Piatakov Gueorgui

Publié le par Mémoires de Guerre

Gueorgui Leonidovitch Piatakov, en anglais Georgy (Yury) Leonidovich Pyatakov, dit Kievski, Iouri, Lialine, Petro, Yapontets, né le 6 août 1890 à Kiev, fusillé le 1er février 1937 à Moscou, est un bolchévik, un administrateur et organisateur de l'industrie soviétique. Issu d’une riche famille ukrainienne - d’où son pseudonyme de « Kievski » - qui a fait fortune dans la production sucrière, Piatakov entre en politique dans les rangs anarchistes dès 1907 pour rejoindre ensuite le Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR) en 1910.

 

Piatakov Gueorgui
Piatakov Gueorgui
Piatakov Gueorgui

Arrêté en 1912, déporté dans la région d'Irkoutsk, il s’évade comme beaucoup d’autres et après un séjour au Japon et un très long périple, réussit à se réfugier en Suisse. ll participe en mars 1915, à Berne, à la Conférence des sections à l'étranger du POSDR où il s'oppose à Lénine sur la question des nationalités. Ce conflit le pousse à prendre ses distances, ce qui le conduit l'année suivante en Scandinavie, en Suède puis en Norvège. Rentré en Russie en 1917, il devient en juillet de l'année suivante commissaire du peuple pour la ville de Kiev, responsabilité qui s’étend bientôt à toute l’Ukraine. Pendant la guerre civile, il montre ses talents d’organisateur et un réel courage physique : arrêté par les « Blancs », il est sauvé in extremis devant le peloton d’exécution par les gardes rouges qui reprennent la ville. A cette époque, de décembre 1917 à novembre 1918, Piatakov assure les responsabilités de commissaire en chef de la Banque de Russie, fonction qu'il retrouvera dix ans plus tard en pleine phase d'industrialisation du pays. En janvier 1919, jugé trop à gauche, Piatakov est remplacé au poste de président du gouvernement des travailleurs et paysans d'Ukraine par le bulgare Christian Rakovsky.

Pendant les années de guerre civile et la période dite du « communisme de guerre », il est proche de Nikolaï Boukharine et des communistes de gauche, s’opposant à Lénine et à Trotski notamment sur la signature du traité de Brest-Litovsk. Bien qu’il appartienne à la jeune génération bolchevique (il a 20 ans de moins que Lénine), ses talents d’organisateur en font un responsable prometteur, ce qui explique sans doute la citation dont il bénéficie dans le Testament de Lénine à la fin de 1922. A partir du retrait de la vie politique du chef du Parti, dû à la maladie, la carrière de Piatakov prend une double orientation : consécration officielle avec son entrée au Comité Central en 1923 et surtout opposition contre le cours bureaucratique pris, selon lui, par la Révolution bolchévique. Dès cet instant, il n'hésite pas à jouer un rôle de porte-parole des opposants. Il signe la plate-forme adressée par 46 membres éminents du Parti à la direction, et s’engage dans le combat pour un "Cours Nouveau" avec Trotski. En effet, après une habile sollicitation de celui-ci, Piatakov rejoint peu à peu les rangs d'une "Opposition unifiée" tout entière liguée contre le GenSek.

L'emprise de Staline sur le Parti rend périlleuse la stratégie de Gueorgui Piatakov, lequel en quelques années, comme tous ses alliés, perd une à une ses positions politiques officielles. Très isolé, il est ainsi exclu du Parti en 1927, prélude au renoncement à toute activité oppositionnelle l'année suivante. Cette « capitulation » - selon les termes de l’époque - lui permet de retrouver des postes de responsabilité, notamment au commissariat à l’industrie lourde où il seconde avec brio Sergo Ordjonikidze. Ces succès lui valent d'être réélu au Comité central en 1930 et 1934. Dès cette dernière année, l’assassinat de Sergueï Kirov et la grande période de répression qui s’ensuivit mettent en danger tous les opposants ou ex-opposants, même repentis, qui se retrouvent exposés à la rancune de Staline. Piatakov, arrêté en 1936, est le principal accusé du second procès de Moscou de janvier 1937, dit du "Centre antisoviétique trotskiste de réserve", parfois appelé « procès Piatakov » dans lequel, outre le soutien aux opposants alors à l'étranger, est reproché un complot politique mené avec l'Allemagne nazie visant la destruction de l'Union Soviétique.

Dans ce procès, au centre duquel se trouvent donc, sans être physiquement présentes, les personnalités de Trotski et du fils de celui-ci Lev Sedov, l'ancien bras droit d'Ordjonikidze se retrouve en compagnie de Karl Radek, Grigori Sokolnikov, Nikolai Muralov, Mikhail Boguslavsky, Leonid Serebriakov et d'autres compagnons de second plan, la plupart responsables du secteur industriel. Ces derniers se sont moins rebellés que les accusés du premier procès de 1936, les techniques de pression physique et morale des enquêteurs s’étant vraisemblablement améliorées, à l'inverse de Piatakov et de Radek qui refuseront avec entêtement certaines des charges retenues contre eux tout en acceptant certaines accusations, avec une fortune variable puisque si le premier est condamné à mort, le second écope d'une peine de prison. Piatakov est condamné à mort et fusillé le 1er février 1937. Les contre-enquêtes alors menées par des militants et surtout les travaux des historiens contemporains ont fait justice des « preuves » retenues contre les accusés de ce procès. Comme beaucoup de "vieux bolchéviques" Piatakov est réhabilité en 1988.

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