Volkssturm

Publié le par Roger Cousin

Volkssturm

 

Le Volkssturm ( que l'on pourrait traduire par Levée du Peuple ) est le nom donné à la milice populaire allemande levée en 1944 et qui devait épauler la Wehrmacht dans la défense du territoire du Reich à la fin de la seconde Guerre mondiale, à la manière de la Home Guard britannique de 1940 ou des partisans soviétiques. Le projet d'une mobilisation militaire totale du peuple allemand remonte, dans le chef des dirigeants politiques du IIIème Reich - et suivant en cela les suggestions du général Heinz Guderian -, à l'été 1944 qui vit à la fois le débarquement de Normandie à l'Ouest et le début de l' Opération Bagration à l'Est, l'idée étant de susciter une levée d'armes populaire fanatisée dans la lignée du Landstrum de 1813 qui libéra la Prusse de l'occupation napoléonienne.

Il prévoyait un appel sous les armes de tous les hommes valides de 16 à 60 ans dans des unités régionales qui épauleraient les forces armées «traditionnelles» dans la défense locale. Mais le Volkssturm se voulait tout autant un programme d'encadrement politique que militaire du peuple allemand, jouant le rôle d'un catalyseur visant à fanatiser la résistance et ainsi à démoraliser les Alliés, en particulier occidentaux. Hitler craignait en effet que ne se reproduise la désastreuse situation intérieure de 1918, l'échec des offensives allemandes du printemps ayant entraîné l'effondrement du moral en Allemagne et le début des insurrections qui avaient amené l'effondrement de l'Empire ( le coup de poignard dans le dos ).

Dans l'esprit de Bormann et des autres séides du Parti, cette mobilisation avait aussi un caractère idéologique puisqu'elle devait symboliser la mobilisation totale de la race aryenne contre les hordes «ploutocrates», «judéo-bolchéviques», etc.. Après l'attentat manqué du 20 juillet 1944, Hitler, de plus en plus méfiant à l'égard de l'Armée, décida de confier finalement cette tâche au NSDAP - à la suite notamment des intrigues de son dirigeant, Martin Bormann. Le personnel du Volkssturm fut réparti en quatre levées (Aufgeböte) :

  • Les levées I et II étaient constituées des hommes les plus aptes physiquement, embrigadés dans les unités de défense/combat locales de la taille d'un bataillon, les unités de la levée I étant susceptibles de servir au niveau régional du Gau et celles de la levée II au niveau local du Kreis;
  • La levée III était constituée des jeunes de 16 à 20 ans, sous les auspices des Jeunesses Hitlériennes et avait pour mission première de ramener les jeunes mobilisables par l'armée à l'intérieur du Reich, loin des fronts, et d'assurer leur formation militaire de base en vue de la constitution des réserves de la Wehrmacht. Malgré l'image largement répandue par la propagande du Reich - et reprise dans l'imagerie d'Épinal de la 2ème guerre mondiale - la participation directe des Jeunesses Hitlériennes aux combats resta relativement marginale étant essentiellement le fait d'unités fanatisées sur le front de l'Est. Par contre, les Anglo-saxons captureront sur le front Ouest de nombreux jeunes volontaires des HJ engagés comme servants de la Flak (Luftwaffe) - y compris des Hilferinnen féminines.
  • La levée IV regroupait les personnels moins aptes physiquement en les cantonnant dans des missions de sûreté et de garde ( usines, gares, camps du STO, ..), d'intendance ( distributions de repas, etc.) ou administratives.


Les membres du Volkssturm ont donc pour la plupart déjà une occupation, soit dans l'industrie de guerre, soit dans d'autres organismes de défense ou l'administration publique civile ou para-militaire (RAD, RLB, etc.). Leur mobilisation devient effective lorsque leur secteur est attaqué après une phase de pré-alerte. Leurs « uniformes » sont, de ce fait, souvent composés d'effets civils constitués principalement de bleus de travail, salopettes ou uniformes de leurs organismes d'origine… ou des vêtements les plus chauds ou les plus usagés. Certaines unités « privilégiées » recevront de vieux uniformes de prise ( tchèques, hollandais, polonais ) ou dépareillés de l'armée. Les combattants de cette milice ne sont rémunérés que s'ils participent activement aux combats. Afin de mettre les membres du Volkssturm sous la protection des conventions internationales en vigueur à l'époque, notamment en matière de protection des prisonniers de guerre, et de leur éviter les rigueurs des lois de la guerre exposant les civils en arme à de graves mesures de représailles, il fut décidé, faute d'uniformes, de les doter d'un système simplifié de grades propre à cette organisation et de brassards attestant de leur appartenance aux forces armées.

Compte tenu du contexte politico-militaire de la Seconde guerre mondiale, l'on peut littéralement parler de «deux» Volkssturm selon que l'on s'en réfère à la situation sur les deux fronts allemands. Certains dirigeants allemands couvant secrètement l'espoir d'une rupture du front uni Soviéto-anglo-saxon, et ceux-ci se comportant d'une manière tout à fait différente des Soviétiques, notamment à l'égard des civils, les Volkssturmmannern du front Ouest firent dans l'ensemble preuve de moins de mordant que leurs camarades de l' Ostfront. Leur mission était également quelque peu différente puisque le Volkssturm dut aussi fournir des équipages aux positions du Westwall, libérant ainsi des unités de forteresse de la Wehrmacht qui purent ainsi être réaffectées aux Volksgrenadieredivisionen, les divisions populaires d'infanterie aux effectifs allégés. Il dut aussi contribuer à la construction de positions complémentaires et à l'érection d'obstacles antichars.

Mais si la motivation des Volkssturmmanner sur le front Ouest fut plutôt tiède, leur résistance fut loin d'être purement symbolique, comme le relate John Russell dans son ouvrage No Triumphant Procession retraçant les opérations anglo-canadiennes dans le Nord de l'Allemagne. L'organisation du Wehrwolf - néologisme créé à partir des termes Wehr ( force armée ) et Wolf (loup) par homophonie et référence au mot werewolf qui signifie loup-garou en allemand - est une organisation clandestine de résistance armée que les dirigeants nazis tentèrent de mettre en place toujours dans cette idée de mobilisation populaire totale pour combattre à outrance les ennemis du Reich. La paternité de l'organisation a été attribuée au GeneralMajor Reinhard Gehlen (chef du service de renseignement de L´OKW sur le front de l´est) qui l'aurait activée le 27 février 1945 dans l´éventualité où l'Allemagne tomberait sous occupation soviétique totale .

Son existence réelle en tant que «corps constitué» reste toutefois problématique même si des faits de sabotage et de guérilla dans les zones occupées avant et après le 8 mai 1945 ont bien eu lieu, entraînant l'exécution sommaire de leurs auteurs. Ses membres devaient être recrutés dans la population civile, en particulier parmi les membres de la jeunesse hitlérienne, et parmi les nazis fanatiques membres du NSDAP encadrés et formés par des SS. Si l'implication des forces armées dans ses activités et ses rangs n'a toutefois jamais été établie, il semble cependant que celle de cadres du Volkssturm issus du Parti et ayant dès lors reçu une formation militaire l'ait été de manière plus nette par les services de renseignements militaires alliés chargés de son démantèlement. Si le Wehrwolf - ultime avatar des projets de mobilisation populaire des dirigeants nazis initiateurs du Volkssturm - fut finalement éradiqué dès 1946 dans les zones d'occupation françaises, britanniques et américaines dans l'Ouest de l'Allemagne, certaines rumeurs difficilement vérifiables font encore état de son activité dans la zone soviétique jusqu'au début des années 1950.

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