Les Démons de la liberté (Brute Force) est un film américain réalisé par Jules Dassin, sorti en 1947. Le pénitencier de Westgate, surpeuplé, est un lieu sur lequel la violence et la peur étendent leur empire. Ici, les surveillants sont démunis et débordés face à la rage de certains prisonniers. Parmi eux, Joe Collins est un dur à cuire. Une haine tenace l'oppose au capitaine Munsey, le gardien-chef qui règne sur les lieux en véritable dictateur. Après une infraction de trop au règlement qu'il a mis en place, Munsey consigne Collins et ses compagnons de cellule. Ceux-ci, écoeurés par tant de sadisme, décident de s'évader...
Les Démons de la liberté Jules Dassin
A une époque où le cinéma américain se définissait par « genres », Les Démons de la liberté surprend comme une oeuvre inclassable. Au départ tiré d'une histoire banale de détenus obnubilés par l'évasion, il gagne vite en profondeur, mélangeant l'expressionnisme du film noir et l'emphase du film politique. Car le propos de Jules Dassin dépasse l'action pure au profit d'une description étouffante du quotidien. Le réalisateur s'attarde ainsi surtout sur l'inhumanité d'un univers gouverné par la fatalité, symbole paroxystique d'une société d'entraves d'où « personne ne s'évade jamais ».
Les détenus, ni bons ni mauvais, dont le « crime » (souvent résultat d'une révolte contre l'injustice sociale) est décrit par des flash-back, ne sont jamais jugés. Dassin s'intéresse à eux comme aux produits d'un système qui les transforme en meurtriers, aveuglés par la haine, finalement convaincus que la justice n'est rien face à la force brute. Au fond, le véritable héros du film n'est pas Collins, le prisonnier vengeur qui brûle de retrouver sa femme, mais son pire ennemi, Munsey, le flic minable et ambitieux, dont la philosophie se limite à une phrase lapidaire : « Les faibles meurent pour que les forts vivent. » Toujours filmé en position de domination (debout face à un homme assis, au premier plan devant la prison entière, ou sur une plate-forme), omniprésent même dans l'absence, Munsey est l'incarnation parfaite de la société qui l'a produit, privilégiant l'écrasement au dialogue, et construisant sans le savoir les bases de sa propre destruction. — Ophélie Wiel