Klein Hans-Joachim

Publié le par Mémoires de Guerre

Hans-Joachim Klein, né le 21 décembre 1947 à Francfort-sur-le-Main, est un ancien membre de l'organisation de guérilla urbaine d'extrême gauche, Revolutionäre Zellen (Cellules Révolutionnaires) active en Allemagne de l'Ouest dans les années 1970-80.

Klein Hans-Joachim
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Klein Hans-Joachim

En 1975 à Vienne, lors d'une conférence des ministres de l'OPEP, il participe à une prise d'otages organisée par le terroriste international Carlos. Il est grièvement blessé mais parvient à se réfugier à Alger avec le reste du commando. En 1977, il se dissocie publiquement de la lutte armée et raconte sa dérive dans La Mort mercenaire publié en français en 1980. Après deux décennies dans la clandestinité, il est interpelé en 1998 et poursuivi pour son rôle dans la prise d'otages de l'OPEP. En 2001, il est condamné à 9 ans de prison, libéré sur parole en 2003 et gracié en 2009. Hans-Joachim Klein est né dans une famille ouvrière. Son père, soldat allemand pendant la Seconde Guerre mondiale est devenu policier. Sa mère, à laquelle il est très attaché, est internée pendant deux ans dans le camp de concentration de Ravensbrück pour avoir violé les lois sur la « pureté raciale » sous le régime nazi : elle a eu un amant juif. Quelques mois après la naissance de Klein, le 13 avril 1948, elle se suicide avec l'arme de service de son mari. Klein est alors placé en famille d'accueil jusqu'à l'âge de 8 ans. De retour, contre sa volonté, chez son père remarié, il est régulièrement battu et physiquement abusé par celui-ci. La majeure partie de sa vie, Hans-Joachim Klein a cru que son père avait été Waffen-SS et que l'internement de sa mère était dû au fait qu'elle était juive.

À 16 ans, il quitte l'école et devient apprenti carrossier pendant 3 ans. Il fait un séjour en maison de correction tout en fréquentant le milieu alternatif dans le quartier de Westend à Francfort. En 1968, il a 21 ans. C'est au cours d'une violente manifestation contre la guerre du Viêt Nam et les bases américaines de Francfort qu'il se radicalise en voyant un policier frapper une étudiante : « Je suis entré dans une rage folle. Tout mon monde s'est effondré. Mon père m'avait toujours appris que les policiers étaient des amis. » Il fréquente de nombreuses organisations gauchistes allemandes, le mouvement « sponti » et partage, un moment, un habitat communautaire avec Joschka Fischer. Il était également ami avec Daniel Cohn-Bendit, qui l'a mis en sécurité et protégé de 1977 à 2001. Tous les trois sont alors activistes au sein de l'opposition extra-parlementaire (APO) et du groupe « Revolutionärer Kampf ».

Des manifestations violentes, il passe au cocktail Molotov puis aux petites actions terroristes aux côtés de Wilfried Boese, le leader des Cellules Révolutionnaires et s'engage, au sein du Secours rouge (Rote Hilfe), dans le soutien aux militants de la Fraction armée rouge (Rote Armee Fraktion), dont les fondateurs, Andreas Baader et Ulrike Meinhof, sont emprisonnés. Dans ce cadre, il collabore avec l'avocat Klaus Croissant. En décembre 1974, il sert de chauffeur - garde du corps à Jean-Paul Sartre lorsque celui-ci rencontre Andreas Baader à la prison de Stuttgart-Stammheim. Klein décrit la mort à la suite d'une grève de la faim, le 9 novembre 1974, du membre de la RAF, Holger Meins comme « inspirant à son tour la violence ». Il porte une photo du corps émacié de Meins dans son portefeuille. « Je ne peux pas dire exactement à quel moment je suis devenu un terroriste, mais la mort d'Holger Meins en novembre 1974, a sûrement fait tout basculer. »

En 1975, il rejoint les Revolutionäre Zellen. Il part pour Paris avec Wilfried Boese où il rencontre Carlos, qu'il décrit comme « un petit mafioso portant costumes en soie, puant le parfum et manucuré à l'extrême ». En 2011, lors du procès de Carlos, Klein dit de lui : « Il pratiquait le massacre gratuit, pour mieux se faire craindre. C'est un mégalomane et un mythomane. Il était capable de tuer quelqu'un avant de passer à table dans un bon restaurant. Je m'interroge sur l'état mental de Ramírez Sánchez ». Le 21 décembre 1975, aux côtés de Carlos, il fait partie du commando qui prend en otage 66 personnes, dont 11 ministres, lors d'une conférence de l'OPEP à Vienne. Trois personnes sont tuées : un garde du corps irakien, un policier autrichien et un employé de l'OPEP. Klein est grièvement blessé par balle au ventre. Il est opéré à Vienne avant d'être transporté en avion à Alger avec le reste du commando et 30 otages, qui ne seront relâchés qu'après le versement d'une rançon de 50 millions de dollars par l'Arabie saoudite. Il plonge alors dans la clandestinité, protégé par certains services secrets, d'abord en Algérie, puis en Libye, au Yémen, dans des camps palestiniens et même dans certains ex-pays de l'Est comme la Bulgarie. Vivement critiqué pour son comportement lors de la prise d'otages où il a refusé de tuer gratuitement, il commence à douter : « Vienne a été comme un électrochoc pour moi. C'est à la suite de ça que j'ai commencé à me rendre compte du rôle que je jouais ». Il décide de décrocher. Il écrit beaucoup. Profitant d'un séjour en Italie où il est envoyé en repérage pour l'enlèvement du pape (opération finalement abandonnée car jugée trop dangereuse), il arrive à renouer le contact avec Francfort.

En mai 1977, il rompt publiquement avec les Cellules Révolutionnaires en envoyant par courrier au journal Der Spiegel, son arme personnelle avec ses empreintes, accompagnée d'une lettre dans laquelle il explique les raisons de sa dissociation du terrorisme et informe d'un projet d'attentat contre deux responsables de la communauté juive de Berlin et Francfort. Dans deux interviews, au Spiegel le 7 août 1978 et à Libération, à partir du 3 octobre 1978 une série de cinq articles réalisés par Jean-Marcel Bouguereau, il dénonce la vénalité de Carlos, la folie meurtrière de ses compagnons et raconte sa dérive personnelle. Il entre dans la clandestinité, fuyant tout autant la police que ses anciens « camarades ». En 1978, il explique sa rupture avec le terrorisme dans un livre d'entretiens avec le journaliste français Jean-Marcel Bouguereau, La Mort mercenaire, préfacé par Daniel Cohn-Bendit et publié en 1980. Dans ce livre, conçu comme un acte militant, il appelle les militants d'extrême-gauche à ne pas commettre les mêmes erreurs que lui. Olivier Rolin, directeur de collection au Seuil, accepte le manuscrit. Parce que son témoignage, dit-il, constitue le premier d'« un homme qui se soit retiré si tôt, si vite et si nettement de la guérilla. Un témoignage qui nous faisait savoir deux choses essentielles : le processus de mercenarisation et l'antisémitisme du terrorisme dit international ». André Glucksmann en parle comme d'« un témoignage décisif pour assécher l'idéologie terroriste, un livre héroïque parce qu'il ne satisfaisait pas les terroristes, en cassant leur image. Certes, il ne satisfaisait pas non plus la police, puisque Klein n'y livrait pas de noms ».

Dans ses interviews comme dans le livre, aucune délation : il ne dénonce que la violence aveugle. Il ne cherche pas à s'exonérer de ses responsabilités dans l'espoir d'une clémence future. Il raconte simplement son itinéraire et décrit comment la soif d'absolu, le goût de l'action, la fascination pour les armes et une réflexion politique simpliste l'ont conduit à mener un mauvais combat. Dans le documentaire de Jean-Marcel Bouguereau et Daniel Leconte (Arte, 1995), il précise : « Ça aurait été logique que j'aille voir la police. Je n'aurais jamais été en prison. On m'aurait mis en sûreté, oui, mais pas en prison. On aurait écrit des milliers de pages d'interrogatoires et on m'aurait fait ensuite passer à l'étranger […] Si j'avais parlé à l'époque, on m'aurait fait un pont d'or ». Des négociations sont ouvertes avec les autorités allemandes pour organiser sa reddition, mais comme le précise Cohn-Bendit : « Le ministère de l'Intérieur allemand ne voulait pas que Klein se rende de lui-même. Car rien n'est plus horrible pour l'appareil répressif qu'un homme qui se rend. C'est tout son système qui s'effondre ». Après deux décennies passée dans la clandestinité principalement en France, il est appréhendé le 8 septembre 1998 à Sainte-Honorine-la-Guillaume (Orne), où il vivait depuis cinq ans. Plusieurs personnalités allemandes et françaises dont Daniel Cohn-Bendit, Jean-Marcel Bouguereau et André Glucksmann, annoncent alors qu'elles savaient où il se cachait et qu'elles l'avaient aidé notamment financièrement.

Dix-huit mois après son arrestation, il est extradé vers l'Allemagne. Lors de son procès, il reconnait avoir fait partie du commando contre la conférence de l'OPEP, mais nie formellement avoir tué quelqu'un. Il déclare que la Libye a soutenu cette action en livrant des armes et des informations sur les dispositifs de sécurité de la conférence. Joschka Fischer, alors ministre des Affaires étrangères d'Allemagne, dépose lors du procès comme témoin de moralité. Le 15 février 2001, Klein est reconnu coupable de tentative d'assassinat et de prise d'otage. Il est condamné à 9 ans de prison (le ministère public avait requis 14 ans). C'est un « enfant perdu » qui porte le poids de l'Allemagne d'après-guerre, dit de lui le président du tribunal. En 2003, après 5 ans de prison, il est libéré sur parole. En 2009, il est gracié. Le ministre de la Justice de Hesse efface définitivement le reste de sa peine pour que Klein puisse « avoir la possibilité de redevenir définitivement un membre de la société ». Il retourne vivre en Normandie. Il a deux enfants. En 2008, il demande sa naturalisation française qui lui est refusée parce qu'il n'a pas séjourné les 5 ans nécessaires puisque ses 20 ans de clandestinité en France ne comptent pas. Certaines sources le qualifient d'« anarchiste ».

Publié dans Terroristes

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