Allemane Jean

Publié le par Roger Cousin

Allemane Jean Jean Allemane, né à Sauveterre-de-Comminges (Haute-Garonne) le 25 août 1843 et mort à Herblay (Seine-et-Oise) le 6 juin 1935, était un syndicaliste et homme politique socialiste français. Originaire de Haute-Garonne, venu à Paris en 1853 avec ses parents qui y ouvrent un commerce de vins, puis embauché dans une imprimerie, Jean Allemane est emprisonné dès 1862, à 19 ans, pour avoir pris part à la première grève des ouvriers typographes de la capitale, ce mode d'action étant alors illégal. Ce combat marque le réveil du mouvement ouvrier sous l'empire. Peu après, Allemane devient un des organisateurs de la chambre syndicale des typos parisiens.

Caporal de la Garde nationale parisienne en 1870, il participe, dès le début des évènements à la Commune de Paris durant lesquelles, officier fédéré, il combat notamment du 18 mars jusqu'à la « Semaine sanglante » au Quartier latin. Caché à Belleville mais rapidement dénoncé, arrêté, Allemane est condamné en 1872 aux travaux forcés à perpétuité pour être ensuite déporté au bagne de Nouvelle-Calédonie. Il y subit des conditions de détention particulièrement difficiles, surtout après l'échec d’une tentative d'évasion en 1876 et, plus encore, du fait de ses positions tranchées. En 1878, il refuse ainsi - ce que ne feront pas tous les communards emprisonnés avec lui - de participer à la répression armée contre les insurgés canaques. Pour autant, comme tous ses compagnons, il est amnistié en 1880, ce qui lui permet de rentrer en métropole. Débarqué à Toulon le 4 avril 1880, il arrive le lendemain par le train à Paris.

Typographe dans l'imprimerie de «l’Intransigeant», journal fondé en 1880 par Henri Rochefort qui y engage nombre d'anciens déportés, Allemane adhère ensuite au Parti Ouvrier, fondé la même année par Jules Guesde. Comme beaucoup de militants, il épouse ensuite par ses choix l'émiettement du mouvement ouvrier français en émergence. Il suit ainsi, avec Jean-Baptiste Clément, les « Possibilistes » de Paul Brousse lors du congrès de Saint-Étienne qui voit la rupture avec les guesdistes d’obédience marxiste. À cet instant, Allemane incarne la lutte active contre le boulangisme (1886-1889), stratégie qui le rapproche du parti républicain alors au pouvoir, notamment dans la direction du journal qu'il fonde alors, le «Parti Ouvrier».

En 1890, lors du congrès de Châtellerault, Allemane, exclu du parti avec ses partisans, part ensuite fonder son propre mouvement, le Parti ouvrier socialiste révolutionnaire (POSR) qui préconise la grève générale comme moyen d'action révolutionnaire. Sur le plan syndical sinon politique, les "allemanistes" sont proches des anarchistes (antiparlementaristes, ils sont partisans de la grève générale et adeptes de l'action directe) mais dans les faits restent marqués par la recherche de l'unité du socialisme et un pragmatisme qui les pousse à accepter le jeu électoral "bourgeois" qui leur permet de représenter avantageusement les prolétaires.

De fait, en 1902, est fondé le Parti socialiste français (PSF), avec Jean Jaurès comme porte-parole, fusion des socialistes indépendants, de la Fédération des travailleurs socialistes de France (FTSF) de Paul Brousse et du Parti ouvrier socialiste révolutionnaire (POSR) d'Allemane. En dépit de la méfiance de ses militants envers le carriérisme des parlementaires, le parti ouvrier envoie déjà des députés à l'Assemblée. Ces élus "allemanistes" sont soumis, non sans difficultés, à un contrôle très strict du parti. Jean Allemane, dreyfusard déclaré, sera ainsi député de 1901 à 1902, puis encore de 1906 à 1910, pour le XI° arrondissement de Paris. Lors de ce deuxième mandat, il représente la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO), dans laquelle s'est fondu le parti ouvrier en 1905.

Par ailleurs, Allemane reste attaché à sa profession, y compris lorsqu’il est élu à la Chambre. Fondateur d'une imprimerie socialiste, "la Productrice", il la transforme rapidement en coopérative ouvrière. Au sein du PSF, puis de la SFIO, il aura un rôle effacé sauf dans les années qui précèdent la guerre où il mène une opposition fractionnelle, marquée par l'action syndicale et l’antimilitarisme. Il publie, en 1910, ses «Mémoires d’un communard» qui sont moins une reconstitution historique – il y égratigne à peu près tous les leaders de la Commune et décrit plus le bagne que les évènements parisiens - qu’un discours militant mis au service de ses convictions politiques du moment.

Pour autant, comme beaucoup, au début du conflit mondial, en août 1914, il approuve la participation des partis ouvriers à la Défense Nationale. À l'issue de la guerre, Jean Allemane, au congrès de Tours, suit la majorité communiste dont la radicalité lui plaît sans pour autant devenir membre de la nouvelle Section française de l'Internationale communiste. Ses positions politiques sont ensuite subtiles si on en juge par son rapprochement de militants socialistes (Alexandre Zévaès, Emile Tissier) qui soutiennent, autour de Gustave Hervé, le curieux socialisme national des années 1920-1930. Franc-maçon actif, Jean Allemane fut initié à la Loge Les Rénovateurs de Clichy, loge du Grand Orient de France dont fut membre également Jean-Baptiste Clément (auteur de la chanson "Le Temps des cerises"). Un des derniers survivants de la Commune, Allemane décède en 1935 à Herblay en Seine-et-Oise.

Personnage singulier, dans l'ombre de Jean Jaurès et de Jules Guesde, sans jamais atteindre la renommée et l'influence de ces deux leaders qui furent souvent ses rivaux, Jean Allemane incarne un mouvement syndical et politique original, non marxiste, qui a joué un rôle dans la genèse du mouvement socialiste français. Souvent critique, peu apte à la soumission, libre-penseur absolu, ce dirigeant ouvrier, authentique plébéien, a eu beaucoup de mal à adopter les points de vues dogmatiques qui structurent toute organisation partisane. Défendant avec ardeur la prise du pouvoir comme un but en soi, son mouvement en envisageait la mise en œuvre par tous les moyens possibles. L'originalité de cette position en fait à la fois sa richesse et sa faiblesse. Ne refusant pas la coopération avec les partis bourgeois, voire la participation au gouvernement pour faire avancer leurs idées ou - ainsi l'affaire boulangiste - conforter la République, les Allemanistes prônaient tout autant l’action directe et en premier lieu une grève générale, proprement révolutionnaire, qui ne vit jamais le jour en France en dépit de leurs efforts.

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