Camp de Langenstein-Zwieberge

Publié le par Mémoires de Guerre

Le camp de concentration Langenstein-Zwieberge fut un sous-camp de Buchenwald, existant du mois d'avril 1944 jusqu'au mois d'avril 1945. 

Camp de Langenstein-Zwieberge

Plus de sept mille détenus de vingt-trois pays, dont environ mille Français y ont été emprisonnés pendant cette période. Le premier groupe de déportés venant de Buchenwald arriva le 21 avril 1944. Ils étaient dix-huit, dont un Français et ils formèrent les cadres du futur Kommando. Ils furent d'abord logés dans une auberge de la périphérie de Langenstein, puis, les convois se succédant, en attendant l'achèvement de la construction du camp, dans une grange, qui existe encore, située à la sortie du village. Il arriva, du 26 septembre 1944 au 18 février 1945, six convois avec des Français. La construction du camp fut achevée en août 1944 avec l'enceinte électrifiée ; sept blocks plus les annexes (revier, cuisine, etc.) remplacèrent l'auberge et la grange. Lorsque l'effectif atteignit cinq mille cent détenus, en février 1945, il y avait dix-huit blocks. L'effectif décrut ensuite (quatre mille quatre cents personnes début avril 1945), le nombre des morts dépassait de loin le nombre des arrivants.

Dans la semaine du 19 au 25 mars 1945, sur mille trois cent huit morts décomptés pour Buchenwald et ses Kommandos, Langenstein-Zwieberge eut le triste privilège d'arriver en tête, avec deux cent trente-quatre morts, devant Ohrdruf (deux cent sept) et Leau (soixante-neuf). Dès les premiers jours de leur arrivée, les déportés commencèrent à creuser des galeries dans le site encore vierge des collines du Thekenberge. En dix mois, au prix de souffrances épouvantables, près de dix kilomètres de galeries, d'une superficie de soixante mille mètres carrés, furent construites et en partie achevées. Quelques-unes étaient assez vastes pour accueillir des trains d'une vingtaine de wagons. Certaines avaient coûté un mort par mètre d'avancée. L'espérance de vie, pour ceux qui avaient le malheur d'y travailler, n'était que de six semaines. Le travail se faisait en deux équipes de douze heures dans des conditions atroces par manque d'air, dans la poussière, sous les coups des kapos et surtout des Meister allemands. Beaucoup de camarades rentraient au camp épuisés, asphyxiés, complètement vidés et n'avaient même plus la force de manger leur soupe.

Le but principal de cette entreprise était d'enterrer les productions des usines Junkers qui devaient construire de nouveaux types d'avions à réaction et d'armes V. Dans cette perspective, la firme Junkers avait aménagé un petit camp de trois baraques à l'intérieur du grand camp en bordure de la place d'appel pour y loger des déportés spécialistes, huit cent soixante-neuf personnes, venues des Kommandos d'Halberstadt, d'Aschersleben, de Langensalza et de Niederorschel. Dans ce petit camp, où il n'y avait ni lit, ni paillasse, les détenus furent, comme les autres, utilisés au creusement du tunnel. Les morts ont d'abord été envoyés au crématoire de Quedlinburg par voiture hippomobile puis par camion. Nous avons une liste des neuf cent douze victimes, parmi lesquels cent trente et un Français, dont les cendres reposent dans le cimetière de cette ville. En mars, cet établissement ne pouvant continuer son travail faute de carburant et les corps s'accumulant dans la baraque qui servait de morgue et y pourrissant, ils ont été enterrés, soit dans quatre grandes fosses situées à l'extérieur du camp et contenant plus de sept cents morts, soit près du revier, à l'intérieur du camp, dans une fosse où gisent plusieurs centaines d'autres corps.

Les cadavres étaient transportés, par deux, dans des caisses de bois portées par quatre déportés après le travail. La caisse était vidée dans les fosses et la file descendante allait chercher un nouveau chargement jusqu'à épuisement presque complet du charnier. Les derniers corps, en pleine décomposition, intransportables, restaient dans la cabane. Le SS responsable du chargement refermait la baraque à clé car il y avait eu des vols de cuisses de cadavres... Le 9 avril 1945 au soir, devant l'avance des troupes américaines qui atteignaient l'Elbe, trois mille survivants du camp, en six colonnes de cinq cents, encadrées de posten et de SS, furent jetés sur la route. La plupart marchèrent pendant quinze jours et, après trois cents kilomètres, se retrouvèrent près de Wittenberg, sur l'Elbe. L'une fut complètement anéantie et on ne retrouva pas sa trace, une autre marcha jusqu'au 28 avril et arriva près de Berlin avec seulement dix-huit survivants. Il n'y eut, en tout, qu'entre cinq cents et mille cinq cents survivants suivant les estimations des uns ou des autres. Nous n'avons aucune base, comme pour toutes les marches de la mort, permettant de donner des chiffres exacts.

Quand, le 13 avril 1945, les Américains libérèrent le camp abandonné depuis le 9 avril, ils trouvèrent les reviers remplis de mourants qui mouraient au rythme de vingt par jour. Voici ce qu'écrivit un journaliste de Stars and Stripes dans le numéro du 20 avril : « L'odeur de la mort était partout la même dans ce calme local. Au revier étaient les mourants.... Le reste des malades du revier était atteint de dysenterie. Ils gisaient là, dans leurs excréments, trop faibles pour bouger. Un homme plus fort que les autres se tenait à la porte. Il portait seulement un court maillot. Il n'avait plus de muscles aux cuisses, aux mollets, au bassin. Ses jambes n'étaient plus que des os et ses genoux deux grosses protubérances. Son corps était un squelette couvert de peau grise, tendue. Il est impossible de rester longtemps dans la salle de dysenterie. L'odeur vous suit jusque dans l'air tiède du printemps... »

Le 18 avril, tous ces malades furent emmenés, en ambulances militaires, dans une caserne d'Halberstadt transformée en hôpital. Il y mourut encore cent quarante-quatre déportés dont la plupart des corps reposent dans une fosse commune du cimetière de la ville. Le bilan est lourd : dans la meilleure des hypothèses, la moitié, et dans la plus mauvaise les trois quarts des déportés du Zwieberge ne sont pas rentrés. Le 11 septembre 1949, un mémorial et une plaque commémorative furent inaugurés à l'endroit des fosses communes. Depuis 1976 il existe un musée sur le terrain du mémorial de Langenstein-Zwieberge. À l’extérieur du camp, juste derrière la clôture du camp, se situait « l’arbre des pendus » — littéralement le « pin de la mort » — qui servait à la pendaison de détenus évadés et repris. La torture et l’exécution avaient lieu devant tous les détenus qui se trouvaient au camp. Parfois, les internés du camp ont été forcés à pendre eux-mêmes leurs camarades. Les autres détenus se trouvant à l’intérieur du camp devraient assister à l’assassinat.

Le 7 septembre 1944, six évadés ont été pendus après une tentative d’évasion échouée. Le groupe s’était organisé sous la direction du déporté russe Andrej Iwanowitsch, ancien colonel de l’armée rouge. Iwanowitsch demandait à Nevrenz Tzareghian, détenu français travaillant dans la boulangerie des gardiens du camp, de voler assez de pain afin d’approvisionner les six réfugiés. La tentative d’évasion échouait ; trois hommes ont été repris par les SS deux semaines plus tard et torturés pendant plusieurs jours. Parmi eux se trouvait un détenu âgé de 17 ans qui donnait le nom d’Andrej Iwanowitsch sous la torture. Par la suite, Iwanowitsch a reçu l’ordre de renverser les tonneaux se trouvant sous les pieds des hommes qui avaient la corde autour du cou. Cependant, Iwanowitsch répliquait au SS : « C’est toi, le monstre. Va les pendre toi-même. » Ce refus causait la pendaison d’Iwanowitsch par le gardien SS. Probablement, il était encore vivant quand il a été décroché de l’arbre des pendus avant d’être enlisé dans un trou rempli de béton. (Voir la dalle funéraire à l’endroit du lieu de mémoire « pin de la mort » au mémorial de Langenstein-Zwieberge.)

Cependant, la découverte de documents inédits dans des archives françaises et américaines pendant les dernières années, met en question l’affirmation de « l’enterrement vivant » d’Andrej Iwanowitsch. (Voir Le Goupil et Leroyer, Mémorial des Français déportés au camp de Langenstein-Zwieberge. Kommando de Buchenwald, Luneray, Imp. Bertout, s.d., p. 27-28.) L’arbre des pendus peut être considéré comme symbole de la souffrance et des horreurs mais comme signe de courage et de résistance.

Détenus connus

  • Hans Günther Adler
  • Armand Coutisson
  • Louis Dalle
  • Anton Hilckman
  • Ivan Ivanji
  • Hélie de Saint Marc
  • Maurice Obréjan

Publié dans Camps de Concentration

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