Bergoglio Jorge Mario

Publié le par Roger Cousin

Bergoglio Jorge Mario Jorge Mario Bergoglio, né le 17 décembre 1936 à Buenos Aires en Argentine, est un homme d'Église, et selon la tradition catholique le 266e pape de l’Église catholique romaine sous le nom de François (en latin Franciscus) depuis son élection le 13 mars 2013. Il a été auparavant archevêque de Buenos Aires et cardinal. Il est le premier pape issu des rangs de la Compagnie de Jésus, ainsi que le premier pape non européen depuis le pape syrien Grégoire III au VIIIe siècle, et aussi le premier issu du continent américain. Il est également le premier pape à prendre le nom de François, nom choisi en mémoire de l'engagement de saint François d'Assise dans le combat contre la pauvreté et pour la paix.

Jorge Mario Bergoglio est né le 17 décembre 1936 au 531 de la rue Membrillar dans le quartier populaire de Flores, au cœur de Buenos Aires. Son père, Mario Josè Bergoglio, est un immigré italien venu du Piémont et sa mère, Régina Maria Sivori, née en Argentine, est fille d'immigrés italiens venant de Ligurie. Le petit Jorge Mario est baptisé le 25 décembre 1936, jour de Noël, par le père Enrique Pozzoli (qui sera plus tard son directeur spirituel) en la basilique Saint-Charles-Borromée-et-Marie-Auxiliatrice située dans le quartier d'Almagro à Buenos Aires : son parrain est Francisco Sivori et sa marraine Rosa Vassallo de Bergoglio.

Le grand-père paternel de Jorge Mario, Giovanni Angelo Bergoglio, est originaire de Portacomaro Stazione, un hameau de Bricco Marmorito aujourd'hui rattaché à la commune d'Asti (Piémont). Son père, Mario Josè Bergoglio, né à Turin (Piémont), exerce la profession de cheminot, et sa mère, Régina Maria Sivori, originaire de la région de Gênes (Ligurie), est femme au foyer. Ses parents se marient le 12 décembre 1935 à Buenos Aires. Ils ont ensemble cinq enfants, trois garçons (Alberto, Oscar et Jorge Mario) et deux filles (Marta Regina et Maria Elena), parmi lesquels seule Maria Elena est encore en vie au moment de l'élection de Jorge. Ainsi, bien que né en Amérique du Sud, Jorge Bergoglio a grandi dans un milieu familial largement européanisé. C'est dans l'église San José du quartier de Flores que Jorge Mario Bergoglio, à l’âge de 17 ans, lors d'une confession précédant la fête de la saint Matthieu de 1953, fait l'expérience « de la miséricorde de Dieu » et qu’« il a eu une révélation divine, pour entrer dans les ordres » et s'est senti appelé, « à l'instar de Ignace de Loyola ». Il entame alors une réflexion qui le conduira à entrer dans les ordres ; depuis, il vient chaque année dans cette église dire une messe pour Pâques.

Il subit en 1957 une ablation de la partie supérieure du poumon droit suite à une pneumonie aiguë avec multiples kystes pulmonaires. Plusieurs causes sont évoquées : tuberculose contractée au contact des populations pauvres et traitée par pneumothorax en raison de la pénurie d'antibiotiques à cette époque, tabagisme excessif lors de son passage au séminaire. Il obtient un diplôme de chimie de l'université de Buenos Aires. Pendant ses études à Buenos Aires, il a subvenu à ses besoins financiers en faisant des ménages dans une usine locale et en travaillant en tant que videur dans un club mal famé de Córdoba (Argentina). Il décide de devenir prêtre à l'âge de 21 ans. Jorge Mario Bergoglio a suivi une formation de technicien en chimie avant d'entrer au séminaire de Villa Devoto, puis au noviciat de la Compagnie de Jésus, le 11 mars 1958. Il fait ses humanités au Chili et revient en 1963 à Buenos Aires pour ses études de philosophie.

Après une expérience d'enseignement (régence) de la littérature dans un collège de Santa Fe (Colegio de la Inmaculada) et dans un collège de Buenos Aires (Colegio del Salvador30) (1964 à 1966), il fait ses études de théologie au Colegio Máximo de San Miguel dans la banlieue de Buenos Aires qui dépend de l'université jésuite del Salvador (1967 à 1970), puis est ordonné prêtre le 13 décembre 1969 par Mgr Ramón José Castellano, archevêque de Córdoba. Il continue ensuite ses études à la faculté théologique et philosophique San José de San Miguel. Après une année (1971-1972) de Troisième An à Alcalá de Henares en Espagne, Jorge Mario Bergoglio est nommé maître des novices du Colegio Máximo San José, institution jésuite de San Miguel, en 1972, et fait profession solennelle le 22 avril 1973. Trois mois plus tard, le 31 juillet 1973, âgé d'à peine trente-six ans, il est nommé provincial des jésuites d'Argentine en remplacement de Ricardo O'Farell pour une durée de six ans. La Compagnie est alors appauvrie en vocations et se trouve divisée sur la question de la théologie de la libération – vis à vis de laquelle sa position est contrastée – quand prend place la dictature militaire entre 1976 et 1983. Ainsi, si certains commentateurs lui reprochent de ne pas avoir toujours défendu les jésuites socialement engagés, d'autres lui savent gré d'avoir préservé la Compagnie d'une crise majeure et d'en avoir conservé l'unité.

Membre depuis la fin des années 1960 de l'organisation péroniste Organización Única del Trasvasamiento Generacional (OUTG), il confie, fin 1974, le contrôle de l'université del Salvador à d'ex-membres de cette organisation controversée, dissoute à la mort de Juan Perón. En 1980, il est nommé recteur de la faculté de théologie et de philosophie de San Miguel (l'ancien Colegio Máximo San José), tout en y étant professeur de théologie. Il est également pendant cette période curé de la paroisse Saint-Joseph de San Miguel. Il communique régulièrement à travers ses homélies pour dénoncer la corruption de la classe politique et la crise des valeurs en Argentine. En 1986, il se rend en Allemagne pour terminer sa thèse à la faculté de philosophie et de théologie de Sankt Georgen de Francfort. À son retour en Argentine, il est directeur spirituel et confesseur à Córdoba.

Son attitude durant la dictature militaire entre 1976 et 1983 fait l'objet de controverses : en 2000, il demande à l’Église argentine d'assumer son rôle durant la période de la dictature et l'appelle à la pénitence pour purifier sa mémoire. Mais en 2005 le journaliste Horacio Verbitsky, ancien membre des « Montoneros » devenu directeur du quotidien pro-gouvernemental Pagina 12, reconnu au niveau international pour ses enquêtes, relance la polémique en publiant El Silencio. Verbitsky affirme notamment que le père Bergoglio a collaboré avec la junte et n'a pas cherché à faire libérer deux jésuites travaillant sous son autorité, Franz Jalics et Orlando Yorio.

Ces accusations sont reprises par une partie de la presse latino-américaine et internationales au lendemain de l'élection du Pape. Elles sont démenties par le Service d'Information du Vatican (VIS) le surlendemain; le Vatican réitère ainsi les précédents démentis à ces allégations nées dans un climat anticlérical, arguant qu'elles n'ont jamais été concrètement fondées, qu'il a été entendu par la justice et qu'a contrario il existe de nombreux témoignages de personnes qu'il a protégées à l'époque de la dictature. Un des trois magistrats chargés de l'examen des accusations en 2011 explique après étude des éléments qu'« il est totalement faux de dire que Jorge Bergoglio [aurait] livré ces prêtres » et que, par conséquent, la justice l'a innocenté. L'un des jésuites, Orlando Yorio, mort en 2000, est resté persuadé que le Provincial n'était pas intervenu pour leur libération et qu'ils étaient d’ailleurs passés pour morts. Peu après l'élection du cardinal argentin au pontificat, l'autre jésuite, Franz Jalics, estime qu'« il ne peut se prononcer sur [son] rôle dans ces événements » et qu'après avoir discuté de ceux-ci avec le père Bergoglio – devenu archevêque – et concélébré une messe fraternelle avec lui, il considère l'histoire close, précisant encore qu'« il est faux de prétendre que notre mise en détention a été provoquée par le père Bergoglio ».

Lorsqu'en octobre 2007, le prêtre Christian von Wernich est condamné pour torture, acte qualifié de crime contre l'humanité commis pendant la dictature, et qu'est évoqué le soutien apporté par la hiérarchie ecclésiastique à la junte, le cardinal Bergoglio exclut que l'Église puisse en tant qu'institution avoir une part dans les crimes de la « guerre sale », rejetant cette responsabilité sur des individus isolés. Des représentants de familles de victimes et des Mères de la place de Mai considèrent que l'attitude de l’Église est hypocrite quand elle refuse de participer aux procès sur les exactions de la dictature. L'activiste des droits de l'homme et prix Nobel de la paix argentin Adolfo Pérez Esquivel, lui-même arrêté et torturé, estime pour sa part que le père Bergoglio n'a pas été complice de la dictature et qu'on ne peut l'accuser de cela.

Le biographe de Jorge Bergoglio, Sergio Rubín, explique que d'une manière générale, l’Église catholique avait échoué à s'opposer à la junte, comme, du reste, une bonne partie de la société argentine d'alors. Selon Marie-Monique Robin, journaliste qui a enquêté sur la dictature argentine, l’Église argentine n'avait même pas, à quelques exceptions près, tenté de s'opposer, et sa responsabilité est lourdement engagée. Rubin affirme que le père Bergoglio avait alors pris des risques personnels importants pour sauver des « subversifs » des griffes de la dictature, sans en faire part avant 2010. C'est ainsi qu'il a sauvé la vie de l'avocate Alicia Oliveira, persécutée par les militaires. Le témoignage d'un ancien militant de gauche uruguayen, réfugié quelque temps en Argentine, va dans le même sens. En octobre 2012, la conférence épiscopale d'Argentine émet sous sa responsabilité une déclaration pour s'excuser de l'échec de l’Église à protéger la population durant la dictature et condamne cette période de violence, tant du côté de la junte que de la guérilla.

Jean-Paul II le crée cardinal-prêtre lors du consistoire du 21 février 2001 au titre cardinalice de San Roberto Bellarmino. À cette occasion, il refuse que ses compatriotes se rendent à Rome pour les festivités et ordonne que le produit de la quête pour billets d'avion soit distribué aux pauvres. Le Jeudi saint de la même année, à l'hôpital Francisco Muniz de Buenos Aires, il lave les pieds de douze personnes atteintes du SIDA.

En novembre 2001, le cardinal, qui évite de se mettre en avant, refuse d'être élu à la tête de l'épiscopat argentin. Réputé pour sa proximité avec les fidèles, dans la crise politique et économique que traverse alors l'Argentine et ses élites, il devient une référence et sa popularité ne cesse de grandir. Ainsi, à la perte de reconnaissance du « pouvoir religieux » de l’Église et sa désinstitutionnalisation au sein de la société argentine, correspond dans le même temps une politisation non partisane de cette Église, suite au discrédit des partis politiques ; ce qui fait répéter au cardinal que c'est cette dernière qui met « la Patrie à l'épaule », poussant les partis au compromis politique. Cette situation n'est pas sans créer des frictions régulières et engendre à partir de 2003 une nette dégradation des liens entre l’État et l’Église catholique, notamment avec les gouvernements de Néstor Kirchner et Cristina Fernández de Kirchner qui font des droits de l'homme une politique d’État et remettent en cause la liaison entre « identité argentine » et « identité catholique ».

Selon le vaticaniste Lucio Brunelli, lors du conclave d'avril 2005 pour élire un successeur à Jean-Paul II, Jorge Mario Bergoglio, réputé en outre pour sa solidité doctrinale, est le principal concurrent du cardinal Ratzinger qui aurait recueilli au quatrième et dernier tour du scrutin 84 voix, 26 voix s'étant portées en faveur du cardinal Bergoglio (et 5 votes dispersés). Sa pneumonectomie partielle qui le fatigue rapidement ayant pu jouer un rôle dans cette élection face à un Joseph Ratzinger perçu par les cardinaux comme plus énergique23, il se serait alors retiré de la course, « presque en larmes ». Si cette version a longtemps fait autorité, Marco Tosatti en donne une autre qui doute du retrait de Bergoglio et explique les difficultés de Joseph Ratzinger une fois élu par la faiblesse relative des suffrages portés sur lui, sans qu'on sache ce qui a favorisé le report de voix du dernier tour. L'historien vaticaniste Hervé Yannou rapporte quant à lui que le cardinal Bergoglio aurait déclaré qu'il ne voulait pas être pape, et qu'il aurait dit, à une autre occasion, qu’appelé à ces hautes fonctions, il en mourrait. Au sein de la Curie romaine, il est membre de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, de la Congrégation pour le clergé, de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, du Conseil pontifical pour la famille et de la Commission pontificale pour l'Amérique latine.

Après à peine plus de vingt-quatre heures de délibérations et cinq scrutins, Jorge Mario Bergoglio est élu pape, le 13 mars 2013, comme l'annonce la fumée assez foncée, puis blanche, qui sort de la cheminée de la chapelle Sixtine à 19 h, fumée blanche confirmée quelques secondes plus tard par la sonnerie, à toute volée, des six cloches de la basilique. Il choisit le nom de François annoncé par le cardinal protodiacre français Jean-Louis Tauran. Il a expliqué avoir choisi ce nom en référence à saint François d'Assise, le saint des pauvres (« François est le nom de la paix, et c'est ainsi que ce nom est venu dans mon cœur ») après que le cardinal de São Paulo Claudio Hummes lui a dit « Et n'oublie pas les pauvres ! ». Albino Luciani (Jean-Paul Ier), Karol Wojtyła (Jean-Paul II) et Joseph Ratzinger (Benoît XVI), avaient tous trois été nommés cardinaux par Paul VI. Jorge Mario Bergoglio est le premier cardinal nommé par Jean-Paul II à devenir pape. De plus, il a demandé explicitement à être désigné par « François », et non « François premier ».

Depuis le balcon de la loge des bénédictions de la basilique Saint-Pierre, François adresse sa bénédiction apostolique Bénédiction urbi et orbi (« À la ville et au monde ») d'abord à la « communauté diocésaine de Rome », déclarant que « le conclave a donné un évêque à Rome ». Il ajoute : « les cardinaux sont allés me chercher au bout du monde ». Il prie ensuite pour Benoît XVI qu'il appelle « évêque émérite » – étant lui-même évêque de Rome – et récite en italien le Notre Père, le Je vous salue Marie, et la petite doxologie : Gloire au Père… (« Gloria Patri… »), puis demande à la foule de faire silence et de prier pour lui avant qu'il donne sa bénédiction. Pour son audience inaugurale, il reçoit dans une certaine cordialité la présidente d'Argentine, qui lui évoque la situation diplomatique des Malouines en demandant une intercession auprès du Royaume-Uni.

La première « messe d'inauguration du ministère pétrinien de l'évêque de Rome » devant 150 000 à 200 000 fidèles et 132 délégations officielles de pays du monde entier a lieu le 19 mars 2013 sur la place Saint-Pierre au Vatican. Elle commence par la visite du pape au Tombeau de saint Pierre devant lequel il prie. La messe proprement dite a été précédée de la remise des insignes pontificaux : le pallium pétrinien est remis (imposition du pallium) en premier au pape par le cardinal protodiacre Tauran. Puis l'anneau du pêcheur est remis par le Cardinal Re, premier de l'ordre des évêques : cette bague est en argent massif, et pas en or comme celle de ses prédecesseurs. Dans son homélie, le pape invite « à avoir du respect pour tous, pour chaque personne, spécialement les enfants, les personnes âgées, ceux qui sont les plus fragiles et qui souvent se trouvent à la périphérie de notre cœur ».

Le patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomeos Ier était présent. Il a souligné que « Cela n’a eu lieu ni avant ni après 1054 » (grand schisme d'Orient). Reçu le lendemain par ce pape qui se présente lui-même habituellement comme évêque de Rome, le patriarche le qualifia de « premier évêque de la vénérable Église de Rome, qui préside dans la charité ». Le blason figurant sur les armoiries papales, rendues publiques le 18 mars 2013, est presque identique à celui qu'il utilisait en tant qu'archevêque de Buenos Aires et reprend en les mêlant les formes des blasons de ses deux prédécesseurs : la mitre pontificale à trois bandes d'or de Benoît XVI et les clés de saint Pierre dans la forme du blason de Jean-Paul II. En revanche, le pallium archiépiscopal que Benoît XVI avait placé le premier sous le blason disparaît.

Le blason est de type « espagnol », d'azur à un soleil non figuré de 32 rais d'or, chargé du monogramme IHS surmonté d'une croix pattée au pied fiché dans la barre horizontale du H, le tout de gueules, soutenu de trois clous de sable appointés en bande, pal et barre, le tout accompagné en pointe d'une étoile d'or à huit branches à dextre et d'une fleur de nard de même, versée et posée en bande, à senestre. Le meuble assez complexe situé en chef est le sceau de l'ordre des jésuites, qui reprend le monogramme du Christ, tandis que l'étoile symbolise la Vierge Marie, et la fleur de nard saint Joseph. Dans les armes que portait le cardinal Bergoglio comme archevêque de Buenos Aires, l'étoile et la fleur de nard étaient d'argent et non d'or.

François a gardé sa devise archiépiscopale : « Miserando atque eligendo ». Celle-ci est tirée des Homélies de Bède le Vénérable. Ce dernier, commentant le récit évangélique de la vocation de saint Matthieu, écrit : « Vidit ergo Jesus publicanum, et quia miserando atque eligendo vidit, ait illi, Sequere me » (« Alors Jésus vit un publicain, et, parce qu'il le regardait avec des sentiments de miséricorde [ou : d'amour] et qu'il l'avait choisi, il lui dit : Suis-moi »). Cette homélie, où il est fait allusion à la miséricorde de Dieu, est reproduite dans la liturgie des Heures du jour de la saint Matthieu (21 septembre). Le souverain pontife explique avoir ressenti sa vocation au cours de cette fête en 1953.

Le 23 mars 2013, le pape François rencontre son prédécesseur Benoît XVI à Castel Gandolfo, pendant près de trois heures en début d'après-midi. Après avoir prié ensemble, les deux hommes ont eu un entretien privé, à huis clos et en italien, pendant quarante-cinq minutes, avant de déjeuner ensemble. Benoît XVI apparaît affaibli, se déplaçant avec une canne. Bien qu'aucune information sur l'entretien n'ait filtré, il semble que les deux hommes ont discuté des dossiers importants impliquant le Vatican, dont l'affaire « Vatileaks », ainsi que sur des questions plus ouvertes (réforme de la curie romaine, évolution du gouvernement de l’Église, point sur le dossier lefebvriste, finances vaticanes). Cette rencontre entre deux papes (celui en exercice et son prédécesseur) est un événement a priori inédit dans l'histoire de la Chrétienté. Le 28 mars 2013, dans le cadre de la célébration de la Cène (dernier repas de Jésus avant sa crucifixion), le pape François a lavé les pieds de détenus du centre de détention pour mineurs de Casal del Marmo, dans la banlieue de Rome. Alors que le missel romain prévoit que dans cette cérémonie seuls des hommes bénéficieront du lavement des pieds, François a lavé les pieds de deux femmes (comme il l'avait déjà fait en tant que cardinal, notamment à la maternité Sarda de Buenos Aires en 2005). L'une est Italienne catholique et l'autre Serbe musulmane. Il a déclaré faire « un signe qui est une caresse de Jésus », soulignant : « Je le fais avec amour, pour moi qui suis évêque et prêtre, c'est un devoir »

Comme jésuite, Jorge Bergoglio a fait vœu de pauvreté. Comme archevêque et cardinal, il a mené une vie très simple, préférant par exemple emprunter les transports en commun plutôt qu'une voiture de fonction, et porté un intérêt particulier à la situation des pauvres. Il a accepté en 1999 d'être membre honoraire du Rotary Club de Buenos Aires. En tant que cardinal, il a dénoncé le « libéralisme sauvage d'un monde globalisé », il lui est aussi arrivé d'aller passer la nuit dans un bidonville, chez l'un de ses prêtres menacé par les trafiquants de drogue. Sa devise Miserando atque eligendo (« En ayant pitié [en aimant] et en choisissant ») montre l'intérêt du cardinal Bergoglio pour le problème du rejet, de l'exclusion et de toutes les sortes de misères. En septembre 2009, s'exprimant au cours d'une conférence sur « la dette sociale de notre temps », il reprend le document de 1992 « Documento de Santo Domingo » du Conseil épiscopal latino-américain, en disant que « la pauvreté extrême et les structures économiques injustes qui causent de grandes inégalités » sont des violations des droits de l'homme. Il décrit également la dette sociale comme « immorale, injuste et non légitime ».

En mai 2012, il critique sévèrement certains prêtres argentins qui — dans ce qu'il décrit comme un « néo-cléricalisme » qui détourne les sacrements de leur objet — , refusent de baptiser les enfants de mères célibataires, affirmant que dénier le baptême aux enfants nés hors mariage est une forme de « gnosticisme hypocrite pharisien » qui éloigne les gens du salut. L'archevêque de Buenos Aires appelle au contraire le clergé à aller au-devant des familles éloignées de la pratique religieuse pour proposer le baptême ; avec ses confrères il publie un guide sur « le baptême comme clef de la mission » pour proposer des moyens de vaincre les réticences.

Alors qu'il était encore cardinal en Argentine, il affirmait à un journaliste
 que l’Église n’est pas contre l’éducation sexuelle, même s'il admet que l'Église n'a pas toujours abordé cette question de manière appropriée : « Je crois qu’il doit y en avoir durant toute la phase de croissance des enfants, adaptée à chaque étape. En réalité l’Église a toujours donné une éducation sexuelle, même si j’admets qu’elle ne l’a pas toujours fait de manière adéquate. Ce qui se passe c’est qu’actuellement un grand nombre de ceux qui agitent les drapeaux de l’éducation sexuelle la conçoivent comme séparée de la personne humaine. Au lieu de compter sur une loi pour l’éducation sexuelle, pour que la personne soit totale, pleine, pour l’amour, on tombe alors dans une loi pour la génitalité. Et notre objection est là. Nous ne voulons pas que la personne humaine soit dégradée. C’est tout ! ».

Ainsi que le rappellent l'historien Hervé Yannou ou la revue jésuite America, le cardinal Bergoglio a toujours été « conservateur » sur le plan doctrinal, en particulier sur les questions familiales et éthiques relatives à la vie. Concernant l'euthanasie, suivant la doctrine traditionnelle de l’Église catholique, il s'y est opposé publiquement. Concernant l'avortement, il estime que c'est davantage un problème d'éthique, au-delà même du religieux, considérant qu'un être humain existe dès la « formation de son code génétique » : selon lui l'avortement est une privation du premier des droits de l'homme, celui du droit à la vie et il n'est « jamais une solution ». Il est ainsi opposé à l'avortement même en cas de viol de la mère, qualifiant de « lamentable » la loi argentine le dépénalisant, estimant avec la Conférence épiscopale argentine que lorsqu’on parle d’une femme enceinte, il s'agit de deux vies « qui doivent être préservées et respectées, car la vie est une valeur absolue ». Il explique: « La femme enceinte ne porte pas en elle une brosse à dents, ni une tumeur. La science enseigne que dès le moment de sa conception le nouvel être possède tout son code génétique. C’est impressionnant. Ce n’est donc pas une question religieuse, mais une question clairement morale avec des bases scientifiques, car nous sommes en présence d’un être humain. »

Le cardinal Bergoglio s'est vivement opposé, en vain, au projet de loi argentin de mariage entre personnes de même sexe. Ses positions ont pour cadre l'enseignement de l'Église catholique qui appelle au respect des personnes homosexuelles (« Ils doivent être accueillis avec respect, compassion et délicatesse. On évitera à leur égard toute marque de discrimination injuste ») mais désapprouve les actes homosexuels comme « intrinsèquement désordonnés » car ils « ferment l'acte sexuel au don de la vie ». Dans une lettre du 22 juin 2010 aux moniales carmélites de la capitale argentine, le cardinal Bergoglio explique qu'il s'oppose au projet de loi afin de défendre « l'identité et la survie de la famille : père, mère et enfants » contre « le dessein du Démon, responsable du péché en ce monde, qui cherche sournoisement à détruire l’image de Dieu : un homme, une femme, qui reçoivent le mandat de croître, de se multiplier, et de dominer la terre. Ne soyons pas naïfs : il ne s’agit pas seulement d’un combat politique ; il s'agit de la prétention de détruire le plan de Dieu. » La présidente argentine a jugé que les expressions « guerre de Dieu » et « projets du démon » « renvoient à l'époque de l'Inquisition, aux temps médiévaux ».

Le 5 juillet 2010 il adresse une lettre au responsable de la Commission épiscopale pour les laïcs afin de soutenir la manifestation qu'il a initiée contre le projet de loi. Il le félicite car cette manifestation « ne sera pas dirigée contre des personnes étant donné que nous ne voulons pas juger ceux qui pensent et ressentent différemment que nous. » Il ajoute : « Je vous en conjure, qu'il n'y ait de votre part, ni dans vos paroles ni dans vos cœurs, aucune marque d'agressivité ou de violence envers aucun frère. Nous Chrétiens agissons comme les serviteurs de la vérité et pas comme ses maîtres.» Il présente « l'union d'un homme et d'une femme comme une réciproque réalisation, attention et soin et comme le chemin naturel pour la procréation. Cela confère au mariage une transcendance sociale et un caractère public. Le mariage précède l'État, il est le socle de la famille, la cellule de la société, antérieure à toute loi et même à l'Église. Par conséquent, l'adoption du projet de loi serait un grave recul anthropologique. Le mariage (formé d'un homme et d'une femme) n'est pas la même chose que l'union de deux personnes de même sexe. Distinguer n'est pas discriminer, mais respecter; différencier pour discerner consiste à évaluer correctement, pas à discriminer. (…) Nous ne pouvons pas enseigner aux générations futures qu'il est équivalent de se préparer à développer un projet familial fondé sur un engagement de relation stable entre un homme et une femme, que de vivre avec une personne du même sexe (…). »

Le biographe de l'archevêque, Sergio Rubín, explique néanmoins que le cardinal, conscient de la difficulté de s'opposer au mariage gay, avait initialement voulu inciter les évêques à militer en faveur de l'union civile et ce n'est qu'à la suite du refus de sa conférence épiscopale qu'il s'était engagé dans une lutte plus âpre, sans succès. Le cardinal Bergoglio a maintenu des relations suivies avec la communauté juive, par exemple en participant à des offices de Hanoucca ou de Seli'hot ou à des commémorations de la Nuit de Cristal et de l'attentat de 1994 contre la communauté juive argentine. Il a aussi coécrit l'ouvrage À propos du ciel et de la terre (en version originale Sobre el cielo y la tierra) avec le rabbin Abraham Skorka, recteur du Séminaire rabbinique latino-américain. Les deux auteurs y exposent leurs vues sur Dieu, le fondamentalisme, les athées, la mort, la Shoah, l'homosexualité ou le capitalisme. Dès son élection, il adresse un message au grand rabbin de Rome Riccardo Di Segni où il annonce son intention de contribuer au dialogue avec les juifs, dans un esprit de « collaboration renouvelée ».

Selon George Weigel, le pape François est proche du « catholicisme évangélique » qu'il prône dans son ouvrage : Le catholicisme évangélique : la profonde réforme de l’Église au XXIe siècle, paru le 5 février 2013. Le lendemain de l’élection du Pape François, George Weigel, qui avait longuement rencontré le cardinal Bergoglio au moment où il préparait son livre, écrivit un article très favorable dans la National Review : « Le premier pape américain : le tournant du catholicisme pour un avenir évangélique. » Le cardinal Bergoglio participa le 6 juin 2006 à la troisième Rencontre fraternelle de la « Communion renouvelée des Évangéliques et Catholiques » au stade du Luna Park de Buenos Aires.

Les responsables de la communauté islamique de Buenos Aires (en) ont accueilli avec enthousiasme la nouvelle de l'élection de Bergoglio comme Pape, notant qu'« il s'est toujours présenté comme un ami de la communauté islamique », et en faveur du dialogue. Les dirigeant de la communauté islamique de Buenos Aires font l'éloge des liens étroits de Bergoglio avec la communauté islamique en citant sa réaction à l'incident survenu lorsque le Pape Benoît XVI a cité un document médiéval qui décrivait Mahomet « comme maléfique et inhumain ». Selon eux, Bergoglio a pris immédiatement ses distances avec la citation, faisant remarquer que des affirmations qui provoquent l'indignation dans la Communauté islamique « ne serviront qu'à détruire en 20 secondes la relation avec l'islam que le Pape Jean-Paul II a patiemment construite au cours des 20 dernières années ».

Bergoglio a visité une mosquée et une école islamique en Argentine, des visites que le Cheik Mohsen Ali, Directeur de la Diffusion de Islam, a qualifiées d'actions renforçant la relation entre les communautés catholique et islamique. Dr. Sumer Noufouri, Secrétaire Général du Centre islamique de la République argentine (CIRA), a ajouté que pour la Communauté islamique, l'élection de Bergoglio comme Pape, en raison de ses actions passées, est une cause de joie et d'espoir de renforcement du dialogue entre les religions. Noufouri a dit que la relation entre le CIRA et Bergoglio pendant une dizaine d'années avait aidé à construire un dialogue islamo-chrétien d'une façon réellement significative dans l'histoire des relations entre les religions monothéistes en Argentine.

Ahmed el-Tayeb, Grand Imam d'Al-Azhar et président de l'Université Al-Azhar en Egypte, a envoyé ses félicitations après l'élection du pape. Al-Tayeb avait « interrompu les relations avec le Vatican » pendant le pontificat de Benoît XVI, si bien que sa déclaration a été interprétée comme un "signe d'ouverture" pour l'avenir. Cependant, son message de félicitations indiquait également que l'« Islam demande à être respecté par le souverain pontife ». Peu après son élection, lors d'une réunion avec les ambassadeurs de 180 pays accrédités auprès du Saint-Siège, le Pape François a appelé à davantage de dialogue inter-religieux – « en particulier avec l'Islam ». Il a aussi exprimé sa gratitude qu'"autant de responsables civils et religieux du monde islamique" aient assisté à sa messe d'installation. Un éditorial du journal d'Arabie saoudite Saudi Gazette a chaleureusement accueilli l'appel du page à davantage de dialogue inter-religieux, faisant remarquer que « si le pape ne faisait que réitérer une position qu'il a toujours défendue », son appel public en tant que pape à un dialogue accru avec l'Islam « arrive comme une bouffée d'air frais à une époque où une grande partie du monde occidental connaît une violente montée d'islamophobie ».

Jorge Mario Bergoglio a été membre depuis la fin des années 1960 d’une organisation péroniste dite OUTG (Organisation unique du transfert générationnel) : celle-ci se consacrait à la formation de jeunes cadres du péronisme, mouvement à la fois social et très hostile au marxisme. Fin 1974, alors qu’il était provincial des jésuites depuis un an, il confia le contrôle de l’Université jésuite del Savaldor à d’anciens membres de cette organisation, qui venait d’être dissoute. Il fut de ceux qui ont voulu préserver l’héritage social du péronisme. Dans un livre d’entretien, El Jesuita, publié en 2010, il présente son parcours et insiste sur le fait que sa ligne a toujours été le souci des pauvres, l’organisation en leur faveur des structures sociales et l’évangélisation en ce sens.

Dans deux ouvrages, le cardinal Bergoglio a traité de la nation et de la patrie. Son attitude très critique vis-à-vis du gouvernement des époux Kirchner a porté simultanément sur la faiblesse de leur politique sociale et sur la remise en cause du fondement catholique de l’identité de la nation argentine. Il déclare : « La douleur est un champ ouvert. Le ressentiment est comme une maison habitée par beaucoup de gens entassés, qui ne voient pas le ciel. La douleur, au contraire, c'est comme une ville où il y a foule, mais où l’on voit le ciel. Autrement dit la douleur est ouverte à la prière, à la tendresse, à la compagnie d’un ami, à mille choses qui donnent de la dignité à la personne. La douleur est une situation plus saine. C’est ce que me dit mon expérience ». (Voir la section religion de l'article souffrance).

Jeune, il a pratiqué le basket-ball, mais comme nombre d'Argentins, Jorge Mario Bergoglio apprécie grandement le football. De fait, depuis l'enfance, il est supporter du Club Atlético San Lorenzo de Almagro, situé dans le quartier porteño populaire de Boedo. Ce club dont le collectif est usuellement surnommé los Santos (« les Saints »), fait partie avec River Plate, Independiente, Boca Juniors et Racing des Cinq grands du football argentin. Il apprécie beaucoup son compatriote Lionel Messi qui évolue au FC Barcelone. Outre l'espagnol, le pape François parle couramment l'italien (langue de ses parents), le français, l'anglais, l'allemand (langue dans laquelle il a rédigé sa thèse de philosophie), le latin et possède des notions de portugais.

Enfant, il collectionnait les timbres ; aujourd'hui il aime beaucoup lire et écouter de la musique : dans le domaine musical, il cite l'ouverture Leonore III, conçue pour l'opéra Fidelio de Beethoven, dans un enregistrement de Wilhelm Furtwängler. Il apprécie aussi l'opéra proprement dit. Côté lecture, outre les nouvelles du monde qu'il lit tous les matins, il déclare : « J’adore la poésie d’Hölderlin. J'aime aussi beaucoup de livres de la littérature italienne. J’ai dû lire I promessi sposi [Les Fiancés, d'Alessandro Manzoni] quatre fois, et autant de fois La Divine Comédie, de Dante. J’aime aussi Dostoïevski et Marechal ». Côté danse, bien qu'il ait une préférence pour la milonga, il connaît très bien aussi le tango, qu'il a longtemps dansé quand il était jeune, au point d'en dire que « ça sortait de moi ».

Selon les propos qu'il a tenus lors d'une congrégation générale des cardinaux avant d'entrer en conclave, transcrits par lui-même à la demande du cardinal Jaime Ortega, le cardinal Bergoglio a une vision personnelle de l'Église qu'il articule en quatre points :

  • Sur la mission d'évangélisation de l'Église : « L'Église est appelée à sortir d’elle-même et à aller dans les périphéries, les périphéries géographiques mais également existentielles : là où résident le mystère du péché, la douleur, l’injustice, l’ignorance, là où le religieux, la pensée, sont méprisés, là où sont toutes les misères ».
  • Sur l'Église elle-même : il critique l'Église « autoréférentielle » et des institutions ecclésiastiques frappées d'une sorte de « narcissisme théologique ». « L’Église autoréférentielle prétend retenir le Christ à l'intérieur d’elle-même et ne le fait pas sortir. ».
  • Sur les réformes : selon lui, l'Église va vers un mal très grave dont on connaît le nom : « la spiritualité mondaine » (Selon Lubac, c’est le pire mal qui puisse arriver à l’Église). Il critique « l’Église mondaine qui vit repliée sur elle-même et pour elle-même. Cette analyse devrait apporter un éclairage sur les changements et réformes possibles qui doivent être faites pour le salut des âmes ».
  • Sur le pape : il faut un « homme qui, partant de la contemplation de Jésus-Christ, pourrait aider l'Église à se rapprocher des périphéries existentielles de l’humanité ».

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Publié dans Eclésiastiques

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