Joseph Epstein bon pour la légende
On l’a oublié, et pourtant il fut de ceux qui comptèrent, dans la Résistance. Joseph Epstein en était l’un des plus brillants cerveaux et meneurs, tacticien accompli de la guerre insurrectionnelle et « subversive ». C’était aussi un homme, plein de vie et d’humour, mais dont le destin fut scellé par les dérives du XXe siècle - et pour cause : il avait le malheur d’être Juif. Pascal Convert a entrepris de nous retracer la vie méconnue de ce Résistant permanent, fusillé le 11 avril 1944, la biographie prenant la forme d’une lettre directement adressée au fils d’Epstein. D’où un ouvrage pour ainsi dire inimitable, scientifiquement rigoureux et émotionnellement impliqué, une enquête sur un homme, sa pensée, son action, et son univers, celui de l’Internationale communiste, du Front populaire, de la Guerre d’Espagne, de la Résistance, où l’on croisera la route de Leonid Eitington, Jean Moulin, Raymond et Lucie Aubrac, Charles Tillon, Rol-Tanguy...
Né en Pologne en 1911, Joseph Epstein avait eu à affronter l’antisémitisme local, sa famille aisée se heurtant aux limites de l’assimilation. L’activité militaire l’intéressait, et son tempérament de révolté fit le reste : à défaut de rejoindre le sionisme, il embrassa la cause du communisme, voie la plus rapide selon lui pour mener à l’égalité et au respect de tous. Sa carrière fut celle d’un enthousiaste, trop rationnel pour être exalté, trop passionné pour le travail de bureau. Emigré en France en 1931, il voulait davantage s’impliquer auprès du peuple, les ouvriers, devenir Français, oui, mais sans prendre aucune distance avec le prolétariat. Très efficace militant communiste, il grimpa les échelons, se retrouva dans les Brigades Internationales, puis dans la Résistance communiste, où il ne relâcha jamais - malgré le Pacte germano-soviétique - son effort antifasciste, trop conscient (plus que Staline en tous les cas) que l’accord Molotov-Ribbentrop ne pouvait pas durer.
Il fut l’une des têtes pensantes de l’action armée clandestine. Mais il tomba en même temps que Manouchian, l’homme des F.T.P.-M.O.I., la figure de l’Affiche rouge, suite aux filatures exercées par les limiers de la police spéciale française. Torturé, il parla, oui, mais pour mener en bateau ses interlocuteurs - bref, il ne révéla rien. Peu avant d’être fusillé au Mont-Valérien, il aida même un détenu à s’enfuir du camion qui le menait au lieu d’exécution. Ouvrage inclassable, disions-nous, mais la remarque vaut pour le style, original et surtout bouleversant. Sur le fond, la rigueur de l’approche, l’intelligence du propos font de Bon pour la légende une véritable merveille historique, l’appréhension globale des enjeux et des réseaux se mêlant au genre biographique, l’un enrichissant l’autre. Ajoutons à cela une lumineuse préface de Serge Wolikow synthétisant le contexte idéologique, raciste et politique dans lequel vécut et évolua Epstein, de l’antisémitisme à l’émergence des communismes, des débuts du P.C.F. aux F.T.P.F. Quand l’Histoire fusionne avec l’hommage et la mémoire le résultat peut parfois être saisissant. Tel est le cas ici.
Joseph Epstein bon pour la légende Pascal Convert

Fiche Technique
- Auteur : Pascal Convert
- Préface : Serge Wolikow
- Editeur : Editions Atlantica-Séguier
- Publication : septembre 2007
- ISBN : 978 2 8404 9527 7
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