Desjardins Charles Pierre

Publié le par Rodney42

Maire de Remaucourt pendant l'Occupation, Charles Desjardins, en octobre 1943, prend la parole dans une réunion tenue à Saint-Quentin sous la présidence du préfet de l'Aisne et du Feldkommandant, réunion ayant pour but de promouvoir et d'organiser le départ des jeunes en Allemagne au titre du travail obligatoire. Charles Desjardins s'adresse aux cent trente maires assemblés et leur déclare : " Un maire, c'est le père de ses administrés. Un père enverrait-il à l'ennemi ses enfants ? " Arrêté quelques jours plus tard, interné à Compiègne, il est révoqué de ses fonctions de maire par le Gouvernement de Vichy.

Après la Libération il demande à être relevé de l'inéligibilité qui le frappait en raison de son vote du 10 juillet 1940, favorable au projet de révision constitutionnelle. Dans sa décision du 19 juin 1945, le Jury d'honneur fait référence à son courageux comportement d'octobre 1943 et satisfait sa requête. Il se présente dans l'Aisne aux élections du 21 octobre 1945 pour la première Assemblée nationale Constituante, à la tête de la liste d'union nationale qui, avec 16,8 % des suffrages exprimés, arrive en troisième position derrière le parti communiste et la SFIO et obtient un des sièges à pourvoir.

Membre de la Commission de la justice et de la législation générale, Charles Desjardins est nommé juré à la Haute cour de justice. Il dépose des propositions de résolution sur les emplois réservés par priorité aux anciens combattants (1945), sur l'organisation de la sécurité sociale (1945), des propositions de loi sur la révision des décisions de justice prononcées pendant l'Occupation allemande à l'encontre de justiciables éloignés du lieu de juridiction pour faits de guerre ou de résistance (1945), sur l'attribution des médailles aux prisonniers civils et aux déportés (1946). En séance il intervient sur les projets de budget, sur le statut du fermage (1946) et sur la nationalisation de certaines compagnies d'assurance (1946). Opposé aux nationalisations, il soutient sa motion préjudicielle invitant l'Assemblée à surseoir à tout débat jusqu'à ce que le Gouvernement fasse connaître le bilan des précédentes nationalisations (22 mars 1946). Dans la discussion de la déclaration des droits il défend son amendement disposant que " la justice doit être mise à la portée de tous et que les juridictions doivent être à la portée de tous les justiciables " (14 mars 1946).

Inscrit au groupe de l'unité républicaine puis à celui du Parti républicain de la liberté (PRL), il vote contre les nationalisations et, le 19 avril 1946, s'oppose au texte proposé comme Constitution de la IVème République qui sera rejeté par le référendum du 5 mai 1946. Aux élections du 2 juin 1946 pour la seconde Assemblée nationale Constituante, Charles Desjardins conduit la liste du PRL qui, avec 12,7 % des suffrages exprimés, arrive en quatrième position derrière le parti communiste, la SFIO et le MRP mais conserve son siège.

A nouveau membre de la Commission de la justice et de la législation générale, le député de l'Aisne dépose diverses propositions de loi, tendant notamment à accorder aux fonctionnaires mobilisés prisonniers de guerre, déportés et prisonniers civils de guerre, les mêmes avantages que ceux obtenus par les fonctionnaires demeurés en fonction (1946), à permettre la révision des décisions de justice prononcées pendant l'occupation allemande à l'encontre des justiciables qui, à la suite de faits de guerre ou de résistance, ont été éloignés du lieu de juridiction (1946), à la suppression de la taxation des produits agricoles (1946). Il intervient dans la discussion des projets de budget et pose de nombreuses questions aux ministres du ravitaillement, des anciens combattants, de l'économie nationale, des finances et de la justice. Dans le débat sur la Constitution, il présente un amendement conférant des droits électoraux aux mineurs qu'exerceraient leurs tuteurs légaux (3 septembre 1946). Il prend part à la discussion de la proposition de loi d'André Le Troquer rendant inéligible tout individu ayant été frappé d'indignité nationale même s'il en a été relevé. Opposé à ce texte il tente de l'amender en excluant les déportés de son champ d'application (4 octobre 1946).

Avec ses collègues du groupe PRL il vote contre le texte proposé comme Constitution de la Ivème République (28 septembre 1946). Aux élections législatives du 10 novembre 1946, Charles Desjardins est réélu à la tête de la liste du rassemblement gaulliste et du Parti républicain de la Liberté qui, avec 13 % des suffrages exprimés, arrive derrière le parti communiste, le MRP et la SFIO et conserve son siège. Membre de la Commission de la justice et de la législation du début de la législature à sa mort, il appartient aussi à celle des immunités parlementaires à partir de juin 1949 et, comme suppléant, à celle de la réforme administrative en 1947. En juin 1949 il est nommé juré à la Haute cour de justice.

Parlementaire extrêmement actif jusqu'à ce que la maladie l'éloigne de l'Assemblée au cours de l'été 1950, Charles Desjardins reprend diverses propositions de loi concernant la révision de certaines décisions de justice, les dommages de guerre, la médaille des évadés ; il dépose des propositions de loi ayant trait à la prolongation jusqu'à 23 ans du bénéfice des dégrèvements fiscaux au profit des enfants qui poursuivent régulièrement leurs études (1949), à la législation des assurances sociales agricoles (1949) et des propositions de résolution visant les artisans (1948), les cultivateurs (1948), le marché noir de l'essence (1949), le prix de la betterave (1949), l'exportation des pommes à cidre (1950). Il participe activement à diverses discussions sur les anciens combattants et victimes de guerre, la production industrielle, l'agriculture, les affaires étrangères, la reconstruction et l'urbanisme, l'industrie et le commerce.

Il demande fréquemment à interpeller le Gouvernement, notamment sur la répartition et le scandaleux marché noir de l'essence (1948), la fixation du prix du blé et de la betterave (1949). Toujours inscrit au groupe PRL, Charles Desjardins vote contre le statut de l'Algérie (27 août 1947), refuse la confiance au Cabinet Ramadier après le départ des ministres communistes (30 octobre), approuve le plan Marshall (7 juillet 1948) et le pacte de l'Atlantique (26 juillet 1949).

Sa santé affaiblie à la suite d'une intervention chirurgicale, il devient aveugle et meurt le 6 février 1951. Dans 1'éloge funèbre qu'il prononce le lendemain, le Président Herriot revient sur l'attitude de son ancien collègue en octobre 1943 à Saint-Quentin et déclare : " Dans la vie de Charles Desjardins si frêle d'apparence mais moralement si solide, c'est à mon sens le sommet, c'est le fait que l'on contera plus tard aux enfants des écoles " .

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