Bretin Marius Antoine
Marius Bretin, originaire de Saône-et-Loire par son père et de Lyon par sa mère, obtient le brevet supérieur libre en 1927. Après son service militaire effectué comme brigadier au 510ème régiment
de chars de Nancy en 1930, il s'établit comme maraîcher-horticulteur à Trévoux dans l'Ain. Il est affecté pendant la guerre de 1939-1940 au 2e bureau, à Lyon, et reprend ses activités
professionnelles après la démobilisation. D'abord socialiste, il est exclu de la SFIO lorsqu'il se fait élire en 16ème position sur la liste MRP aux élections municipales du 26 octobre 1947. Il
sera réélu en 1953. A ces fonctions locales, il ajoute, au cours des années suivantes, la présidence d'un syndicat agricole puis la participation au mouvement de Pierre Poujade, l'UDCA. C'est
pourquoi il figure en tête de la liste d'Union et de fraternité française de l'Ain aux élections législatives du 2 janvier 1956. Avec ses colistiers, il développe dans sa profession de foi les
idées-forces de ce mouvement de protestation des petits producteurs ou commerçants. "Les excès fiscaux qui frappent les consommateurs autant que les commerçants ne sont qu'un aspect de la
tyrannie d'un Etat livré aux gangs. Contre la tyrannie, un seul remède, donner la parole au peuple pour qu'il dise ce qu'il veut, ce qu'il peut, ce qu'il repousse".
Ce programme recueille dans l'Ain 22 383 voix (15, 3 % des suffrages), le score personnel de Marius Bretin s'établissant à 23 550 voix. Il est donc le seul élu de sa liste face à un communiste,
un radical et un indépendant-paysan. Pendant la législature, Marius Bretin fait partie de la Commission de l'agriculture et de celle de la reconstruction, des dommages de guerre et du logement.
Ses travaux parlementaires écrits sont tous consacrés aux problèmes agricoles. Le 7 mars 1956 Marius Bretin dépose deux propositions de loi : l'une tendant à la mise en oeuvre des mesures propres
à compenser les pertes subies par les exploitants agricoles du fait des gels récents, l'autre tendant à leur permettre de pourvoir aux réensemencements nécessaires. Deux ans plus tard, il en
dépose deux autres : l'une tendant à compléter les dispositions de l'article 16 du décret 55-467 du 30 avril 1955 relatif à la réforme des procédures et des pénalités fiscales, l'autre tendant à
mettre au service de l'agriculture un carburant bon marché spécialement affecté à son usage, à partir de plantes alcooligènes à grand rendement. Enfin, Marius Bretin rédige deux rapports sur les
propositions de ses collègues visant à restreindre ou à suspendre les importations de tomates (24 juillet 1956) ou d'endives (21 février 1958).
En séance, Marius Bretin prend part aux discussions des mêmes questions. Lors de la séance de discussion d'interpellations relatives à la politique agricole et viticole du gouvernement, il défend
longuement et vigoureusement la petite exploitation familiale et notamment la production maraîchère qui représente une valeur globale marchande égale à celle de la production de blé. Il demande
aussi le développement des coopératives pour permettre à l'agriculteur d'acheter à meilleur marché son outillage et ses semences. Il plaide pour une spécialisation régionale, une amélioration de
la commercialisation destinée à faire face à la concurrence extérieure et invite le gouvernement à prendre les mesures indispensables pour retenir la jeunesse à la terre.
Sa seconde intervention importante concerne la discussion d'interpellations sur le Marché commun. Il conteste la méthode globale d'un accord général qui ne résout pas les problèmes concrets et
sectoriels que le traité de Rome va poser à la France, notamment en matière agricole. Il souligne notamment combien les producteurs de fruits et légumes français sont en position défavorable face
à l'Italie ou à la Hollande. Il craint en outre que ce soient les pays européens qui bénéficient des débouchés offerts par l'Union française alors que c'est la France qui a mis en valeur ces
pays. Il conclut par ces phrases : "Notre hostilité à la politique qui nous est proposée ne constitue pas une prise de position doctrinale pour ou contre l'Europe (...). Nous croyons que la
prospérité française est menacée d'être sacrifiée à la fois à une idéologie abstraite et à des intérêts ploutocratiques bien concrets. C'est pourquoi sans passion et sans préjugés, nous
désapprouvons un projet dont l'avenir dira la nocivité et l'inconsistance ". Le 22 juillet 1957, Marius Bretin quitte le groupe poujadiste et s'inscrit au groupe paysan. Il ne présente plus que
quelques amendements en séance. En 1958 il soutient le retour du général de Gaulle au pouvoir.