Barry Diawadou
Originaire du centre de la Guinée, Diawadou Barry est le fils de l'Almahy (chef traditionnel) de Dabola. Il est envoyé à l'Ecole normale William Ponty en 1939 et en sort diplômé. Il entre alors
dans les services financiers du gouvernement de l'Afrique Occidentale française, où il devient successivement comptable aux travaux publics en 1945, comptable principal en 1949 et chef de bureau
en 1953.
Entre-temps, il s'est lancé dans la vie publique. Il est élu conseiller général de la Guinée en 1946. Aux élections législatives du 10 novembre 1946, il figure en seconde position sur la liste du
Parti socialiste de Guinée. La liste recueille 30 982 voix contre 60 555 à l'Union socialiste et progressiste de Guinée. Seul le premier de liste est donc élu. Aux élections de 1951, Diawadou
Barry est, cette fois, tête de liste d'Union française d'action démocratique et sociale mais son score électoral tombe à 20 423 voix et la liste de son adversaire de 1946, Yacine Diallo, emporte
deux sièges, le troisième revenant à Mamba Sano, chef d'une liste d'"indépendants". Peu de temps après, Diawadou Barry prend sa revanche. En 1953, il devient conseiller de l'Union française et,
le 27 juin 1954, une élection partielle est organisée pour remplacer Yacine Diallo décédé. Diawadou Barry l'emporte nettement avec 145 497 voix (57,1 %), contre 85 808 à Sékou Touré, son
concurrent le plus dangereux. Mais, selon le témoignage ultérieur du ministre de la France d'outremer de l'époque, Robert Buron, les résultats auraient pu être entachés d'irrégularités.
Après la validation de son élection, Diawadou Barry est nommé membre de la Commission des territoires d'outremer et de celle des pensions, en octobre 1955. Son activité parlementaire se limite,
pour cette fin de législature, à des interventions dans la discussion du projet de loi relatif à l'organisation municipale dans les territoires d'outremer et à celle du budget du ministère chargé
de ces territoires. Le 16 décembre 1954 notamment, il soutient les revendications des administrateurs de la France d'outremer concernant une indemnité de sujétion afin que ces fonctionnaires
jouissent d'une situation analogue aux autres fonctionnaires coloniaux. Le même jour, il réclame le dégagement de crédits du FIDES (Fonds d'investissement et de développement économique et
social), nécessaires à la construction d'un cours normal à Macenta en Guinée forestière, seule région encore dépourvue de ce type d'établissement scolaire.
Fort de son expérience parlementaire, Diawadou Barry se présente de nouveau aux suffrages des Guinéens, en tête d'une liste du "Bloc africain et guinéen des indépendants d'outremer" (apparenté au
Parti radical). Dans sa profession de foi, il insiste sur les progrès réalisés grâce à ses interventions au Comité directeur du FIDES, qui ont permis l'aboutissement de plusieurs projets
d'équipement. Le programme de la liste pour la future législature porte sur deux points : vote d'une loi électo-rale pour l'outremer et mise sur pied d'une nouvelle structure définissant les
rapports entre la métropole et l'outremer (fédéralisme ou association). Ce programme réformiste recueille 146 543 voix mais est distancé par la liste du Rassemblement démocratique africain (RDA)
de Sékou Touré (346 716 voix et deux élus). Seul de sa liste, Diawadou Barry est réélu. Pendant cette dernière législature de la Ive République, il fait partie à nouveau de la Commission des
territoires d'outremer, dont il est le secrétaire et de la Commission des pensions. Il dépose deux propositions de résolution, l'une concernant les pensions militaires payées outre-mer, l'autre
relative à la formation des Assemblées de groupes et des Assemblées d'AOF, du Togo, d'AEF, du Cameroun et de Madagascar. Ses interventions ont trait, l'une à la discussion de la loi-cadre sur les
territoires d'outremer, l'autre aux incidences du Traité de Rome sur l'Union française. Lors de la séance du 20 mars 1956, il se prononce en faveur du vote de la loi accordant les pleins pouvoirs
au gouvernement pour élaborer la loi-cadre sur les territoires d'outremer en insistant sur deux points essentiels : l'africanisation de la fonction publique et l'unicité du collège électoral pour
les Assemblées territoriales.
Le 6 juillet 1957, lors de la discussion de la ratification du Traité de Rome, Diawadou Barry dresse un tableau particulièrement sombre des effets de celui-ci sur les territoires de l'Union
française : invasion des produits étrangers au détriment des produits français, diminution des recettes douanières essentielles pour l'équilibre des territoires, perte des débouchés des produits
tropicaux qui n'auront plus la France comme importateur privilégié mais les autres pays européens, habitués à se fournir dans d'autres pays tropicaux. Enfin, il juge illusoire les promesses
d'investissements européens en Afrique. Il vote donc contre la ratification. En revanche, en 1958, s'il ne prend pas part au vote sur la confiance au général de Gaulle (1er juin) il accorde les
pleins pouvoirs et se prononce pour la révision constitutionnelle (2 juin). Mais le refus exprimé par la Guinée, lors du référendum du 28 septembre, d'entrer dans la Communauté proposée par le
général de Gaulle donnera à la carrière politique de Diawadou Barry un tour nouveau.