Schaff Joseph

Publié le par Rodney42

Schaff JosephJoseph Schaff est issu d’une famille lorraine, région à laquelle il a consacré toute sa vie publique, trente années durant. Son père étant décédé en 1920, le jeune Joseph, qui n’a que quatorze ans, doit rapidement travailler, une fois ses études secondaires achevées. Il épouse en 1930 Marguerite Helvig, également lorraine.

Entré en 1923 à la SNCF comme élève de bureau à Bening, il gravit les échelons et devient contrôleur technique principal à la gare de Metz en octobre 1940, mais ne renie jamais ses origines ouvrières, bien au contraire : «Mon grand honneur, mon titre de noblesse, c’est de faire partie de cette classe ouvrière que vous attaquez sans y avoir jamais rien compris» déclare-t-il un jour dans sa mairie de Montigny-lès-Metz à un patron.

La deuxième guerre mondiale représente un tournant dans la vie de Joseph Schaff, qui s’engage pour combattre en 1939 et qui, par la suite, participe activement à la Résistance, dans une situation extrêmement délicate du fait de ses responsabilités professionnelles dans une Moselle annexée par le Reich.

Cet engagement lui vaut d’être membre à la Libération, dès le 1er décembre 1944, de la délégation municipale spéciale de Montigny-lès Metz. C’est le début d’une grande carrière d’édile : il est élu maire de cette cité cheminote en octobre 1945. Parallèlement, il assure la présidence de l’Union des maires de Metz-campagne, de juillet 1945 à sa retraite politique, trente-deux ans plus tard. C’est avec un même succès qu’il entame en juin 1946 une brillante carrière de parlementaire, après un échec en octobre 1945 du fait d’une sixième position, qui ne laissait que peu d’espoir, sur la liste MRP de la Moselle. Joseph Schaff s’affirme au sein de cette dernière tout au long des scrutins, liste marquée par la figure de Robert Schuman : quatrième en juin et novembre 1946, troisième en 1951 et enfin deuxième en 1956.

En juin 1946, le MRP recueille 111 312 suffrages qui se portent sur la liste conduite par Robert Schuman, soit plus du double des voix recueillies par la liste du PCF, deuxième force électorale en Moselle. En novembre de la même année, le score du MRP s’améliore, avec 115 705 voix obtenues, malgré un tassement au niveau national et, au niveau départemental, le succès de la liste d’Union gaulliste-Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR).

La situation a bien changé en 1951 : si le MRP mosellan peut compter sur la popularité indéfectible de Robert Schuman, il doit faire face à la redoutable concurrence du RPF, d’où le choix à la fois de s’apparenter avec la liste « SFIO et RGR », mais aussi d’ouvrir la liste aux indépendants et paysans pour constituer une Union Lorraine. L’engagement électoral, présenté par ladite Union, insiste sur le fait qu’elle a offert de s’apparenter avec le RPF, notamment pour faire barrage au PCF, offre que les gaullistes mosellans ont préféré repousser. Bien que la liste sur laquelle se présente Joseph Schaff chute à 89 119 voix — mais il recueille 91 119 suffrages sur son seul nom — et que le RPF arrive largement en tête (122 331 voix), le maire de Montigny-lès-Metz réussit à conserver son siège.

La Moselle n’a plus quatre députés MRP, mais trois seulement. En 1956, le MRP retrouve ses quatre sièges et réussit ce qui avait été impossible en 1951, un large apparentement entre le centre et la droite, les anciens députés RPF se présentant sous l’étiquette « liste d’Entente et de Progrès ». Le MRP redevient la première force du département, avec 94 197 voix. Fait notable, Joseph Schaff recueille plus de suffrages que Robert Schuman (99 707 contre 99 075), ce qui témoigne d’une belle réussite locale. Il est vrai qu’il a su assurer, avec succès, le secrétariat général de la fédération MRP de Moselle et la publication de son hebdomadaire, Action MRP, à partir de 1952, tout en fournissant un travail parlementaire de première force au cours de ses douze années de mandat.

En effet, Joseph Schaff appartient à ces députés qui, sans jamais être « tête de liste » ou entrés au gouvernement, animent la vie parlementaire par un labeur incessant, mettant à profit la continuité que lui offrent ses mandats successifs. Durant son premier mandat, sous la seconde Constituante, Joseph Schaff est membre de la commission des affaires économiques, des douanes et des conventions commerciales. Il ne dépose qu’une proposition de loi très technique : il s’agit de supprimer l’effet rétroactif de l’ordonnance du 23 juillet 1945 relative au cumul de deux ou plusieurs pensions. Sous la première législature de la Quatrième République, il est membre de la commission des moyens de communication et du tourisme (1946-1951) et en est le secrétaire en 1951. Il appartient à la commission de l’intérieur (1948-1951). Il est appelé à figurer sur la liste des jurés de la Haute Cour de justice, le 20 mai 1947.

Sous la législature suivante, il retrouve la commission de l’intérieur (1951-1955) et celle des moyens de communication et du tourisme (1951-1955), aréopage qui le désigne au Conseil supérieur des transports, le 9 août 1951, et pour faire partie, à partir du 7 février 1955, de la commission interparlementaire chargée d’étudier la simplification des formalités de frontières. Ceci ne peut laisser indifférent un mosellan proche de Robert Schuman. Enfin, il siège à la commission du suffrage universel, des lois constitutionnelles, du règlement et des pétitions (1953-1954). Lors de son dernier mandat, ses habitudes et la technicité acquise précédemment le poussent à retrouver la commission des moyens de communication et du tourisme (1956-1958). Cette dernière le désigne pour faire partie de la sous-commission chargée de suivre et d’apprécier la gestion des entreprises nationalisées et des sociétés d’économie mixte, le 12 novembre 1957. Il innove en devenant l’un des membres de la commission de la reconstruction, des dommages de guerre et du logement (1956-1958).

L’importante activité parlementaire de Joseph Schaff peut être mesurée par le nombre de textes rédigés, tout autant que par ses nombreuses interventions en séance publique. Entre 1946 et 1951, il dépose cinq propositions de loi, neuf propositions de résolution, signe ou cosigne quatorze rapports et un rapport supplémentaire, soumet trois avis. Il intervient à treize reprises en séance publique, au cours desquelles il défend sept amendements. Il remplit les fonctions de rapporteur, dans la discussion du projet de loi relatif aux frais de mission et indemnités des maires et adjoints, le 17 septembre 1948.

Sous la deuxième législature de la Quatrième République, il dépose quatorze propositions de loi, onze propositions de résolution, vingt-deux rapports et deux rapports supplémentaires, trois avis enfin. A nouveau, il prend la parole à de multiples reprises – vingt fois - dans l’hémicycle du Palais-Bourbon, de 1951 à 1955. C’est l’occasion pour lui de défendre trente-deux amendements, vingt-et-un amendements indicatifs et une motion préjudicielle. L’une de ses dernières interventions de la législature, le 11 mai 1955, est accomplie comme rapporteur pour avis du projet de loi relatif au deuxième plan de modernisation et d’équipement : il y défend la coordination des transports avec la SNCF, la reconstruction des bâtiments de voyageurs, évoque les lignes secondaires, les routes, le tunnel sous le Mont-Blanc.

Enfin, entre 1956 et 1958, onze nouvelles propositions de loi sont déposées par le député démocrate-chrétien de la Moselle, comme dix propositions de résolution, douze rapports et trois rapports supplémentaires. A sept reprises, il monte à la tribune pour défendre, notamment, vingt-sept amendements, trois motions préjudicielles, un amendement indicatif et deux articles additionnels.

Toutes ces initiatives, rythmant une carrière parlementaire de douze années, reflètent évidemment l’implication dans la commission des transports d’un ancien inspecteur général de la SNCF. Vingt-huit textes concernant la Société nationale des chemins de fer français ont été déposés directement par Joseph Schaff. Il s’agit essentiellement de déterminer les conditions dans lesquelles peuvent être attribuées les réductions pour les retraités, les jeunes ou les salariés lors des congés payés. Le premier rapport qu’il présente sur ce sujet date du 19 mai 1949, et le dernier du 3 avril 1957. Sa connaissance du statut des agents de la SNCF l’amène à se pencher sur celui des agents des Postes et télécommunications (PTT), que ce soit au sujet du recrutement des contrôleurs (proposition de résolution du 24 mars 1953 et rapports des 5 et 19 novembre 1953) ou pour interdire le travail de nuit pour les femmes (rapport du 17 septembre 1957).

Le spécialiste des transports s’intéresse à l’automobile, pour laquelle il réclame à la fois une réforme du permis de conduire (introduction d’un carnet de permis de conduire, proposition de résolution du 7 avril 1954) et surtout une obligation d’assurances, pour laquelle il milite avec ténacité (proposition de résolution du 16 mai 1951, renouvelée le 14 juin 1956). L’action de l’élu local se reflète également à travers deux préoccupations, l’une concernant la gestion des obsèques et des cimetières (proposition de loi du 13 février 1947 ; rapports du 20 janvier 1950 et du 21 novembre 1951) et l’autre, les indemnités des maires et adjoints (rapport du 30 juin 1948 et rapports supplémentaires du 30 juillet et 25 août 1948).

Enfin, le Lorrain se montre attaché, d’une part, à défendre le particularisme mosellan tout en essayant, d’autre part, de cicatriser les plaies douloureuses laissées par une histoire tourmentée. Il dépose plusieurs propositions de loi relatives à la spécificité du droit d’Alsace-Moselle, pour supprimer des éléments inutiles - la loi de 1895 nécessitant d’avoir l’avis des personnes les plus imposées de la commune pour certaines décisions du conseil municipal (proposition de loi du 17 mars 1951) - ou pour renforcer le particularisme mosellan. Le rapport du 23 février 1950 sur l’attribution à Paris d’un édifice cultuel pour l’Eglise réformée de la confession d’Augsbourg, au nom de la commission de l’intérieur, règle une question pendante depuis la Séparation de 1905 : il s’agit de confier à des pasteurs d’Alsace ou de Moselle l’ancienne église de l’ambassade d’Allemagne, afin de maintenir un culte en allemand, tout en ayant des desservants français, pour éviter que le temple de la rue Blanche ne redevienne un sanctuaire du nationalisme allemand. En effet, cette église évangélique a été bâtie en 1894, puis gérée par une cultuelle liée à l’ambassade d’Allemagne, selon les dispositions de la loi de Séparation.

Mise sous séquestre entre 1914 et 1926, elle a été restituée à l’association cultuelle allemande en 1927, et devient de plus en plus un lieu de propagande pangermaniste dans les années trente, situation qui inquiète le gouvernement français, car de nombreux Alsaciens de Paris s’y rendent pour entendre l’office en allemand, malgré l’Union alsacienne d’activité chrétienne, mise sur pied pour les détourner de ce lieu de culte. Une loi de Vichy donne à la cultuelle non seulement la jouissance du lieu, mais aussi la pleine propriété immobilière du bâtiment. La Libération entraîne une nouvelle mise sous séquestre, l’église étant confiée à la Fédération protestante de France, ce qui prive la capitale d’un temple où le service protestant pourrait se faire dans la langue de Luther, d’où la conclusion avancée par Joseph Schaff. Le maintien du Concordat peut apporter des solutions précieuses à la République française et Joseph Schaff, en suggérant cette solution, prouve par l’exemple que l’introduction des lois laïques en Alsace-Moselle serait « une erreur politique ».

Ce proche de Robert Schuman se montre également très attaché à enraciner son département dans l’Europe, réclamant plusieurs fois la remise en navigabilité de la Moselle, de Thionville à la frontière franco-allemande (proposition de résolution du 23 avril 1948). Il profite de la discussion sur la ratification du traité instituant la Communauté européenne du Charbon et de l’Acier (CECA) pour souligner devant les députés l’importance de l’aménagement de la Moselle (séance du 7 décembre 1951), sujet qui conduit à une rencontre entre Pinay et Adenauer en 1955. Il se montre également très attaché au règlement de la question sarroise dans le respect des intérêts de la population locale, désapprouvant le financement d’une propagande pro-française par le Haut Commissariat sarrois (séance du 26 juillet 1950).

Il n’hésite également pas à intervenir pour les Mosellans qui ont pu se trouver au service du IIIe Reich, proposant notamment que les années passées sous l’uniforme allemand comptent pour la retraite des militaires de carrière (proposition de loi du 13 février 1952). Il souhaite également que les étrangers résidents en France, incorporés de force dans la Wehrmacht, puissent recevoir des pensions d’invalides de guerre (proposition de loi du 5 mars 1954). Il propose, enfin, de prendre en compte les services effectués sous la contrainte dans la Luftschutz Politzei, ou police de défense aérienne (proposition de loi du 17 juillet 1957).

La fin de la Quatrième République met un terme brutal, mais non définitif, à cette intense activité parlementaire puisque, si Joseph Schaff conserve ses mandats locaux, il ne retrouve qu’en 1962 son siège de député, qu’il conserve jusqu’en 1968. Il continue une grande carrière d’édile, réélu continûment jusqu’en 1977 maire de Montigny-lès-Metz. Il accompagne l’essor remarquable de sa commune qui gagne 10 000 habitants entre 1946 et 1960, alors qu’elle a souffert des bombardements pendant la guerre, et en fait un modèle de développement communal, cité à plusieurs reprises en exemple. Il milite, en tant que maire, pour un «réalisme constructif». En 1966, Konrad Adenauer a fait l’honneur d’une visite à Montigny-lès-Metz. Il meurt le 15 juillet 1981 à Metz.

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article