Duruy Victor

Publié le par Roger Cousin

Duruy Victor Victor Jean Duruy, né le 11 septembre 1811 à Paris, mort le 25 novembre 1894 à Paris, est un homme politique et historien français, ministre de l'Instruction publique de 1863 à 1869 sous le Second Empire. Né dans une famille d’ouvriers depuis sept générations, Victor Duruy est destiné à suivre l’exemple de son père comme contremaître dans la manufacture des Gobelins. C’est ainsi qu’il travailla d'abord à l'atelier des apprentis. Un ami de son père remarquant son application au travail, il suit des études classiques au collège Rollin, grâce à une bourse d’études. En 1830, il est admis à l'École normale supérieure1 et en 1833, il est reçu à l'agrégation d'histoire et géographie.

Il est nommé professeur au collège de Reims, à l’âge de vingt-deux ans, puis au lycée Henri-IV à Paris. Auteur sous la monarchie de Juillet de nombreux manuels scolaires d’histoire destiné aux classes élémentaires, il a notamment dirigé la collection de l'histoire universelle. Enseigner à Paris était pour lui un grand honneur, augmenté du fait qu’il avait pour élèves deux des fils de Louis-Philippe, le duc d'Aumale et le duc de Montpensier. Il sera nommé, en 1851, inspecteur de l’Académie de Paris, puis docteur ès lettres et professeur à l'école normale en 1853. La publication de nombreux ouvrages sur l’Antiquité font de lui un spécialiste de renommée internationale sur cette période.

D'opinion libérale, il éprouva plus d'appréhension que d'enthousiasme lorsque vint la révolution de 1848. Il n'en vota pas moins le 10 décembre 1848 en faveur du général Cavaignac, puis par la négative aux plébiscites qui suivirent le coup d'État de décembre 1851. Napoléon III le sollicite pour l’aider dans la rédaction de son ouvrage Histoire de Jules César. L’empereur le remerciera en le nommant inspecteur général en 1861, puis professeur à l'École polytechnique. Sa popularité va grandissant auprès de Napoléon III, ce dernier fait de lui le 23 juin 1863, le ministre de l'Instruction publique. Poste qu’il accepte après avoir d'abord refusé le portefeuille de ministre des cultes. Il occupe cette fonction pendant sept années jusqu’au 17 juillet 1869.

Ses idées libérales et son attachement au Second Empire ne se reposant que sur la personne de Napoléon III, l’isole des autres ministres. Il entreprend pourtant une profonde réforme de l’éducation. Huit jours après sa prise de fonctions, il rétablit l'enseignement de la philosophie, il s’attache à améliorer le sort des instituteurs, en revalorisant leur traitement notamment. D’autre part, le contenu des programmes du secondaire est élargi. Le 30 janvier 1865 il rend obligatoire l'enseignement de la musique pour tous les élèves des écoles normales primaires. Avec la loi du 10 avril 1867, il contribue à développer l'enseignement primaire. Celle-ci oblige les communes de plus de 500 habitants à créer une école de filles. Il encourage la gratuité de l’éducation en incitant les communes pauvres à la décréter, avec garanties de subventions de l'État. À l'octroi de bourses s’ajoute bientôt la création de la Caisse des écoles, destinée à l'aide aux élèves issus de familles nécessiteuses. Le 30 octobre 1867, il publie une circulaire dans laquelle figure le projet de cours d'enseignement secondaire à destination des jeunes filles.

Ces cours, organisés par les municipalités avaient pour objet de fournir aux jeunes filles de bonne famille une instruction différente de celle prodiguée dans les pensionnats (religieux ou laïques) et étaient pris en charge par les professeurs des différents collèges et lycées pour garçons. Les programmes suivaient celui de l'enseignement spécial (qui exclut les langues) et abordait notamment les sciences sous leur aspect pratique et expérimental. Puis il s’attaque au domaine universitaire avec le décret du 31 juillet 1868, qui fonde l'École pratique des hautes études « afin de développer la recherche et de former des savants ». Avec les bouleversements économiques et techniques que connaît à cette époque la France du Second Empire, il crée un enseignement secondaire « spécial », destiné à dispenser « une instruction appropriée aux besoins des industriels, des agriculteurs et des négociants ». Il faisait partie du conseil général des Landes.

Avec les élections législatives des 23 et 24 mai 1869 et la victoire du Tiers Parti, Napoléon III demande à Émile Ollivier de constituer un nouveau cabinet qui tiendrait compte de la majorité parlementaire. Victor Duruy abandonne ses fonctions ministérielles et siège au « Sénat impérial » jusqu'à la fin de l'Empire. Après cela il se consacre à ses premières amours, l’histoire antique, avec la rédaction de l’Histoire des Grecs qu’il achève de publier en 1873. Puis il publie l’Histoire des Romains en 1889. Ces derniers travaux lui permettent d’entrer à l'Institut, au titre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres en 1873, de l'Académie des sciences morales et politiques en 1879. En 1876, il participe à la création de la Revue historique aux côtés de Gabriel Monod. Il est ensuite élu à l'Académie française en 1884.

La Troisième République achève ainsi son œuvre. En 1865, les républicains forment le projet d’une instruction primaire conçue comme un grand service public, gratuit et obligatoire. En 1880, il revient d’ailleurs aux affaires. Jules Ferry fait appel à lui au moment de l’élaboration de sa réforme du Conseil supérieur de l’instruction publique. Duruy apporte également son aide au nouveau ministre dans l’élaboration de la loi du 21 décembre 1880 relative à l’enseignement secondaire des jeunes filles. Il est également à l’origine de la loi du 28 juillet 1882 créant le baccalauréat de l'enseignement secondaire spécial. La durée de ces études est portée à cinq ans et ouvre les portes des facultés de sciences et de médecine.

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