Colonna Jean-Jérôme

Publié le par Mémoires de Guerre

Jean-Jérôme Colonna, dit « Jean-Jé », de son vrai nom Jean-Baptiste Jérôme, né le 24 juin 1939 à Sartène (Corse) et mort dans un accident de voiture en Corse-du-Sud le 1er novembre 2006, est un parrain présumé de la Corse-du-Sud. Il eut pendant longtemps un casier vierge. 

Colonna Jean-Jérôme

« Carrière » dans le Milieu corse

Vengeance contre les assassins de son père

Légende du milieu de Corse-du-Sud, il ne participa pas à la guerre du Combinatie parce que trop jeune. Mais son père, Jacques Colonna, un marchand d'huile tué devant ses yeux à Ajaccio alors qu'il sortait de chez lui impasse Davin le 18 juillet 1955 probablement parce que les tueurs envoyés par Planche Paolini ne pouvait atteindre son oncle Jean Colonna, futur maire de Pila-Canale en Corse-du-Sud. Jean-Jérôme Colonna dit « Jean-Jé » avait à l'époque 16 ans.

Ayant appris le jour de ses 21 ans que les assassins de son père vivaient encore, il se consacra, durant une dizaine d'années, à poursuivre les assassins de son père et à les tuer un à un, incarnant pour certains Corses le « bandit d'honneur » qui agit par sens du devoir familial. « Je ne suis ni fier ni honteux de ce que j'ai fait » confessera-t-il en août 2002 au mensuel Corsica, dans la seule interview qu'il ait jamais donnée. 

Trafic de stupéfiants avec la French Connection

Le nom de Jean-Jé apparaît en tête de liste des suspects, avec une demi-douzaine de comparses. En fait, son « affaire » arrive près de cinq ans après celle de la French connection mais il est dénoncé à la DEA américaine par un ancien de ce réseau Michel Nicoli contre la promesse d'une libération rapide. Michel Nicoli deviendra d'ailleurs une taupe appointée du service anti-drogue américain. Il était surtout l'ami d'un des assassins du père de Jean Jé Colonna et avait promis de tuer ce dernier. Jean Jé Colonna, en réponse, avait tenté de l'assassiner à Rome. Sans succès. Condamné à mort en France pour l'assassinat d'un membre des forces de l'ordre, Michel Nicoli s'était refugié en Argentine d'où il avait été extradé vers les États-Unis où il avait passé un marché avec la DEA

À l'automne 1974, le patron des stups de Marseille, le commissaire Lucien Aimé-Blanc, reçoit ces informations et vérifie le tout. Le juge René Saurel, spécialiste de la French Connection, dirige l'instruction. Filatures et témoignages concordent. Le 30 janvier 1975, Jean Jé est arrêté, puis inculpé pour trafic de stupéfiants, avec ses amis. Craignant de porter le chapeau de cette affaire, après une incarcération de 6 mois, Jean-Jé se fait hospitaliser à l'Hôtel-Dieu en simulant une tentative de suicide au couteau et se fait la belle en pyjama en juillet 1975.

Il se réfugie sous un faux patronyme au Brésil, aux États-Unis, sans oublier quelques discrets séjours à Marseille et en Corse, où il garde de précieux appuis. Ses ex-complices comparaissent pour trafic de stupéfiants à Marseille le 13 janvier 1978. Ils écopent de 10 à 15 ans de prison pour infraction à la législation sur les stupéfiants. Les juges sont encore plus sévères avec l'homme en fuite, Jean Jé, condamné par défaut à 17 ans de prison. Cette condamnation est motivée par le faît « d'être un organisateur au sommet, ayant tiré un bénéfice financier du trafic, objet de très mauvais renseignements, joueur, ne mérite aucune indulgence. » 

En appel, la cour d'appel d'Aix-en-Provence se penche sur cette affaire en octobre 1978. Les peines des complices de Colonna sont confirmées, voire alourdies. Contre toute attente, les magistrats ne se prononcent pas sur le cas de Jean-Jé, repoussant à plus tard l'examen de son dossier. Puis, le temps passe, Colonna est toujours introuvable. La cour d'appel oublie curieusement de juger dans les délais légaux. La prescription de 10 ans s'applique. Sa première condamnation à 17 ans disparaît. Plus de trace dans son casier, désormais vierge. Le miracle judiciaire a eu lieu. C'est ainsi qu'il a pu revenir en France vers la mi-1985. 

Semi-retraite en Corse

Rentré en Corse, plus personne ne peut le poursuivre. Il commence alors une seconde carrière de chef de clan. Officiellement peu actif, il aide son épouse qui gère des supérettes. Habitant Abbartello, il était un proche de l'ancien maire de Pila Canale, Robert Feliciaggi, abattu sur le parking de l'aéroport d'Ajaccio en mars 2006, possiblement première victime de la guerre qui allait faire rage à Ajaccio entre bandes rivales. 

Rapport Glavany en 1998

Le rapport (dit « rapport Glavany ») remis en septembre 1998 par la commission d'enquête parlementaire sur « l'utilisation des fonds publics et la gestion des services publics en Corse », présidée par Jean Glavany (PS), vraisemblablement influencé par l'homonymie du patronyme Colonna avec l'assassin du préfet Érignac, le qualifiait de « seul véritable parrain », influent et incontournable dans l'île faisant peu de cas de la Brise de Mer bastiaise. Jean-Jé Colonna s'est toujours défendu de ce qualificatif, assurant n'être qu'un « juge de paix » arbitrant les conflits. Une assertion qui lui vaudra d'être mis sur surveillance, sans grandes suites par les services de police en mars 1999. Ce qui le poussera à affirmer dans le mensuel Corsica en août 2002 « Je ne suis pas le parrain de la Corse » alors que les médias (se copiant les uns les autres) le présentent pourtant comme le « dernier parrain corse ». 

Mise en accusation

Poursuivi en 2002 pour des prises d'intérêt occultes, il entre en cavale durant deux ans, avant de se présenter au procès. À l'issue du procès en juin 2004, puis de l'appel en 2005, il sera en définitive lavé de tous les chefs de mise en examen à l'exception d'un seul (emploi fictif) qui lui vaudra 3 ans de prison dont six mois ferme et 330 000 euros d'amende : être employé à raison de 1 500 euros par mois… par sa propre épouse gérante d'une supérette SPAR au lieu-dit Abbartello. Il s'était pourvu en cassation. S'il avait été condamné, cela aurait été la seule condamnation inscrite à son casier judiciaire. 

Décès

Le 1er novembre 2006, Jean-Jérôme Colonna roulait près de Porto-Pollo (Corse-du-Sud), lorsque son véhicule a percuté le parapet d'un petit pont puis a effectué une sortie de route au niveau d'un pont et s'est encastré contre la pile gauche du pont avant de s'enflammer. L'absence de traces de freinage a intrigué les policiers. Puis le décès fut ensuite attribué à un malaise cardiaque précédant la sortie de route. Cependant, début février 2007, le quotidien Le Monde faisait fait de plusieurs éléments de l'enquête en cours remettant en doute une mort naturelle. L'expertise mécanique du véhicule aurait mis au jour la présence d'un élément mécanique étranger au moteur. Cette pièce aurait comporté des traces d'un composant chimique qualifié de « brisant » intégré à un explosif. L'examen autopsique a révélé une absence de « lésion » et « un muscle cardiaque en parfaite santé ».

Cependant, les conclusions de l'enquête scientifique de l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) ont contredit l'hypothèse d'un attentat. Le tube étranger serait en réalité un élément du climatiseur de la voiture. Le morceau de tuyau aurait de surcroît été retrouvé déformé par la chaleur et n'aurait donc pas explosé. Les nitrates détectés sont utilisés dans les appareils électriques et électroniques, ils émanent donc très probablement de la climatisation elle-même. Son décès va entraîner un déséquilibre important dans le milieu de la Corse du sud ; à partir de 2006 les règlements de compte vont crescendo notamment après des meurtres commis au sein de la bande bastiaise de la Brise de Mer et le passage d'un de ses membres vers le Petit Bar ajaccien. Dès lors vont se conjuguer les réglements de compte relevant du seul pays ajaccien et ceux impliquant les factions rivales de la puissante Brise de Mer

Publié dans Banditisme

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