Anwar Ibrahim

Publié le par Mémoires de Guerre

Dato' Seri Anwar bin Ibrahim, né le 10 août 1947 à Cherok Tok Kun, Penang, est un homme politique malaisien. En mai 2008, le Time l'a classé neuvième sur sa liste des cent personnes les plus influentes au monde. En juillet 2009, The Economist le considérait comme « le plus extraordinaire politicien de l'Asie du Sud-Est. » Entre 2012 et 2015, il est jugé pour des accusations de « sodomie » qu'il a toujours niées et condamné à cinq ans de prison en 2015. Il est libéré en mai 2018 juste après la victoire historique de l'opposition aux élections générales. En novembre 2022, il est nommé Premier ministre de Malaisie. 

Anwar Ibrahim

Jeunesse

Il fit ses études à l'université de Malaya. En 1968, il devint président de l'Union nationale des étudiants musulmans malaisiens (PKPIM), et devint l'une des principales figures des mouvements de contestation étudiantes. En 1974, il participa à des manifestations étudiantes contre la faim et la pauvreté en milieu rural. Il fut arrêté, et maintenu vingt mois en prison sans être jugé, avant d'être relâché. 

Carrière

Entrée au gouvernement

En 1982, il rejoignit le gouvernement du Premier ministre Mahathir Mohamad. En 1983, il devint ministre de la Culture, de la Jeunesse et des Sports, puis ministre de l'Agriculture en 1984, ministre de l’Éducation en 1986, ministre des Finances en 1991, et vice-Premier ministre en 1993. Il cumula les postes de vice-Premier ministre et de ministre des Finances, et était donc à la tête du ministère des Finances au moment de la crise économique asiatique de 1997. Il aligna sa politique sur les recommandations du Fonds monétaire international. 

Dans l'opposition

Vers la fin des 1998, il commença à critiquer ouvertement ce qu'il qualifiait de népotisme et de corruption au gouvernement, dont il fut conséquemment exclu en 1998. En octobre 2007, il fut l'un des signataires de A Common Word Between Us and You, une lettre ouverte de notables musulmans adressée aux notables chrétiens, appelant au dialogue, à la paix et à la compréhension réciproque. Anwar annonça en 2006 qu'il participerait aux élections législatives de 2008, mais celles-ci furent fixées au mois de mars, un mois donc avant la fin de sa disqualification politique. Le 14 avril 2008, il célébra en public son retour en politique, devant une foule d'environ dix mille sympathisants.

Le 15 juillet 2008, il participa à un débat télévisé face au ministre de l'Information, Datuk Ahmad Shabery Cheek, au sujet de la hausse des prix du fioul. Le lendemain, il fut arrêté et emmené à un poste de police, en rapport à l'accusation de sodomie. L'accusation de sodomie, qui peut mener à un peine de 20 ans de prison en Malaisie, est dans les faits rarement utilisée. Le journal français Libération notera que ces accusations répétées à des moments où Anwar s'oppose au gouvernement ont tout du « harcèlement judiciaire. » Le 26 août 2008, Anwar redevint député. Sa femme, Wan Azizah Wan Ismail, députée, avait démissionné afin de provoquer une élection pour ce seul siège, élection qu'Anwar remporta avec plus de 70 % des voix. Anwar réitéra alors qu'il serait bien candidat aux élections législatives de mai 2013. 

Successeur présomptif de Mahathir Mohamed

Le 10 mai 2018, au lendemain de la victoire de la coalition d'opposition Pakatan Harapan menée par l'ancien Premier ministre Mahathir Mohamad, celui-ci s'engage à remettre le pouvoir à Anwar Ibrahim, lorsque celui-ci serait sorti de prison, le 8 juin 2018, pour « bonne conduite ». En attendant, Wan Azizah Wan Ismail, épouse d'Ibrahim, élue députée, est nommée vice-Première ministre et doit occuper son poste de parlementaire jusqu'à ce que son mari soit élu lors d'une législative partielle. Dès le 11 mai, Mahathir annonce que le roi Muhammad Faris Petra a donné son accord pour pardonner et libérer Anwar Ibrahim ; il réitère à cette occasion qu'il lui cédera le pouvoir dans deux ans. Il est libéré le 16 mai, ce qui lui permet d'être de nouveau éligible. Après la démission d'un député de la coalition au pouvoir, une législative partielle est organisée dans la circonscription de Port-Dickson le 13 octobre pour permettre à Anwar Ibrahim, qui fait face à plusieurs candidats, dont Mohamad Saiful Bukhari Azlan, l'homme qui l'accuse de sodomie, de se faire élire député. 

Le jour du scrutin, il est élu avec plus de 30 000 voix, soit 71 % des suffrages exprimés. Bukhari Azlan reçoit seulement 82 bulletins de vote. Mahathir Mohamed démissionne le 24 février 2020, au lendemain de l'effondrement de sa coalition et d'une tentative de son parti de renverser son gouvernement et de former un nouveau gouvernement avec l'appui de l'UMNO et d'empêcher ainsi Anwar Ibrahim de devenir Premier ministre. Le roi reçoit ensuite un à un les députés, pour trouver celui qui possède le soutien de la majorité d'entre eux. Mahathir Mohamad propose un gouvernement d'union. De son côté, Anwar Ibrahim réclame lui aussi de former le prochain gouvernement. Les deux hommes ayant échoué à former un gouvernement, et après avoir échoué à reformer leur coalition, Muhyiddin Yassin est finalement nommé Premier ministre avec le soutien de l'UMNO et du Gagasan Sejahtera. 

Premier ministre

Le 19 novembre, arrivé en tête des élections législatives malaisiennes de 2022, le Pakatan Harapan revendique la victoire et le poste de Premier ministre pour son dirigeant, Anwar Ibrahim, sans toutefois préciser avec quelles formations il entends former une alliance. Le Perikatan Nasional, dirigé par Muhyiddin Yassin, revendique lui aussi la victoire. Le Barisan national du Premier ministre sortant subit à nouveau un net recul, tandis que l'ancien Premier ministre Mahathir Mohamad échoue à se faire réélire dans sa circonscription électorale. Le 20 novembre, le roi donne aux deux blocs jusqu'au 21 novembre pour recueillir une majorité de députés. Le délai est ensuite prolongé de 24h, sans succès, le Barisan Nasional décidant de sièger dans l'opposition. Le 24 novembre 2022, après avoir consulté les sultans des sultanats locaux, le roi nomme Anwar Ibrahim Premier ministre de Malaisie. 

Poursuites judiciaires

Premières condamnations pour sodomie et de corruption

En 1999, il fut condamné à six ans de prison pour corruption, et disqualifié de toute participation à la politique avant avril 2008. En 2000, il fut condamné à neuf ans de prison supplémentaires pour des fausses accusations d'actes homosexuels. En 2004, la cour fédérale annula la seconde condamnation. Il purgea sa peine pour corruption, tout en clamant son innocence, et fut libéré pour bonne conduite en 2004. Il fit appel malgré sa libération, pour blanchir son nom, mais la Cour d'appel maintint le verdict initial. Ne pouvant participer à la vie politique de son pays, il partit un temps à l'étranger, et enseigna à l'université d'Oxford et à l'université Johns-Hopkins. 

Seconde condamnation pour sodomie

Le 29 juin 2008, un homme porte plainte à son encontre pour sodomie. Anwar nie, et dénonce une machination politique : « Il s’agit clairement d’une tentative désespérée du […] régime pour freiner le mouvement du peuple malaisien vers la liberté, la démocratie et la justice ». Le même jour, Anwar Ibrahim se réfugie à l'ambassade de Turquie à Kuala Lumpur, ayant reçu des menaces de mort anonymes. En janvier 2012, après un long procès, un tribunal le déclara non coupable à la suite des accusations de sodomie en 2008. Mais le 7 mars 2014, un tribunal malaisien annula l'acquittement dont il avait bénéficié en se prononçant en faveur du gouvernement qui avait fait appel de la décision de non lieu. Sa condamnation à cinq ans de prison fut confirmée par la Cour fédérale le 10 février 2015. Il est libéré le 16 mai 2018 par ordre du roi Muhammad Faris Petra sur demande du nouveau Premier ministre Mahathir Mohamad

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