Zourabichvili Salomé

Publié le par Mémoires de Guerre

Salomé Zourabichvili, née le 18 mars 1952 à Paris, est une diplomate française puis femme d'État géorgienne. Elle est présidente de la Géorgie depuis le 16 décembre 2018, étant la première femme à occuper cette fonction. 

Zourabichvili Salomé
Zourabichvili Salomé

Issue d'une famille d'émigrés géorgiens arrivée en France dans les années 1920, Salomé Nino Zourabichvili est la fille de Zeïnab Kedia (ka) et de Lévan Zourabichvili, ingénieur et ancien président de l'Association géorgienne en France. Elle est la sœur du médecin Othar Zourabichvili, coauteur du « Que sais-je ? » sur la Géorgie et président de l'AGF à partir de 2006. 

Enfance et études

Diplômée de l'Institut d'études politiques de Paris (section Relations internationales, promotion 1972), elle commence un programme de master à l'université Columbia au cours de l'année universitaire 1972-1973. Divorcée de Nicolas Gorjestani (Koki Gougouchvili), économiste à la Banque mondiale, elle a deux enfants : Kethevane, journaliste franco-américaine, et Teymouraz, diplomate. Elle épouse Janri Kachia, journaliste et écrivain géorgien, et opposant de l'ère soviétique, réfugié politique en France en 1982, mort en 2012. 

Carrière diplomatique

Diplomatie française

En 1974, elle abandonne ses études pour rejoindre le ministère français des Affaires étrangères. Elle est troisième secrétaire de l'ambassade de France à Rome de 1974 à 1977, puis deuxième secrétaire à la mission permanente de la France auprès des Nations unies (New York) jusqu'en 1980. A cette date, elle rejoint Paris où elle est agent au centre d'analyses du ministère des Affaires étrangères En 1984, elle est nommée première secrétaire de l'ambassade de France à Washington. Elle se rend pour la première fois en Géorgie en 1986. 

De 1988 à 1989, elle est première secrétaire auprès de la Conférence pour la sécurité et la coopération en Europe à Vienne (Autriche) ; puis, jusqu'en 1992, seconde conseillère à l'ambassade de France à Ndjamena (Tchad). En 1992, elle est nommée première secrétaire à la mission permanente de la France auprès de l'OTAN à Bruxelles avant d'être représentante permanente de la France auprès de l'Union de l'Europe occidentale toujours à Bruxelles de 1993 à 1996. En 1996 et 1997, elle occupe le poste de conseillère technique au cabinet du ministre des Affaires étrangères à Paris ; puis en 1997-1998 inspectrice au ministère des Affaires étrangères à Paris. 

En 1998, elle est nommée sous-directrice des affaires stratégiques à la direction des affaires stratégiques, de la sécurité et du désarmement au ministère des Affaires étrangères à Paris ; poste qu'elle quitte en 2001 pour devenir directrice des affaires internationales et stratégiques au sein du secrétariat général de la Défense nationale ; elle collabore également au bureau des affaires stratégiques pour l’OTAN. De 2003 à 2005, elle est ambassadrice extraordinaire et plénipotentiaire de France en Géorgie. 

Nations unies

En 2010, elle devient coordinatrice du groupe d'experts qui assiste le comité des sanctions contre l'Iran du Conseil de sécurité des Nations unies.

Enseignement

En septembre 2006, elle devient professeur associé à l'Institut d'études politiques de Paris et enseigne en master de relations internationales (politique de voisinage de l'UE, les « nouvelles démocraties » entre l'UE et la Russie). Elle donne une série de cours publics sur la diplomatie et les relations internationales de la Géorgie à l'université d'État Ilia Tchavtchavadzé de Tbilissi au cours de l’année 2007. 

Parcours politique

Ministre

Le 18 mars 2004, le président de la Géorgie, Mikheil Saakachvili, la choisit pour être ministre des Affaires étrangères du gouvernement de Zourab Jvania. Elle devient la première femme nommée à ce poste en Géorgie. Elle reçoit alors la nationalité géorgienne, le Parlement votant une loi ad hoc lui permettant de conserver sa nationalité française. C'est la première fois que la Géorgie accorde la double nationalité à un étranger. La situation de Salomé Zourabichvili est un cas assez particulier tant sur le plan de sa situation administrative que sur les plans politique et stratégique, compte tenu des fonctions qu'elle a occupées dans l'administration française avant de devenir ministre du gouvernement d'un autre État. Selon le président de la Géorgie, cette nomination s'est faite avec l'accord du président de la République française, Jacques Chirac, et du ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, et s'inscrit dans le cadre de la politique de coopération existant entre les deux États.

Outre son implication dans les relations avec les États-Unis et l'Union européenne, elle s’investit dans les relations avec la Russie : elle négocie durant plusieurs mois avec Sergueï Lavrov le retrait des troupes russes et de leur armement lourd des bases d'Akhalkalaki et de Batoumi, situées sur le territoire géorgien (et restées en l'état depuis l'époque soviétique) : un accord est signé à ce sujet le 30 mai 2005 à Moscou et l'objectif de date affiché, le 1er janvier 2008, sera respecté. Face aux critiques du Parlement géorgien et de certains ambassadeurs géorgiens en poste à l’étranger, elle est démise de ses fonctions le 20 octobre 2005 par le Premier ministre, Zourab Noghaïdeli. Les critiques font mention de manque de communication et d'un manque de coordination. Elle place son limogeage comme la victoire d’un « système néocommuniste » et du « dernier bastion néobolchevique » en Géorgie. Zourabichvili met aussi en avant sa lutte contre la corruption pour justifier la « cabale » contre elle. Zourabichvili a dénoncé à mots couverts la Russie comme étant derrière sa mise à pied. 

Opposition

Elle fonde en août 2006 le parti politique la Voie de la Géorgie (sakartvelos gza). Cette formation participe aux élections municipales d’octobre suivant, notamment à Tbilissi, où elle obtient 3 % des suffrages. En octobre 2007, le parti entre dans la coalition de l'opposition. Il participe également à l'élection présidentielle de 2008, où Salomé Zourabichvili figure dans le ticket du candidat de l'opposition Levan Gachechiladzé comme candidate au poste de Premier ministre. Ce tandem obtient plus de 25 % des voix dans des élections hautement contestées. 

Le parti participe au sein de la coalition de l'opposition aux élections législatives de 2008, qui sont largement remportées par le parti au pouvoir, mais Salomé Zourabichvili ne peut présenter sa candidature en raison de la loi géorgienne qui établit une durée minimale de résidence de dix ans. Dans son livre La tragédie géorgienne, elle décrit le régime du président Saakachvili comme une « parodie de démocratie », et rappelle que cet homme est issu de l'ancien régime (étudiant à école du KGB, dauphin de Chevardnadze) et juge qu'il utilise des techniques staliniennes. En novembre 2010, elle quitte la présidence de la Voie de la Géorgie au profit de Kakha Seturidze. 

Députée

Lors des élections législatives de 2016, elle obtient 67,6 % des suffrages exprimés au second tour de scrutin dans la circonscription no 1 de Tbilissi (Mtatsminda), où elle se présentait comme candidate indépendante soutenue par le Rêve géorgien, face au candidat du Mouvement national uni. À l'occasion de l'élection présidentielle française de 2017, elle fait partie des 60 diplomates français qui apportent leur soutien à Emmanuel Macron.

Élection présidentielle de 2018

La constitution géorgienne proscrivant que le président de la Géorgie ait une double nationalité, elle renonce à sa nationalité française afin de pouvoir participer à l’élection présidentielle géorgienne de 2018. Elle se présente en tant que candidate indépendante, bien que soutenue par Rêve géorgien, le parti au pouvoir. Sur le plan international, Libération note que « sa position ambivalente lui vaut d'être qualifiée de prorusse par les Européens et de pro-européenne par les partisans d'un rapprochement avec la Russie » : en effet, elle se dit « européenne » et « multiplie les gestes symboliques en ce sens », tout en déclarant publiquement que son pays était responsable du déclenchement de la deuxième guerre d'Ossétie du Sud. Le 28 novembre 2018, elle remporte l'élection au second tour. 

Présidence

Elle est investie présidente de la Géorgie le 16 décembre 2018. Elle est ainsi la première femme à occuper la fonction suprême dans le pays. Exceptionnellement, elle accomplira un mandat de six ans contre cinq en temps normal. Le 21 juin 2019, à la suite de violentes émeutes provoquées par le discours à la tribune du Parlement du député du Parti communiste russe Sergueï Gavrilov, le président du parlement Irakli Kobakhidze remet sa démission. Le 24 juin, les manifestations se poursuivent pour réclamer des législatives anticipées et la démission du ministre de l'Intérieur, Giorgi Gakharia, malgré la proposition du gouvernement de modifier le système électoral pour les législatives, pour passer à un mode de scrutin proportionnel et sans quorum pour être représenté. 

Décorations

  • Chevalier de la Légion d'honneur (2003)
  • Officier de l'ordre national du Mérite
  • Chevalier de l'ordre de l'Étoile de la solidarité italienne (1978)
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