6ème Gouvernement Pierre Laval

Publié le par Mémoires de Guerre

Le sixième gouvernement Pierre Laval est le quatrième et dernier gouvernement du régime de Vichy en France, constitué par Philippe Pétain. Il succède au gouvernement François Darlan le 18 avril 1942, lors du rappel de Pierre Laval et se termine le 19 août 1944, lorsque Pétain accepte de quitter Vichy pour Belfort, mettant fin au régime de Vichy qui subsistera encore quelques mois en Allemagne dans la commission gouvernementale de Sigmaringen. 

6ème Gouvernement Pierre Laval

Contexte

Après deux ans passés à la tête du régime de Vichy, le gouvernement de l'amiral Darlan est impopulaire, victime du marché de dupes des Allemands. Darlan a engagé davantage les forces de Vichy dans une collaboration élargie avec l'Allemagne étant pour lui la moins mauvaise solution, leur cédant beaucoup : livraison de bases navales à Bizerte et Dakar, d'une base aérienne à Alep en Syrie, des véhicules, de l'artillerie et des munitions en Afrique du Nord, de la Tunisie, sans compter la livraison d'armes aux Irakiens.

En échange, Darlan demande une contrepartie aux Allemands (réduction des contraintes de l'armistice : libération des prisonniers français, disparition de la ligne de démarcation et du mazout pour la flotte française), ce qui les irrite. Le 9 mars 1942, Hitler a signé le décret dotant la France d'un « chef supérieur de la SS et de la Police » (HSSPf) chargé d'organiser la « Solution finale » après la conférence de Wannsee avec la Police française. Les Allemands exigent alors le retour de Pierre Laval au pouvoir, et en attendant, ils rompent tout contact. Le 30 mars, les Américains interviennent à Vichy contre un retour de Laval au pouvoir. 

Historique

Pétain remplace alors Darlan par Laval le 18 avril 1942. Darlan reste le successeur désigné du chef de l’État et devient commandant en chef des forces françaises. René Bousquet devient secrétaire général à la police, membre du gouvernement. Le 5 mai 1942, les Britanniques débarquent à Diégo-Suarez (Madagascar), les combats avec les forces vichystes cesseront le 8 novembre. Le retour au pouvoir de Laval coïncide avec la mise en place par les Allemands du plan de déportation des Juifs. Une ordonnance allemande rend obligatoire le port de l'étoile jaune en zone occupée à partir du 7 juin 1942. Le prédécesseur de Laval, Darlan, s'était opposé à cette mesure en zone libre en mettant en avant l'opinion publique.

Le 2 juillet 1942, Bousquet et Oberg signent des accords de collaboration policière. Le 16 et 17 juillet 1942, la police vichyste organise la rafle du Vel' d'Hiv. Le 19 août 1942, les alliés lancent l'opération Jubilée sur la plage de Dieppe pour tester les défenses allemandes. Le 3 novembre 1942, le maréchal Rommel est vaincu à la bataille d'El-Alamein, ce qui arrête l'avance italo-allemande vers le canal de Suez et sonne la retraite de l'Afrikakorps vers la Tunisie. Le 8 novembre 1942, les alliés lancent le débarquement en Algérie et au Maroc (opération Torch). Le 11 novembre 1942, la Wehrmacht envahit la zone sud, non occupée, et occupe Tunis et Bizerte, sans combats.

Le 19 novembre 1942, l'Armée d'Afrique reprend le combat contre les Allemands en Tunisie, à Medjez el-Bab. Le 27 novembre 1942, la flotte française se saborde à Toulon et l'Armée de l'armistice se dissout. Le 7 décembre 1942, l'Afrique-Occidentale française se rallie aux Alliés. Le 24 décembre 1942, l'amiral François Darlan est assassiné à Alger par le jeune monarchiste Fernand Bonnier de La Chapelle. Le février 1943, les troupes allemandes sont encerclées à Stalingrad. Le 30 janvier 1943, Laval crée la Milice française. Le mars 1943, la Guyane française se rallie aux Alliés. Le 13 mai 1943, les forces de l'Axe capitulent en Tunisie.

Le 24 mai 1943, le premier milicien vichyste est tué par la Résistance intérieure française. Le 31 mai 1943, l'escadre française immobilisée à Alexandrie se rallie aux Forces navales française d'Afrique. Le 15 juillet 1943, les Antilles françaises se rallient à la France libre. Le 5 octobre 1943, la Corse devient la première région française métropolitaine libérée par l'Armée française de la Libération et les Forces armées italiennes d'occupation. Le 1er janvier 1944, Darnand est nommé secrétaire général au Maintien de l'ordre. Le 6 juin 1944, les alliées lancent l'opération Overlord en Normandie (D Day). Le 15 août 1944, les Alliés débarquent en Provence et progressent hors de Normandie vers Paris, la libération de la France s'accélère.

Le jeudi 17 août 1944, Pierre Laval, chef du gouvernement et ministre des Affaires étrangères tient à Paris son dernier conseil de gouvernement avec cinq ministres. Les Allemands ont accepté de réunir l'ancienne Assemblée nationale. Mais les ultra-collaborationnistes, Marcel Déat et Fernand de Brinon protestent auprès des Allemands qui changent d'avis : ils emmènent Laval à Belfort ainsi que des restes de son gouvernement « pour assurer sa sécurité légitime » et arrêtent Édouard Herriot. Les Allemands veulent maintenir un « Gouvernement français » avec l'espoir de stabiliser le front dans l'Est de la France et dans le cas d'une éventuelle reconquête.

Le même jeudi, à Vichy, Cecil von Renthe-Fink, ministre délégué allemand, demande à Pétain d'aller en zone Nord, mais celui-ci refuse 10 et demande une formulation écrite de cette exigence. Le vendredi 18, Cecil von Renthe-Fink renouvelle sa requête par deux fois. Le samedi 19, à 11 h 30, Cecil von Renthe-Fink revient à l'hôtel du Parc, résidence du Maréchal, accompagné du général von Neubroon qui indique qu'il a des « ordres formels de Berlin ». Le texte écrit est soumis à Pétain : « Le gouvernement du Reich donne instruction d’opérer le transfert du chef de l’État, même contre sa volonté. » 

Devant le refus renouvelé du maréchal, les Allemands menacent de faire intervenir la Wehrmacht pour bombarder Vichy. Après avoir pris à témoin l'ambassadeur de Suisse, Walter Stucki, du chantage dont il est l’objet, Pétain se soumet et met fin au gouvernement de Laval. Le dimanche 20 août 1944, les Allemands emmènent le maréchal Pétain, contre son gré, de Vichy au château de Morvillars à côté de Belfort, mettant fin au régime de Vichy qui subsistera encore quelques mois en Allemagne dans la commission gouvernementale de Sigmaringen. 

Composition

  • Chef de l'État Français, président du Conseil : maréchal Philippe Pétain.
  • Chef du gouvernement, ministre des Affaires étrangères, ministre de l'Intérieur et ministre de l'Information : Pierre Laval
  • Ministre de la Guerre : Eugène Bridoux
  • Ministre des Finances et de l'Économie nationale : Pierre Cathala
  • Ministre de la Production Industrielle : Jean Bichelonne
  • Ministre du Travail : Hubert Lagardelle
  • Ministre de la Justice : Joseph Barthélemy
  • Ministre de la Marine : Gabriel Auphan
  • Ministre de l'Air : Jean-François Jannekeyn
  • Ministre de l'Éducation nationale : Abel Bonnard
  • Ministre de l'Agriculture : Jacques Le Roy Ladurie
  • Ministre du Ravitaillement : Max Bonnafous
  • Ministre des Colonies : Jules Brévié
  • Ministre de la Famille et de la Santé : Raymond Grasset
  • Ministre des Communications : Robert Gibrat
  • Ministre d'État : Lucien Romier
  • Délégué général du gouvernement dans les territoires occupés : Fernand De Brinon
  • Secrétaire d'État auprès du chef du gouvernement : Fernand De Brinon
  • Secrétaire général à la Police : René Bousquet
  • Secrétaire général du gouvernement : Jacques Guérard
  • Secrétaire d'État à l'Information : Paul Marion, jusqu'au 5 janvier 1944
  • Secrétaire général à l'Administration du ministère de l'Intérieur : Georges Hilaire, jusqu'au 15 mars 1944
  • Commissaire général au Sport : Joseph Pascot
  • Secrétaire général à la Santé : Louis Aublant jusqu'au 17 décembre 1943
  • Secrétaire général au Ravitaillement : Jacques Billiet jusqu'au 6 juin 1942 et du 15 novembre 1943 au juin 1944
  • Secrétaire général à la Justice : Georges Dayras jusqu'au 25 janvier 1944 et du 2 mars 1944 au 20 août 1944
  • Secrétaire général aux Finances publiques : Henri Deroy jusqu'au 1er mai 1943
  • Secrétaire général aux Questions économiques : Jean Filippi jusqu'au 16 juin 1942
  • Secrétaire général des Beaux-Arts : Louis Hautecoeur jusqu'au 1er janvier 1944
  • Secrétaire général à la Jeunesse : Georges Lamirand jusqu'au 24 mars 1943
  • Commissaire général des Chantiers de jeunesse : Joseph La Porte du Theil jusqu'au 4 janvier 1944
  • Secrétaire général du chef de l'État : Auguste Laure jusqu'au 15 juin 1942
  • Secrétaire général à la Famille : Philippe Renaudin
  • Secrétaire général aux Affaires étrangères : Charles Rochat
  • Secrétaire général aux Travaux publics et Transports : Maurice Schwartz
  • Secrétaire général à l'Instruction publique : Adolphe Terracher jusqu'au 2 janvier 1944
  • Secrétaire général au Travail et à la Main-d'œuvre : Jean Terray jusqu'en juin 1942
  • Commissariat général aux questions juives : Xavier Vallat jusqu'au 5 mai 1942

Remaniements

27 avril 1942

  • Secrétaire général au ministère de l'Agriculture : Luce Prault jusqu'au 6 juin 1942 et du 15 novembre 1943 au juin 1944

6 mai 1942

6 juin 1942

  • Secrétaire général à la Consommation : Jacques Billiet jusqu'au 15 novembre 1943
  • Secrétaire général à la Production agricole : Armand Gay jusqu'en décembre 1943
  • Secrétaire général aux Questions paysannes et à l'Équipement rural : Luce Prault jusqu'au 15 novembre 1943

15 juin 1942 :

  • Secrétaire général auprès du chef de l'État : Jean Jardel jusqu'en janvier 1944

17 août 1942

  • Secrétaire général à l'Industrie et au Commerce intérieur : René Norguet jusqu'au 20 janvier 1943

11 septembre 1942

18 novembre 1942

20 janvier 1943

  • Secrétaire général à la Production industrielle : René Norguet jusqu'en février 1944

26 mars 1943

mai 1943

  • Secrétaire général pour les Affaires économiques : Henri Zaffreya

21 novembre 1943

31 décembre 1943

  • Le ministre d'État Jean Romier démissionne du gouvernement.

1er janvier 1944

  • Secrétaire-général au Maintien de l’ordre : Joseph Darnand jusqu'au 13 juin 1944.

6 janvier 1944

  • Ministre de l'Agriculture et du Ravitaillement : Pierre Cathala succède à Max Bonnafous et reste par ailleurs ministre des Finances et de l'Économie nationale.
  • Secrétaire d'État auprès du chef du gouvernement : Paul Marion
  • Secrétaire d'État à l'Intérieur : Antoine Lemoine jusqu'au 13 juin 1944
  • Secrétaire d'État à l'Information et à la Propagande : Philippe Henriot jusqu'au 28 juin 1944

26 février 1944

3 mars 1944

  • Le ministère du Ravitaillement est aboli. Pierre Cathala reste ministre des Finances, de l'Économie nationale et de l'Agriculture.
  • Secrétaire d'État au Ravitaillement : François Chasseigne jusqu'au 17 août 1944

16 mars 1944

  • Ministre du Travail et de la Solidarité Nationale : Marcel Déat succède à Jean Bichelonne qui reste ministre de la Production industrielle et des Communications.
  • Secrétaire général aux Beaux-Arts : Georges Hilaire

14 juin 1944

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