Blok Alexandre

Publié le par Roger Cousin

Blok AlexandreAlexandre Blok est un poète russe né à Saint-Pétersbourg le 28 novembre 1880 et mort le 7 août 1921 dans la même ville. « Alexandre notre Soleil » comme l'écrivit Anna Akhmatova le jour de ses obsèques. Petit-fils d'André Békétov, botaniste et recteur de l'Université de Saint-Pétersbourg, Alexandre Blok est né à dans une famille aisée de la même ville (descendant de Johann von Blok, médecin privé du tsar).

Il a pour père un professeur de droit à Varsovie, excellent musicien et fin styliste, qu'il ne connaît guère. Après la séparation de ses parents peu après sa naissance, il fréquente le monde aristocratique dans le manoir de Shakhmatovo, près de Moscou, où il découvre la philosophie de son oncle Vladimir Soloviev ainsi que les poètes du XIXe siècle tels que Fiodor Tiouttchev et Afanassi Fet (1820-1892), poète précurseur de l'impressionnisme russe.

Passionné de théâtre, Blok participe à de nombreux spectacles d'amateur dans la maison d'une jeune femme, Liouba Mendeleïeva (fille de l'illustre chimiste). Il y puise son inspiration et son influence pour sa première pièce. Il commence en 1898 des études de droit, mais la découverte de la poésie et de la philosophie moderne l'oriente vers les lettres.

Il tombe amoureux de Liouba Mendeleïeva qu’il épouse en 1903. Cette relation est progressivement mise à mal pour diverses raisons. Dès lors il mène une vie privée tumultueuse, fréquentant souvent des prostituées et les quartiers tziganes. Il est diplômé des Lettres en 1906. Trois voyages en Italie et en France, tous les six ans un séjour à Bad Nauheim auquel il prête une signification mystique particulière, semblent épuiser la biographie extérieure. Sa biographie intime se trouve tout entière dans son œuvre lyrique que se partagent trois volumes.

Le premier volume, fruit de l'influence de Vladimir Soloviev et d'une expérience mystique personnelle, chante les rencontres avec La Belle Dame et leurs illuminations éteintes. Le second marque la retombée, le retour sur terre, vers les hommes, l'abandon aux passions : ironie et dissonances y prédominent. Enfin, le troisième volume, synthèse des deux premiers, évoque le châtiment, le « monde terrible », les destinées tragiques de la Russie : l'art de Blok atteint alors son plein épanouissement.

Dans le dédale de sa vie affective, il noircit nombre de pages teintées de symbolisme, ce qui en fait un des chefs de file du mouvement symboliste en Russie. Vers la fin de sa vie, il s'intéresse candidement à la politique, fréquentant les bolchéviques, mais son manque d'engagement ternit sa réputation et il sombre dans la dépression pour mourir, dit-on, de la famine causée par la guerre civile (cette thèse est parfois controversée). Blok le voyant, immense musicien du Verbe, demeure un poète visionnaire, il est très connu pour son poème à L'Inconnue (Neznakomka), traduit dans toutes les langues. Il ouvrit la porte à toute la modernité poétique russe. Le poète Vladimir Maïakovski fut l'un des premiers à le reconnaître comme un moderne.

Son œuvre la plus célèbre est le poème Les Douze (Dvenatsat) (1916), qui a fait l'objet de nombreuses traductions françaises. « Acte de rupture, Douze , l'est avant tout avec l'épanchement lyrique de la poésie subjective. Il ne s'agit donc ni de collages ni de récits, mais d'une unité rythmique qui fait de la voix du poème le théâtre d'une multiplicité de voix, et inversement. » Olivier Kachler, Douze, Éditions Allia, 2008, p. 75.

Seul chef-d'œuvre inspiré par la Révolution qui fut pour lui suprême espoir et suprême désillusion. Il meurt à Saint-Pétersbourg en 1921 de désespoir après de longs mois de souffrances physiques et morales. « Bien sûr, Blok n'est pas des nôtres. Mais il a eu un élan vers nous... Le fruit de cet élan, c'est l'œuvre la plus considérable de notre époque : le poème Les douze restera éternel », écrivit Léon Trotsky dans Littérature et Révolution (1924). Le 16 avril 1920, Blok avait écrit une note sur Les Douze: « On verra bien ce que le temps en fera. Peut-être toute politique est si sale qu'une seule goutte altère le poème et gâte tout le reste ; peut-être qu'elle n'en détruira pas la signification ; peut-être, finalement - qui sait ! - s'avérera-t-elle le ferment grâce auquel on lira Douze dans un temps qui ne sera plus le nôtre. »

Le théâtre de Blok, Les tréteaux (1906) ainsi que la Rose et la Croix (1911), vaut plus par son lyrisme que par ses qualités dramatiques. Ses articles critiques, ses carnets intimes et sa correspondance révèlent un être d'une vérité et d'une exigence rares. Il a été appelé le premier romantique russe. En effet, nul autre que lui n'a autant rêvé de l'absolu sur terre, n'a autant aimé et désespéré à la fois. Il fut par son inspiration mystique et par son lyrisme tragique, portés par une musique sans égale, un précurseur de la modernité poétique russe.

Blok avait écrit : « Pouchkine est mort... Ce qui l'a tué ce n'est pas la balle de D'Anthès. Ce qui l'a tué, c'est l'absence d'air... » Pouchkine avait écrit, note Sophie Laffitte, que ce qui existe, c'est la paix et la liberté. Et Blok enchaîne : « Paix et liberté ; elles sont indispensables au poète pour pouvoir libérer l'harmonie. Mais on lui enlève et la paix et la liberté. Non pas la paix extérieure, mais celle qui est nécessaire au Créateur. On lui enlève aussi... la volonté de créer, sa liberté secrète et profonde. Et le poète meurt parce qu'il ne peut plus respirer, la vie a perdu tout son sens. » Il est enterré au cimetière orthodoxe de Smolensk (Saint-Pétersbourg).

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Publié dans Ecrivains

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