Bouhey Georges Jean Baptiste
Engagé volontaire en septembre 1939, Jean Bouhey commande la première compagnie du 227e régiment d'infanterie. Du 6 au 9 mai 1940, il prend part aux travaux de la session du conseil général de la
Côte-d'Or. A partir du 10 mai, il participe aux combats qui se livrent sur la ligne Maginot, près de Longwy. Le 21 juin, il est fait prisonnier à Toul. Emmené en Allemagne, il est interné dans un
Oflag près de Nuremberg.
Libéré, en août 1941, comme ancien combattant de 1914-1918, il revient en Côte-d'Or. Il gagne les rangs de la Résistance, s'intègre dans les filières de passage pour la Zone Sud, travaille dans
les services de renseignement franco-britanniques et adhère au Mouvement "Ceux de la Résistance". Il est l'un des douze membres du Comité d'action socialiste de la Zone Nord. Avec quelques
camarades, il publie, de l'automne 1942 à juillet 1943, un journal clandestin Espoir, qui porte en manchette la devise "Combat le mensonge, organise la résistance, prépare la Libération". Jean
Bouhey devient responsable régional du mouvement Libération-Nord. Menacé par la Gestapo, il se rend à Paris, où il continue son action aux côtés de son frère Charles.
Le 3 octobre 1943, reconnaissant son rôle personnel, le Comité Français de Libération Nationale à Alger, le nomme Commissaire de la République en Bourgogne et Franche Comté. Il met sur pied des
Comités départementaux de Libération et assure la liaison avec les préfets désignés dans les huit départements qui sont de sa responsabilité. Après avoir installé celui de l'Yonne, fin août 1944,
il rejoint le maquis de Saulieu. Au cours d'une mission accomplie en Saône-et-Loire, par la suite d'une méprise de résistants locaux, il est gravement blessé à la face le 2 septembre. Défiguré,
il perd son œil gauche, demeure immobilisé jusqu'en décembre et sa santé ne se rétablira jamais tout à fait. Il a été décoré de la Croix de Guerre et de la Médaille de la Résistance.
En 1945, Jean Bouhey est nommé chargé de mission au ministère de l'intérieur. En septembre, il est réélu conseiller général de Nuits-Saint-Georges. Le 29 octobre, il est porté à la Présidence du
conseil général, qui ne comprend alors que 9 socialistes, par 20 voix contre 16 au Chanoine Kir, maire de Dijon. Entre temps, le 21 octobre, il conquiert un siège à la première Assemblée
nationale Constituante sur une liste socialiste qui a deux élus. Personnellement, il obtient 56 754 voix sur 166 512 votants. Réélu le 2 juin 1946, à la seconde Assemblée nationale Constituante,
cette fois seul de sa liste, avec 47 893 suffrages sur 168 558 votants, il est nommé membre de la Commission des affaires étrangères et de la Commission de la presse, de la radio et du cinéma, où
il défend les journaux issus de la Résistance.
Pour les premières élections législatives de la IVe République, le 10 novembre 1946, 3 listes sont en présence pour 5 sièges à pourvoir en Côte-d'Or. Sur 207 966 électeurs inscrits et 160 591
suffrages exprimés, la liste des Républicains Indépendants, conduite par le Chanoine Kir, arrive en tête avec 84 887 suffrages et emporte 3 sièges, la SFIO en deuxième position, avec 47 201
suffrages, assure l'élection de Jean Bouhey, le cinquième siège échoit au Parti communiste avec 28 503 suffrages.
Une fois son élection validée, le député de la Côte-d'Or est à nouveau nommé membre de la Commission des affaires étrangères et de la Commission de la presse et de l'information. Il est désigné
aussi pour figurer sur la liste des jurés à la Haute cour de justice. Ses préoccupations le portent avant tout vers la politique extérieure. Il se montre un défenseur convaincu du Pacte
atlantique et intervient en faveur de sa ratification en juillet 1949 : "Le Pacte Atlantique est un instrument défensif capable d'empêcher une agression, capable de conserver la paix, capable de
réussir à faire cesser le plus vite possible cet état d'insécurité générale qui pèse sur l'Europe depuis plusieurs années". Mais Jean Bouhey prône parallèlement l'indépendance de la politique
française et, s'il critique le Rassemblement du Peuple français, comme formation politique dans les années 1947-1951, il demeure élogieux pour la personne du général de Gaulle qui demeure, pour
lui, "l'homme du 18 juin". Il est ainsi le seul socialiste à l'accueillir à Dijon, le 26 juin 1949. Le 1er novembre 1947, il a renoncé volontairement à son mandat de maire de Villers-la-Faye,
tout en demeurant conseiller municipal. En 1949, il perd son siège de conseiller général au profit d'un ancien maire de Nuits-Saint-Georges, soutenu par les Indépendants paysans et les
gaullistes.
Les élections législatives du 17 juin 1951 se font avec un scrutin majoritaire à un tour avec apparentement. Pour 5 sièges à pourvoir, 5 listes sont en présence. Un seul apparentement est conclu
entre le RPF et l'Union des Indépendants et Paysans. Sur 202 846 électeurs inscrits et 156 964 suffrages exprimés, aucune liste n'atteignant la majorité absolue de 78 348, les sièges sont
répartis à la proportionnelle. La liste des Indépendants et paysans, avec 40 951 suffrages, celle des socialistes avec 32 472 suffrages, une liste de "Concentration républicaine" avec 27 111
suffrages, une liste RPF avec 28 624 suffrages, enfin, la liste communiste avec 25 830 suffrages, obtiennent chacune un siège.
Jean Bouhey retrouve sa place dans ses deux commissions de prédilection. Il est, en outre, membre de la Commission chargée d'enquêter sur le trafic des piastres indochinoises et membre suppléant
de la Commission de coordination pour l'examen des problèmes intéressant les Etats associés d'Indochine. En septembre 1951, dans un débat sur les allocations scolaires parentales, il est amené à
défendre vigoureusement la laïcité : "La véritable école neutre, déclare-t-il à l'Assemblée, la seule école neutre est l'école publique et laïque". Mais, il intervient surtout dans les débats de
politique étrangère. Tout en continuant de soutenir le Pacte Atlantique, dès 1952, Jean Bouhey préconise une "coexistence pacifique" avant la lettre. Il demande notamment la reconnaissance par la
France de la Chine populaire. Il apporte son adhésion à la construction économique européenne, mais il prend fermement partie contre la Communauté européenne de défense (CED) au nom de la
souveraineté nationale. Le 31 août 1954, il vote la question préalable qui entraîne le rejet de la CED, mettant en avant "la conscience individuelle au-dessus de la discipline de parti". Il se
prononce aussi contre l'entrée de la RFA dans l'Alliance atlantique. Avec 16 autres députés socialistes, il est alors temporairement exclu de la SFIO, de janvier à juillet 1955. Hostile à la
poursuite de la guerre d'Indochine, il est, au sein de la SFIO, un des plus attachés à la réussite du Gouvernement Pierre Mendès France. Il soutient - en vain - la thèse de la participation au
gouvernement en juin et en septembre 1954.
Après la dissolution de l'Assemblée nationale, les élections du 2 janvier 1956, dans la Côte-d'Or, voient 9 listes s'affronter pour 5 sièges à pourvoir. Trois apparentements sont conclus, mais
aucun n'atteint la majorité absolue de 84 819 suffrages sur les 169 836 exprimés. La liste d'Union des Républicains indépendants et Paysans, conduite par le Chanoine Kir, avec 63 583 suffrages,
gagne 3 sièges, les deux restants vont respectivement aux communistes, avec 31 352 suffrages, et aux socialistes, avec 29 149 suffrages. Une fois son élection validée, Jean Bouhey siège une
nouvelle fois dans les Commissions des affaires étrangères et de la presse. Il est également désigné comme juré à la Haute cour de Justice le 23 novembre. Il intervient, en décembre 1956, pour
approuver le projet de loi sur la ratification des accords de la Sarre.
En février 1957, il présente une proposition de résolution tendant à inviter le gouvernement à inscrire à l'ordre du jour de l'ONU la création d'une Commission d'enquête sur les crimes contre
l'humanité. Il s'affirme partisan du maintien de liens étroits entre la métropole et l'Algérie, mais il demande une "nuit du 4 août" du colonialisme permettant l'évolution vers l'autonomie du
peuple algérien. Il condamne à la fois l'expédition de Suez, une "histoire navrante", et le bombardement de Sakhiet.
Au moment de la crise du 13 mai 1958, il dénonce la soumission de la politique française à des minorités factieuses. Cependant, pour éviter le fascisme, il accepte le retour au pouvoir du général
de Gaulle. Il vote ainsi, les 1er et 2 juin, pour la confiance sur le programme et la politique du général de Gaulle et pour le projet de loi relatif aux pleins pouvoirs. Toutefois, en septembre,
il refuse la constitution proposée qui, selon lui, comporte un renforcement du pouvoir exécutif trop important. Il quitte alors la scène politique et ne se présente pas aux élections législatives
de novembre.