Ducreux Jacques Tacnet dit
L'entrée en politique de Jacques Ducreux découle de sa rencontre avec Paul Anxionnaz en 1946. Ce dernier, candidat radical dans la Marne aux élections du 2 juin 1946 pour la seconde Assemblée
nationale Constituante, avait alors fait la connaissance de Ducreux, jeune journaliste au quotidien de Reims Est-France fondé par des résistants du mouvement Libération-Nord. Pour son aide dans
la campagne, Paul Anxionnaz fit de Jacques Ducreux son secrétaire parlementaire quand il fut élu en 1947, président de la Commission de la défense nationale. Assez naturellement, ce licencié en
droit décide de recevoir le sacre du suffrage universel. En 1948, il est élu conseiller municipal de Wisembach dans les Vosges. Il en devient maire en décembre 1951 et conseiller général de
Fraize en 1949. Ses collègues lui marquent leur confiance en le désignant comme rapporteur général du budget départemental.
Aux élections législatives du 17 juin 1951, Jacques Ducreux se présente derrière André Barbier, président du Conseil général des Vosges, sur une liste indépendante d'Union Républicaine présentée
par l'Union des Indépendants, des Paysans et des Républicains nationaux et par le RGR ; liste qui a la particularité d'être apparentée à la liste RPF de Maurice Lemaire. C'est du reste cet
apparentement conclu entre les deux listes à l'exclusion de tout autre qui leur permet de se partager les cinq sièges à pourvoir. La liste modérée-RGR profite du fort succès de la liste gaulliste
puisqu'elle obtient deux sièges avec 35 227 voix alors que la liste communiste avec 35 325 suffrages n'a aucun représentant.
Jacques Ducreux, membre du Rassemblement des gauches républicaines, s'inscrit au groupe radical. Son élection est validée le 6 juillet 1951. Il est nommé membre de la Commission des affaires
économiques et de celle de la reconstruction et des dommages de guerre. Le 1er février 1952, sa voiture dérape sur le verglas non loin de Bourg-en-Bresse. Jacques Ducreux, ainsi que sa fille
aînée, sont tués sur le coup.
Le 5 février, le président Herriot achève à peine une oraison funèbre faite avec l'habileté de l'agrégé des lettres capable de parler avec talent d'un homme qu'il connaît mal qu'un scandale
éclate. Les gendarmes qui firent les premières constatations sur le lieu de l'accident trouvèrent dans le portefeuille du député deux cartes d'identité. Jacques Ducreux n'est pas Jacques Ducreux
! Il s'appelle en fait Jacques Tacnet, et il est recherché par toutes les gendarmeries de France. Aussitôt, une campagne de presse veut utiliser cette affaire pour mettre en difficulté la
majorité. Paul Anxionnaz est accusé d'avoir utilisé comme président de la Commission de la défense nationale un homme peut-être au service d'une puissance étrangère. Le ministre de l'intérieur,
le radical Charles Brune, est interpellé au Conseil de la République. Les journaux écrivent que Jacques Tacnet aurait fait partie sous l'occupation de la mission Scapini et qu'il aurait écrit
dans des journaux prônant la collaboration. Puis s'étant évadé de France, il se serait engagé dans les Forces françaises combattantes et aurait réapparu à Paris à la Libération sous le nom de
Ducreux.
L'histoire de Jacques Tacnet-Ducreux reste encore en partie opaque. Dans ses Mémoires (Mes trois républiques, 1988), Paul Anxionnaz rapporte qu'il a rompu avec Jacques Ducreux en 1948 après que
celui-ci lui eut avoué qu'il portait le nom de sa mère et qu'il était recherché par la police. Le député de la Marne en informa alors le directeur de la Sûreté nationale qui, après enquête, lui
déclara n'avoir rien à reprocher à Ducreux. En fait, Ducreux-Tacnet, journaliste à Vichy, décide en 1942 de rejoindre l'Afrique du Nord pour s'engager dans les Forces combattantes. Mais accusé
d'avoir eu des sympathies pour la politique de collaboration, il est astreint à résidence. Il s'enfuit et est déclaré déserteur. Un avis de recherche est adressé à la gendarmerie, mais pas à la
police. Finalement, Tacnet rentre en France en 1945 et fait la brève carrière politique mentionnée ci-dessus sans qu'il ait eu besoin de décliner son identité et sans que des preuves formelles
aient alimenté l'accusation.