Oufkir Mohamed

Publié le par Roger Cousin

Mohamed Oufkir (1920 - 16 août 1972) est un général et homme politique marocain. 

Oufkir Mohamed

Natif d'Ain-Chair dans le sud-est du Maroc où son père avait été nommé pacha par Lyautey en 1910, Oufkir devient capitaine de l'armée française, décoré par le ministère des armées et celui des affaires indigènes pour avoir combattu aux côtés des armées coloniales d'Indochine française. Ancien aide de camp de Mohammed V, directeur de la Sûreté, ministre de l'Intérieur, ministre de la Défense du roi Hassan II, il est chargé de toutes les affaires « délicates » du roi. Son livret militaire mentionne qu'il « appartient à une influente famille du sud-est marocain qui a rendu des services appréciables à la cause française », participant notamment à la campagne d'Italie et la guerre d’Indochine, ce qui lui vaut plusieurs décorations et citations comme Officier de la Légion d’honneur pour faits de guerre.

En 1950, il est « détaché au cabinet du général commandant supérieur des troupes du Maroc », le général Duval au côté duquel il devient un spécialiste des services de renseignement français. En 1955, les autorités françaises l'imposent comme aide de camp du roi Mohammed V dès son intronisation au lendemain de l'indépendance du Maroc. Son rôle est de réduire l'influence de l'armée de libération nationale marocaine (ALN), d'atténuer le plébiscite autour de la légitimité des partis nationalistes, notamment l'Istiqlal et l'UNFP, et de construire les structures policières et de surveillance officielles (notamment les FAR Forces Armées Royales) et parallèles.

Promu colonel puis général de division, il se distingue par une fermeté anti-populaire durant son parcours, précisément lors du soulèvement du Rif entre 1957 et 1959 (cette répression exécutée avec zèle lui vaut le surnom de « Boucher du Rif»), le « complot de juillet » que le régime attribue en 1963 à la gauche marocaine et les émeutes de Casablanca du 23 mars 1965 où, à bord d'un hélicoptère, il tire à la mitraillette sur la foule. Son nom devient de portée internationale lorsqu'il est mêlé en 1965 à l'assassinat de Mehdi Ben Barka, principal opposant au roi Hassan II et secrétaire général de la Tricontinentale qui se déroulait la même année de sa disparition. Bien que son rôle ne soit pas établi formellement - aveuglé par son ambition, il a pu être manipulé -, il est condamné par contumace en France aux travaux forcés à perpétuité. Il est ministre de l'intérieur de 1967 à 1971. Une tentative de putsch menée par le lieutenant-colonel M'hamed Ababou, directeur de l'École militaire des sous-officiers d'Ahermoumou, avec l'appui du Général Medbouh échoue le 10 juillet 1971. À l'occasion, Oufkir tente d'infléchir la politique du roi dont il critique l'entourage.

Conservant apparemment la confiance du roi, Oufkir est nommé commandant en chef des Forces armées royales et ministre de la défense en 1971 dans le gouvernement de Mohamed Karim Lamrani. Obtenant l'appui de plusieurs militaires de l'armée de l'air marocaine, notamment du lieutenant-colonel Mohamed Amekrane, chef adjoint de l'aviation militaire et du commandant Kouira, chef de la 3e base aérienne militaire de Kénitra, il organise un putsch militaire (Coup d'État des aviateurs) qui échoue, le 16 août 1972, contre le roi Hassan II. De son retour de la France, et lors de son escorte aérienne, l'avion royal d'Hassan II mitraillé par 3 avions de chasse F-5 réussit à se poser dans l'Aéroport international Rabat - Salé. Le ministre de l'intérieur Mohamed Benhima annonce le 23 août 1972 lors de sa conférence de presse la thèse du suicide du général félon dans le palais royal de Skhirat pour expliquer sa disparition : selon le ministre de l'intérieur, Oufkir se suicida quelques minutes après avoir tiré les conclusions de sa conduite au palais de Skhirat et que le commandant Kouira avait rencontré et avoué au roi quelques heures avant qu'Oufkir est complice.

Selon Fatéma Oufkir dans son livre Les jardins du roi, son mari fut exécuté (comme en témoignent les 3 balles dans le dos et une balle dans la nuque) la soirée même du putsch avorté vers minuit par le général Ahmed Dlimi (colonel à l'époque) et le général Moulay Hafid Alaoui (oncle du roi et ministre de la Maison royale et de la Chancellerie) dans le palais royal de Skhirat et en présence du roi Hassan II. Selon une version relatée par Gilles Perrault dans son livre Notre ami le roi, le général Oufkir fut tué en dehors du palais, Dlimi contacta le général en lui annonçant que le roi, grièvement blessé, était à sa merci dans une maison proche de l'ambassade du Liban à Rabat, Oufkir s'y rendit aussitôt et fut abattu par Dlimi et Moulay Hafid Alaoui, le cadavre fut ensuite transporté à Skhirat. Mohamed Oufkir était marié et père de six enfants. Après l'attentat, sa famille restera emprisonnée pendant près de vingt ans. Sa fille Malika en témoigne dans La prisonnière, paru en 2000 et l'étrangère en 2006 coécrit avec Michèle Fitoussi. La même année, sa veuve Fatéma publie Les jardins du roi. Son fils Raouf est l'auteur d'une analyse plus politique, Les invités, parue en 2004. Sa fille Soukaïna livre son vécu dans son ouvrage La Vie devant Moi paru en 2008.

Publié dans Espions, Militaires

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