Klarsfeld Arno

Publié le par Mémoires de Guerre

Arno Klarsfeld (né le 27 août 1965 dans le 16e arrondissement de Paris) est un avocat de nationalité franco-israélienne. Il a également exercé diverses missions nationales à la demande du président Nicolas Sarkozy

Klarsfeld Arno
Klarsfeld Arno

Famille et jeunesse

Fils aîné de Serge Klarsfeld, avocat et écrivain juif d'origine roumaine, et de Beate Klarsfeld, militante antinazie allemande, fille d'un ancien soldat de la Wehrmacht, l'un et l'autre connus en qualité de « chasseurs de nazis », il est nommé Arno en hommage à son grand-père paternel, qui portait ce prénom. Durant son enfance, il suit à plusieurs reprises sa mère à travers l'Europe et passe des étés dans un kibboutz sur le Golan. Il va également dans des colonies de vacances communautaires et y a pour moniteur Alain Jakubowicz qui deviendra Président de la Licra du 31 janvier 2010 à octobre 2017. Il fait ses études aux lycées Janson-de-Sailly et Claude-Bernard à Paris, puis dans les université de Paris II Panthéon-Assas et Sorbonne-Paris IV, sanctionné par une maîtrise de droit. À l'université de New York, il obtient un master en droit international. 

Avocat engagé

Il assiste au procès Barbie en 1987. En 1988, il entre au cabinet d'avocat de Roland Dumas. Il passe le barreau de Paris en 1989, puis ceux de New York et de Californie en 1990. Aux États-Unis, il rejoint la banque Lazard puis le cabinet d'affaires new-yorkais Skadden, Arps, Slate, Meagher & Flom. Il commence à militer : il se fait frapper la même année par le service d'ordre du Front national lors du meeting du Bourget de ce parti après être monté sur l'estrade avec un t-shirt « Le Pen=Nazi » ; il se rend en Autriche en 1989 pour protester contre la visite du pape Jean-Paul II au président autrichien et ancien officier dans la Wehrmacht, Kurt Waldheim, se faisant molester pour s'être essuyé les doigts sur la chemise d'un policier autrichien lui ayant pris ses empreintes et écopant de dix jours d'emprisonnement pour le port d'un uniforme nazi ; il tente de passer la frontière irakienne lors de la Guerre du Golfe (1990-1991). Il vote pour François Mitterrand à la présidentielle de 1988, puis pour Jacques Chirac en 1995 et 2002.

Fréquentant les soirées branchées de la jet set dans les années 1990, il a, de 1994 à 1996, eu une relation avec la mannequin Carla Bruni, qu'ils officialisent dans Paris Match, puis entretient une liaison avec Béatrice Dalle, se mobilisant ensemble contre la poussée du Front national à Vitrolles en 1997. Il quitte ensuite le cabinet américain pour celui de son père et de sa sœur à Paris. Depuis, il est l'avocat de l'association des Fils et filles de déportés juifs de France (FFDJF). En 1994, il est, avec Charles Libman, avocat des parties civiles au procès de Paul Touvier, chef de la Milice à Chambéry et à Lyon, condamné à la réclusion à perpétuité. Lors du procès, il montre une connaissance parfaite du dossier de 30.000 pages et se démarque des autres parties civiles en argumentant sur le fait que Touvier avait décidé seul de procéder à des exécutions, sans avoir reçu d'ordre des Allemands. Il prend ainsi le risque, avec l'accord de son père, de sortir ces crimes de la notion de crime contre l'humanité et qu'ils soient prescrits. À cette occasion, l'historien Henry Rousso écrit dans Libération qu'Arno Klarsfeld était « l'avocat de la vérité ».

D'octobre 1997 à avril 1998, Arno Klarsfeld représente l'association des Fils et filles de déportés juifs de France lors du procès de Maurice Papon. Il se démarque des autres parties civiles, qui demandent la réclusion à perpétuité, en réclamant une condamnation à 10 ans de prison, qu'il obtient. Il se prononce régulièrement pour la création de cours internationales afin de juger les criminels de guerre pour des massacres tels que ceux du Kosovo ou le génocide au Rwanda. En 2000, il produit un documentaire où on le voit militer contre la double peine auprès des députés français. Il tient brièvement des chroniques sur Europe 1 et Canal+4. En 2003, il effectue son service militaire en Israël dans une unité de garde-frontières, les MAGAV, près de Bethléem.

En tant qu'avocat, il a peu de clients, essentiellement issus des relations de ses parents. Il cultive comme ses parents l'art de la provocation : il se donne un « look branché », arrive au palais de justice en patins à roulettes, joue avec les médias, jette un verre d'eau à la tête d'un contradicteur Robert Ménard lors d'un débat télévisé ou encore affirme que le MRAP est antisémite : « Écartelé entre le narcissisme et la défense des grandes causes, l’intellectualité gauche et l’éloquence mondaine, l’engagement et la désinvolture ou les maladresses, il brouille, malgré lui, les cartes et les conversations… ». Il intervient régulièrement sur des questions relatives à l'antisémitisme, comme les polémiques entourant l'humoriste Dieudonné, contre lequel lui et ses parents ont appelé à manifester en janvier 2014. 

Missions auprès de Nicolas Sarkozy et des gouvernements Fillon

Sportif (il pratique le marathon et le triathlon), il se lie d'amitié avec Nicolas Sarkozy, croisé par hasard à vélo à Longchamp et lui propose ses services. Celui-ci, alors président de l'UMP, lui confie en décembre 2005, la rédaction d'un « travail approfondi sur la loi, l'Histoire et le devoir de mémoire », à la suite de la polémique autour de la loi mémorielle du 23 février 2005, la Loi portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés mentionnant le « rôle positif » de la colonisation. Dans son rapport, il propose d'établir la distinction entre les régimes discriminatoires accompagnés de répression, torture ou de massacres, et ceux ayant investi dans les infrastructures (routes et bâtiments publics), même si elles furent conçues pour répondre essentiellement aux besoins des colons. Mais ses recommandations ne sont pas reprises par Nicolas Sarkozy.

En mai 2006, ce dernier lui demande à nouveau des propositions sur la prévention de la délinquance des mineurs. La recommandation d'Arno Klarsfeld de juger les délinquants récidivistes de 16 à 18 ans comme des majeurs, n'est pas non plus reprise dans le projet de loi de prévention de la délinquance. Le 28 juin 2006, Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, nomme Arno Klarsfeld médiateur national auprès des sans-papiers parents d'enfants scolarisés, décision immédiatement critiquée à gauche par la Ligue des droits de l'homme qui y voit une « diversion médiatique », mais aussi par Daniel Schneidermann dans un article dans Libération, considérant comme « stupide » de faire entrer « le spectre conjugué de la déportation des Juifs et du conflit du Proche-Orient, dans la politique française d'immigration ». Chargé de désamorcer un dossier sensible dans les médias et le milieu éducatif, il souffle le chaud et le froid en déclarant qu'« aucune famille ne sera expulsée cet été » mais qu'« on ne peut pas régulariser automatiquement tous les sans-papiers ». Il traite quelques centaines de dossiers, sur les 30000 déposés.

En décembre 2006, Arno Klarsfeld est chargé par Nicolas Sarkozy de résoudre la crise provoquée par la mobilisation des SDF avec l'association Les Enfants de Don Quichotte. Il déclare notamment que le coût pour loger les SDF « ne devrait pas être exorbitant ». « L'idée c'est de trouver d'ici à deux ans une solution raisonnable en termes de quantité et de qualité d'accueil pour les SDF (...) Sarkozy n'a pas dit qu'il y aurait zéro SDF dans deux ans, il a dit qu'il y aurait un accueil humain pour chaque personne d'ici deux ans. » Enfin, il se voit chargé d'une mission de réflexion sur les transports et l'écologie en février 2007. Après la victoire de Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle le 6 mai 2007, Arno Klarsfeld, pressenti pour un secrétariat d'État, est candidat pour l'UMP aux élections législatives dans la huitième circonscription de Paris (12e arrondissement) afin de succéder au député Jean de Gaulle dans un fief de la droite ayant voté majoritairement pour Ségolène Royal. S'il semble d'abord peu à l'aise dans ce nouveau rôle de candidat et si ses adversaires lui reprochent sa médiatisation et de ne pas habiter dans le secteur, il est en ballottage favorable au soir du premier tour, mais il perd le second au profit de la candidate socialiste Sandrine Mazetier, qui l'emporte avec 55,85 % des voix. Il est conseiller au sein du cabinet du Premier ministre François Fillon de juillet 2007 à octobre 2010. Il lui écrit « quelques notes sur des sujets de société », se rend en Haïti après le séisme de janvier 2010. 

Membre du Conseil d'État

Klarsfeld est nommé conseiller d'État au tour extérieur lors du conseil des ministres du mercredi 27 octobre 2010, tandis que certains s'interrogent sur sa capacité à s'intégrer au sein de l'institution. Président du conseil d'administration de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir du 12 septembre 2011, il fait polémique en déclarant à propos des Roms que la politique de reconduite à la frontière du gouvernement Fillon ne les envoyait pas « vers Auschwitz », et que « lorsqu'on n'a qu'une pièce, on ne fait pas huit enfants ! ». Il se déclare également en faveur de la construction d'un mur de 130 km entre la Grèce et la Turquie pour empêcher l'immigration illégale. Il est mis fin à ses fonctions par décret, le 15 janvier 2013 et il réintègre le Conseil d'État.

En janvier 2014, lors de la polémique concernant le spectacle de l'humoriste Dieudonné Le Mur, Arno Klarsfeld appelle à manifester devant son spectacle afin que ce spectacle soit considéré comme un trouble à l'ordre public et qu'il soit ainsi interdit. En février 2015, il est mis en examen par le tribunal de grande instance de Nanterre pour avoir porté atteinte à l'honneur et à la considération des « jeunes de banlieue » en déclarant que « La France n'est pas antisémite [...] mais une partie des jeunes de banlieue l'est ». La mise en examen en matière de presse est toutefois automatique et ne préjuge pas de l'existence de propos diffamatoires ou insultants. Pour le second tour de l'élection présidentielle de 2017 entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, Serge Klarsfeld publie avec sa femme Beate et son fils Arno une photo évoquant les camps de concentration nazis pour appeler à voter contre la candidate Front National et pour le candidat La République en marche. 

Politique internationale

Engagement en faveur d'Israël

En 2002, à trente-sept ans, il prend, « par solidarité », la nationalité israélienne. Bien qu'ayant passé de dix ans la limite d'âge, il s'engage dans les Magav, les garde-frontières rattachés à la police israélienne, et est affecté à des check-points autour de Bethléem, en Judée et Samarie. Le 4 décembre 2001, il écrit dans un article intitulé « Israël-Palestine : les vraies causes du conflit » publié dans Le Monde, que le nombre de victimes de la Shoah aurait pu être moins élevé s'ils avaient été autorisées à immigrer en Palestine dans les années 1930. Dans ce même article, il déclare qu'il n'y a rien de choquant à ce que des Israéliens « habitent » dans les territoires occupés, puisqu'« un million d'Arabes vivent en Israël ».

Il se range toutefois à l'idée d'un pays pour les Palestiniens à côté d'un pays pour les Israéliens (à peu près dans les lignes de 1967) et sur le partage de Jérusalem ; il reconnaît le caractère « insupportable » de toute occupation pour les « populations conquises » dans une tribune publiée le 5 septembre 2005 dans Le Monde. Il ajoute : « Rien ne s’oppose à la création d’un État palestinien libre et indépendant, à condition que les Palestiniens renoncent à un droit de retour qui pourrait faire théoriquement des Juifs une minorité dans leur propre État, et qu’ils renoncent au terrorisme. » 

Soutien à la guerre d'Irak

Arno Klarsfeld publie une tribune dans Le Monde le 11 février 2003, un mois avant le début de la guerre d'Irak, intitulée "Pour la guerre", où il rapproche l'Irak de Saddam Hussein et l'Allemagne hitlérienne. Il soutient en conséquence l'intervention américaine en Irak. C'est également au nom de l'amitié avec les États-Unis, de la protection due à Israël, et des droits de l'homme qu'il apporte son soutien à l'intervention américaine. Il prend en 2004 la défense du président George W. Bush sur les plateaux de télévision français (notamment au Grand Journal de Michel Denisot sur Canal+). 

Filmographie

Il a joué un petit rôle dans le film Les Fugitifs (1986). 

Décoration

Le 24 novembre 2007, il est fait chevalier de l'ordre national du Mérite par le président de la République Nicolas Sarkozy

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