1ère bataille de la Marne

Publié le par Mémoires de Guerre

La première bataille de la Marne, souvent identifiée comme « la bataille de la Marne » a eu lieu du 6 au 12 septembre 1914. Au cours de cette première bataille décisive, les troupes franco-britanniques réussissent à arrêter puis repousser les Allemands et donc à mettre en échec le plan Schlieffen qui prévoyait l'invasion de la France en six semaines pour ensuite se porter vers la Russie. 

1ère bataille de la Marne

Historique

Elle doit être distinguée de la seconde bataille de la Marne, qui se déroula du 15 au 18 juillet 1918. La phase dite « bataille des Frontières » est la phase initiale du Premier conflit mondial. Elle commence par des succès initiaux comme la prise de Mulhouse ou l'offensive sur Sarrebourg mais, après des combats de rencontre frontaux, violents et meurtriers, l'armée allemande reprend l'initiative. L'armée française est alors obligée de se replier sur des positions au sud, plus favorables. Simultanément, plus à l'Ouest, les allemands mettent en place le plan Schlieffen. Les troupes allemandes, sous la direction de von Moltke, pénètrent en Belgique avec pour intention de déborder les Français qui ont massé leurs troupes au nord-est pour ensuite les envelopper en les repoussant vers l'est et les acculer, petit à petit, à la défaite.

La progression allemande est retardée par la résistance de l'armée belge appuyée sur les forts de la ceinture fortifiée de Liège, puis par la victoire belge de Haelen, nommée aussi bataille de la Gette. Après avoir perdu huit jours du fait de la résistance belge, l'aile marchante allemande rencontre les troupes alliées le long de la vallée de la Sambre. C'est le 18 août que les éléments avancés de leur IIe Armée entrent en contact avec la Ve Armée du général Lanrezac alors qu'à sa gauche le Corps expéditionnaire britannique affronte la Ie Armée allemande à Mons. Après d'âpres combats de rencontre sur la Sambre entre les 20 et 22 août, le général Lanrezac décide de se replier le 23 août. Il sauve ainsi son armée d'un encerclement qui aurait probablement eu des conséquences dramatiques pour la situation des Français.

Moltke, devant cette retraite générale, ordonne la poursuite, au soir du 24 août. Toutes les armées alliées battent en retraite, à l'exception des Ie et IIe Armées, qui tiennent leurs positions en Alsace et en Lorraine. La Ve Armée marque cependant un coup d'arrêt à Guise, qui relève la pression sur le Corps expéditionnaire britannique, lui permet de se rétablir puis de se replier sur Noyon et créé un décalage entre la Ie et la IIe allemande qui sera décisif pour le succès de la bataille . Joffre garde malgré tout le moral, et dans son rapport au ministre Adolphe Messimy, il affirme que l'armée française peut encore lancer une contre-attaque victorieuse. Toutefois, il est aussi conscient du fait qu'il doit d'abord céder du terrain pour la réussir. Dans un premier temps et face à tous ces replis, il critique agressivement ses généraux qu'il estime ne pas avoir été assez offensifs. Il prend des sanctions et limoge, parfois un peu trop hâtivement, ceux qu'il juge incompétents dont le général Lanrezac qui est remplacé par le général Franchet d'Espérey.

Dans un deuxième temps, il prévoit une première ligne de résistance sur la Somme et l'Aisne et il demande aux généraux de mener des combats de retardements pour ralentir l'ennemi et lui permettre de mettre en place à temps ces nouvelles positions. Pour préparer sa contre-attaque, Joffre crée la VIe Armée dans la région parisienne, elle est placée sous le commandement du général Maunoury. Les hommes qui la composent viennent principalement de Lorraine. Son intention est d'utiliser cette armée pour porter un coup d'arrêt à la Ie armée du général von Kluck. Au centre du dispositif français, une nouvelle armée (la IXe) est créée et placée sous le commandement du général Foch. Elle doit empêcher les allemands de percer entre Ve et IVe armée dans la région des Marais de Saint-Gond. Le chef français demande aussi au Corps expéditionnaire britannique de constituer une ligne de résistance sur la Marne pour se préparer à une contre-offensive lorsque le coup d'arrêt aura été porté.

Entre temps, les combats de retardement continuent. Von Bülow (IIe armée) et le duc de Wurtemberg progressent à l'ouest du dispositif allemand. Cependant, ils doivent prendre en compte les difficultés de von Hausen (IIIe armée) qui progresse plus lentement dans la région de la Meuse. Malgré la surprise et la fatigue, les troupes alliées retraitent en ordre après leur défaite sur les frontières, le Corps expéditionnaire britannique planifie déjà son repli vers les ports de la Manche pour un éventuel ré-embarquement. Le général Gallieni, gouverneur militaire de Paris, rencontre alors Lord Kitchener pour proposer une contre-attaque commune généralisée lorsque les Allemands arriveront sur la Marne.

Le 2 septembre des aviateurs découvrent que la Ie armée allemande, la plus à l'ouest, celle de Alexandre von Kluck, infléchit son offensive vers l'Est et n'effectue pas le mouvement prévu par le plan Schlieffen d'enveloppement de Paris par l'Ouest. L'idée stratégique est d'envelopper les cinq armées étalées des Vosges à la Brie pour les contourner par le Sud sans avoir à effectuer un mouvement tournant trop large et trop coûteux en dépense pour des armées allemandes éprouvées et aux lignes de commandement et logistiques trop étirées. La VIe Armée se concentre le long de la Marne, entre Nanteuil-le-Haudouin et Meaux dans l'après-midi du 5 septembre. Elle prend contact avec les Allemands à partir du 7 septembre et soutient son effort jusqu'au 9 grâce, entre autres, à l'envoi d'urgence de 10 000 hommes de la garnison de Paris dont près de 6 000 sont transportés par mille deux cents taxis de la capitale réquisitionnés par le général Gallieni.

Finalement, le 9 septembre, bien que sa progression ne soit pas significative, elle oblige la Ire armée allemande de von Kluck à utiliser une trop grande partie de son potentiel sur son flanc ouest et ralentit sensiblement sa progression vers le sud. Une brèche d'environ 50 km s'ouvre de ce fait entre la Ie armée et la IIe armée de Karl Von Bülow, située sur sa droite et qui continue à progresser. C'est qu'il manque aux Allemands les 120 000 hommes retenus par les Belges devant la place forte d'Anvers. Profitant de l'ouverture qui en résulte dans le front allemand, la Ve Armée française et le Corps expéditionnaire britannique attaquent les deux armées allemandes exposées sur leur flanc alors qu'elles sont en pleine manœuvre. Pris par surprise, le haut commandement allemand, qui ne s'attendait pas à une telle capacité de réaction des Franco-Britanniques, est contraint d'ordonner l'arrêt de ses troupes, puis leur repli. Mais le 13 septembre, les Allemands se rétablissent sur des positions défensives préparées sur leurs arrières en urgence mais avec de grands moyens.

Dans l'ensemble des opérations en cours depuis le 4 août, on constate que la doctrine de l'attaque à outrance caractérisant la doctrine militaire française a été remise en cause. Mais les troupes françaises ont su battre en retraite sans se désunir et trouver assez d'allant pour contre-attaquer lorsque le général Joffre en donna l'ordre. C'est d'ailleurs Joffre qui, dès avant la guerre, avait maintenu la théorie de l'avant-garde générale, héritée de Napoléon 1er et qui, de fait, se trouva être appliquée par l'armée belge combattant sur les flancs allemands à Liège, sur la Gette et à Anvers en accord avec le commandement français. Cette forme de tactique, qui vise à diviser l'ennemi avec, pour but, la réunion de l'avant-garde avec le gros des armées en vue de la bataille générale, allait trouver sa pleine application dans les événements militaires qui allaient suivre la victoire de la Marne, dans ce que l'on a appelé depuis la course à la mer qui verra les Belges abandonner Anvers pour s'unir aux Franco-Britanniques sur les bords de l'Yser pour la bataille décisive.

Fin de bataille

Le coup d'arrêt de la Marne marque l'échec de la manœuvre Schlieffen. Mais, selon le mot du général Chambe, alors jeune officier de cavalerie, « ce fut une bataille gagnée mais une victoire perdue ». En effet, si les armées franco-britanniques mirent alors un terme à l'avancée irrésistible des armées allemandes commandées par von KlückVon Bülow et von Moltke, elles ne purent ou ne surent exploiter cet avantage en repoussant ces armées hors du territoire français. En effet, d'une part, elles étaient trop épuisées pour reprendre une quelconque offensive. D'autre part, les Allemands avaient, dès les premiers signes d'un repli, constitué des lignes de défense sur des points tactiquement favorables à quelques dizaines de kilomètres au nord, induisant dans un premier temps une stabilisation durable du front, et, dans un deuxième temps, la manœuvre connue sous le nom de « course à la mer ».

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