Guerre sino-japonaise (1894-1945)

Publié le par Mémoires de Guerre

La seconde guerre sino-japonaise est un conflit militaire qui dura de 1937 à 1945, et débuta à la suite de l'invasion de la partie orientale de la Chine par l'Armée impériale japonaise. Six ans après l'invasion de la Mandchourie, l'empire du Japon poursuivait sa politique expansionniste en Chine. Optimistes sur leurs chances de terminer rapidement le conflit, les Japonais allèrent jusqu'à envisager, dans les premières semaines, de gagner la guerre en trois mois : malgré les victoires initiales du Japon, la guerre dura huit ans, l'empire se trouvant contraint de gérer un territoire très vaste et non stabilisé. L'attaque japonaise provoqua une trêve dans la guerre civile qui opposait depuis dix ans le Kuomintang et le Parti communiste chinois, ces deux mouvements réalisant une alliance contre l'envahisseur.

Le conflit sino-japonais, particulièrement meurtrier, eut de lourdes conséquences sur l'histoire de la Chine et sur les équilibres géopolitiques de la région dans les décennies suivantes. À compter de 1939, le conflit commença à s'étendre en dehors de la Chine, avec l'affrontement soviéto-japonais en Mongolie. Un régime pro-japonais fut mis en place en 1940 à Nankin. À partir de 1941 et l'entrée de la République de Chine aux côtés des Alliés, la guerre en Chine s'intégra officiellement au théâtre extrême-oriental de la Seconde Guerre mondiale. La guerre sino-japonaise prit fin en 1945 avec la capitulation du Japon à la suite de la Seconde Guerre mondiale et fut suivie d’une reprise de la guerre civile chinoise. 

Guerre sino-japonaise (1894-1945)

Guerre de 1894-1895

Le Japon, désireux de prendre pied sur le continent, saisit le prétexte de troubles en Corée, vassale de la Chine, pour intervenir et déclarer la guerre (août 1894). L'armée japonaise occupe Séoul puis Port-Arthur, tandis que la flotte chinoise, battue une première fois à l'embouchure du Yalu, est anéantie à Weihaiwei (1895). Le traité de Shimonoseki (avril 1895) consacre la fin de la guerre, et Formose, qui a refusé de se soumettre, est occupée par le Japon. L'intervention des puissances européennes limite cependant la victoire japonaise au bénéfice de la Russie.

Guerre de 1937-1945

De 1937 à 1941, les deux pays n'étant pas officiellement en guerre, les Japonais cherchent à s'assurer le contrôle de la Chine par l'occupation de ses ports et voies de communication. À partir du 7 décembre 1941, au contraire, cette situation paradoxale se transforme en guerre ouverte et s'intègre dans le conflit mondial.

De 1937 à 1941 : l'isolement de la Chine par le Japon

Provocations nippones

À partir de 1931, les Japonais cherchent des prétextes pour élargir l'occupation de la Mandchourie ; en 1933, ils pénètrent au Jehol, en 1936, en Tchahar et au Suiyan. Cette politique provoque, en décembre 1936, la conclusion d'un accord entre le Guomindang de Jiang Jieshi (Tchang Kaï-chek) et le parti communiste, dont les troupes tiennent le N.-O. de la Chine, pour former un front uni contre les Japonais. Ceux-ci multiplient alors les provocations : les incidents du pont de Marco Polo (à 25 km au S.-O. de Pékin) en juillet 1937, celui de l'aérodrome de Shanghai, où les Japonais débarquent en août 1937, vont déclencher un conflit entre la Chine et le Japon, qui ne cessera qu'avec la ruine de ce dernier en 1945. Cette situation occasionne de vives inquiétudes en URSS et de nombreux incidents de frontière. De véritables opérations militaires sont menées dans la région du lac Khassan, à la frontière sibéro-mandchoue.

Contre la menace japonaise…

Le conflit surprend la Chine en pleine réorganisation militaire : de ses 2 millions de soldats seuls 100 000 constitués en division par la mission militaire allemande pouvaient mener une guerre moderne. Surprises par la vigueur de l'attaque japonaise (31 divisions modernes en 1937, 43 en 1938), les armées chinoises, commandées par Jiang Jieshi, abandonnent le terrain. Les Japonais conquièrent aussitôt une base d'opérations à Tianjin et à Pékin et s'emparent de Nankin (décembre 1937), de Hankou et de Canton (octobre 1938). Ils s'installent ensuite à Hainan (janvier 1939), d'où ils entament le blocus ou la prise des ports chinois en évitant de déclarer la guerre et de faire figure d'agresseurs. Au début de 1939, les Japonais tiennent presque tous les points forts de la Chine, sans parvenir toutefois à en assurer le contrôle politique et économique.

… la résistance des nationalistes aux côtés des communistes

Le plan de Jiang Jieshi consiste à contenir l'adversaire et à l'user, tout en conservant ses communications avec les alliés possibles dans le conflit général qui s'annonce. Dès la fin de 1938, il abandonne la Chine utile, pour se retirer sur les plateaux du Sichuan, en faisant de Chongqing sa capitale de guerre pour sept ans. Le front sera tenu, sans changement notable jusqu'en 1944, par plus de 2 millions d'hommes organisés en près de 300 divisions de 5 000 hommes et répartis en 9 grandes zones de guerre s'étendant de la Mongolie au lac Dongting, et, de là, en équerre, vers Ningbo et la mer. À l'arrière, 1 million d'hommes sont à l'instruction, ainsi qu'une réserve stratégique de 20 divisions équipées de matériel américain, stationnées près de Chongqing.

La VIIIe armée communiste de Mao Zedong (de 6 divisions au début) tient un secteur le long du Huang He. Le dispositif, très élastique, laisse parfois pénétrer une offensive japonaise de 2 ou 3 divisions (bataille de Changsha, 1942-1940), mais se referme derrière elles et les oblige à abandonner le terrain conquis par des opérations systématiques de guérillas : plus de 500 000 hommes restés ou envoyés derrière les lignes japonaises paralysent les communications de l'occupant et le contraignent à ne sortir des villes fortifiées que de jour et en force. Des détachements réguliers, allant parfois jusqu'au groupe d'armées (150 000 hommes) et des partisans tiennent des régions entières : environs de Canton, Chine centrale et surtout Shandong et Shanxi ; les zones des guérillas communistes de la VIIIe armée s'étendent jusqu'à la Mandchourie. Les Japonais entretiennent plus de 1 million d'hommes (30 à 45 divisions), réorganisés en brigades légères ou de montagne. Toute l'aviation terrestre est employée en Chine.

Guerre sino-japonaise (1894-1945)

La guerre ouverte (1941-1945)

Entrée en guerre de la Chine

À la suite de l'attaque nippone de Pearl Harbor (7 décembre 1941), Jiang Jieshi déclare la guerre à l'Allemagne, à l'Italie et au Japon (décembre 1941), tandis que Tokyo proclame la guerre de « la plus grande Asie », après avoir installé, à Nankin, en 1940, le gouvernement fantoche du dissident Wang Jingwei. Celui-ci mobilisera, de 1942 à 1944, une force d'une trentaine de divisions qui combattront aux côtés des armées japonaises.

Rétablissement des voies de communication

La stabilité du front chinois permet alors aux Américains d'entreprendre la construction d'un vaste réseau d'aérodromes allant de la Birmanie jusqu'à Xiangfan. Des aérodromes clandestins en zones occupées complètent cet ensemble. La « route rouge », ou « route de Gobi », permet de communiquer avec l'URSS, et la route de Birmanie avec l'Inde, jusqu'à l'invasion de la Birmanie par les Japonais. Dès 1942, les Américains engagent une petite force aérienne commandée par Chennault et placent le général Stilwell aux côtés de Jiang Jieshi. Ils rétablissent une ligne de communication aérienne entre la Chine et l'Inde (Assam), dont le tonnage mensuel passe de 1 960 t en 1942 à 70 000 en 1945. C'est ainsi que, dès 1942, plus de 20 000 soldats chinois sont transportés en Inde pour y être instruits.

En 1943, une sorte d'équilibre se maintient en Chine, mais, en 1944, les Chinois abandonnent Changsha aux troupes japonaises qui se ruent vers Canton et l'Indochine pour rétablir leur liaison terrestre avec leurs forces de Birmanie et contraignent les Américains à quitter leurs dernières bases aériennes. Cependant, deux armées chinoises, parties en mars 1944, l'une de Birmanie avec les Britanniques, l'autre du Yunnan, font leur jonction en janvier 1945 : ainsi cesse l'isolement terrestre des forces chinoises de Jiang Jieshi.

Le Japon acculé

Le 5 avril 1945, Staline dénonce le traité de neutralité nippo-soviétique (conlu le 13 avril 1941). Mis à genoux après l'explosion de la bombe atomique à Hiroshima, le 6 août, à Nagasaki le 9, le Japon est alors confronté à l'entrée en guerre de l'URSS (8 août) ; l'intervention soviétique provoque une recrudescence de la guérilla communiste, qui freine la remontée des troupes gouvernementales chinoises vers la Mandchourie. Le 14 août, les troupes japonaises (1 300 000 hommes) capitulent entre les mains de Jiang Jieshi. 

Le IIIe corps de marines américains, venant d'Okinawa, s'empare des aérodromes de Tianjin et de Pékin et permet aux armées chinoises venues par avion de Birmanie d'aller occuper la Mandchourie. Les troupes américaines sont rembarquées en 1946, en même temps que les troupes russes évacuent la Mandchourie. La guerre civile reprend immédiatement entre les troupes de Jiang Jieshi – dont 40 divisions ont été équipées par les Américains – et les forces communistes de Mao Zedong, qui se rendront maîtresses de l'ensemble du territoire chinois en 1949.

Armes chimiques et bactériologiques

Dès juillet 1937, l'empereur Shōwa autorisa l'utilisation de gaz toxiques contre les soldats et civils chinois. Chaque utilisation faisait l'objet d'une directive spécifique (rinsanmei), transmise par le biais du chef d'état-major de l'Armée, en l'occurrence le prince Kotohito Kan'in. À compter d'octobre 1937, ces autorisations furent accordées par le quartier général impérial, sous la direction de l'empereur. Les armes chimiques furent notamment autorisées à 375 reprises à l'automne 1938 lors de l'invasion de Wuhan, puis en 1939 à Guangzhou et en 1943 lors de la bataille de Changde. Lors du procès tenu par les Soviétiques à Khabarovsk en 1949, des accusés comme le major général Kiyashi Kawashima déclarèrent qu'au moins 40 membres de l'unité 731 avaient participé en 1941 et 1942 à des opérations par lesquelles des puces contaminées par la peste avaient été larguées au-dessus de la région de Changde, y causant des épidémies. 

Évaluation des victimes

Le conflit dura 97 mois et 3 jours (de 1937 à 1945). Le Kuomintang se battit dans 22 combats majeurs (au moins cent mille hommes de part et d’autre, et plus de quarante mille moins importants, tandis que le Parti communiste privilégiait, à quelques exceptions près, les opérations de guérilla. Les Japonais comptabilisèrent un million et cent mille victimes y compris les blessés graves et les disparus. Les Chinois eurent beaucoup plus de pertes, avec 3 229 000 soldats et au moins 9 000 000 de civils sans compter les destructions. Sur les centaines de milliers de soldats chinois faits prisonniers par l’armée shōwa au cours de la guerre, seulement 68 furent relâchés vivants en 1945. Quant aux civils, les travaux publiés en 2002 par un comité conjoint d'historiens réunissant Mitsuyoshi Himeta, Zhifen Ju, Toru Kubo et Mark Peattie démontrent que plus de 10 millions d’entre eux furent enrôlés de force par la Kōa-in (Agence impériale de développement de l'Asie orientale) pour des travaux dans les mines et les usines du Mandchoukouo. 

Le bilan des morts civils est souvent estimé à au moins 17 530 000 morts, soit au moins 20 millions de morts chinois au total pour la période de 1937 à 1945. En Chine, de nombreux historiens évoquent même que le chiffre pourrait être comparable aux 27 millions de morts en URSS, car l'ampleur du conflit et ses dévastations furent similaires. Depuis 1911 et 1913, avec la fin de l'Empire chinois, et des tensions permanentes jusqu'à la fin des années 1930, les recensements étaient difficilement réalisables. Tout au plus, des estimations pouvaient évaluer la population d'alors. De plus, l'ampleur du conflit et des combats (plus de quarante mille) dépasse l'entendement et ne permet pas de donner des chiffres fiables. 

Conséquences

Malgré la défaite des Japonais, le conflit contribua à affaiblir le gouvernement nationaliste de la République de Chine, dont les troupes avaient été durement éprouvées par les combats, l'économie du pays étant par ailleurs ruinée. Les communistes avaient de surcroît, par leurs actions de guérilla contre les Japonais, gagné le contrôle de nombreuses zones rurales en s'assurant le soutien des habitants. La prise de contrôle de la Mandchourie par l'Union soviétique avait également permis aux communistes chinois d'affermir leurs bases dans la région, les nationalistes n'y ayant pas de troupes. Dès août 1945, les États-Unis tentèrent d'éviter un nouvel embrasement en Chine en organisant à Chongqing des pourparlers, auxquels Tchang Kaï-chek et Mao Zedong assistèrent. 

Les heurts violents entre nationalistes et communistes recommencèrent cependant avant même la fin des tractations, la guerre ouverte éclatant à nouveau en 1946. Le gouvernement de Tchang Kaï-chek vit dans les années suivantes le contrôle du pays lui échapper, avec pour conséquence la proclamation en octobre 1949 de la République populaire de Chine, suivie en décembre de la retraite des nationalistes sur l'île de Taïwan. L'invasion soviétique de la Mandchourie, de la Mongolie-Extérieure et de la Corée eut également pour conséquence de livrer le nord de la Corée aux communistes coréens, aboutissant à la création du régime nord-coréen et à la guerre de Corée, à laquelle participa la Chine communiste. 

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