Colombie

Publié le par Mémoires de Guerre

La Colombie, en forme longue la république de Colombie est une république constitutionnelle unitaire comprenant 32 départements. Le pays est situé dans le Nord-Ouest de l'Amérique du Sud ; il est bordé à l'ouest par l'océan Pacifique, au nord-ouest par le Panama, au nord par la mer des Caraïbes, au nord-est par le Venezuela, au sud-est par le Brésil, au sud par le Pérou et au sud-ouest par l'Équateur. La Colombie est le 26e plus grand pays par sa superficie et le 4e en Amérique du Sud. Avec plus de 49 millions d'habitants, la Colombie est le 28e pays le plus peuplé du monde et le 2e de tous les pays de langue espagnole après le Mexique. La Colombie est une moyenne puissance, la 4e plus grande économie d'Amérique latine, et la 3e en Amérique du Sud. La production de café, de fleurs, d'émeraudes, de charbon et de pétrole forme le principal secteur de l'économie colombienne.

La Colombie couvre aujourd'hui un territoire qui était, à l'origine, habité par des peuples autochtones dont les Muiscas, les Quimbayas et les Tayronas. Les Espagnols arrivent en 1499 et lancent une colonisation aboutissant à la création du royaume de Nouvelle-Grenade puis de la vice-royauté de Nouvelle-Grenade (comprenant les actuels pays de Colombie, Venezuela, Équateur, le Nord-Ouest du Brésil et le Panama), avec sa capitale à Bogota. L'indépendance de la Colombie est acquise en 1819, mais en 1830 la Grande Colombie s'effondre avec la sécession du Venezuela et de l'Équateur. Les futurs pays de Colombie et du Panama forment alors la république de Nouvelle-Grenade. La nouvelle nation fait l'expérimentation du fédéralisme en devenant la Confédération grenadine (1858), puis les États-Unis de Colombie (1863), avant de redevenir un pays centralisé sous le nom actuel de république de Colombie en 1886. 

Le Panama fait sécession en 1903 à la suite de la guerre des Mille Jours (1899-1902). La Colombie est le premier gouvernement constitutionnel en Amérique du Sud et un promoteur important des organisations panaméricaines, d'abord par le congrès de Panama et plus tard en tant que fondateur de l'Organisation des États américains. Les partis libéral et conservateur, fondés respectivement en 1848 et 1849, sont deux des plus anciens partis politiques toujours actifs en Amérique. La Colombie est ethniquement diverse. L'interaction entre les descendants des premiers habitants indigènes, les colons espagnols, les populations africaines déportées dans le pays comme esclaves et l'immigration du XXe siècle venue d'Europe et du Moyen-Orient, a produit un patrimoine culturel varié, également influencé par la grande variété géographique du pays. La majorité des centres urbains sont situés dans les hauts plateaux de la cordillère des Andes, mais le territoire colombien englobe également la forêt amazonienne, les Llanos et les côtes Caraïbes et Pacifique. Écologiquement, la Colombie est l'un des 17 pays mégadivers du monde, et elle est considérée comme le pays le plus mégadivers par kilomètre carré. 

Colombie

Une population métissée

À l'arrivée des conquérants espagnols, au xvie s., les hautes terres salubres de la région andine étaient occupées par une importante population amérindienne, estimée à près d'un million d'individus. Ces communautés indiennes ne représentent plus, aujourd'hui, que 2 % de la population. En effet, 60 % des Colombiens sont considérés comme métis, 20 % comme Blancs, alors que la population noire, concentrée sur les côtes caraïbes, en représente 18 %. La ségrégation raciale, si elle n'est pas officielle, est une réalité, les minorités noire et indienne occupant, dans leur grande majorité, le bas de l'échelle sociale. La Constitution de 1991 a pourtant reconnu leur identité ethnique et leur a accordé des droits civiques, leur allouant un nombre réduit de sièges au Congrès.

La Colombie a connu une véritable explosion démographique au cours des cinq dernières décennies. Sa population est passée de 8,7 millions d'habitants en 1938 à plus de 45 millions en 2009, soit une densité moyenne de 40 habitants par km2. Celle-ci ne rend pas compte, toutefois, des profondes disparités régionales. Les déséquilibres du peuplement et l'aspect fortement compartimenté de l'espace colombien doivent autant aux contraintes du milieu naturel qu'aux héritages d'une histoire fortement régionalisée. L'essentiel de la croissance démographique s'est en effet opéré dans les axes de colonisation espagnole (région andine et côtes caraïbes). À cette Colombie « pleine » s'oppose la Colombie « vide » des régions orientales (Llanos, Amazonie) et du littoral pacifique. L'urbanisation progresse rapidement, 72 % de la population vivant désormais dans les villes, notamment dans les quatre plus grandes métropoles du pays : Bogotá, Medellín, Cali et Barranquilla.

La croissance de la population colombienne a aujourd'hui considérablement ralenti, en raison d'une baisse de la natalité. L'indice de fécondité est passé de 5,3 enfants par femme en 1970 à 2,4 et le taux d'accroissement naturel est estimé à 1,4 % par an, contre 3 % entre 1960 et 1965. La population est encore très jeune : 29 % des Colombiens ont moins de 18 ans et 5 % seulement sont âgés de plus de 65 ans. L'espérance de vie atteint 72 ans, mais la proportion élevée de morts violentes (de l'ordre de 80 pour 100 000 habitants), frappant surtout les hommes jeunes, a un impact significatif sur l'espérance de vie de la population masculine.

L'essor économique

Le « triangle d'or » andin (Bogotá-Medellín-Cali) constitue le cœur économique d'un pays industrialisé et urbanisé, mais au sein duquel l'agriculture occupe toujours une place de choix. La Colombie est considérée comme l'une des puissances de l'Amérique latine. Mais cette Colombie moderne et dynamique couvre à peine la moitié du territoire national. Sur les côtes de l'Atlantique, le développement se polarise autour de la ville de Barranquilla, qui s'affirme comme un centre secondaire. La côte pacifique, extrêmement pauvre, comporte de vastes espaces vides. Dans la partie orientale, la forêt amazonienne est pratiquement inoccupée, tandis que les Llanos constituent le domaine des grandes propriétés d'élevage extensif. Sur ces territoires en marge, l'État est pratiquement absent. Région de colonisation et de production de drogue, les plaines ont été, pendant des décennies, le théâtre de la violence des guérillas, désormais présentes dans le centre économique du pays.

Mines et pétrole

Le secteur minier ne représente que 5 % du produit intérieur brut (P.I.B.), mais ce pourcentage ne rend pas compte de l'importance du charbon et, surtout, du pétrole dans l'économie colombienne. La Colombie, qui exporte des hydrocarbures depuis 1980, est devenue le troisième pays producteur d'Amérique latine. La production se concentre dans les vallées du Magdalena, dans les plaines orientales (Llanos) et au nord-est, à la frontière avec le Venezuela. L'exploitation du gigantesque gisement de Cusiana, découvert en 1988, et de celui de Cupiagua, découvert en 1991, ont entraîné un accroissement de la production. La prospection, l'extraction, le transport et le raffinage sont aux mains de l'entreprise d'État « Empresa colombiana de petroleo » (ECOPETROL). Au cours des années 1980, la Colombie est également devenue le premier pays charbonnier d'Amérique latine grâce à la mine « à ciel ouvert » située à El Cerrejón, dans la presqu'île de la Guajira, dont la production a fortement augmenté ces dernières années. Cette production est exportée depuis le port minéralier de la baie de Portete. Ce gisement est complété par celui d'El Descanso. L'ensemble fait du pays le deuxième d'Amérique latine en ce qui concerne les réserves de charbon. La Colombie extrait aussi de l'or, du fer, du nickel (gisement de Cerro Matoso) et des émeraudes (un tiers de la production mondiale). La Colombie développe aussi son potentiel hydroélectrique.

L'agriculture et l'élevage

Le secteur agricole, principale source de devises et d'emplois (23 % de la population active), procure 12 % du P.I.B. Les productions sont très variées en raison de la diversité des milieux biogéographiques et des structures agraires. L'agriculture colombienne présente une double dualité avec, d'une part, l'existence d'une agriculture parallèle, illégale, fondée sur la production de cannabis et de coca (la Colombie étant probablement, après le Pérou, le deuxième producteur mondial de coca), et, d'autre part, la persistance de structures foncières fortement inégalitaires, caractérisées par la coexistence de petites exploitations agricoles (microfundia) pratiquant une polyculture vivrière, et de grands domaines (latifundia) voués à l'élevage bovin extensif ou aux cultures commerciales.

Le café constitue la première culture d'exportation, avec une production de 700 000 tonnes en 2006 (3e rang mondial), répartie sur 1 million d'hectares plantés (17 % des surfaces cultivées) situés, pour l'essentiel, au centre du pays, sur les versants humides des cordillères andines (provinces d'Antioquia, du Caldas, du Tolima et du Valle del Cauca). Viennent ensuite la banane et l'horticulture, la Colombie étant le deuxième exportateur mondial de fleurs coupées après les Pays-Bas. La production agricole destinée au marché intérieur est dominée par le riz, le maïs, le manioc, la canne à sucre, le cacao, la pomme de terre et le coton. Les cultures s'étagent en fonction de l'altitude : canne à sucre, coton, cacao, banane dans les fonds plats des vallées, café et cultures vivrières au-dessous de 2 000 m, céréales et élevage jusqu'à plus de 3 000 m.

Les industries

Les industries (employant 19 % de la population active) se concentrent autour des quatre métropoles millionnaires (Bogotá, Medellín, Cali, Barranquilla) et fournissent environ 35 % du P.I.B. La principale branche d'activité est l'agroalimentaire ; la fabrication du café moulu représente, à elle seule, 25 % de la production industrielle. Deuxième grand secteur, l'industrie chimique (14 % de la production industrielle) est contrôlée par les grandes compagnies internationales ; fabriquant une gamme diversifiée de produits (cosmétiques, fertilisants, insecticides, produits pharmaceutiques…), c'est la branche industrielle qui a le plus bénéficié de la libéralisation de l'économie. Les autres secteurs importants sont l'industrie textile et la confection (3e rang national, 10 % de la production), concentrées principalement autour de Medellín, la métallurgie, la construction mécanique, la construction automobile et la filière bois. Plusieurs secteurs nouveaux sont en phase de croissance : les hautes technologies, le tourisme médical, les centres d'appels, les produits cosmétiques.

Commerce extérieur

Principal partenaire économique, les États-Unis absorbent, en valeur, 30 % des exportations colombiennes. L'Union européenne occupe la deuxième place. La Colombie se place au quatrième rang pour les investissements directs étrangers en Amérique latine, après le Brésil, le Mexique et le Chili, devant l'Argentine. Les investissements directs étrangers sont passés de 2 milliards de dollars par an en 2002, année de l'élection d'Uribe, à 10 milliards de dollars par an en 2008. En 2012, un accord de libre-échange, l'Alliance du Pacifique, est ratifié entre la Colombie, le Chili, le Pérou et le Mexique, le Costa Rica et le Panamá ayant un statut d'observateur. 

Histoire

À leur arrivée en Colombie, les Espagnols ne trouvent pas de grands foyers culturels encore actifs, hormis celui des Muiscas (ou Chibchas) des hauts plateaux orientaux. Darién, fondé en 1510 dans l'isthme, est le premier établissement espagnol permanent du continent. On doit à Rodrigo de Bastidas la fondation de Santa Marta, bientôt suivie de celle de Cartagena par Pedro de Heredia. L'Eldorado attire ensuite des colons vers l'intérieur : tandis que Nikolaus Federmann pénètre en 1536 dans les plaines orientales, venant du Venezuela, et que Sebastián de Belalcázar, venant de Quito, conquiert Popayán et arrive par le Cauca jusqu'à Antioquia, Gonzalo Jiménez de Quesada remonte le cours de la Magdalena et fonde, le 6 août 1538, Santa Fe (→ Bogotá). Jusqu'en 1541, l'occupation se développe ; les villes se multiplient, mais, en raison de la difficulté des communications jusqu'au début du xixe siècle, les centres de peuplement demeurent isolés les uns des autres, favorisant ainsi l'autonomie municipale.

La vice-royauté de Nouvelle-Grenade

Jusqu'en 1717, la Nouvelle-Grenade est rattachée à la vice-royauté de Lima. Après 1739, elle forme avec le Venezuela la vice-royauté de Nouvelle-Grenade, dont Bogotá, déjà siège d'une audiencia depuis 1549, devient la capitale. Les Espagnols ne trouvent pas en Nouvelle-Grenade les métaux précieux qu'ils espéraient : ils y exploitent cependant le sel gemme et les émeraudes. Deux ressources assurent la prospérité de la colonie. D'une part, les grands domaines sont mis en valeur grâce au travail forcé des Indiens, bientôt relayés sur la côte nord par les esclaves noirs. D'autre part, la présence de l'isthme assure aux ports de Nouvelle-Grenade une richesse qui attire souvent les corsaires.

À Cartagena, à Nombre de Dios transitent les produits du Pérou, du Mexique et même des Philippines, et les galions espagnols alimentent chaque année la foire de Nombre de Dios. L'Église catholique s'implante très tôt en Nouvelle-Grenade : Santa Marta a eu un évêque dès 1534, Bogotá un archevêque en 1573, et l'évangélisation a été très active. Dotée de domaines importants, l'Église assure d'autre part, pour des siècles, l'enseignement (une université fonctionne dès le xvie siècle à Bogotá). Les langues indigènes reculent alors rapidement devant l'espagnol. La vie intellectuelle est florissante, et la société créole produit, au xviiie siècle, de grands savants, tels les naturalistes José Celestino Mutis (1732-1808) et Francisco José de Caldas (1768-1816). 

L'indépendance (1810-1815)

L'insurrection pour l'indépendance : Simón Bolívar

Dès la fin du xviiie siècle, une conscience créole se fait jour, qui aboutit, en 1781, à la révolte des « comuneros de Socorro », qui demandent une diminution de la pression fiscale et que les charges publiques soient données en priorité aux créoles. À partir de 1778, la vice-royauté de Bogotá commerce librement avec celle de Lima. L'occupation napoléonienne en Espagne stimule le désir d'indépendance. Une junte est constituée à Bogotá le 20 juillet 1810 : elle aboutit, un an plus tard, à la proclamation d'une fédération des provinces de la Nouvelle-Grenade, qui rompent avec la métropole. 

La répression espagnole, conduite par le général Morillo, est particulièrement sanglante : Cartagena est reprise en 1815, et toute résistance disparaît en 1817. Cette violence même, l'action de Bolívar et de ses lieutenants José Antonio Páez et Francisco de Paula Santander relancent l'insurrection, qui triomphe grâce aux victoires de Boyacá (1819), Carabobo (1821) et Pichincha (1822). Le 10 août 1819, Bolívar proclame l'union du Venezuela et de la Nouvelle-Grenade. Le congrès d'Angostura (17 décembre 1819) aboutit ainsi à la constitution d'une république de Grande-Colombie, à laquelle s'intègrent Panama en 1821 et l'Équateur en 1822. Cette union ne survit pas à Bolívar : en 1830, le Venezuela, puis l'Équateur font sécession. 

Libéraux et conservateurs au pouvoir : un siècle d'instabilité

Dès cette époque apparaissent les deux grands partis qui vont désormais dominer la politique du pays : celui des conservateurs centralistes, qui s'appuient sur l'Église catholique, le catholicisme étant religion d'État, et celui des libéraux fédéralistes, qui veulent réduire l'influence aussi bien économique que spirituelle de celle-ci. Les conservateurs dotent d'abord la République de Nouvelle-Grenade d'une Constitution unitaire. Mais, à partir de 1845, les libéraux – avec les présidents Mosquera, López (1849) et surtout Obando (1853) – tentent de faire triompher leurs conceptions fédéralistes : ils provoquent la guerre civile et, en 1854, s'installe la dictature de Melo. Mais des conservateurs modérés reviennent au pouvoir, et l'un d'eux, le président Ospina Rodriguez (1857), fait adopter, en mai 1858, une Constitution semi-fédérale pour la « Confédération grenadine ».

En 1861, le libéral Tomás Cipriano Mosquera revient au pouvoir en renversant le gouvernement et s'en prend à l'Église (expulsion des jésuites, saisie des biens). Une nouvelle Constitution, nettement fédéraliste, réalise les « États-Unis de Colombie » (1863). Réélu en 1866, Mosquera est renversé en 1867 par des libéraux radicaux. Après une nouvelle guerre civile en 1876, les conservateurs reviennent au pouvoir en 1880 avec le libéral dissident Rafael Núñez, qui s'appuie sur le clergé et les grands propriétaires : l'État prend alors le nom de République de Colombie, avec une Constitution centraliste (1886). Les libéraux, fédéralistes, se soulèveront à plusieurs reprises (insurrections de 1885 et de 1895, et surtout « guerre des Mille Jours » [1889-1903]). Cette instabilité, durant tout le xixe siècle, est due en grande partie à l'insuffisance des voies de communication, qui favorise le maintien des particularismes locaux et freine l'évolution de l'économie.

Une démocratie en proie à la violence

Stabilité politique et expansion économique (1903-1930)

En 1903, avec l'accession de Panama à l'indépendance, favorisée par Washington, le pays doit abandonner tout espoir de contrôle du commerce interocéanique. Mais l'indemnisation versée par les États-Unis sera un facteur d'expansion. À partir du gouvernement du général Rafael Rayes (1904-1909), le pays rentre dans une ère de stabilité politique qui fait passer au premier plan les problèmes économiques. Sous les présidences des conservateurs Nel Ospina (1922) et Abadía Méndez (1926), des emprunts américains permettent la construction de routes, tandis que, dès 1919, apparaît l'aviation commerciale. En contrepartie, cependant, l'influence économique des États-Unis ne cesse de grandir. Les Américains contrôlent le marché du café, l'exploitation (depuis 1925) du pétrole et les plantations de bananiers. 

De la crise à la guerre civile

Dans les années 1929-1930, la Colombie est confrontée à une double crise : la dépression mondiale d'un côté, la superproduction de café brésilien de l'autre, avec la baisse des cours qu'elle entraîne. Les conflits agraires revêtent sans cesse plus d'ampleur et menacent la production dans certaines régions. Syndicats et ligues paysannes se multiplient. Élu en 1934, le libéral Alfonso López Pumarejo procède à des réformes sociales (loi sur la journée de travail de 8 heures, projet de réforme agraire). Il inquiète l'aile droite libérale, qui fait élire Eduardo Santos en 1938. Revenu au pouvoir en 1942, A. López est contraint de démissionner trois ans plus tard. 

Alberto Lleras Camargo, qui le remplace à la tête de l'État, entreprend alors une politique d'union nationale groupant libéraux et conservateurs ; il provoque l'opposition de l'aile gauche libérale, qui se radicalise sous l'influence de l'avocat marxiste Jorge Eliecer Gaitán. En 1946, c'est un conservateur, Mariano Ospina Pérez, qui revient au pouvoir. L'assassinat, le 9 avril 1948, de Gaitán, dont la popularité n'a cessé de grandir auprès des masses, déclenche des émeutes sanglantes dans la capitale (le bogotazo) et dans les grandes villes. Ces révoltes, suivies d'une violente répression, ouvrent une période de guerre civile larvée d'une cruauté extrême (la violencia) et dont le nombre de victimes est estimé entre 200 000 et 300 000 morts.

Le Front national

L'expérience de la violencia et le développement d'une guérilla autonome amènent au pouvoir un militaire, le général Rojas Pinilla. Hormis cette courte dictature militaire (1953-1957), la Colombie est l'un des rares pays de l'Amérique latine à avoir conservé, tout au long de ce siècle, un régime politique de démocratie civile. Elle est toutefois l'un des seuls pays de cette zone où la violence et les conflits armés soient aussi constants. La démocratie civile a pu être assurée par un pacte entre libéraux et conservateurs (le Front national), qui a permis une accalmie sur le plan politique.

En 1957, une réforme constitutionnelle instaure pour une durée de seize ans une alternance des deux partis à la présidence, une répartition équitable des postes gouvernementaux et une représentation égale au Congrès. Le retour à des élections présidentielles libres en 1974 n'a pas empêché que la formule du partage soit strictement appliquée pour toutes les charges politiques et administratives. Depuis lors, le parti libéral tend à être le parti du gouvernement. En 1982, à la suite de dissensions internes au sein du parti libéral, c'est un conservateur, Belisario Betancur, qui est élu de peu à la présidence, mais ses trois successeurs, Virgilio Barco Vargas, César Gaviria Trujillo et Ernesto Samper, sont des libéraux.

Les guérillas

Si la démocratie civile a pu être assurée par le Front national, la violence, quant à elle, n'a pas cessé depuis la guerre civile de 1948-1953. En effet, au moins la moitié des combattants n'a pas déposé les armes. Dans les années 1960, des groupes d'autodéfense paysanne contrôlés par le parti communiste, fondé en 1930, donnent naissance aux Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), d'influence castriste. À la même époque apparaît l'Armée de libération nationale (ELN). Durant les années 1970 naît une guérilla urbaine, le Mouvement du 19 avril (M-19) ; celui-ci, qui réussit des actions spectaculaires (vol de plusieurs milliers d'armes dans une caserne en 1979, prise d'otages à l'ambassade de la République dominicaine en 1980, prise d'otages sanglante dans le palais de justice de Bogotá en 1985), est l'un des groupes de guérilla les plus populaires d'Amérique latine.

Entre 1987 et 1997, l'ELN et les FARC multiplient les enlèvements. Elles font de cette pratique leur deuxième source de financement et un moyen de pression sur les autorités locales. Soupçonnées d'être impliquées dans le trafic de drogue au milieu des années 1980, ces guérillas abandonnent les zones rurales et se concentrent dans les régions économiquement riches (celles de production de biens d'exportation et d'exploitation minière). Parallèlement, à partir des années 1980, des groupes paramilitaires se constituent et prolifèrent ; ils comptent sur le soutien de l'armée et des grands propriétaires, mais disposent d'un haut degré d'autonomie. Les paramilitaires sont également suspectés d'être le bras armé des narcotrafiquants. La Colombie devient à nouveau le théâtre d'une violence exceptionnelle. Massacres, exactions, enlèvements, rackets – de la part des paramilitaires comme des guérilleros – affectent une population civile soumise à la loi du silence. Plus de 500 000 personnes ont dû abandonner leur région d'origine. Dans ce contexte, des arrangements politiques ne semblent pas constituer une véritable solution au problème. 

Colombie
La lutte contre le trafic de drogue

Des négociations sérieuses ont pourtant été entamées sous la présidence de B. Betancur (1982-1986), puis sous celle de Virgilio Barco Vargas (1986-1990), mais les cessez-le-feu n'ont été que rarement respectés. Sous la présidence de C. Gaviria Trujillo (1990-1994), des perspectives de paix avec la guérilla se font jour : le M-19, ayant accepté de déposer les armes et de participer au jeu démocratique, siège à l'Assemblée constituante de 1991 puis au Congrès. Certaines guérillas sont également démobilisées, et deux grands narcotrafiquants, Fabio Vásquez et Pablo Escobar, se rendent à la justice. En 1992, l'Action démocratique, émanation politique du M-19, quitte la coalition gouvernementale tandis que des guérillas, même affaiblies, poursuivent leurs actions terroristes. La priorité est pourtant donnée à la lutte contre le trafic de drogue. En 1993, à la suite d'une évasion, Pablo Escobar est tué par les forces de sécurité. Après l'accession à la présidence d'Ernesto Samper, en 1994, l'arrestation de plusieurs lieutenants d'Escobar semble représenter une victoire du pouvoir central sur le narcotrafic. Peu après cependant, les membres du parti libéral sont accusés d'avoir reçu, lors de la campagne électorale, le soutien financier des trafiquants de drogue de Cali.

Afin de restaurer sa crédibilité, E. Samper nomme le général Rosso Cadena à la tête d'une opération antidrogue, qui élimine huit des principales têtes du cartel de Cali. Mais le succès de ces opérations est éclipsé par les résultats des enquêtes réalisées sur l'infiltration de l'argent de la drogue dans la vie politique colombienne, donnant lieu à plusieurs scandales politiques et compromettant gravement E. Samper. Si celui-ci a pu mener à terme son mandat présidentiel, les sanctions économiques imposées par les États-Unis l'ont obligé à renforcer son action contre le narcotrafic. En 1996, le gouvernement fait voter par le Congrès une loi sur la confiscation des biens des barons de la drogue. En 1997, un projet sur la réintroduction d'un traité prévoyant l'extradition vers les États-Unis des grands chefs du narcotrafic est également approuvé. La politique de E. Samper est toutefois largement désavouée par l'élection d'Andrés Pastrana Arango à la présidence de la République, en juin 1998, élection qui marque le retour au pouvoir du parti conservateur.

L'échec des efforts de paix

Fidèle à ses promesses de campagne, le nouveau dirigeant colombien engage des pourparlers de paix difficiles en particulier avec les FARC. Dès novembre 1998, ce mouvement de guérilla obtient du gouvernement le contrôle administratif d'une zone démilitarisée de 42 000 km2 dans le sud-ouest du pays. L'attribution d'une deuxième zone démilitarisée (5 000 km2 environ) dans le nord à l'ELN – aux pouvoirs cependant moins étendus que ceux des FARC –, en échange de l'ouverture des négociations, est annoncée en avril 2000, mais finalement repoussée sine die devant le tollé suscité au sein des populations concernées.

Ces concessions accordées aux guérillas provoquent la colère des mouvements paramilitaires, qui se sentent marginalisés. Pourtant le plan de paix cher au président Pastrana – destiné à lutter contre le trafic de drogue et à mettre fin à la violence armée – progresse ; en juillet 2000, les États-Unis décident d'octroyer une aide exceptionnelle de 1,3 milliard de dollars pour son financement. Après une interruption entre novembre 2000 et février 2001 – les FARC exigeant du gouvernement qu'une véritable lutte soit menée contre les paramilitaires –, les négociations de paix reprennent, même si le rang de leurs détracteurs est en constante augmentation. En effet, le processus a perdu au fil des mois de sa crédibilité ; les critiques portent surtout sur la zone octroyée à la guérilla, qui serait utilisée à des fins criminelles (développement de la culture de la coca ; séquestration de civils pris en otage contre rançon).

Fin 2001, le contexte international, avec le lancement par les Américains de la campagne antiterroriste au lendemain des attentats de septembre 2001 aux États-Unis, n'est guère favorable à une reprise sérieuse du dialogue avec des organisations, qualifiées de terroristes par Washington (ainsi sont classées les FARC, l'ELN, mais aussi le principal groupe de paramilitaires d'extrême droite, les AUC). En octobre, la zone octroyée aux FARC est cependant reconduite pour trois mois. Le processus moribond connaît encore quelques ultimes coups de théâtre avant d'être enterré par son initiateur le 20 février 2002.

Au cours d'une campagne électorale rythmée par son lot d'assassinats et d'enlèvements (celui, notamment, de la candidate des Verts à la présidentielle de mai 2002, la Franco-Colombienne Íngrid Betancourt, par les FARC le 23 février), un candidat indépendant, dissident du parti libéral, Álvaro Uribe Vélez, partisan d'une politique de fermeté, se détache face aux candidats des partis libéral et conservateur, victimes d'une défiance grandissante de leur électorat. Le 26 mai, Álvaro Uribe Vélez est élu, dès le premier tour, président de la République (53 %), devant son principal adversaire, Horacio Serpa, du parti libéral (31 %). Outre le rétablissement de l'autorité de l'État par la mise au pas des guérillas, le nouveau président promet une lutte sans merci contre la corruption et une ample réforme politique.

Álvaro Uribe Vélez : entre austérité et fermeté (2002-2010)

Conformément à ses promesses de campagne, Álvaro Uribe Vélez fait montre d'autorité en déclarant d'emblée l'état d'exception, en mettant en place un réseau d'informateurs civils tout en cherchant à relancer les pourparlers de paix sous les auspices des Nations unies. En juin 2003, il engage le dialogue avec l'ELN en vue d'un éventuel processus de paix ; ce dernier, après avoir échoué malgré une tentative de médiation mexicaine, est relancé en 2005 à La Havane pour être interrompu en 2006 par la reprise des rivalités entre ELN et FARC. Les deux guérillas, affaiblies par l'offensive menée par l'armée colombienne depuis 2004 et opposées sur le principe même d'un dialogue avec le gouvernement, se livrent une guerre ouverte en Arauca, proche du Venezuela et riche en pétrole.

Le président engage également en juillet 2003 de difficiles négociations avec le mouvement paramilitaire d'extrême droite AUC en vue de sa totale démobilisation prévue pour 2005. À cet effet, la loi « Justice et Paix » adoptée par le Congrès en juillet 2005 – et applicable tant aux groupes paramillitaires qu'aux guérillas – définit les mesures de réinsertion prévues pour les repentis et le cadre légal dans lequel victimes et survivants peuvent espérer obtenir justice, vérité et réparation. Le désarmement de 31 000 combattants des AUC s'achève officiellement en avril 2005. Cependant, le processus de réconciliation suscite le scepticisme de l'Église catholique et d'une partie de l'élite politique économique du pays, qui estiment que la politique du gouvernement ne diminue pas le pouvoir des paramilitaires mais en change la nature. Les organisations internationales dénoncent l'ambiguïté de cette politique. Enfin, les révélations par les chefs paramilitaires concernant les complicités dont ils ont bénéficié au sein de la classe politique (scandale de la « para-politique »), de l'armée et de l'État, éclaboussent l'entourage du président.

Partisan de la plus grande fermeté vis-à-vis des FARC, le président Uribe lance début 2004 avec l'appui des États-Unis le plan « Patriote », la plus grande opération militaire contre la guérilla. Surmontant sa réticence à négocier avec une organisation terroriste, et à l'écoute d'une majorité de Colombiens désormais favorables à un accord humanitaire pour obtenir la libération des otages, le président consent à libérer, en décembre 2004, 23 guérilleros dans l'espoir que les FARC acceptent, en retour, de libérer leurs otages (59 « prisonniers politiques »). Mais, en février 2005, une vague d'attaques menées par la guérilla porte un sérieux démenti au discours politique du président, qui persiste à nier l'existence d'un conflit armé. En janvier 2006 enfin, les FARC opposent une fin de non-recevoir aux propositions du gouvernement de créer une zone démilitarisée sous contrôle international dans le sud-ouest du pays afin de négocier un échange humanitaire.

Fort du relatif succès de sa politique dite de « sécurité démocratique », à l'origine de la baisse des attentats et des enlèvements, et, par ailleurs, d'une reprise économique sensible, le président Uribe – autorisé à briguer un second mandat à la tête de l'État depuis la validation d'un amendement constitutionnel en octobre 2005 – est réélu au premier tour de l'élection présidentielle du 28 mai 2006 avec 62,2 % des suffrages. Il devance largement Carlos Gaviria Díaz, le candidat de la gauche réunie autour du Pôle démocratique alternatif (PDA), qui, en recueillant 22 % des suffrages, devient la première force d'opposition. La défaite cinglante du libéral Horacio Serpa (11,84 %), candidat pour la troisième fois consécutive, relègue le parti libéral, longtemps majoritaire et au pouvoir, au rang de force de soutien à l'opposition.

La victoire du président Uribe confirme – au sein d'une Amérique latine basculant à gauche – l'ancrage de la Colombie à droite et son alignement sur les États-Unis, dont elle est le principal allié dans la région et le troisième bénéficiaire de l'aide extérieure. En 2006, un accord de libre-échange est signé avec Washington, malgré l'opposition populaire colombienne. Participant au processus d'intégration régionale, Bogotá, déjà membre de la Communauté andine des nations (CAN) et de l'ALADI, devient, en 2004, membre associé du Mercosur.

En 2006 et 2007, les négociations informelles entre le pouvoir et les FARC piétinent, la guérilla exigeant la création d'une zone démilitarisée dans le sud-ouest du pays avant tout échange de prisonniers. Malgré la détérioration des relations entre le président Uribe et son homologue vénézuélien, Hugo Chávez, la médiation de ce dernier permet dans un premier temps la libération de plusieurs otages (janvier 2008) mais, alors que les FARC perdent successivement leur numéro 2, Raúl Reyes, dans une attaque de l'armée (mars) puis leur chef historique, Manuel Marulanda, des suites d'une maladie, la politique de fermeté du gouvernement est finalement couronnée de succès avec la libération en juillet, à l'issue d'une opération militaire menée sans effusion de sang, de quinze prisonniers, dont Í. Betancourt. Par ailleurs, la coopération avec les États-Unis est renforcée avec la mise à disposition de sept bases militaires dans le cadre d'opérations contre le trafic de stupéfiants et la guérilla, projet d'accord qui provoque de vives tensions au sein de l'Union des nations sud américaines (UNASUR, fondée en mai 2008) avec le Venezuela (et ses alliés équatorien et bolivien), un différend que les participants au sommet latino-américain de Cancún en février 2010, tentent d’aplanir.

Bien que mis en cause dans un scandale d'écoutes illégales menées par les services de renseignement et accusé par l'opposition d'avoir marchandé le soutien de certains parlementaires en vue d'obtenir une majorité, Uribe reçoit en août et septembre 2009 l'aval du Sénat puis de la Chambre des représentants pour organiser un référendum en vue de briguer un troisième mandat en mai 2010 – une loi qui est toutefois censurée par la Cour constitutionnelle en février 2010. Le président s’incline alors devant cette décision. Mais, démentant les pronostics, son camp – le parti social de l’Unité nationale (ou « parti de la U ») et son allié, le parti conservateur– renforce sensiblement ses positions aux élections législatives de mars qui sont entachées de plusieurs irrégularités (achats de votes notamment). Plusieurs candidats, impliqués dans le scandale de la « para-politique » et sous le coup d’enquêtes préliminaires diligentées par la Cour suprême, sont réélus, certains d’entre eux sous la bannière d’un nouveau parti politique, le parti d’Intégration nationale (PIN). Le 20 juin, Juan Manuel Santos, ancien ministre de la Défense d'Uribe l’emporte au second tour de l’élection présidentielle avec plus de 69 % des voix face au candidat écologiste Antanas Mockus. 

Juan Manuel Santos : continuité et rupture (2010-2018)

S’il ne fait pas partie des dauphins d’Álvaro Uribe, le nouveau président porte l’héritage de la politique de son prédécesseur, notamment par sa participation en première ligne à la politique de sécurité mise en œuvre dans les années 2006-2009. Prônant ainsi la même fermeté, Juan Manuel Santos exige la libération de l’ensemble des otages avant toute négociation avec les FARC, qui, elles, ont proposé une reprise des discussions. La guérilla essuie d’importants revers : en septembre 2010, elle perd le chef de son aile militaire, Víctor Julio Suárez Rojas, alias le « Mono Jojoy », tué dans un bombardement. En novembre 2011, son chef politique et commandant suprême, Alfonso Cano, est également éliminé par l’armée à l’issue d’une vaste opération militaire, dans des circonstances controversées. Le mouvement est indéniablement affaibli : même si le nombre de ses attaques augmente (autour de 2 000 en 2010 et en 2011), ses actions sont plus dispersées et le fait de petits groupes réduits à quelques hommes. 

Les négociations avec les FARC

Après le rétablissement de relations diplomatiques avec le Venezuela rompues en juillet 2010, l’adoption de la loi sur l’indemnisation des victimes et la restitution des terres aux personnes déplacées (juin 2011) marque une rupture importante avec la politique précédente ; elle implique en effet la reconnaissance de l’existence d’un conflit armé, ce que A. Uribe avait toujours refusé réduisant ce dernier à une « menace terroriste ». Alors que les derniers otages « politiques » – dix membres des forces de l’ordre – sont libérés en avril 2012, le gouvernement relance des discussions avec la guérilla sur de nouvelles bases. Rendues publiques en août, ces négociations de paix globales s'ouvrent à Oslo en octobre et reprennent à La Havane à partir du mois suivant. 

Elles portent sur cinq principaux points : développement rural et accession à la terre ; fin des combats ; participation à la vie politique et réintégration des guérilleros ; lutte contre le narcotrafic ; droits des victimes. Les hostilités ne cessent pas pour autant, hormis une courte trêve unilatérale de la guérilla entre novembre 2012 et janvier 2013. Si les délais annoncés pour la finalisation d’un accord avant la fin de 2013 ne sont pas tenus, les négociations de paix, confidentielles, se poursuivent au cours d’une série de cycles. En mai 2013, les parties parviennent à un accord sur la question de la réforme agraire avant d’aborder au cours de l’été celle de la participation politique. Après une nouvelle trêve unilatérale annoncée par les FARC en décembre, le problème du trafic et de la culture des produits stupéfiants (feuille de coca, pavot et marijuana) commence à être discuté. 

De la réélection à l’accord de paix de 2016

La poursuite de ces pourparlers est l’un des principaux thèmes de la campagne électorale en vue des élections nationales de mars et juin 2014. Les enquêtes d’opinion tendent à montrer que dans leur majorité, les Colombiens y sont favorables tout en restant sceptiques quant à leur issue. Davantage inquiétés par l’insécurité urbaine, le chômage et la corruption, ils ne placent cependant plus le conflit armé au premier plan de leurs préoccupations. Depuis janvier 2013, les partisans d’Álvaro Uribe, les plus critiques à l’égard du processus de paix et particulièrement hostiles à l’idée d’amnistie, sont représentés au sein du Centre démocratique. Rassemblant des dissidents issus pour la plupart du « parti de la U », ce courant « uribiste » enregistre de bons résultats aux élections législatives, parvenant à se hisser à la deuxième place au Sénat (où est élu l’ex-président) et à la quatrième à la Chambre des représentants.

Fort de ce premier succès, leur candidat Oscar Ivan Zuluaga arrive en tête du premier tour du scrutin présidentiel (29,2 %) devant le président sortant (25,6 %), la candidate du parti conservateur (15,5 %), celle de l’opposition de gauche menée par le « Pôle démocratique » (15,2 %) et le candidat écologiste (8,2 %). À l’issue d’un âpre duel marqué par des accusations mutuelles de corruption, J. M. Santos l’emporte de justesse le 15 juin avec près de 51 % des suffrages contre 45 % à O. I. Zuluaga, le vote blanc atteignant 4 %. Appuyé par le « parti de la U » et les libéraux, le président bénéficie également du report précieux des voix de gauche, alors que son adversaire a reçu le soutien du parti conservateur. Présentée comme un plébiscite en faveur de la paix, cette réélection ne mobilise toutefois qu’environ 48 % des électeurs malgré une campagne en faveur de la participation.

Le principal succès obtenu par J. M. Santos (qui lui vaut le prix Nobel de la paix) est ainsi l’accord avec les FARC, finalisé le 24 août 2016 à La Havane et solennellement signé par le président colombien et le commandant en chef de la guérilla le 26 septembre à Carthagène. Mais, jugé trop clément à l’égard des ex-guérilleros, l'accord est rejeté par 50,2 % des électeurs lors du référendum du 2 octobre, la participation ne s’élevant cependant qu’à 37,4 %. Après avoir été révisé, il est ratifié les 29 et 30 novembre par le Congrès. Parallèlement, l’ELN accepte d’ouvrir à son tour des négociations. Si cet accord met fin à un conflit vieux de 52 ans, il est contesté, principalement par la droite « uribiste », et sa difficile mise en œuvre devient l’un des enjeux des élections de 2018. 

Iván Duque : le retour au pouvoir de la « droite dure » (depuis 2018)

Les élections législatives de mars 2018 et présidentielle de mai-juin conduisent à la victoire d’Iván Duque, candidat sans grande expérience politique du Centre démocratique et considéré comme le dauphin d’A. Uribe. Arrivé en tête du premier tour de scrutin avec sa « Grande alliance pour la Colombie » (39,3 % des voix) devant quatre autres coalitions (deux de centre-gauche et deux de centre-droit), il l’emporte au second avec 54 % des suffrages face au candidat de la gauche, Gustavo Petro, ancien militant du M  19 dans les années 1980 et ex-maire de Bogotà (2012-2015). Si la gauche parvient ainsi pour la première fois à atteindre le second tour à un scrutin présidentiel, le Congrès reste très largement dominé par les partis de droite et de centre droit : le Centre démocratique arrive en tête au Sénat et en deuxième position à la Chambre des représentants avec 32 sièges derrière le parti libéral mais devant le « parti de la U », « Changement radical » et le parti conservateur. Quant aux FARC, transformées en parti politique sous le même acronyme (Fuerza Alternativa Revolucionaria del Común, Force alternative révolutionnaire du peuple), autorisées à désigner cinq représentants dans chacune des deux chambres, elles sont massivement rejetées par les électeurs. L’application de l’accord de paix – dont la révision de certaines clauses, jugées trop favorables aux ex-guérilleros, est prônée par le nouveau président et ses soutiens – ainsi que la reprise des négociations avec l’ELN, sont parmi les principaux défis du nouveau gouvernement, entré en fonctions en août. 
 

Publié dans Géopolitique

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