Hiltermann Suzanne

Publié le par Roger Cousin

Hiltermann SuzanneSuzanne Hiltermann, alias Touty (née le 17 janvier 1919 à Amsterdam aux Pays-Bas – décédée de 2 octobre 2001 à Desaignes en France), est une résistante française de la Seconde Guerre mondiale. Touty a sauvé un nombre important de pilotes alliés pendant la Seconde guerre mondiale. Suite à une dénonciation, elle a été arrêtée par la Gestapo.

Après des interrogatoires répétés, avec usage de la torture, elle a été déportée au camp de concentration de Ravensbrück. Libérée à la fin de la guerre, elle se marie avec Pierre Souloumiac. Le couple a trois enfants. Il s'établit à Balizy où Touty écrit ses premiers contes, dont certaines publications restent accessibles. Elle traduit divers autres contes et ouvrages. À la fin de sa vie, elle se retire en Ardèche.

Ses actes de résistance lui valent d'être décorée de la Presidential Medal of Freedom par le Président des États-Unis. En 1939, Suzanne Hiltermann, issue de la bourgeoisie hollandaise, quitte son pays natal pour entreprendre des études de philosophie à Paris. Peu de temps après l'Occupation allemande, elle entre en résistance. Avec Micheline Goeschel, Herman Laatsman, Jean Milleret et Léo Marc Mincovschi, elle forme le réseau Dutch-Paris. Elle rend service à de jeunes hollandais qui veulent rejoindre l'Angleterre pour combattre et à d'autres qui fuient les persécutions raciales vers la Suisse.

Elle travaillera sous les ordres du Capitaine John Henry Weidner, un héros hollandais de la seconde guerre mondiale décoré par plusieurs nations pour avoir permis à plus de 1 000 juifs, combattants, et en particulier aviateurs alliés, d'échapper à une mort certaine. Israël a attribué à John Henry Weidner le titre de Juste parmi les nations et a planté un arbre à son nom à Yad Vashem.

À partir de 1943, répondant aux priorités stratégiques données par Londres, le réseau se spécialise dans l'évacuation des pilotes tombés en France et en Europe. Des moyens importants sont mis en oeuvre. Les forces aériennes sont le vecteur stratégique dont dépend l'issue de la guerre. Churchill le résumera ce constat par une formule restée célèbre : "Never in the field of human conflict was so much owed by so many to so few".

Ces pilotes sont ramenés vers le réseau Dutch Paris par la Résistance. Ils sont la plupart américains. La première préoccupation est de les habiller. Comme ils sont souvent grands, ce n'est pas facile de trouver chaussure à leur pied au marché noir. Touty s'occupe de toutes ces opérations : les cacher, les loger, les nourrir, leur apprendre quelques rudiments de français et faire confectionner de faux papiers.

Au commissariat de Drancy, Michel Duchanel s'occupe de la fabrication des faux papiers (cartes d'identité et de rationnement) pour les pilotes, avec des tampons venus de différentes mairies de France. Des passeurs sont recrutés pour franchir la frontière espagnole à travers les massifs pyrénéens. Des itinéraires, des interconnexions et des relais sont mis en place.

En janvier 1944, Touty doit faire face à des afflux de pilotes alliés, américains principalement, de plus en plus denses. La difficulté est toujours de les déguiser en français ordinaires, de faire des photographies d’identité et des faux papiers ; et surtout qu'ils évitent de parler trop fort en langue anglaise. Ceux de la première vague sont : le second lieutenant Jack O. Norton, le second lieutenant Karl D. Miller, le sergent James E. Tracy, le second lieutenant Chauncey Hicks, le second lieutenant Charles O. Downe, Ernest O. Grubb, Jan Triobansky.

Trois autres en provenance de Bruxelles viennent les rejoindre au 11 rue Jasmin : Loral Martin, Harry D. Kratz et Herman Morgan. Puis viennent encore 10 américains et 2 anglais. Le réseau ne sait plus où loger tout ce monde. Grâce à l’aide d’un prêtre, des cachettes sont aménagées dans les caves de l’École polytechnique. Huit autres nouveaux arrivants sont logés près de Montfermeil.

Touty et Marie France accompagnent les pilotes à la Gare d'Austerlitz où Suzy Kraay qui doit les prendre en charge n'est pas là. Face aux nécessités, Touty et Marie France décident de les escorter jusqu'à Toulouse. Là, M. Moen qui les attend, les prend en main pour le transfert vers l'Espagne, selon les procédures prévues.

À son retour, Léo Marc Mincovschi lui annonce que Suzy Kraay a été arrêtée par la police française le 10 février. Tous deux foncent vers l'appartement de Touty, rue du Laos, pour détruire les papiers, vêtements et outils compromettants. Puis ils rejoignent Laatsman et le capitaine Weidner qui tempèrent leurs inquiétudes et se montrent rassurants : « C'est simplement une histoire de marché noir. Il n'y a rien à craindre. » Le 26 février commence le coup de filet qui va conduire à l'arrestation de tous les membres du réseau Dutch Paris, suite aux informations livrées par Suzy, à l'exception du Capitaine Weidner qui parvient à s'échapper. Touty est arrêtée le 27 février 1944. Elle est internée à Fresnes, ensuite à Romainville, puis déportée à Ravensbrück par le convoi du 18 avril 1944.

Du camp, comme le dira plus tard Michel Anthonioz de sa mère, Geneviève de Gaulle, une des amies de Touty à Ravensbrück : « Elle n'en parlait jamais, mais il était présent à chaque instant ». Dans le wagon à bestiaux qui les transporte à travers l'Allemagne, Jacqueline Péry se souvient que Touty était une des rares prisonnières à avoir une idée précise de ce qui les attendait. Parlant allemand couramment, connaissant bien Mein Kampf qu'elle avait lu avant que la guerre ne se déclenche, ayant maintenu des liens étroits avec des anti-nazis, jusque dans l'ambassade d'Allemagne à Paris, et ayant escorté des juifs plusieurs fois à la frontière suisse, elle était bien informée.

Au camp, elle demeurera dans le bâtiment occupé par les françaises. Elle exercera successivement les activités de couturière, déménageuse et bûcheron. La vie au camp est très dure (voir en particulier le témoignage de Jacqueline Péry de la Rochebrochard cité plus haut). Lorsque son amie et future belle sœur, Simone Souloumiac, avec laquelle elle partage la paillasse qui lui sert de lit à Ravensbrück, se décourage durant les interminables appels du petit matin, Touty lui murmure : "Tiens bon ! Il faut que nous restions debout. Il faut que nous puissions voir la fin du film".

Président de la Croix Rouge suédoise, le comte Folke Bernadotte est pressenti par Himmler pour discuter d'une « paix des braves » avec les Alliés. Au cours de la seconde entrevue, il exige du responsable des camps de concentration la libération des déportées de Ravensbrück. Himmler lui donne son accord.

Le commandant du camp Suhren obtempère, non sans difficultés. Les nouveaux ordres apparaissent contraires à ceux d'extermination totale donné par le Führer. L'opération Bernadotte est menée par un médecin suédois, le Dr Arnoldson : dix-sept autocars blancs se rangent devant l'entrée du camp le 23 avril 1945. La fin de la guerre est proche. Le commandant du camp se résigne à laisser partir trois cents miraculées françaises, hollandaises et belges, qui vont échapper à la menace de solution finale ordonnée pour toutes les internées. Elles sont ramenées jusqu'à Göteborg en passant par le Danemark, encore sous domination nazie.

Elle revient en France quelques semaines plus tard grâce à un avion de la US AIR FORCE qui la ramène à Paris. Quelques temps plus tard, Touty fait la connaissance du frère de Simone Joint Souloumiac, sa meilleure amie du camp. Pierre Souloumiac est un miraculé des sous-marins allemands. Capitaine au long cours, il s'est spécialisé pendant toute la guerre dans le transport rapide - hors convoi - de matériel de guerre entre l'Angleterre et les États-Unis. Ils se marient le 9 février 1946.

En 1951, Pierre Souloumiac cesse de naviguer et entre au Ministère de la Marine Marchande où il participe à la rédaction du Code sur le transport des marchandises dangereuses. Le couple s'installe dans une vieille ferme du hameau de Balizy, à 23 kilomètres au sud de Paris. Touty y reçoit souvent ses anciennes amies du camp, notamment Germaine Tillon. Elles ont de longs échanges sur ce qui se passe en Algérie. Leur passé les conduit à favoriser le parti de l'indépendance.

C'est à Balizy que Touty compose ses contes pour enfants. Son mari meurt le 3 février 1956. Elle traverse alors une période difficile. Grâce à son frère, Touty devient correspondante pour la France du Haagse Post (nl), journal dont il est le propriétaire et le rédacteur en chef. Élue au conseil municipal de Longjumeau, elle s'attache à promouvoir le hameau de Balizy, en prenant appui sur son riche passé (ancienne commanderie des Templiers de Balizy) et en développant la Fête de la Liberté.

En 1959, elle rencontre le baron Albrecht Van Aerssen, un diplomate néerlandais. Ils se marient à La Haye le 1er avril 1960. Van Aerssen est nommé à Hong-Kong, où il exerce les fonctions de consul général au service de la Couronne néerlandaise. En 1963, Touty reçoit la visite de Bernard Anthonioz, conseiller d'André Malraux. Les conversations portent notamment sur la reconnaissance de la Chine par la France. Touty, dont le beau-père est à l'origine de la reconnaissance de la Chine communiste par les Pays-Bas, soutient avec force la reconnaissance de la Chine par la France. Les discussions vont si loin que nom du premier ambassadeur est évoqué.

Pour l'éducation des enfants de la petite colonie française, Touty fonde une école en 1963. Au démarrage, cette école n'occupe que trois pièces, le matin, dans les locaux de l'Alliance française. Elle fonctionne avec quelques enseignants bénévoles, dont la plupart viennent du consulat de France. Le Commandant Houël s'occupe des mathématiques. Le Révérend Père Chagny y enseigne les cours de littérature. Jean-Pierre Angremy en sera le premier professeur d'histoire.

Avec le soutien structuré des cours par correspondance du CNTE de Vanves, petit à petit, l'école prend souche et grandit : 1.200 élèves étudient à présent au lycée Victor Segalen de Hong Kong, le plus grand lycée d'Asie. En février 1964, Touty et ses enfants quittent l'enclave britannique à bord du Laos, paquebot affrété par les Messageries Maritimes. La même année, Touty divorce du Baron Van Aerssen.

De retour à Balizy, Touty s'enthousiasme pour les événements de Mai 68. Étudiante en chinois, elle noue de nombreuses et solides amitiés à l'université de Jussieu. Les Van Waveren lui font découvrir l'Ardèche. Elle s'y installe définitivement à partir de 1981. Là, aux Baux du Peyron à Desaignes, elle commence une nouvelle vie qui se poursuivra jusqu'à sa mort.


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Publié dans Résistants

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