nationale (de 1953 à 1955 puis de 1956 à 1958) c'est à l'enseignement, à la recherche et à la culture qu'il consacre l'essentiel de son activité de député. Tout au long de ces douze années, il dépose de multiples propositions de loi ou de résolution et rapports concernant le statut des enseignants, leurs traitements et indemnités, les moyens de l'éducation nationale, les conditions de vie des étudiants, l'organisation de la recherche, le CNRS et ses ressources, les bibliothèques, l'aide à la musique, la restauration du château de Versailles.

Dans ces textes comme dans ses interventions en séance, Georges Cogniot s'inscrit dans la ligne de son Esquisse d'une politique française de l'enseignement et du plan Langevin-Wallon. Rapporteur de la Commission des finances pour les crédits de l'éducation nationale, c'est à ce titre qu'il prend part à leur discussion en 1946 et en 1947. Il continuera de le faire comme orateur du groupe communiste en 1951 et de 1954 à 1956. Au-delà des questions budgétaires, Georges Cogniot défend farouchement la laïcité de l'enseignement. Auteur de la question préalable opposée au projet de loi attribuant des subventions à l'enseignement privé au titre des bourses scolaires (loi dite André Marie), il la défend longuement le 31 août 1951. De même, le 10 septembre 1951, il combat la proposition de loi relative à l'allocation scolaire (loi Barangé). Le 28 novembre 1951, il dépose une proposition de loi abrogeant les lois Marie et Barangé. Attaché à la laïcité de l'enseignement, il défend aussi celle de l'Etat et demande à interpeller le gouvernement sur la participation de Pierre Pflimlin, ministre des finances et des affaires économiques, à "des cérémonies romaines de béatification d'individus rebelles, en 1793, aux lois républicaines et à la cause nationale" (11 juillet 1955). Dans le même ordre de préoccupations, il s'insurge contre le sort fait à certains candidats à l'E.N.A. en raison de leurs opinions politiques. Parmi eux figurait Yves Barel, fils de son collègue communiste des Alpes-Maritimes (6 et 29 octobre 1953).

Georges Cogniot suit également de près les questions touchant à la recherche scientifique. Il prononce de longues interventions sur ce sujet : le 6 juillet 1954 à propos du projet de loi relatif à l'organisation européenne pour la recherche nucléaire, les 12, 13 et 14 décembre 1954 à l'occasion de l'examen du budget de l'éducation nationale, les 7, 8 et 13 mars 1957 dans la discussion d'une interpellation sur la politique scientifique ainsi que le 2 juillet 1957 lors du débat sur le projet de loi relatif au plan de développement de l'énergie atomique. Homme de grande culture, directeur de la revue La Pensée, féru d'histoire, Georges Cogniot apprécie les commémorations d'événements historiques. Le 17 juin 1948, il dépose un rapport au nom de la Commission des finances sur les crédits prévus pour la commémoration du centenaire de Chateaubriand. Il rédige des propositions de résolution invitant le gouvernement à célébrer le 400e anniversaire de la mort de Rabelais (17 janvier 1953), le deuxième centenaire de la naissance de Marat (23 juin 1953) ou à associer les écoles au dixième anniversaire de la Libération (20 juillet 1954).

Le volume de son activité parlementaire ne l'empêche pas de demeurer fidèle à son département de naissance : la Haute-Saône. Il rédige deux propositions de résolution tendant à accorder des secours d'urgence aux personnes sinistrées par les gelées (3 juin 1953) et à indemniser les victimes d'inondations (30 juin). Député de premier plan, Georges Cogniot vote avec ses collègues du groupe communiste. A ce titre, il s'oppose à l'investiture du général de Gaulle (1er juin 1958), et refuse les pleins pouvoirs et la révision constitutionnelle (2 juin). Outre ses activités à l'Assemblée nationale et dans le domaine culturel, Georges Cogniot exerce - on l'a vu - d'importantes responsabilités au sein du Parti communiste. Délégué au XXe congrès du P.C.U.S, il traduira le rapport Krouchtchev pour ses camarades de la délégation française. Il qualifiera le document de "scandaleux, nuisant à l'activité de l'URSS" et son auteur de "dirigeant impulsif et changeant". A partir de 1954, le député de Paris dirige le secrétariat de Maurice Thorez.

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