Grandin Auguste

Publié le par Rodney42

Si le mandat d'Auguste Grandin comme représentant à l'Assemblée nationale est assez bref - la troisième législature de la Quatrième république son nom resta attaché au monde laitier des Trente Glorieuses et en particulier à la création du groupe français coopératif Elle et Vire. Né le 13 mars 1907 dans la Manche, fils d'agriculteur et agriculteur lui-même, il fonde dès décembre 1945, avec quelques amis, la coopérative des vallées de l'Elle et de la Vire, qui devint plus tard le pivot du grand groupe agroalimentaire UNL (Union Laitière Normande)- un groupe puissant qu'Auguste Grandin présida lui-même jusqu'en 1979. Quelques mois auparavant, il avait été élu maire de sa commune, Condé-sur-Vire (élections du 20 mai 1945), une fonction qu'il remplira pendant quarante ans, jusqu'à sa mort en 1985.

Sa carrière s'inscrit toute entière au service de son terroir et de ses productions : ainsi au moment de son mandat, Auguste Grandin est-il président de l'Union des coopératives laitières en Normandie, président du Mouvement paysan de la Manche et du Comice agricole de Thorigny-sur-Vire, fonctions qu'il cumule avec celles qu'il occupe au bureau de la Chambre d'agriculture et à la Fédération des syndicats agricoles de la Manche, de même qu'à la société nationale Interlait et à Fromançais SA (qu'il préside) et aux sociétés Beurlait et Négobeureuf où il est administrateur. Spécialiste reconnu des questions économiques de sa branche, il collabore à La Manche Libre de Saint-Lô et à de nombreux journaux agricoles. Son activité dépasse le cadre national, puisqu'il est également président de la « French Dairy Farmers » de Londres.

Le 2 janvier 1956, Auguste Grandin se présente au suffrage de ses concitoyens pour les élections législatives sur la liste du Mouvement paysan d'Union sociale de la Manche, présentée par le Groupement pour la réforme de l'Etat et la défense des libertés électorales. Tête de liste, il est élu avec 11,1% des 206 624 suffrages exprimés grâce à un apparentement avec le CNI, le MRP, les Républicains sociaux et le Rassemblement des groupes républicains et indépendants (apparentement qui remporte les six sièges à pourvoir). Au cours de sa campagne, il s'était engagé à défendre la monnaie (dont la dévaluation entraîne « la misère des vieillards de France »), la paix et la famille, en marquant sa volonté de « faire reculer l'étatisme envahissant et supprimer le gaspillage des deniers publics » et de promouvoir « l'équipement complet du territoire (électrification, voirie, téléphone rural, habitat rural, tourisme, etc.) » L'autre point fort de sa campagne est aussi, bien sûr, l'organisation de la production et des marchés agricoles, avec l'instauration de « prix minima », et l'encouragement à la formation des jeunes agriculteurs.

A l'Assemblée nationale, Auguste Grandin appartient à la Commission des affaires économiques et à celle de la reconstruction, des dommages de guerre et du logement. Au nom de la première, il dépose deux rapports le 13 décembre 1956 sur des problèmes de droit de douanes concernant les vaccins pour animaux et la viande de cheval. Par ailleurs, au cours de ces années 1956-1958, il dépose douze propositions de loi et cinq propositions de résolution, relatives le plus souvent à des dispositions techniques sur le secteur agricole, et qui visent à soutenir et faciliter l'activité des exploitants et des ruraux en général. Ainsi le 12 juin 1957, sa proposition de loi tendant à ramener le prix de l'essence agricole à celui du fuel ; ou le 28 février 1958, sa proposition de loi tendant à étendre aux crèmes glacées certains avantages fiscaux. Le 20 mars 1958, il propose de créer des bourses d'éloignement au bénéfice des enfants résidant à plus de quatre kilomètres d'un établissement secondaire, et demande au gouvernement de rétablir l'intégralité des distributions de lait dans les écoles. Il intervient cinq fois à la tribune pour défendre son point de vue et prend part aux interpellations du gouvernement sur la politique agricole suivie.

Si Auguste Grandin, le 31 janvier 1956, s'abstient volontairement lors du vote d'investiture de Guy Mollet, il accorde sa confiance à Maurice Bourgès-Maunoury le 12 juin 1957. Il ratifie, le 9 juillet 1957, les traités instituant la CEE et l'Euratom. Il donne sa confiance à Félix Gaillard (5 novembre 1957) et vote les pouvoirs spéciaux en Algérie (5 novembre). Le 13 mai 1958, il accorde sa confiance à Pierre Pflimlin, et le 1er juin, au général de Gaulle à qui il remet les pleins pouvoirs le lendemain.

Son échec aux élections législatives de 1958 à 1962 lui permet de se consacrer entièrement à sa région et sa branche d'activité. Chevalier des Palmes académiques, chevalier de la Légion d'honneur, officier de l'Ordre national du mérite et commandeur du Mérite agricole, Auguste Grandin se retire progressivement de ses charges publiques, à partir de 1979, pour se consacrer à son village, où il meurt le 29 avril 1985.

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