Boucher Marcel

Publié le par Roger Cousin

Marcel Boucher, né le 23 octobre 1891 à Compiègne et décédé le 19 novembre 1968 à Montevideo (Uruguay), est un homme politique français. Fils du biologiste Henry Boucher, il suit des études de droit à Paris et est diplômé de l'Ecole des sciences politiques et de l'Ecole des Hautes études sociales. Il s'inscrit au barreau de Paris. Il effectue son service militaire à Neufchâteau en 1913. Pendant la Grande guerre, il est sous-lieutenant de chasseurs à pied puis capitaine en 1918, affecté dans l'aviation. Deux fois blessé, il est chevalier puis officier de la Légion d'honneur et croix de guerre.

Il est membre en 1920 du cabinet de Charles Reibel, sous-secrétaire d'Etat à la Présidence du conseil puis ministre des régions libérées. Il s'installe à Contrexéville en 1924. Il épouse Jeanne Barbier, fille d'un hôtelier, en 1928. Il possède de ce fait l'hôtel de la Trémoille à Paris. Il est le père de 3 enfants. Proche de la Fédération républicaine, il est élu conseiller municipal puis maire de Contrexéville en 1925 puis député des Vosges en 1936. Il se présente dans la circonscription de Neufchâteau comme "candidat de concentration républicaine et de défense agricole". Il n'avait pas participé aux luttes politiques jusqu'alors. Il est soutenu par les élus locaux de droite , malgré une réticence initiale. Il bat le député sortant de gauche Camille Picard au second tour.

Il était présenté par son adversaire comme "le candidat des Croix de feu". Il était certes soutenu par les Croix-de-feu - mais aussi par les Jeunesses patriotes - mais il n'est pas membre de la ligue du colonel de la Rocque. Sa profession de foi s'élevait contre "les théories criminelles de haine de classe" et s'interrogeait : "Assez de guerres; Notre peuple (...) est-il chargé de défendre la Russie? (...) La France a pour capitale Paris et non Moscou". Un de ses tracts distribués pour le second tour s'en prend au Front populaire : "Un grand danger menace la France: (...) le Front populaire, puissante coalition de haines et d'appétits dominée et dirigée par des professionnels de la révolution à la solde de l'étranger. (...) Je suis ouvertement, hautement contre le Front populaire. Jamais je ne transigerai avec la Révolution. (...) ( Camille Picard ) est un député asservi d'avance aux puissances occultes ou avouées, au mot d'ordre du grand Orient et de Moscou". Anticommunisme radical et hostilité à la franc-maçonnerie donc.

Il s'inscrit ensuite, assez logiquement, à la Fédération républicaine et au groupe des Indépendants d'union républicaine et nationale, le plus à droite de la Chambre et le plus hostile au Front populaire. A la Chambre, il est un député intransigeant face aux gouvernements de Front populaire. Il est proche dans son département du Parti social français et du Rassemblement national lorrain. Il dirige l'Association des Compagnons de Jeanne d'Arc, à l'origine des célébrations de Domrémy de 1937 à 1939. C'est une association apolitique, quoique marquée à droite.

Il est membre du Comité France-Allemagne et se rend en Allemagne en 1938. Il fait partie des Munichois convaincus en septembre 1938, attentifs certes au danger allemand mais très anticommunistes. Quelques mois plus tard, en 1939, il dénonce sévèrement "l'imbécile mystique du Front populaire: le droit à la paresse, le culte du moindre effort, la prospérité par la gabegie, la force par le désarmement, le prestige extérieur par l'anarchie intérieure".

Mais il célèbre aussi le "génie de la France" qu'il oppose à Hitler et à Mussolini : "Nous n'aimons pas la dictature, elle ne correspond en rien à notre tempérament individualiste à l'extrême". Il s'élève contre "l'excès d'une autarcie farouche et le racisme haineux" et loue "les libertés individuelles du citoyen". Il combat le bellicisme qu'il prête à la gauche mais il souligne que, sur sa proposition, la Fédération républicaine a voté un ordre du jour qui déclare "traître à la patrie" tout gouvernement français "disposé à accepter même de discuter les revendications des dictateurs". Bref, un anticommunisme pacifiste virulent, tempéré par un patriotisme traditionnel.

Il vote, le 10 juillet 1940, en faveur de la remise des pleins pouvoirs au Maréchal Pétain. Il fait partie des 97 parlementaires qui signent un texte de Gaston Bergery lancé début juillet, appelant à "une collaboration qui n'équivaille pas à une servitude", une politique intérieure qui offre une synthèse de "l'autorité et de la liberté" afin de "reconstruire dans l'ardeur une France intégrée à la nouvelle Europe, y ayant sa grande et légitime influence, mais pour cela même changée dans ses moeurs". Il fait donc partie de la tendance pacifiste partisane d'un ordre nouveau.

Sous l'Occupation, il appartient au Groupe Collaboration - il est président du groupe Collaboration dans les Vosges - et rejoint le Parti populaire français de Jacques Doriot à partir du 7 novembre 1942. Il participe aux travaux du Centre d'études économiques et sociales. Il se ferait même appeler "Boucherr" par "sympathie germanique". Il quitte la France pour l'Allemagne en 1944, gagne l'Italie, Barcelone puis l'Argentine avec sa famille. A la Libération, il est exclu de la Fédération républicaine, avec 13 autres partementaires. Il est condamné par contumace à l'indignité nationale et à la confiscation de ses biens par la cour de justice de Colmar. En 1950, ce tribunal le relève de la confiscation de ses biens, en sa présence. Il vend ce qu'il possède à Paris et retourne en Argentine.


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