Noël Léo
Léo Noël est le nom d'artiste de Léon Ozeranski, né en 1914 et décédé subitement en 1966. C'est un chanteur, musicien, goguettier, tourneur d'orgue de barbarie et un animateur du Cabaret L'Écluse qu'il co-fonda en 1951.
Son nom est indissociable de l'histoire de la chanson « Rive Gauche ». Sa carrière commence avant la Deuxième Guerre mondiale, après avoir abandonné ses études de violon. Il participe aux activités de la goguette révolutionnaire de la Muse rouge. Il chante en duo avec Francis Lemarque dans les années 1938-1939 pour remplacer Maurice Lemarque, le frère de Francis appelé sous les drapeaux. Ce duo, qui conserve son nom d'origine « Les frères Marc » se retrouve ainsi en tournée avec Pierre Dac, Paul Meurisse, et avec, pour pianiste, Joseph Kosma qui l'appellera en 1950 pour enregistrer un titre de bande son du film d'animation La Bergère et le ramoneur qu'il vient de composer.
Après la guerre, il s'achète un orgue de barbarie et se crée un personnage qu'il façonnera à la Prévert avec ses accessoires fétiches : pull et pantalon noir, chapeau melon gris. Et d'ailleurs, en 1953, il enregistrera avec Fabien Loris un texte de Prévert : l'addition. Il se fait alors l'interprète de chanson de Mac Orlan, Charles Trénet, Kurt Weil, Kosma, se produit chez Agnès Capri et au Lapin Agile. En 1951, il crée le Cabaret L'Écluse, avec André Schlesser, Marc Chevalier et Brigitte Sabouraud. « De 1951 à 1966, date de sa mort, Léo Noël sera le principal animateur de l'Ecluse » (Gilles Schlesser, Le Cabaret "rive gauche" de la Rose rouge au Bateau ivre, éd. l'Archipel, 2006, p. 623). En 1958, léo Noël, chanteur déclamant avec son orgue de barbarie et animateur en chef du cabaret, présente alors la chanteuse Barbara, égérie du cabaret, sous le nom de « La chanteuse de minuit ». En 1966, son décès brutal obligera le duo Marc Chevalier et André Schlesser, ses associés du cabaret à prendre la relève et à lui succèder jusqu’à la fin du cabaret en 1975.
Sa chanson « Tout ça parce qu'au bois de Chaville », composée en 1953 par Pierre Destailles (paroles) et Claude Rolland (musique), eut un grand succès populaire. Elle fut aussi interprétée par, entre autres Odette Laure, Jacques Pills, Henri Decker, Jean Lumière, Caroline Cler, Luc Barney, etc., sans oublier l'auteur de la chanson Pierre Destailles. Léo Noël connait le succès avec son orgue de barbarie, notamment car il jouait en salle une musique populaire alors que l'usage en extérieur était très règlementé; règlementation que faisait d'ailleurs appliquer, au pied de la lettre, les différents préfets de Paris en l'absence de maire pour la Capitale à cette époque. Il fut également militant anarchiste et a côtoyé Léo Ferré à plusieurs reprises. Interprète de nombreuses chansons, Léo Noël est une figure discrète mais non moins incontournable dans l'histoire de la chanson « rive gauche ». Accompagné de son Orgue de Barbarie, il demeure le symbole du chanteur des rues, race, hélas, presque disparue aujourd'hui sauf à l'occasion de certaines fêtes locales où certains tentent de faire revivre cet instrument de tradition populaire.
Il décède subitement en 1966. Le Monsieur Loyal légendaire du Cabaret L'Écluse n'aura pas le temps de faire ses adieux à la scène. Il repose dans la 24e division du cimetière parisien de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) (partie récente). Au 7, Place du Calvaire « Chez Plumeau », Jean Méjean, directeur de ce lieu en 1957 avait une affiche incroyable composée de Léo Noël, le célèbre chanteur à l’orgue de Barbarie cofondateur de l’Ecluse, de Catherine Sauvage, de Jean-Marie Proslier, de Raymond Devos et de Léo Ferré accompagné au piano par Paul Castanié. Ce cabaret changea souvent de mains. C’est aujourd’hui un restaurant avec terrasse.
Claude Leconte, journaliste et ami de Léo Noël écrira dans son article « Souvenirs, souvenirs… » paru au journal L'Humanité en 1996: « Léo Noël, trop tôt disparu également, mais dont on n’oubliera pas la mince silhouette noire, le chapeau melon et l’orgue de barbarie dont il arrachait les complaintes que l’on croit entendre encore. Léo, c’était aussi l’Ecluse. « Tu vois, disait-il, en montrant une table dans le coin, c’est la place de Louis et d’Elsa », Louis Aragon et Elsa Triolet, passionnés de chanson, encourageant Jean Ferrat à prendre dans l’oeuvre du poète tous les textes qu’il souhaiterait. ».
