Sophie Scholl - les derniers jours

Publié le par Marc Rothemund

Sophie Scholl - les derniers jours (en allemand Sophie Scholl - Die letzten Tage) est un film allemand sorti en 2005. Le cinéaste Marc Rothemund a réalisé ce film, avec Julia Jentsch dans le rôle de Sophie Scholl. Le film retrace les six derniers jours de la vie de la jeune étudiante, du 17 au 23 février 1943, depuis le lancement de tracts dans le hall de l'université de Munich, son arrestation, son interrogatoire jusqu'à son exécution.

Sophie et Hans ont une relation de fraternité très forte qui se surajoute à la motivation de leur engagement : leur but est d'alerter leurs compatriotes des chimères du régime. Dès l'arrestation, les deux suspects sont tenus à l'écart par le secret de l'instruction. Le point de vue se concentre donc sur la vision de Sophie, et souligne son état de solitude face à la mécanique bureaucratique dont elle est l'objet. La prisonnière communiste qui l'accueille dans les geôles du commissariat central est le personnage qui, par ses conversations avec Sophie, lui permet de révéler le sens tragique de sa condition humaine, par ses aspirations de vie amoureuse. Sophie Scholl avance des propos concernant l'importance de la conscience face aux actes qui sont demandés aux Allemands dans la tournure de guerre totale que prend la guerre, alors que l'année 1942 fait apparaître le siège de Stalingrad1 dont la reddition sera consommée fin janvier 1943.

En parallèle, les scènes d'entretien avec l'enquêteur Robert Mohr sont le terrain d'une confrontation qui rejaillit sur le sens de l'Histoire qui fait débat dans l'historiographie allemande actuelle : Sophie Scholl et Robert Mohr confrontent des points de vue sur le droit, le sens national de l'engagement et la morale ; ces points de vue synthétisent tout le fossé qui s'est creusé entre, pour l'une, l'Allemagne démocratique d'après-guerre éprise de pacifisme et d'épanouissement personnel, et pour l'autre, la situation de l'Allemagne des années 1920 dont le présent du film est la conséquence, et réprouve tout défaitisme qui mènerait à envisager l'occupation de son pays par une tutelle étrangère.

La concentration des pouvoirs effectuée depuis l'accession au pouvoir des nazis fournit le contexte préalable à cette divergence radicale entre deux compatriotes telle que le montre le film : cet enquêteur de la police fait son travail de manière professionnelle, sans que pointe le moindre rattachement partisan à l'idéologie fasciste (que l'on retrouve indubitablement dans l'attitude crispée du sous-fifre qui surveille les déplacements de Sophie, ainsi que dans celle du juge nazi). Leurs échanges, indépendants de l'influence du pouvoir en place, sont illustratifs de l'évolution de la pensée du peuple avant et après le conflit. Les procès-verbaux à partir desquels se base le film ont été fidèlement retranscrits.

La sortie de cette œuvre de cinéma, après La Chute, s'insère dans le débat dépassionné actuel concernant le récit national : un regard cru sur les individus face au pouvoir et leurs rémissions lorsque la tyrannie survient, laissant unique l'exemple d'une jeune étudiante tenir le flambeau, tenir par sa ferveur et son éducation aux principes, et payer de sa vie le prix de ses convictions. L'heure n'est plus à la dénonciation des bourreaux montrés du doigt dans les films des années 1960 comme l'incarnation du Mal, mais à l'examen des postures de chacun devant le caractère implacable du régime nazi.

La critique lors de la sortie en salle du 12/04/2006

On aime beaucoup A Munich, le 17 février 1943, le jeune Hans Scholl décide de mener une opération retentissante et risquée. Il a fondé avec sa soeur cadette Sophie et quelques amis le groupuscule secret La Rose Blanche pour dénoncer les crimes du pouvoir nazi. Ils entendent inonder une université de la ville avec des tracts alertant les étudiants sur la stratégie apocalyptique de Hitler et la mort de milliers de jeunes Allemands sacrifiés à Stalingrad. Le 18 février, les activistes sont arrêtés.

Longuement interrogés, et sur le point d'être relâchés, ils sont finalement confondus et passent aux aveux. Condamnée à mort, comme son frère et un autre membre de La Rose Blanche, Sophie Scholl sera décapitée quatre jours plus tard. A 21 ans. C'est toute la violence de ce destin que fait surgir le cinéaste Marc Rothemund, mais aussi sa force admirable : plus le temps file, disparaît et l'emporte, plus Sophie Scholl affirme sa foi en un idéal de liberté. Ses derniers jours sont la revendication de tout ce qu'elle est. L'ambition de ce film-portrait est de la regarder au plus près, de cerner comment elle fait face à elle-même et à ses engagements.

En donnant une place centrale à l'interrogatoire mené par la Gestapo (grâce à des archives accessibles depuis quelques années seulement), Marc Rothemund fait vivement résonner la voix de son héroïne dans une mise en scène dépouillée. Le film réussit à être à la fois rigoureux et grand public, politique et émouvant. Résistante « de l'intérieur », Sophie Scholl y affronte aussi le sens de sa vie dans un dialogue solitaire avec Dieu. Ses adieux sereins au monde sont bouleversants. Comme les photos qui apparaissent avant le générique de fin, montrant le sourire de la vraie Sophie Scholl, interprétée avec toute la conviction nécessaire par Julia Jentsch. Frédéric Strauss.

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Sophie Scholl - les derniers jours de Marc RothemundSophie Scholl - les derniers jours de Marc Rothemund

Sophie Scholl - les derniers jours de Marc Rothemund

Fiche technique

  • Titre original : Sophie Scholl : die letzten Tage
  • Réalisateur : Marc Rothemund
  • Musique : Johnny Klimek et Reinhold Heil
  • Date de sortie : 12/04/2006
  • Durée : 1h57min
  • Pays de production : allemand
  • Année de production :  2005

Distribution

  • Julia Jentsch : Sophia Magdalena « Sophie » Scholl
  • Fabian Hinrichs : Hans Fritz Scholl
  • Gerald Alexander Held : Robert Mohr, l'enquêteur
  • Johanna Gastdorf : Else Gebel
  • André Hennicke : Roland Freisler
  • Florian Stetter : Christoph Hermann Probst
  • Maximilian Brückner : Willi Graf
  • Johannes Suhm : Alexander Schmorell
  • Lilli Jung : Gisela Schertling
  • Petra Kelling : Magdalena Scholl
  • Jörg Hube : Robert Scholl

Publié dans Films

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