Le procès de Riom
Ce document montre sur quelles bases incertaines fut établi ce procès en haute trahison, et il lui donne un parfum moyennâgeux.
Qu'il ne faille accorder qu'un crédit limité aux allégations de l'accusation, cela ne veut pas dire que tous les chiffres de la défense correspondent à la réalité des faits.
Mais il paraît néanmoins à peu près établi que nous avions plus de chars qu'on ne le supposait. On verra au cours de ces pages l'emploi qui en a été fait. lorsqu'on perd une grande bataille, le
public crie volontiers à la trahison. C'est un bien gros mot, et un peu démodé depuis le connétable de Bourbon. La France compte de traître, c'est-à-dire de gens capables de livrer à l'ennemi la
place qu'ils étaient chargés de défendre.
Mais il s'est rencontré ds hommes qui étaient inférieurs à leur tâche. En particulier, on a pourvu le hauts commandements des généraux qui eussent été parfaits pour diriger des ouvriers, mais qui
n'avaient plus le dynamisme nécessaire à la conduite d'une guerre motorisée. Il s'est trouvé aussi des gens qui ont enregistré d'un oeil amusé les désordres qu'a entraînés ce qu'on a appelé
"l'explosion sociale de 1936".
Sans doute, ils ne pactisaient pas avec l'ennemi, mais ils ne pactisaient pas non plus avec leur propre pays. Ils le regardaient se débattre dans ses difficultés, en attendant l'échec militaire
qui viendrait confirmer leur sagacité politique. La fameuse cinquième colonne était composée en majeure partie non pas d'amis de l'Allemagne, mais de Français à oeuillères. Mais ouvrons le procès
de Riom.
A côté de faits précis on y trouvera bien des propos évocateurs qui donnent leur vrai sens à ces débats. Après les avoir suivis en témoin impartial, j'ai essayé de les retraver aussi fidèlement
que possible.