Massacre de Srebrenica

Publié le par Mémoires de Guerre

Le massacre de Srebrenica, également appelé génocide de Srebrenica, désigne le massacre de plus de 8 000 hommes et adolescents bosniaques dans la région de Srebrenica, en Bosnie-Herzégovine, au mois de juillet 1995, durant la guerre de Bosnie-Herzégovine. Ces tueries ont été perpétrées par des unités de l'armée de la république serbe de Bosnie (VRS) sous le commandement du général Ratko Mladić, appuyées par une unité paramilitaire de Serbie, les Scorpions, dans une ville déclarée « zone de sécurité » par l'Organisation des Nations unies (ONU). Cette dernière y maintenait une force d'environ 400 Casques bleus néerlandais, présents dans la région de Srebrenica au moment du massacre. En juin 2017, les Pays-Bas furent d'ailleurs jugés partiellement responsables car ils avaient fait le partage entre hommes et femmes, avant que les hommes ne soient fusillés et les femmes expulsées et refusé l'appui aérien de l'OTAN en raison des risques pour leurs troupes. Ce crime est considéré comme le « pire massacre commis en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ».

Il est qualifié de génocide par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie et la Cour internationale de justice à plusieurs reprises. Le programme officiel de l'Éducation nationale en France use aussi de cette qualification. Celle-ci est cependant contestée par certains historiens spécialisés, ainsi que par beaucoup de Serbes. Des experts onusiens considèrent que ce génocide appartient à une vaste campagne de « nettoyage ethnique » en Bosnie multiculturelle, faite par les serbes dans le but de créer un territoire « ethniquement pur » et le joindre à la Serbie. C’est le plan de création d'une « Grande Serbie », idéologie qui apparaît en 1844 (Ilija Garašanin) et qui est toujours actuelle. Le 11 juillet de chaque année, des dizaines de milliers de personnes se retrouvent au mémorial de Potočari, créé en mémoire des victimes. Dans les années 2019 encore, l'identification et la ré-inhumation des corps se poursuivent. Ratko Mladić a été condamné par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, situé à La Haye, à la prison à perpétuité après avoir été reconnu coupable de génocide et de crime contre l'humanité. Son procès s'est terminé le 22 novembre 2017. 

Massacre de Srebrenica

Historique

Contexte

Après la dissolution de la République fédérative socialiste de Yougoslavie et la guerre qui a suivi, les Serbes de Bosnie-Herzégovine prirent le contrôle de la majeure partie de la Bosnie orientale, conduisant une campagne de nettoyage ethnique contre les Bosniaques (« Musulmans ») de la région, rapportée par des milliers de témoins oculaires et des organismes internationaux. Ayant fait de Srebrenica un objectif majeur de leur stratégie, les forces serbes ont graduellement renforcé l'isolement de la ville. Dès avril 1992, l'Armée populaire yougoslave (JNA) positionne des pièces d'artillerie à chaque point-clé et partout sur les hauteurs autour de Srebrenica, et redéploie dans la région de Podrinje un grand nombre d'unités retirées de la Croatie voisine. Le 8 avril 1992, les forces serbes prennent la ville de Zvornik, isolant ainsi Srebrenica de Tuzla. Le 11 avril 1992, elles s'emparent de Skelani, au sud-est de Srebrenica, et mettent en place des postes de contrôle sur la route de Srebrenica. Le 17 avril 1992, une délégation de cinq musulmans de Srebrenica dirigée par Bešim Ibišević, président de la municipalité, rencontre des dirigeants serbes de Bosnie dans leur fief de Bratunac. C’est là, à l’hôtel Fontana, qu’un ultimatum est lancé aux habitants musulmans de Srebrenica, sommés de rendre toutes leurs armes et de quitter la ville dans les 24 heures. Beaucoup de Serbes des régions périphériques et de la ville ont rejoint l'armée serbe au début du conflit, aidés par la population serbe de la région qui leur a fourni des armes et des munitions, participant même parfois aux attaques pour piller et détruire les maisons bosniaques.

Après la prise de Bratunac, les forces serbes lancent leur attaque sur Srebrenica le 18 avril 1992: environ 5 000 obus d'artillerie sont tirés sur la ville et les villages bosniaques environnants. Ils ne rencontrent aucune résistance. Le jour même, les Serbes entrent dans la ville, où ils commencent à piller les biens, incendier les maisons et tuer les habitants qui, en raison de maladie ou de leur grand âge, ne sont pas en mesure de s'échapper dans les bois environnants. La plus jeune victime était un bébé âgé de 12 mois, Nezir Suljić. Le 20 avril 1992, des formations militaires serbes essaient de pénétrer à Potočari, un village bosniaque sur la route de Srebrenica à Bratunac. Elles sont interceptées par un groupe de villageois bosniaques armés de fusils de chasse ayant à sa tête Naser Orić. Les villageois ont mis en place une embuscade et ont tué quatre agresseurs qui appartenaient à une unité paramilitaire, les « Tigres d'Arkan ». Pendant le siège de l'enclave, Orić est l'un des plus efficaces organisateurs de la défense de la ville. Les forces serbes se retirent de Srebrenica après la mort de leur chef, Goran Zekić, tué dans une embuscade le 8 mai 1992. Zekić avait été l'un des principaux organisateurs de la purification ethnique de la population bosniaque de Srebrenica et de Bratunac. Après sa mort, les Bosniaques peuvent retourner dans leur ville détruite et commencent à organiser une défense. Cependant Srebrenica libérée reste assiégée, totalement isolée et coupée des territoires contrôlés par les autorités de la République de Bosnie-Herzégovine. L'ambassadeur vénézuélien à l'ONU, Diego Arria, a décrit plus tard le siège brutal de Srebrenica comme « un processus de génocide au ralenti. »

Les forces serbes ont régulièrement bombardé Srebrenica depuis la Serbie, à partir de positions sur le mont Tara, où se trouve le centre de formation des unités spéciales du ministère de l'Intérieur (MUP) de Serbie. Dans l'affaire « Naser Orić », le Tribunal de La Haye a conclu : « D’avril 1992 à mars 1993, les Serbes ont soumis la ville de Srebrenica et les villages situés en territoire musulman à de multiples offensives, notamment à des attaques d’artillerie, des tirs isolés et, occasionnellement, à des bombardements aériens. Ces attaques suivaient toutes le même schéma. Des soldats et des paramilitaires serbes investissaient un village ou hameau musulman, appelaient la population à rendre les armes, puis commençaient à bombarder et à tirer sans discrimination. Dans la plupart des cas, ils entraient ensuite dans le village ou le hameau, chassaient ou tuaient les habitants, qui n’offraient que peu de résistance, et détruisaient leurs maisons. À cette époque, Srebrenica était chaque jour et de toutes parts la cible de bombardements indiscriminés. C’était surtout le village de Potočari, maillon stratégique de la ligne de défense autour de Srebrenica, qui essuyait les attaques quotidiennes de l’artillerie et de l’infanterie serbes. Par ailleurs, d’autres villages musulmans étaient systématiquement attaqués. Ces opérations ont jeté un grand nombre de réfugiés sur les routes et fait beaucoup de victimes. »

Trois ans avant le génocide de Srebrenica, les nationalistes serbes de Bosnie — avec le soutien logistique, moral et financier de la Serbie et de l'Armée populaire yougoslave (JNA) — détruisent 296 villages bosniaques autour de Srebrenica et massacrent au moins 3 166 Bosniaques, y compris de nombreuses femmes, enfants et personnes âgées. En 1993, Srebrenica, est déclarée « zone protégée » par le Conseil de sécurité des Nations unies. Les forces bosniaques de l'ABiH, commandées par Naser Orić, conservent, malgré la démilitarisation officielle, certaines de leurs armes et plusieurs tranchées derrière la zone sûre. Pour briser l'enclavement, Naser Orić passe à l'offensive, étend son territoire. C'est pendant ces opérations que se produisent les crimes qui lui sont reprochés. Ainsi le général français Philippe Morillon, qui commandait les forces de l’ONU sur place, accuse : « Dans la nuit du Noël orthodoxe, nuit sacrée de janvier 1993, Naser Orić a mené des raids sur des villages serbes… Il y a eu des têtes coupées, des massacres abominables commis par les forces de Naser Orić dans tous les villages avoisinants ». Le jugement dans l'affaire Orić montre clairement que le village serbe de Kravica était une base militaire à partir de laquelle les Serbes de Bosnie lançaient des attaques meurtrières sur les villages musulmans voisins et sur la ville de Srebrenica elle-même. La contre-attaque bosniaque sur Kravica, le 7 janvier 1993, était une réponse au blocus de l'aide humanitaire par les forces serbes et les attaques constantes contre les villages bosniaques musulmans à proximité. Selon l'arrêt du Tribunal :

« Les combats s'intensifient en décembre 1992 et au début de janvier 1993, lorsque les musulmans de Bosnie ont été attaqués par des Serbes de Bosnie venant principalement de Kravica et Ježeštica. Au petit matin du 7 janvier 1993, le jour du Noël orthodoxe, les musulmans de Bosnie attaquent Kravica, Ježeštica et Šiljkovići. Des preuves irréfutables indiquent que les gardes de village ont été soutenus par l'armée de la république serbe de Bosnie (VRS), à la suite du combat à l'été 1992, ils ont reçu un soutien militaire, y compris des armes et une formation. Une quantité considérable d'armes et de munitions a été conservée à Kravica et Šiljkovići. En outre, il existe des preuves attestant que, outre les gardes de village, il y avait la présence militaire de Serbes de Serbie et de Serbes de Bosnie dans la région. » L'arrêt confirme également que les réfugiés bosniaques dans l'enclave assiégée ont commencé à mourir de faim en raison du blocus serbe de l'aide humanitaire. En conséquence, les Bosniaques ont dû contre-attaquer les bases militaires serbes autour de Srebrenica pour obtenir la nourriture nécessaire et d'autres nécessités pour la survie : 

« Entre juin 1992 et mars 1993, les musulmans de Bosnie ont attaqué un certain nombre de villages et hameaux habités par les Serbes de Bosnie, ou de lieux desquels les musulmans de Bosnie avaient auparavant été expulsés. L'un des objectifs de ces actions était de se procurer de la nourriture, armes, munitions et équipements militaires. Les forces serbes de Bosnie qui contrôlent les routes d'accès empêchaient l'aide humanitaire internationale — le plus important, la nourriture et les médicaments — d'atteindre Srebrenica. En conséquence, il y avait une pénurie constante et grave provoquant un pic de famine durant l'hiver 1992/1993. De nombreuses personnes sont mortes ou ont été dans un état de grande dénutrition. » La chute de Kravica a créé une onde de choc chez les Serbes de Bosnie orientale, la population de Bratunac paniquée, les autorités ont dû fermer les ponts sur la Drina pour empêcher les gens de traverser la rivière en masse et rejoindre la Serbie. Pour les Bosniaques, cependant, la victoire sur Kravica était un encouragement considérable. Cette victoire a permis aux forces d'Orić de rejoindre les forces musulmanes à Konjević Polje et Cerska. Naser Orić a été condamné par le TPIY, puis acquitté en appel en 2008, le tribunal retenant la jeunesse du commandant à l'époque des faits et l'absence de preuves de sa connaissance des exactions de ses troupes. 

Siège de la ville

En 1995, les forces serbes lancèrent une offensive massive contre la ville, forçant les défenseurs à donner leur accord au plan surveillé de démilitarisation de l'ONU, faisant de Srebrenica une zone sûre. Six cents Casques bleus néerlandais de la FORPRONU sont déployés pour protéger les citadins, mais sont impliqués dans des escarmouches. Fin mai 1995, 400 Casques bleus sont pris en otage par les forces bosno-serbes à la suite d'un raid aérien de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) contre un dépôt de munitions.

Le 4 juin 1995, le commandant français des forces militaires de l'ONU en ancienne Yougoslavie, le général Bernard Janvier, rencontre secrètement le général Ratko Mladić pour obtenir la libération des otages, dont plus de la moitié étaient français. Mladić exige de Janvier qu'il n'y ait plus de frappe aérienne. Cinq jours plus tard, le représentant dans la région de l'ONU, Takashi Akashi, déclare que l'ONU « se conformerait strictement au principe de maintien de la paix ».

Le 7 juillet 1995, les forces serbes de Bosnie menées par le général Ratko Mladić prennent d'assaut la ville. Les Néerlandais de la FORPRONU demandent, en vain, une aide aérienne avant d'être pris en otages par les forces serbes. Orić a quitté Srebrenica, laissant le commandement à ses lieutenants et incitant les médias à accuser les forces bosniaques de ne pas mettre en œuvre une défense adéquate. La plupart des civils partent immédiatement pour la ville de Potočari où se trouvait la base militaire principale de l'ONU. D'autres civils prennent des autobus pour des territoires bosniaques. 

Massacre de Srebrenica

Massacre des civils

Le 11 juillet 1995, les responsables militaires et civils bosniaques comprennent que l'enclave de Srebrenica va tomber. La majorité des hommes valides — qu'on estime à environ 12 500 — décide de s'exfiltrer, dans la nuit du 11 au 12, en colonne, pour traverser un champ de mines. Environ un tiers des hommes portent des armes et deux tiers sont non armés. Le 12 juillet, la plus grande partie de la colonne perce sans combat les lignes serbes dans la vallée de la Cerska et ne rencontre aucune opposition. Elle est néanmoins rapidement encerclée par les forces serbes. Dans la nuit du 12 au 13 juillet, celles-ci sont entrées dans Srebrenica. Les hommes sont emmenés dans des lieux de détention. Le 13 juillet, un certain nombre d'exécutions ont lieu lors des transferts en autobus.

Le même jour, les combats entre la colonne et les forces serbes sont extrêmement violents. C'est durant cette journée du 13 juillet que le plus grand nombre de prisonniers est capturé. Ils sont systématiquement transférés vers Bratunac. Dans l'après-midi a lieu le premier massacre : un important groupe de prisonniers est exécuté dans un hangar à Kravica. Le 14 juillet au matin, l'ensemble des prisonniers se trouve à Bratunac. Ils sont visités par le général Mladić qui leur soutient qu'ils seront l'objet d'un échange de prisonniers. Le 14, les prisonniers sont embarqués vers différentes destinations plus au nord où sont perpétrées des exécutions de masse. Les bulldozers creusent des fosses communes pour les cadavres. Les massacres se poursuivent le 15 et 16 juillet, l'évaluation portant à 1 200 le nombre des morts sur le lieu-dit de Branjevo. 

Le 17 juillet, les massacres sont terminés et les fosses communes refermées. Les forces serbes continuent à poursuivre le reste de la colonne, faisant des victimes jusqu'au territoire bosniaque. Des survivants accusent les serbes d'avoir utilisé des armes chimiques ou biologiques. Apparemment il s'agissait d'un gaz incapacitant composé de benzilate, qui désoriente ses victimes et leur donne des hallucinations. Jean-René Ruez, chef de l’équipe Srebrenica du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, évalue le nombre des personnes exécutées dans un «processus organisé et systématique» entre 4 000 et 5 000, le reste des victimes étant mortes au combat. 

Bilan

Responsabilités

En février 2006, la Cour internationale de justice rejette la responsabilité de l'État serbe dans le génocide, mais souligne que l'État serbe n'a pas pris «toutes les mesures en son pouvoir» pour empêcher le génocide de Srebrenica. En mars 2010, le Parlement de Serbie reconnaît le massacre de Srebrenica, geste lu comme un premier signal pour la réconciliation de toute la région par les instances de l'Union européenne. Le général serbe Ratko Mladić ainsi que le chef politique des Serbes de Bosnie Radovan Karadžić sont mis en accusation par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) pour génocide, complicité de génocide, crimes contre l'humanité et violations des lois et coutumes de la guerre. Le 2 août 2001, Radislav Krstić, un général serbe de Bosnie qui a mené l'assaut sur Srebrenica aux côtés de Ratko Mladić, est condamné par le TPIY à 46 ans de prison pour génocide et autres crimes. L'accusation de génocide est rejetée en appel, mais le tribunal retient une charge de complicité de génocide et condamne Krstić à 35 ans de prison le 19 avril 2004. En décembre 2004, il est transféré au Royaume-Uni où il purge sa peine.

Le 22 juin 2004, le président de la République serbe de Bosnie (région autonome à forte majorité serbe de Bosnie-Herzégovine), Dragan Čavić, reconnaît, à la télévision de la Republika Srpska, que les forces serbes ont tué plusieurs milliers de civils en violant le droit international. Il déclare que Srebrenica était un chapitre sombre dans l'histoire des Serbes. Le 10 novembre 2004, le gouvernement de la République serbe de Bosnie a présenté ses excuses pour le massacre de Srebrenica et s'est engagé à traduire en justice les coupables. En mai 2007, l'ex-général Zdravko Tolimir, proche du général Ratko Mladić, a été arrêté près de la frontière entre la Serbie et la Republika Srpska. Le TPIY avait inculpé Zdravko Tolimir, en février 2005, de génocide, de crimes contre l'humanité et de crime de guerre pour «le meurtre, l'expulsion et les traitements cruels» commis contre les populations musulmanes de Bosnie des enclaves de Srebrenica et de Žepa. Il a été condamné pour génocide en décembre 2012.

En juin 2007, une plainte a été déposée par le cabinet d'avocats Van Diepen & Van Der Kroef, au nom des survivants et parents des victimes de Srebrenica, contre les Pays-Bas et les Nations unies pour non-respect d'obligations contractuelles, «échec à prévenir un génocide» et «non-déclaration de crimes de guerre». Il est reproché aux 450 Casques bleus néerlandais, positionnés à proximité de l'enclave et censés la protéger, de n'être pas intervenus face aux attaquants serbes (environ un millier), cela bien que la population ait cherché refuge auprès de leur base. Le 21 juillet 2008, Radovan Karadžić est arrêté par les services secrets serbes à Belgrade. Le 15 février 2009, il est doublement mis en accusation par le Tribunal pénal international pour génocide, une première fois pour les crimes commis en Bosnie-Herzégovine en 1992, une seconde fois pour le massacre de Srebrenica en juillet 1995. En 2016, le TPIY reconnaît sa culpabilité pour dix des onze chefs d'accusation portés contre lui, notamment la responsabilité pénale du génocide de Srebrenica.

Après avoir échappé pendant seize ans à la justice internationale, Ratko Mladić est arrêté le 26 mai 2011. Reconnu alors coupable de génocide et de crime contre l'humanité, il est condamné à la prison à perpétuité par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie le 22 novembre 2017. Le 16 juillet 2014, le tribunal de La Haye estime que l'État néerlandais est civilement responsable de 300 morts à Srebrenica parce que les soldats néerlandais n'auraient pas dû évacuer ces hommes de la base où ils s'étaient réfugiés. Cette décision est potentiellement lourde de conséquences pour les missions de l'ONU. En juin 2017, la Cour d'appel de La Haye a jugé les Pays-Bas partiellement responsables de la mort de 350 musulmans lors du massacre de Srebrenica. Certains membres éminents du parti grec d’extrême droite Aube dorée furent impliqués dans le massacre. 

Nombre de victimes

L'estimation du nombre de personnes tuées lors de la prise de la ville a beaucoup varié au cours du temps. La Croix-Rouge a publié une liste de 7 333 personnes portées disparues basée sur les témoignages des familles des disparus. Les recherches de corps auxquelles le TPIY a procédé jusqu'à la fin 2001 ont permis d'identifier 2 361 cadavres dans les environs de Srebrenica. La liste préliminaire des personnes disparues publiée par la commission internationale pour les personnes disparues (Federalna Komisija za nestale osobe) compte 8 106 noms, elle comprend 500 noms de personnes qui avaient moins de 18 ans, de plusieurs dizaines de femmes et de quelques jeunes filles. Bien que les victimes soient principalement des hommes et des jeunes garçons, les femmes et les enfants ayant été évacués en cars vers les lignes bosniaques, on y compte aussi des adolescents de moins de 15 ans et des personnes âgées de plus de 65 ans. En juillet 2009, l'ADN de 6 186 victimes a été identifié, par l'analyse de restes humains trouvés dans les charniers et 3 647 victimes ont été inhumées au mémorial de Potočari. C'est sur ce mémorial qu'est gravé le nombre de 8 372 victimes. La commission internationale des personnes disparues estime, à 8 100, le nombre de personnes disparues à la chute de Srebrenica. 

Photo montage de Ratko Mladic à gauche le 15 février 1994 quand il était chef militaire des Serbes de Bosnie et à droite quand il entre au tribunal à La Haye le 22 novembre 2017.

Photo montage de Ratko Mladic à gauche le 15 février 1994 quand il était chef militaire des Serbes de Bosnie et à droite quand il entre au tribunal à La Haye le 22 novembre 2017.

Controverses sur la qualification génocidaire

Pour les institutions internationales il n'y aucun doute quant à la qualification de génocide :

La majorité des politiques et médias français comme étrangers s'accordent sur le terme de génocide, bien que certains historiens et intellectuels contestent cette qualification :

  • Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières, déclarait : « Les faits sont pourtant clairs et acceptés par tous, mais on a appelé ça un génocide. Srebrenica a été le massacre des hommes en âge de porter des armes. C'est un crime contre l'humanité indiscutable, mais on a laissé partir des femmes, des enfants, des vieillards, des gens qui n'étaient pas considérés comme des menaces potentielles » ;
  • l'universitaire Joël Kotek, régulièrement invité à des conférences sur la notion de génocide organisées par l'éducation nationale française ;
  • l'historien spécialiste des génocide Yves Ternon fustigeait la CIJ d'étendre le terme de génocide au massacre de Srebrenica. « Le génocide est une forme extrême de crime contre l'humanité. On peut considérer qu'il y a génocide lorsque sont réunies cinq conditions : destruction physique, c'est-à-dire meurtre, d'un groupe humain (…), dans une part substantielle de ce groupe. Quatrièmement, les personnes sont tuées pour leur appartenance à ce groupe sans distinction d'âge ni de sexe. Cinquièmement, ce meurtre de masse est planifié, et seul un État ou une organisation qui prend la place de l'État, est à même de planifier un génocide à l'échelle géographique d'une nation, voire d'un continent.

Certains militaires impliqués dans les opérations de maintien de la paix ont aussi dénoncé la qualification de génocide. C'est notamment le cas de Lewis MacKenzie, général maintenant retraité qui fut le commandant en chef de la force de maintien de la paix de l'ONU à Sarajevo. Quelques observateurs, dont la journaliste canadienne Carol Off et un journaliste américain Roy Gutman, estiment cependant que MacKenzie ignore la situation politique en Bosnie et est manipulé par une propagande pro-serbe qui, lorsqu'elle minimise le nombre des victimes du massacre, confine au négationnisme. Le 15 janvier 2009, le Parlement européen dans sa résolution sur la commémoration de Srebrenica « demande au Conseil et à la Commission de commémorer dûment l'anniversaire de l'acte de génocide de Srebrenica-Potočari en soutenant la reconnaissance, par le Parlement, du 11 juillet comme journée de commémoration du génocide de Srebrenica, dans l'ensemble de l'UE, et leur demande d'appeler tous les pays des Balkans occidentaux à faire de même». Le 8 juillet 2015, la Russie a opposé son véto à un projet de résolution de l'Organisation des Nations unies (ONU) qui reconnaissait le massacre de Srebrenica comme un génocide, qualifiant le texte d'« agressif, motivé politiquement et pas constructif ».

Divergences et évolution des autorités serbes

Le 31 mars 2010, le Parlement de Serbie, à majorité pro-occidentale avec le Parti démocrate, reconnaît pour la première fois depuis la fin de la guerre le massacre de Srebrenica. Pour Catherine Ashton, haute représentante de l'UE pour la politique étrangère, et Štefan Füle, commissaire à l'élargissement, le geste du Parlement serbe est le premier signal pour la réconciliation de toute la région. À l'opposé, le 31 mai 2012, le président Tomislav Nikolić déclare lors d'un entretien à la télévision monténégrine qu'« il n'y a pas eu de génocide à Srebrenica », ajoutant qu'« il est très difficile d'inculper et prouver devant un tribunal qu'un événement avait la forme d'un génocide ». Cependant, l'année suivante, lors d'un entretien à la télévision bosnienne BHT dont des extraits paraissent dès le 25 avril 2013, deux jours avant sa diffusion intégrale, il demande « que la Serbie soit pardonnée pour le crime commis à Srebrenica », sans toutefois aller jusqu'à reprendre le terme de « génocide ». 

Mémorial de Potočari-Srebrenica

Le mémorial et cimetière de Srebrenica-Potočari a été inauguré le 20 septembre 2003 par Bill Clinton. Il se trouve sur l’ancienne base du bataillon néerlandais à Potočari. En 2009, environ 3 200 victimes y sont inhumées. Sur une pierre figure cette inscription :

In the Name of God The Most Merciful, the Most compassionate / Au Nom de Dieu, Le Très Miséricordieux, le Très Compatissant
We pray to almighty god / Nous prions Dieu tout-puissant
May grievance become hope ! / Que les griefs deviennent l'espoir !
May revenge become justice ! / Que la vengeance devienne la justice !
May mothers tears become prayers / Que les larmes des mères deviennent prières
That Srebrenica / Que Srebrenica
Never happens again / Ne se reproduise jamais
To no one and nowhere ! / Pour personne et nulle part !

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