Boulet Paul Marie
Le 10 juillet 1940, Paul Boulet est parmi les 80 députés qui refusent de donner les pouvoirs constituants au Maréchal Pétain. Il est délégué parlementaire à l'Assemblée consultative provisoire à
partir du 7 novembre 1944 et il y intervient sur les problèmes médicaux et viticoles. En 1945, Paul Boulet est élu maire de Montpellier. De 1953 à 1957, il n'est plus que conseiller municipal de
cette ville.
Le 21 octobre 1945, il se présente aux élections à l'Assemblée nationale constituante à la tête d'une liste du Mouvement de libération nationale mais il n'est pas élu, sa liste ne recueillant que
17 727 suffrages sur 211 816 votants. Le 2 juin 1946, Paul Boulet figure cette fois en seconde position sur la liste du MRP conduite par Paul Coste-Floret. Passant de 48 511 suffrages à 63 350
suffrages, cette liste a deux députés. L'Hérault élit aussi deux communistes (67 376 voix), un socialiste, Jules Moch (51 134 voix) et un membre du RGR, Vincent Badie (36 130 voix). Le nouvel élu
est nommé membre de la Commission de l'agriculture et de celle de la famille, de la population et de la santé publique. Il défend les viticulteurs victimes de calamités naturelles et il participe
au débat sur le ravitaillement et sur les propositions de loi électorale.
Le 10 novembre 1946, le mécontentement des électeurs et la présence d'une liste de rassemblement gaulliste (14 502 voix) font perdre des voix à toutes les listes sauf à celle des communistes - en
progrès - qui ont deux élus pour 71 482 voix. Les députés sortants sont réélus Coste-Floret et Paul Boulet pour le MRP (49 994 voix), Vincent Badie pour le RGR (32 162 voix) et Jules Moch pour la
SFIO (43 616 voix). Paul Boulet retrouve la Commission de l'agriculture et celle de la famille, de la population et de la santé publique dont il est élu vice-président en décembre 1946. Il est en
1947 nommé membre de la Commission chargée d'enquêter sur la production du vin, sa livraison au ravitaillement et sa répartition. En 1949, il entre dans la Commission des boissons. Il est aussi
juré à la Haute cour de justice.
L'activité parlementaire de ce médecin préoccupé de progrès, aussi riche que sous la IIIe République, déborde désormais le seul domaine social qui avait sa préférence. II intervient pour que les
habitants de l'Hérault victimes de tornades en 1949 et 1950 et des gelées de 1951, soient exonérés d'impôts fonciers et il se préoccupe, devant la crise viticole menaçante en 1951, du stockage
des excédents de vin. Membre de l'association des médecins amis du vin, il reconnaît le bien-fondé de la politique de lutte contre l'alcoolisme. Il dénonce le projet de loi autorisant et
réglementant la fabrication des apéritifs anisés et la publicité pour les autres apéritifs qui venait de rallier, par une habile présentation, la Commission de la famille. Lui-même dit préférer à
un dirigisme qui réglemente "l'empoisonnement" la lutte contre l'empoisonnement lui--même.
Ce professeur de médecine demande que les médecins aient priorité pour l'achat des rares automobiles et que soit facilité leur équipement en appareils radiologiques. Il intervient aussi pour que
soient augmentés les stocks de streptomycine mis à la disposition des médecins hospitaliers. En 1948, il montre l'intérêt économique de maintenir les crédits de dépistage de la syphilis et il
souhaite que l'Etat prenne en charge les établissements de rééducation et de réinsertion des prostituées. Il voudrait que la politique antivénérienne soit étendue à l'outremer. Il s'intéresse à
la situation des étudiants en demandant d'insérer un stage pratique dans la formation des médecins, et il interpelle le ministre de la santé sur la sécurité sociale des étudiants. Son souci des
victimes de handicaps et des faibles l'amène à déposer un projet de loi donnant aux tuberculeux une priorité dans les transports et à prévoir un minimum vital pour les aveugles. II demande une
revalorisation des pensions de guerre et une politique du logement qui ne défavorise pas les personnes âgées. En 1949, en un pathétique appel à la générosité, il défend la sécurité sociale dont
la gestion était critiquée. Il est le très favorable rapporteur de la Commission de la famille sur la ratification de la Convention créant l'Organisation mondiale de la santé.
Le professeur Boulet joue un rôle important dans "l'affaire du Coca-Cola" qui, en 1949, mobilise des hygiénistes et plus encore des parlementaires d'extrême-gauche contre une entreprise
américaine accusée d'impérialisme économique et de mépris de la législation française : le fabricant invoquant le secret des affaires ne prétendait-il pas échapper à l'obligation de rendre
publique la composition de son produit ? Dans son rapport du 1er décembre 1949, Paul Boulet suggère que l'avis du Conseil supérieur d'hygiène publique et celui de l'Académie de médecine soient
requis par le ministre pour réglementer l'emploi des produits d'origine végétale dans les boissons non alcoolisées. Or, le Conseil de la République rejette l'avis le 6 juin 1950. Paul Boulet
défend sans faiblir ses premières conclusions.
Le député de l'Hérault est un homme de fortes convictions. Il se déclare un jour, à la tribune, "indépendant intégral" et il se lance dans des campagnes que son parti est loin d'approuver. Il se
prononce pour l'amnistie en faveur des faits de collaboration. Le 6 juin 1947, il propose une loi tendant à abolir la peine de mort. Justifiant son attitude par les leçons qu'il tire des horreurs
du dernier conflit mondial, il se montre un pacifiste convaincu. Il souhaite un statut des objecteurs de conscience (1949). Hostile à l'armement nucléaire il voudrait le désarmement ; aussi
prend-il position contre le Pacte atlantique qui re-noue avec le système des alliances et favorisera, pense-t-il, la "course aux armements", génératrice de guerre. Il considère aussi que le Pacte
atlantique prive les parlementaires français de leur droit d'autoriser la guerre. La France devrait proclamer sa neutralité et réunir à Paris un vaste congrès de la paix.
Lorsqu'éclate le conflit de Corée, Paul Boulet souhaite que le gouvernement français favorise le rétablissement de la paix et évite de s'aligner sur la politique américaine. Ces prises de position sont en contradiction avec la politique du MRP qui prononce finalement son exclusion. Aussi les élections de 1951 se présentent-elles pour lui dans des conditions particulièrement difficiles. Il forme une liste de la gauche indépendante avec de modestes candidats et il affronte - isolé comme les communistes et les gaullistes - les quatre listes SFIO, RGR, MRP et UIPRN qui ont conclu un apparentement. Obtenant la majorité absolue (109 217 voix) les listes apparentées ont les 6 sièges. Les communistes ont recueilli 69 433 suffrages, le RPF 21 256 et la liste de Paul Boulet seulement 10 301. En 1956, il tente sans succès de revenir au Parlement à la tête d'une liste de la gauche indépendante, non apparentée qui n'obtient que 6 012 suffrages.