Loukachenko Alexandre

Publié le par Mémoires de Guerre

Alexandre Grégoriévitch Loukachenko, né le 30 août 1954 à Kopys (RSS de Biélorussie), est un homme d'État biélorusse, président de la République depuis 1994. Élu chef de l’État en 1994 et réélu en 2001, 2006, 2010, 2015 et 2020, sa présidence est controversée en raison du manque de liberté politique. Ses détracteurs le qualifient d'autoritaire et dictatorial alors que ses partisans estiment que sa politique a permis d'éviter au pays les pires effets de la transition au capitalisme de l'ère post-soviétique. Sur la scène internationale, la Biélorussie de Loukachenko est isolée. Ce dernier est souvent qualifié, en Occident, de « dernier dictateur d'Europe » en référence à la restriction continuelle des libertés publiques dans son pays et au coup de force de 1996 ayant installé un régime autoritaire.

Ses méthodes intriguent et agacent l'Union européenne et la Russie. Il est aujourd'hui interdit de séjour dans l'Union européennef et aux États-Unis. La Biélorussie n'étant pas considérée comme une démocratie par une majorité des médias et des responsables politiques occidentaux, elle n'a pu rejoindre le Conseil de l'Europe. Cependant, l'Union européenne semble depuis le début de 2009 reconsidérer sa politique à l'égard de Minsk après avoir offert un partenariat oriental à plusieurs pays de l'ex-Union soviétique sans en exclure la Biélorussie

Loukachenko Alexandre
Loukachenko Alexandre

Naissance et enfance

Loukachenko naît dans le village de Kopys (district d'Orcha, région de Vitebsk), dans ce qui est alors la République socialiste soviétique de Biélorussie. Son grand-père maternel, Trokhym Ivanovich Lukashenko, est originaire de la région de Soumy en Ukraine. Sa mère, Ekaterina Trofimovna Lukashenk, est originaire du village du district de Chklow (région de Moguilev) où elle vécut jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Après la guerre elle travailla dans l'usine de lin d'Orcha (région de Vitebsk). Après la naissance de son fils - Ekaterina n'était pas mariée, le père de Loukachenko est donc inconnu (ce qui lui valut des railleries de la part de ses camarades d'école) - elle revint dans sa région natale où elle travailla en tant que laitière dans une ferme.

Études et carrière professionnelle

Loukachenko obtient un diplôme de la faculté d'histoire de l'Institut pédagogique de Moguilev en 1975. De 1975 à 1977 il sert dans l'armée comme garde-frontière après quoi il devient le secrétaire du comité du Komsomol de Moguilev. De 1980 à 1982 il fut commissaire politique d'une division d'infanterie mécanisée stationnée à Minsk. En 1982, après avoir quitté l'armée, il devient vice-président d'un sovkhoze. En 1985 il obtient un diplôme de l'académie agricole de Biélorussie. De 1985 à 1987 il fut le secrétaire général d'un sovkhoze du district de Chklow après quoi il fut promu au poste de directeur de l'usine de matériaux de construction de fermes d'État de Haradziets dans le district de Chklow.

Ascension politique

Député au Conseil suprême

En 1990, Loukachenko est élu comme député au Conseil suprême de la République biélorusse, son premier mandat politique. Il fonde un groupe politique nommé « des communistes pour la démocratie », qui défend une Union soviétique démocratique basée sur des principes communistes. Il prétend avoir été le seul député à voter contre la ratification de l'accord de décembre 1991 concernant la dissolution de l'Union des républiques socialistes soviétiques et la création de la CEI. Au lendemain de la dissolution de l'URSS, Loukachenko retourne brièvement gérer une ferme d'État.

Président du comité anti-corruption

Ayant acquis une réputation d'éloquent opposant à la corruption, Loukachenko est élu en 1993 pour servir comme président au comité anti-corruption au parlement biélorusse. Bien qu'il maintienne une étroite association avec les partis communistes, il tombe en disgrâce à la suite de ses critiques répétées contre la corruption et les privilèges de la nomenklatura. À la fin de l'année 1993, il accuse 70 hauts fonctionnaires, notamment Stanislaw Chouchkievitch, le président du Parlement, de corruption incluant détournement de fonds à des buts personnels. Les accusations de Loukachenko conduisent à la tenue d'un vote de confiance que Stanislaw Chouchkievitch perd. Par la suite, les accusations de Loukachenko se révéleront infondées. 

Président de la République de Biélorussie

Premier mandat présidentiel

Une nouvelle Constitution est adoptée au début de l'année 1994. Conformément à cette nouvelle constitution, une élection présidentielle se tient au début du mois de juillet de la même année. Six candidats sont en lice, dont Loukachenko, Chouchkievitch et Vyatchaslaw Kiebitch. Ce dernier est le grand favori mais, à la surprise de la plupart des observateurs, Loukachenko dont la campagne a pour thème « vaincre la mafia » est en tête lors du premier tour avec 45 % des voix. Le 10 juillet, Alexandre Loukachenko remporte le second tour avec plus de 80 % des suffrages et devient, à seulement 40 ans, le premier président de la jeune république biélorusse. Une fois élu à la tête de la Biélorussie, Loukachenko prend rapidement des mesures dans le but de « stabiliser l'économie ».

Ainsi, il fait doubler le salaire minimum, il introduit un contrôle des prix et abroge les quelques réformes économiques qui avaient été menées. Il fait face à la difficile situation de ranimer une économie socialiste dans un pays de 10,4 millions d'habitants entourés par des pays capitalistes émergents. La Biélorussie est complètement dépendante du gaz et de l'électricité importés de Russie et payés à prix préférentiels. L'absence de moyens financiers pour payer les importations russes rend alors la coopération économique avec la Russie plus que nécessaire pour la Biélorussie. Durant les deux premières années de son mandat présidentiel, Loukachenko fait face à une opposition virulente. En 1995, la Banque mondiale et le FMI suspendent les prêts financiers à la Biélorussie à cause du manque de réformes économiques. 

Renforcement des pouvoirs présidentiels et dictature

Lors de l'été 1996, 70 députés sur les 110 que compte le parlement biélorusse signent une pétition pour empêcher Loukachenko de violer la Constitution. Ce dernier invite des officiels russes de premier plan pour jouer les « médiateurs », tel Viktor Tchernomyrdine, et éviter que soit votée une motion de censure. Peu de temps après, le 24 novembre 1996, Loukachenko fait organiser un référendum en vue d'étendre son mandat de quatre à sept ans, mais aussi d'augmenter ses prérogatives comme entre autres la possibilité de fermer le Parlement. Le 25 novembre, Loukachenko annonce que 70,5 % des votants ont voté « oui » avec une participation de 84 %. La manière dont la campagne a été menée est vivement condamnée. Le gouvernement a banni l'opposition de la télévision et de la radio, empêché toute parution de journaux d'opposition et fait saisir son matériel publicitaire.

Dans ces circonstances, les États-Unis et l'Union européenne refusent de reconnaître la légitimité du scrutin. Loukachenko ajourne immédiatement le Parlement biélorusse. La police occupe le Parlement et emprisonne 89 des 110 députés considérés comme « déloyaux ». Un nouveau parlement composé de 110 pro-Loukachenko est mis en place. Ce coup de force est alors unanimement condamné par la Communauté internationale ainsi que par les organisations des Droits de l'Homme. Le premier ministre biélorusse et deux autres ministres démissionnent en forme de protestation, tout comme sept membres parmi les onze qui composent la Cour constitutionnelle. Ils sont remplacés par des pro-Loukachenko. Loukachenko renforce également son pouvoir en faisant fermer plusieurs journaux d'opposition, il augmente les pouvoirs du KGB (la Biélorussie est l'unique pays de l'ancienne Union soviétique à avoir conservé cette dénomination).

Au début de l'année 1998, la banque centrale russe suspend le commerce avec le rouble biélorusse, ce qui entraîne une forte dépréciation de celui-ci sur le marché des devises. Loukachenko prend alors le contrôle de la banque centrale biélorusse et ordonne que le taux d'échange soit remis au taux précédent gelant les comptes bancaires et réduisant l'activité des banques commerciales. Cela provoque une panique. Loukachenko affirme depuis que les problèmes du pays viennent de « saboteurs économiques » aussi bien à l'intérieur du pays qu'à l'étranger. Trente fonctionnaires sont ainsi arrêtés et doivent parader sur les chaînes télévisées d'État, une centaine d'autres sont « punis ».

Il reproche ensuite aux gouvernements étrangers de conspirer contre lui, c'est pour cela qu'en avril 1998, il expulse les ambassadeurs des États-Unis, de Grande-Bretagne, de France, d'Allemagne, de Grèce, d'Italie et du Japon allant même jusqu'à méconnaître l'immunité que possèdent les bâtiments diplomatiques. Bien que les ambassadeurs obtiennent par la suite la possibilité de revenir, Loukachenko intensifie ses attaques verbales contre l'Ouest. Il dépeint ses opposants politiques comme des « faire-valoir » des puissances étrangères qui lui sont hostiles. Il recommence ses provocations en expulsant une délégation du FMI en les qualifiant « d'escrocs » ainsi qu'en affirmant que les pays occidentaux ont conspiré aux Jeux olympiques de Nagano au Japon pour limiter le nombre de médaillés biélorusses.

En novembre 1995, lors d'une interview accordée à un quotidien allemand Handelsblatt, Loukachenko souligne le fait qu'Adolf Hitler n'a pas que des mauvais côtés : « L'histoire de l'Allemagne est d'une manière ou d'une autre une copie de l'histoire de la Biélorussie sur certains points. Au moment où l'Allemagne s'est relevée grâce à de solides ouvriers. Tout ce qui est lié à Adolf Hitler n'est pas mauvais. Rappelez-vous sa politique en Allemagne. L'autorité allemande s'était accrue pendant des siècles. Sous Hitler, ce processus a atteint son point culminant. C'est parfaitement en conformité avec notre vision d'une république présidentielle et du rôle de son président. Je veux souligner qu'un homme ne peut pas être tout noir ou tout blanc. Il y a des côtés positifs aussi. L'Allemagne est sortie des ruines par le passé avec l'aide d'une force présidentielle forte. L'Allemagne s'éleva grâce à cette force, grâce au fait que toute la nation était unie autour de son chef. Aujourd'hui, nous passons par une période semblable, quand nous devons nous unir autour d'une personne ou un groupe de personnes afin de survivre, tenir le coup, et rester droit dans nos bottes… » Un documentaire, intitulé Biélorussie, une dictature ordinaire et diffusé en septembre 2018 sur Arte, décrit le régime sous lequel vit la Biélorussie comme une dictature où existent des disparitions, assassinats politiques et vagues de répression contre l'opposition. 

Deuxième mandat présidentiel

Le premier mandat présidentiel aurait dû s'achever en juillet 1999 mais à la suite du référendum de 1996, il est prolongé jusqu'en septembre 2001. Les thèmes de la campagne présidentielle de Loukachenko sont largement similaires à celle de 1994 : contrôle de l'économie, partenariat avec la Russie, fort pouvoir présidentiel pour maintenir l'ordre, opposition à l'élargissement de l'OTAN vers l'Est, opposition aux modèles démocratiques qu'incarnent les pays occidentaux et ainsi une opposition à l'idée de toute relation privilégiée avec l'un des pays occidentaux. Son opposant est Ouladzimir Hantcharyk. L'élection se tient le 9 septembre 2001 et Loukachenko la remporte dès le premier tour. Cependant, l'OSCE déclare que cette élection ne respecte pas les standards internationaux. De même, les organisations des Droits de l'Homme jugent que l'opposition a été systématiquement harcelée et n'a pu accéder aux médias contrôlés par l'État. Les gouvernements occidentaux critiquent également cette élection alors que la Russie félicite publiquement Loukachenko après sa réélection.

Entre 1999 et 2000, quatre personnes ont « disparu » : Ioury Zakharanka, l’ancien ministre de l’Intérieur et Viktar Hantchar, le vice-président du Parlement biélorusse et son compagnon Anatol Krassowski aussi bien que Dmitri Zawadski, un cameraman de la télévision publique russe ORT. En plus, en mars 1999, le militant d'opposition Henadz Karpenka est mort dans des circonstances mystérieuses. Malgré de nombreuses critiques, Loukachenko rejette les reproches qui lui sont faits à propos de sa politique autoritaire, en affirmant être la seule alternative à l'instabilité. À cause de sa manière de gouverner, il est souvent officieusement désigné bats'ka, ce qui est littéralement traduit par (petit) père, mais le mot signifie aussi chef de clan dans l'histoire des peuples slaves[réf. nécessaire]. Il est élu président du Comité olympique biélorusse, ce qui contrevient à une règle du CIO interdisant à de hauts fonctionnaires d'occuper un tel poste. 

Troisième mandat présidentiel

Élection présidentielle de 2006

Loukachenko est réélu pour cinq ans le 19 mars 2006 avec 82,6 % des voix au terme d'une élection jugée « non conforme aux normes internationales » et non démocratique par l'OSCE. Le Conseil de l'Europe a, pour sa part, qualifié l'élection de « farce électorale ». La mission d'observation de la CEI a, cependant, qualifié le scrutin présidentiel de transparent et d'ouvert. Cette élection était à haut risque pour Loukachenko qui craignait une « révolution » calquée sur les modèles ukrainien et géorgien. 

Quatrième mandat présidentiel

Élection présidentielle de 2010

Après seize années à la tête de l'État, Alexandre Loukachenko brigue sans surprise un quatrième mandat consécutif. Il a notamment déclaré durant la campagne que ses opposants étaient des « ennemis du peuple », qui seraient à la solde de l'Occident. Le scrutin de décembre 2010 crédite Loukachenko de 79,67 % des voix. L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) évoque bien un dépouillement « imparfait » et une élection « loin des principes démocratiques ». Le dimanche 19 décembre 2010, jour de la proclamation des résultats du scrutin, est émaillé de nombreuses et violentes manifestations, le siège du gouvernement est attaqué et des centaines de manifestants d'opposition arrêtés. 

Sept des neuf candidats de l'opposition, parmi lesquels le poète Ouladzimir Niakliaïew, sont arrêtés le même jour. L'Union européenne et les États-Unis condamnent la vague de répression. Le 22 décembre, le président de la Fédération de Russie, Dmitri Medvedev, entend « ne pas commenter cette élection qui est un événement interne à la Biélorussie et externe à la Fédération russe ». Alexandre Loukachenko a signé avec Dmitri Medvedev une union douanière réunissant la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan. L'objectif est d'abolir les contrôles douaniers à leurs frontières et mettre en place un espace économique commun d'ici à janvier 2012. 

Loukachenko Alexandre

Sanctions internationales de 2011

Malgré plusieurs années d'ouverture diplomatique et en signe de protestation contre les arrestations d'opposants au régime, la communauté internationale décide au début de 2011 une série de sanctions, qui outre le gel d'importants avoirs financiers et économiques, prévoient l'interdiction de visa européen et nord-américain pour Loukachenko et plusieurs dizaines de ses plus proches collaborateurs. 

Cinquième mandat présidentiel

Élection présidentielle de 2015

Alexandre Loukachenko est réélu avec plus de 80 % des voix le 11 octobre 2015. En février et mars 2017, des manifestations spontanées ont lieu contre un décret imposant une taxe spéciale de 235 euros aux « parasites sociaux », c'est-à-dire à ceux qui travaillent moins de six mois par an. Les manifestants ont dénoncé cette taxe et scandé des slogans exigeant la démission du président Loukachenko. Le décret est suspendu le 9 mars. 

Réélection controversée de 2020 et protestations

Les élections législatives de novembre 2019 renforcent encore le contrôle du président sur le parlement. Aucun parti ou candidat d'opposition n'obtient de siège, les principaux opposants ainsi que les deux parlementaires de l'opposition élus en 2016 ayant été empêchés de se représenter. L'opposition dénonce des fraudes massives. Le président Loukachenko réitère dans la foulée son intention de se représenter pour un sixième mandat lors de l'élection présidentielle de 2020. Selon les résultats officiels, il est réélu avec 80,2 % des voix. Sa principale rivale, Svetlana Tikhanovskaïa (10,1 %), se réfugie dans la foulée en Lituanie. Le résultat provoque alors une vague de manifestations menées par l'opposition en contestation de celui-ci, réprimé avec violence par les forces de l'ordre. Peu après le scrutin, l'accès à certains sites de l'opposition, à ceux de certaines ONG et de la commission électorale a été bloqué. Le 15 août 2020, Loukachenko s'entretient avec le président russe, Vladimir Poutine. Celui-ci lui promet une aide sécuritaire pour « préserver la sécurité de la nation biélorusse ». Loukachenko déclare également que « si la Biélorussie s'effondre, tout l'espace post-soviétique suivra ». Le 16 août, le président Loukachenko, au cours d'un rassemblement de ses partisans à Minsk, les appelle à « protéger l'indépendance de la Biélorussie » et rejette l'idée d'organiser une nouvelle élection. Au même moment, des milliers de personnes manifestent dans d'autres quartiers de la capitale et un peu partout dans le pays pour réclamer le départ du président.

Le 17 août, alors que les grèves se multiplient dans le pays, Loukachenko s'adresse aux ouvriers de usine des tracteurs à roue de Minsk (be-tarask) (MKZT), qui l’accueillent aux cris de « démission ». Après avoir défié les manifestants en leur préconisant de continuer à « crier », il affirme qu'il n'y aura pas de nouvelles élections tant qu'il n'aura pas été « tué », puis évoque l'éventualité de transmettre le pouvoir après l'adoption d'une nouvelle Constitution. Le 23 août, alors que des milliers de manifestants défilent dans le centre de Minsk, Alexandre Loukachenko arrive en hélicoptère au palais présidentiel, accompagné de son fils Kolya. Le président et son fils s'affichent dans des gilets pare-balles devant les caméras et sont armés de Kalachnikovs. Quelques minutes plus tard, Loukachenko, toujours armé, se rend auprès des forces de police qui assurent le maintien de l'ordre dans la capitale, à quelques pas des manifestants. Le président déclare un peu plus tard que « les opposants se sont enfuis comme des rats » à sa vue. 

Politique économique

Loukachenko, arrivé au pouvoir après la dissolution de l'URSS, a tenté de limiter les excès du libéralisme en Biélorussie, pour ne pas connaître les mêmes échecs qu'en Russie. Ce libéralisme tempéré par une intervention forte de l'État a permis au pays de se développer rapidement : la croissance du PIB est soutenue, avoisinant même les 15 % en 2010, et le taux de chômage est quasiment nul. Contrairement à la Russie qui a vu son taux de chômage augmenter considérablement, Loukachenko a décidé de garder certaines spécificités de l'économie soviétique, tout en réglant les problèmes de cette dernière. En effet, les prix étaient à l'époque contrôlés par l'État et donc, à la fin du contrôle des prix, la véritable inflation s'est révélée : 2500 % en Biélorussie. Il a réussi à la faire baisser à moins de 5 % aujourd'hui. Cependant, Loukachenko n'est pas parvenu à gérer le budget de l'État afin qu'il devienne équilibré : la dette publique a considérablement augmenté tandis que le déficit atteint toujours des taux importants.

Une politique économique dirigiste a permis à la Biélorussie de maintenir une activité industrielle dynamique (36 % du PIB en 2018) et un secteur agricole plus important que dans les pays de la région. Les activités de services se sont également développées. Le tourisme, désigné en 2012 grande priorité nationale, a connu un essor considérable grâce au développement des infrastructures entre 2011 et 2015. Le nombre annuel de touristes est ainsi passé de 60 000 en 2000 à plus de onze millions en 2018. Le modèle social de la Biélorussie reste en partie inspiré de la période communiste. « Le modèle social promu par Loukachenko, relève l'universitaire Anna Lebedev, spécialiste des sociétés post-soviétiques, a consisté à maintenir les services publics hospitaliers, scolaires ou culturels. Si les infrastructures de santé sont vieillissantes, la population bénéficie d'un système de santé universel avec une politique de prévention et de visites obligatoires. » Le taux d'alphabétisation avoisine les 100 % et l’espérance de vie a augmenté de six ans entre 2002 et 2018 pour atteindre 74 ans. La Biélorussie connaît par ailleurs un taux de mortalité infantile à 2,6 pour 1 000 naissances, soit un niveau notamment inférieur à la France et à l'Allemagne. 

Déclarations publiques et prises de position

En 2007, il tient des propos jugés antisémites par Tzipi Livni, la ministre des Affaires étrangères d'Israël, à propos de la ville de Bobrouïsk, considérant que la ville est dégoutante parce qu'elle a un passé juif. Le 21 mai 2007, Alexandre Loukachenko rencontre Mahmoud Ahmadinejad et soutient le programme nucléaire iranien. En 2011, Loukachenko a déclaré publiquement ne pas aimer « les pédés » et est critiqué pour avoir conseillé au ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, ouvertement homosexuel, de mener « une vie normale ». Il a répondu aux critiques qui lui étaient adressées en disant que « nous vivons une société démocratique [la Biélorussie]. […] J'ai le droit de donner ma position ». Il avait alors déclaré « mieux vaut être dictateur que pédé ». En 2013, le président reçoit le prix Ig Nobel de la Paix (parodique) pour avoir fait interdire l'action d'applaudir. La police du pays en est colauréate pour avoir arrêté un manchot sous cette accusation. 

Famille

Loukachenko s'est marié en 1977 avec Galina Rodionovna Želnerovič. Le seul bien immobilier du président biélorusse est la maison de la famille Loukachenko située à Ryjkovitchi, un quartier de Chklov, où habite toujours Galina Loukachenko. Bien qu'ils soient toujours légalement mariés, Galina vit séparée de son mari peu de temps après qu'il est devenu président. Son fils aîné Victor est membre du Conseil de sécurité de Biélorussie et son fils cadet Dmitri occupe le poste de chef du club présidentiel sportif et a préparé la participation des sportifs biélorusses aux Jeux olympiques d'été de 2008 à Pékin. Il a eu un fils, Nikolaï ou Mikolay, dit « Kolia », en 2004 avec sa maîtresse, Irina Abelskaïa, qui fut longtemps son médecin personnel. 

Alexandre Loukachenko aurait émis le vœu d'en faire son successeur en ayant déclaré à des paysans « Je l'ai déjà dit, mon plus jeune fils deviendra président ». Kolia l'accompagne en certaines occasions telles qu'une visite à Vladimir Poutine, une autre au pape Benoît XVI, ou encore un exercice militaire. Loukachenko estime que le président doit être une personne conservatrice et éviter d'utiliser des gadgets électroniques modernes tels qu'un iPad ou un iPhone. Avant sa présidence, il jouait au football mais a abandonné dès lors. C'est un skieur et un joueur de hockey sur glace averti. 

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